‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 20 sur 51 · MONT · texte numérisé non relu

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cipes de gouvernement, la religion, l'éducation, les peines, la condition de l'homme et de l.i femme, l'esclavage, la Liberté, la paix, la guerre, le luxe, l'industrie, le commerce, quelle est la nature de ces gouvernements, ce qui les fortifie, ce qui les corrompt.

Le ton général de l'écrivain est calme, [ et grave. Rien de plus doux, de plus inoffensif et de plus élevé. Et cependant allez au cœur du livre. Ce qui y domine, ce qui en est l'essence, c'est la haine sourde et persévérante de l'Église. Si les titres des chapitres ne répondent pas toujours à ce qu'ils contiennent, de même l'impartialité de la forme cache mal la perversité du fond.

Néanmoins, dans un premier chapitre, nous dirons ce que l'Esprit des lois renferme de bon, tout en gardant notre liberté de blâmer le mal qui côtoie le bien sans trêve, le diminue ou le domine. Ensuite nous chercherons à découvrir le vice de plusieurs définitions importantes d'où le livre entier dépend. Il est curieux de savoir quelle idée ce grand homme d'un siècle incrédule s'est faite de la loi, de la vertu, de l'honneur, de l'esprit chevaleresque, de la guerre et du point d'honneur, de la liberté, de l'escla-

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vage, du suicide. Toute notre vie se développe sous l'influence des premières définitions qu'ont reçues notre enfance d'abord et notre jeunesse après. Le livre de Montesquieu ne peut être bon si les définitions en sont mauvaises et partent d'un esprit dépravé par le cœur. Ce premier travail nous fera saisir, sans obscurité, la raison du plan de l'écrivain, de ses préférences, et de sa haine mal déguisée pour l'Église.

L'Église est attaquée par Montesquieu de plusieurs manières, dans les allées et venues de sa tortueuse pensée. Ou bien il la loue avec une rare parcimonie ; on sent ce que cela lui coûte ; ou bien il l'attaque vivement, sans quitter jamais le ton sérieux de l'impartialité ; même il s'agenouille par instant devant l'autel et proteste de sa foi aux vérités révélées. Il met surtout l'Église dans l'ombre ou diminue son rôle le plus qu'il peut ; il l'altère ; il va jusqu'à l'oublier tout à fait dans les occasions où elle aie plus pesé sur les destinées du monde et préparé les grands jours de notre histoire. La gravité du langage et l'air d'une érudition apprêtée n'y font rien ; on sent l'ennemi, mais un ennemi frivole, au cœur léger, à l'esprit subtil, et qui, néanmoins, tombe dans plus d'une erreur grossière, faute de connaître son histoire

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L'éloge de Montesquieu, plusieurs de ses

définitions rempliront donc les deux premi chapitres de celte étude. Lu m Le l'auteur

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Sa politique, selon ses principes austères, devrai! être celle d'un républicain ; elle est, pour cause, celle d'un monarchiste parlementaire. La république est bonne pour la théorie; une monarchie parlementaire est une espèce de république aristocratique où l'on ne perd aucun de ses

privilèges. ^—- "

En phrs iTïïn endroit, nous chercherons quel est le Dieu de Montesquieu. Ce n'est pas Jésus- Christ certes, malgré quelques révérences. Est-ce môme le dieu de la philosophie? Si les lois du législateur s'en passent, si nous ne le trouvons nulle part qu'à titre officiel, et comme par bienséance, dans un ouvrage écrit pour le bonheur des hommes et pour la société, nous serons forcés de conclure qu'il n'existe pas davantage dans la pensée de l'auteur, quoi qu'il ait pu affirmer,

sous forme de protestation, dans sa défense de V Esprit des lois; et, sans l'accuser d'athéisme proprement dit, nous le rangerons parmi ceux qui , en séparant l'Église de l'État, Dieu de la loi, l'ont relégué dans le vague d'un ciel oublié, et, lui arrachant l'empire de ce monde pour le donner à l'homme, ont fait de l'homme un Dieu.

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Ce qu'on peut louer dans l'Esprit des lois.

Ce n'est pas que Montesquieu nous découv rien d'absolument neuf, aujourd'hui surtout où l'érudition met à nu toutle passé et déterre, pour ainsi dire, les peuples et les lois depuis l'origine des gouvernements. On a fait beaucoup plus que lui. Mais la variété et l'étendue de ses connaissances sont néanmoins un objet d'étonnement. Il est un de ceux qui ont donné une vive impulsion ^à rèTu^en^TrjxJnripe^jolitiques suivant lesquels «se conduisent lps^ivQrscs^ociétés j:ép;indugs dans le monda. Chacun, à son exemple, s'est mis à raisonner sur les meilleures lois et le meilleur gouvernement. L'application a suivi la théorie. Mais ce n'est pas là précisément notre sujet. A l'époque où vivait Montesquieu , c'était une nouveauté que de voir un écrivain toucher à tous les points de la science des lois, instruit de tout ce qui se pratiquait au Japon, en Chine, à l'heure où il écrivait, aussi bien qu'en Angleterre, en

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France ou en Espagne, sachant mieux encore ce qui avait eu lieu jadis, il y a des milliers d'années, à Rome, à Sparte, à Corcyre et ailleurs.

Ce regard qui embrassait le monde1 entier, le passé comme le présent, et qui, sans doute, perçait l'avenir, devait fasciner les lecteurs, et ceuxlà même qui, sans lire, subissaient l'influence du monde lettré ou éclairé. Ajoutez que l'homme, dans le deuil éternel qu'il traîne après soi, rêve sans cesse à quelque nouvelle espérance, et que les anciennes doctrines, fussent-elles de Dieu luimême, le touchent moins, par instant, que les nouvelles utopies, creuses ou non, mais enflées par le vent de ce qu'on appelle la liberté.

N'était-ce pas réellement beau et même saisissant de voir un écrivain du xviii8 siècle, suivre les premiers explorateurs des côtes de l'Afrique, du golfe Persique, de la mer des Indes, conteur savant de ce qu'il paraissait avoir fait ou admiré deux mille ans auparavant? Partir de là, pour venir, à combien de siècles de distance , s'installer sous le ciel de la Turquie ou de l'Asie, nous en développer les mœurs, détailler celles de l'Europe et les nôtres avec une exactitude réelle et une vive pénétration, nous découvrir les rap-

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time, plus intéressant, et môme plus merveilleux, tant il avait fallu de patience, de mémoire, de forerd'esprit, de coup d'oeil étendu pour arriver I de pareils effets. Passant de Lycurgue à Solon , à Confucius, à Charlemagne, à saint Louis, des personnes aux choses et aux époques les plus diverses, des rois et des législateurs à leurs institutions, Montesquieu suit pas à pas les progrès ou les reculs de la civilisation, s'enfonce dans le dédale des lois, sans s'y égarer autrement que par des inexactitudes qui tiennent à la faiblesse humaine, traite de l'esclavage et de la liberté, je l'ai dit, des lois somptuaires, de tout, même de la jalousie et de la pudeur. Il compare les lois des peuples catholiques, celles des peuples païens, infidèles ou idolâtres; va en largeur, de Londres à Yédo, et comme en profondeur, depuis les origines du monde, en

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s'élevant jusqu'à Hugues Capet et môme à saint Louis; traverse sans hâte l'antiquité, la barbarie, la féodalité; visite en détail Rome, Athènes, Carthage', Marseille , et trace à son siècle le plan d'une politique définitive et parlementaire. Tout cela n'était-ce pas plus qu'une merveille pour les premiers lecteurs? N'était-ce pas la réalisation, par un seul homme, d'une œuvre impossible et que les plus audacieux n'auraient pas osé imaginer? C'était, en vérité, une encyclopédie composée et consommée par un unique auteur. J'ai nommé Hugues Capet. Il est difficile, je l'avoue, de dépasser Montesquieu dans les deux derniers livres de son ouvrage, où il peint rétablissement de notre monarchie et de ses lois, les révolutions de ces mêmes lois suivant les révolutions de la monarchie , jusqu'à la troisième race. Il a dû préalablement pénétrer dans les forêts de la Germanie pour en étudier les mœurs qui ont eu, selon lui, tant d'influence sur les nôtres. Ces deux livres prouvent un effort de synthèse dont peu d'hommes sont capables, où la rapidité et la brièveté du travail, par je ne sais quel prodige, ne semblent nuire en rien à la science des lois et des faits la plus riche et la plus détaillée. Comment l'écrivain, là et

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