LÉON XIII, PAPE
AVERTISSEMENT
Ce livre ne renferme point, comme ceux que j'ai publiés sur Corneille, Racine et Molière, une suite de cours publics ; mais il résume l'esprit de mon enseignement sur Montesquieu.
Il y a quelques années, un ministre de la république voulut que les candidats à la licence es lettres étudiassent, dans YEsprit des lois, le chapitre vingt-septième du dix-neuvième livre, où le Président analyse les effets du gouvernement libre et parlementaire. La curiosité me
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prit, et je lus l'ouvrage en son entier; j'en détachai plus d'un passage pour compléter l'idée générale que je devais donner de Montesquieu à mes élèves, indépendamment de l'endroit qui avait plu à M. le Ministre. Voilà comment se fit peu à peu, et pour ainsi dire d'elle-même, l'étude quej'oiïre au lecteur.
C'est pour lui que j'ai essayé d'extraire des œuvres du Président tout ce qui s'y trouve de substance bonne ou mauvaise. On me permettra une comparaison tirée de la « nature des choses, » comme dirait Lucrèce ou Montesquieu. Dans le pays où croît la vigne, le raisin une fois cueilli est jeté dans une vaste cuve où il fermente, jusqu'à ce qu'il soit mis sous le pressoir. Il en sort, suivant les années, .tes climats et les crûs, un vin généreux ou de la piquette.
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C'est bien une vendange que l'œuvre si mêlée de Montesquieu, où il y a de tout, même quelques vérités. Ce qui en sort, comme dernier effet, j'essaierai de le définir, après avoir mis le tout à l'épreuve d'une critique impersonnelle et chrétienne.
Il me semble, du reste, que c'est la seule critique sérieuse. La vérité ne fait qu'un avec la beauté, et la vérité ne peut nous abuser sur la nature des ouvrages qu'elle a ou qu'elle n'a pas inspirés, sur leur agrément réel ou artificiel, sur leur vertu propre qui est la sienne, ou sur leur néant, quelque brillant qu'il soit.
À la lumière de cette critique, je n'ai pas seulement étudié Montesquieu, mais aussi, depuis neuf ans, l'histoire et l'esprit de la littérature française tout entière. J'ai eu le bonheur îfde le faire devant un auditoire composé cl'élèves
AVERTISSEMENT
de l'Université catholique de Lille, d'auditeurs libres, d'étrangers qui nous sont venus du Canada, de l'Angleterre, de l'Italie, de la Pologne, de l'Autriche, de la Suisse, de la Belgique, du Luxembourg et de l'Allemagne catholique. Dieu veuille continuer à favoriser mes efforts, et me permettre de préparer des esprits justes, des cœurs droits, des âmes toujours jeunes par la vertu du Christ, et remplies d'espérance !
Lille, 24 juin 1885.