‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 21 sur 51 · UO MONTE SQ II EL · texte numérisé non relu

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antre parti a-t-il pu recueillir tant i

choisir et les classer, sans perdre le fil des événements ou de ses propres idées , dans un travail si compliqué, si ténébreux, si rebutant!

Ce qui frappe surtout l'imagination, si l'on considère l'ouvrage- d'une vue d'ensemble, c'est, dans les temps païens, le portrait d'Alexandre, dans les temps barbares, celui de Charlemagne. En reproduire les lignes principales, c'est caractériser les plus nobles parties du livre de Montesquieu.

L'antithèse , si elle est naturelle, n'est pas seulement une des sources de beauté en poésie ; elle présente, par opposition, la vérité avec une force originale. En voici la preuve : Montesquieu, pour peindre Alexandre, l'a mis en contraste avec Charles XII (l). Il y a une raison politique de tous les temps à laquelle s'est soumis le fils de Philippe et qui fut négligée par le héros moderne. Rapprocher, aune pareille distance des siècles, la

(1) Livre X, chapitres XIII-XIV. Nos dations, on le comprend, ne pourront pas toujours être accompagnées du contexte. Mais le contexte aura toujours été exactement et loyalement étudié Nous y renvoyons le lecteur.

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sagesse de l'un, pour la mieux faire comprendre, et la folie de l'autre, c'était une idée juste et neuve à la fois. Montesquieu dit d'Alexandre : « Dans le commencement de son entreprise, c'està-dire dans un temps où un échec pouvait le renverser, il mit peu de chose au hasard : quand la fortune le mit au-dessus des événements, la témérité fut quelquefois un de ses moyens. »

Dans le tableau des victoires du grand capitaine , le style de l'écrivain imite la rapidité du vainqueur. Cette rapidité était encore de la sagesse. Elle ne laissait aucun répit à l'adversaire ; elle se tempérait aussi par la prudence :

« Après la bataille d'Issus, Alexandre laisse fuir Darius, et ne s'occupe qu'à affermir et à régler ses conquêtes : après la bataille d'Arbelles, il le suit de si près qu'il ne lui laisse aucune retraite dans son empire. Darius n'entre dans ses villes et dans ses provinces que pour en sortir; les marches d'Alexandre sont si rapides que vous croyez voir l'empire de l'univers plutôt le prix de la course, comme dans les jeux de la Grèce, que le prix de la victoire.... C'est ainsi qu'il fit ses conquêtes, voyons comme il les conserva :

1 \ ! Mu. III

a II résista à ceux qui voulaient qu'il traitât les Grecs comme maîtres et I WS comme

esclaves; il ne songea qu'à unir les deux nationet à faire perdre Les distinctions du peuple conquérant et du peuple vaincu. »

L'auteur nous conte alors l'antique histoire de la continence d'Alexandre, et des larmes que versa sur sa mort la veuve de Darius. C'est déclamé. Ensuite :

«Rien n'affermit plus une conquête que l'union qui se fait des deux peuples par les marin- Alexandre prit des femmes de la nation qu'il avait vaincue. »

Si la politique était tout au monde , la politique devrait rétablir la polygamie, au moins pour les princes; elle permettrait aux souverains de se créer des alliances utiles, en bien des endroits, comme fit Alexandre. Peut-être Montesquieu y pensait-il. D'ailleurs, une de ses préoccupations principales est la propagation de l'espèce humaine :

« Alexandre voulut que ceux de sa cour en prissent aussi (des femmes) ; le reste des Macédoniens suivit cet exemple.... »

Le conquérant, « qui cherchait à unir les deux peuples, songea à faire dans la Perse un grand

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nombre de colonies grecques ; il bâtit une infinité de villes et il cimenta si bien toutes les parties de ce nouvel empire, qu'après sa mort, dans le trouble et la confusion des plus affreuses guerres civiles, après que les Grecs se furent pour ainsi dire anéantis eux-mêmes, aucune province de Perse ne se révolta.

» Il ne laissa pas seulement aux peuples vaincus leurs mœurs; il leur laissa encore leurs lois civiles, et souvent même les rois et les gouverneurs qu'il avait trouvés. Il mettait les Macédoniens à la tête des troupes, et les gens du pays à la tête des gouvernements, aimant mieux courir le risque de quelque infidélité particulière que d'une révolte générale. Il respecta les traditions anciennes et tous les monuments de la gloire ou de la vanité des peuples.... Peu de nations se soumirent à lui sur les autels desquelles il ne fit des sacrifices. »

C'était, au fond, n'appartenir à aucune religion. Bonaparte n'agit pas autrement en Egypte ; et, s'il rétablit le catholicisme chez nous, ce fut dans son intérêt plutôt que dans l'intérêt du ciel. Chrétien, franc-maçon, on pourrait dire musulman, politique surtout, disciple de la Révolution et de Montesquieu, il vit, avant sa mort, son

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empire ruiné et les frontières de la Franco entamées; -fc Ciel le punissait d'avoir asservi In ;

[ionjfcja^olitiguc, Iî^lfavait point pour excuse d'ôtre un ignorant et un païen.

« Il semblait qu'Alexandre n'eût conquis que pour être le monarque particulier de chaque nation et le premier citoyen <lr chaque ville, »

On dirait d'un républicain.

a Les Romains conquirent tout pour détruire ; il voulut tout conquérir pour tout conserver. »

C'est pousser un peu loin l'amour de l'antithèse.

« ... Et quelque pays qu'il parcourût, ses premières idées, ses premiers desseins furent toujours de faire quelque chose qui pût en augmenter la prospérité et la puissance. Il en trouva les premiers moyens dans la grandeur de son génie, les seconds dans sa frugalité et son économie particulière, les troisièmes dans son immense prodigalité pour les grandes choses.

» Sa main se fermait pour les dépenses privées; elle s'ouvrait pour les dépenses publiques. »

C'est un beau portrait quoique païen , et la politique d'Alexandre est sage à l'antique. Montesquieu l'a bien comprise ; il s'est fait lui-même

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païen pour la mieux saisir; il n'a rien critiqué , il admire tout.

Voici le revers de la médaille. Je veux dire la folie après la sagesse. Qu'est-ce que Charles XII? le contraire d'Alexandre. Il n'a pas de raison; c'est un soldat. Alexandre est un grand capitaine, un homme sensé, un politique. Charles XII n'avait pas la moindre idée de la politique. La politique, c'est la sagesse humaine ; la sagesse manquait au roi de Suède :

« Ce prince, qui ne fit usage que de ses seules forces , détermina sa chute en formant des desseins qui ne pouvaient être exécutés que par une longue guerre : ce que son royaume ne pouvait soutenir. »

Il eût dû le prévoir, en effet.

« Ce n'était pas un État qui fût dans la décadence qu'il entreprit de renverser, mais un empire naissant. Les Moscovites se servirent de la guerre qu'il leur faisait comme d'une école. A chaque défaite, ils s'approchaient de la victoire; et, perdant au dehors , ils apprenaient à se défendre au dedans.

» Charles se croyait maître du monde dans les déserts de la Pologne où il errait et dans lesquels la Suède était comme répandue, pendant que son

principal ennemi se fortifiait contre lui, le rait, s'établissait sur la mer Baltiq on prenait la Livome. »

Rappelons-nous qu'Alexandre, au contraii

avait pacifié la Grèce avant son départ, que la Macédoine armée était comme une forteresse qui la tenait en respect, et qu'en envahissant luimôme l'Asie, il n'avait pas à craindre une invasion sérieuse des Perses trop occupés à se défendre. En effet, on sait où aboutit l'inutile diversion tentée par un général asiatique contre la Gi unie tout entière pour le repousser. Montesquieu a compris, en vrai politique, Charles XII, et l'a peint ressemblant. Celui de Voltaire n'est qu'un héros de roman.

<( Ce ne fut point Pultava qui perdit Charles : s'il n'avait pas été détruit dans ce lieu, il l'aurait été dans un autre. La nature ni la fortune ne furent jamais si fortes contre lui que lui-même.

» Il ne se réglait point sur la disposition naturelle des choses , mais sur un certain modèle qu'il avait pris : encore le suivit-il très mal. Il n'était point Alexandre, mais il aurait été le meilleur soldat d'Alexandre.

» Le projet d'Alexandre ne réussit que parce qu'il était sensé. »

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Ce mot résume la pensée de Montesquieu, et rappelle celui de Bourdaloue : « Le bon sens est de tout. » Alexandre en avait; c'était le fond de son génie; Charles XII n'en avait point. Il conquérait pour conquérir, pour faire parler de lui, sans prévoyance aucune et sans sagesse dans l'exécution.

Au contraire « le projet d'Alexandre était sage, mais il fut sagement exécuté. Dans la rapidité de ses actions, dans le feu de ses passions mêmes, il avait, si j'ose me servir de ces termes, une saillie de raison qui le conduisait. ...»

Le contraste n'est pas à l'avantage du prince chrétien. Ce n'en était pas moins un homme à part, un héros, malgré tout, dont une éducation plus ferme aurait pu calmer l'emportement et maîtriser la passion de la gloire, ou la régler suivant la raison. Alors il eût été plus grand qu'Alexandre. Comment se fait-il encore que l'historien du conquérant païen rétrécisse son coup d'œil , et ne lui voie d'autre but que t de s'assurer de l'Egypte (1) » en fondant Alexandrie? Son héros était plus grand qu'il ne l'a fait.

Du roi de Macédoine passons à Charlemagne. Ce sont deux portraits en pied, qui, dans Y Esprit

(1) Livre XXI, chapitre VIII.

des lois, attirent le plus l'attention, comme portraits des aïeux illustres, dans quelque antique

galerie d'un château féodal :

« Charlt>magne son tenir le pouvoir de

la noblesse dans ses limites, et à empocher l'oppression du clergé et des hommes libres. Il mit un tel tempérament dans les ordres de l'État , qu'ils furent contre-balancés, et qu'il resta le maître. Tout fut uni par la force de son géni--. [| mena continuellement la noblesse d'expédition en expédition; il ne lui laissa pas le temps de former des desseins et l'occupa tout entière à suivre les siens. L'empire se maintint par la grandeur du chef : le prince était grand, l'homme l'était davantage. Les rois, ses enfants, furent ses premiers sujets, les instruments de son pouvoir et les modèles de l'obéissance. Il fit d'admirables règlements ; il fit plus , il les fit exécuter. Son génie se répandit sur toutes les parties de l'empire. On voit, dans les lois de ce prince, un esprit de prévoyance qui comprend tout, et une certaine force qui entraîne tout (t). »

Voilà qui saisit et caractérise de la façon la plus naturelle deux qualités brillantes, plus brillantes par leur rapprochement, et rares dans un seul

(1) Livre XXXI, chapitre XVIII.

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homme, une force impétueuse et la prévoyance. Si Turenne et Gondé avaient été des politiques , ces deux émules si grands, chacun à part, auraient représenté ensemble comme un point essentiel du génie de Gharlemagne. Jusqu'ici, dans ce tableau , où l'antithèse n'est pas trop forcée, se peint à grands traits le plus admirable politique des temps barbares. L'écrivain poursuit :

« Les prétextes pour éluder les devoirs sont ôtés, les négligences corrigées, les abus réformés ou prévus. Il savait punir; il savait encore mieux pardonner. »

Pour un si beau portrait et si vanté, c'est un peu vague. On en dirait autant de plus d'un qui ne fut pas Gharlemagne; et Montesquieu, dont c'est la qualité principale, nous a rendus difficiles sur la précision.

« Vaste dans ses desseins, simple dans l'exécution, personne n'eut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité, et les difficiles avec promptitude. »

C'est bien. Mais ce qui vient ensuite me paraît d'une vivacité, à la fois, et d'une sublimité sans effort qui font comme sortir Gharlemagne de son tableau :

« Il parcourait sans cesse son vaste empire,

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portant J;i main partout on il allait tomber. » Kg le voit-on pas al: ce labeur

opiniâtre et hérolqui

« Co prince prodigieux était extrêmement n déré; son caractère était doux, tes manières simples; il aimait a vivre avec les gens de sa cour. »

J'espère que modéré ne veut pas dire libéral. Ceci vaut moins :

« Il fut peut-être trop sensible aux plaisirs des femmes; mais un prince qui gouverna toujours par lui-môme et qui passa sa vie dans les travaux peut mériter plus d'excuse. »

Il paraît qu'une vie passée dans les travaux ou le gouvernement des affaires publiques est une excitation à l'amour et l'excuse des liaisons illégitimes. Il y aurait donc deux morales, l'une pour lesgouvernants, l'autre pour les gouvernés? Montesquieu , en plein xvm0 siècle, n'a pu s'empêcher de faire un homme sensible de son héros. Gela n'est point prouvé. En tout cas, le sensible Gharlemagne ne comptait guère avoir, à un millier d'années de sa mort, un avocat spirituel de ses faiblesses, qui oublierait totalement de peindre son amour de l'Église.

Le portrait n'en est pas moins beau, à certains

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égards, et nous fait admirer, même dans les moindres nuances, les vertus de l'homme privé, sans déroger, grâce à une habile dégradation des couleurs, à la dignité de l'histoire :

Gharlemagne « mit une règle admirable dans ses dépenses; il fit valoir ses domaines avec sagesse, avec attention, avec économie ; un père de famille pourrait apprendre dans ses lois à gouverner sa maison. On voit dans ses Gapitulaires la source pure et sacrée d'où il tira ses richesses.»

Qu'est-ce que cette source pure et sacrée ? On n'est pas profond pour être obscur.

« Je ne dirai plus qu'un mot : il ordonnait qu'on vendît les œufs des basses-cours de ses domaines et les herbes inutiles de ses jardins. »

Ce n'est pas défendu ; mais certains penseront qu'il était puéril de le signaler.

Quant à la religion que je croyais oubliée , elle servit la politique de Charles et de ses descendants :

« Il érigea en Allemagne un grand nombre d'évêchés et y joignit de grands fiefs. » Il comptait, avec raison, trouver « plus de docilité dans les ecclésiastiques » pour réprimer les révoltes de sujets éloignés. « C'étaient des pièces qu'il mettait (comme le firent ses successeurs) en

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avant contre I I qu'il ne pouvait

attendre do l'indolence ou des néglige l'un

leude, il crut qu'il devait L'attendre du t de

l'attention agissante d'un évoque ; outre qu'un tel vassal, bien loin de se servir contre lui des peuples assujettis, aurait au contraire besoin de lui pour se soutenir contre ses peuples. »

C'est donc l'intérêt politique de Charlemagne qui le fit employer les évêques contre les Saxons mutinés. C'est l'intérêt aussi qui a stimulé le zèle des évêques. L'intérêt partout, partout la politique. Pour Charlemagne, si l'on en croit Montesquieu, l'Église n'est guère qu'une institution humaine, une pièce dans l'échiquier, et propre à gouverner les peuples. M.Thiers en pensait autant. Que Montesquieu et M.Thiers aient été deux libéraux, rien n'est plus vrai. Mais faire de Charlemagne un politique et rien qu'un politique libéral, c'est fausser l'histoire, et faire descendre du piédestal de sa gloire chrétienne le grand homme, le grand chrétien que les Papes et l'Église honorent depuis des siècles de leur immortelle reconnaissance ! En revanche, nous savons que Charlemagne faisait vendre au marché les œufs de ses basses-cours et les herbes inutiles de ses jardins....

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Quittons un instant Charlemagne pour Louis le Débonnaire. L'antithèse s'offre d'elle-même à l'avantage du héros; et le portrait du second empereur, quoique long, est assez fidèle, malgré certains écarts. En voici des extraits :

Louis le Débonnaire « avait fait de son empire des partages à ses enfants, après avoir consulté le Ciel par trois jours de jeûnes et de prières. Que pouvait faire unprince superstitieux, attaqué d'ailleurs par la superstition même (1)? »

Encore une obscurité et une antithèse qui vont de pair. On songe à Enée marchant avec son fidèle Achate, passibus œquis. Est-ce que la superstition de Louis le Débonnaire serait prouvée par trois jours de jeûnes et de prières? Et « la superstition » qui « attaque l'empereur » ne serait-ce pas le clergé de l'empire? C'est assez probable, quoique enveloppé de nuages, et le philosophe incrédule semble prendre le pas sur l'historien. Plus loin :

« On sent quel échec l'autorité souveraine reçut deux fois, par la prison de ce prince et sa pénitence publique. On aurait voulu dégrader le roi, on dégrada la royauté. »

Cette fois, l'opposition ne fait que graver

(1) Livre XXXI, chapitre XX.

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davantage une vérité dans la mémoire. Pii sons par quelques li| ellement Impartial

« On b d'abord de in peine

comment un prince qui avait plusieurs bonnes

qualités, qui ne manquait pas de lumière, qui aimait naturellement le bien, et, pour tout dire enfin, le fils de Charlemagne , pût avoir des ennemis si nombreux, si violents, si irréconciliables, si ardents à l'offenser, si insolents dans son humiliation, si déterminés à le perdre (1

Un mot de plus expliquerait tout : la faiblcssu de Louis le Débonnaire.

Il est visible, d'après nos citations, que le Président craint de passer pour dévot; on dirait aujourd'hui clérical. Cet homme en vogue sacrifie à la mode les plus belles couleurs du glorieux portrait de Gharlemagne, aussi bien que la piété de son successeur.

Ce n'est pas une raison pour ne point renrde justice à Montesquieu, si l'occasion s'en présente. Au chapitre de l'établissement des dîmes qui devaient réparer les maux que Charles Martel avait causés à l'Église, en la dépouillant pour les gens de guerre, il loue Charlemagne d'avoir pris l'initiative de cette restitution moins imparfaite

(l) Livre XXXI, chapitre XX.

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que ne l'est aujourd'hui la dotation du clergé. Retournons au grand empereur :

a II obligea (1) ses propres fonds au paiement des dîmes. » Le peuple, grâce à lui, a consentit enfin à les payer, à condition de les racheter. » Et son « testament fit voir qu'il voulait achever de réparer les maux que son aïeul avait faits. »

Pourquoi ajouter : « Les lois de Gharlemagne sur l'établissement des dîmes étaient l'ouvrage de la nécessité; la religion seule y eut part, et la superstition n'en eut aucune! »

Cette dernière phrase est sans doute écrite pour Helvétius ou pour Voltaire. Même la balance va pencher d'un poids si lourd de modération qu'elle emportera en l'air la religion de Montesquieu aussi nulle que possible. En effet :

« Gharlemagne semblait regarder le don immense qu'il venait de faire aux églises, moins comme une action religieuse que comme une dispensation politique, d

Toujours la politique ! Et Gharlemagne n'est point religieux par religion, mais par politique! Il est marchand d'herbes inutiles et trafiquant de religion 1 Y a-t-il rien de plus étroit, de plus faux, de plus ridicule ?

(1) Livre XXXI, chapitre XII.

mon l ESQUIEO

D'autre part, u l'empereur fit bien de restituer ou clergé nne partie deses ricl . son grandpère, Charles Martel, qui entreprit de le dépouiller, fit bien aussi, et « se trouva dansl onstances les plus heureuses. »

Pour dépouiller le clergé ? En effet, « il était craint et aimé des gens de guerre, et il travaillait pour eux (i)j il avait le prétexte de ses guerres contre les Sarrazins; quelque haï qu'il fût du clergé, il n'en avait aucun besoin ; le Pape à qui il était nécessaire lui tendait les bras : on sait la célèbre ambassade que lui envoya Grégoire III. Ces deux puissances furent unies, parce qu'elles ne pouvaient se passer l'une de l'autre; le Pape avait besoin des Francs pour le soutenir contre les Lombards et contre les Grecs (2). »

C'est tout? et c'est là l'idée que Montesquieu se forme du chef de la chrétienté? Oui, vraiment, le Souverain Pontife est un petitprineequi

(1) Livre XXXI, chapitre XL Montesquieu dit encore ailleurs: « Pépia se rendit maître de la monarchie, en protégeant le clergé ; Charles Martel, son lils, ne put se maintenir qu'en l'opprimant : il prit pour lui et pour ses capitaines les biens des églises et les églises mêmes, et fit cesser un abus qui, à la différence des maux ordinaires, était d'autant plus facile à guérir qu'il était extrême. »

(2j Livre XXX, chapitre IX.

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fait la guerre à ses voisins, et qui, pour les vaincre, permet à son auxiliaire, Charles Martel, de persécuter le clergé dans toute la France catholique. Mais l'univers! mais les âmes! mais le bien de l'Église!... Qu'est-ce que tout cela en comparaison des Lombards et de la politique ? Achevons :

Charles Martel, de son côté, « avait besoin du Pape pour humilier les Grecs..., se rendre plus respectable chez lui et accréditer les titres qu'il avait, et ceux que lui ou ses enfants pourraient prendre. »

Ainsi, un chef de gouvernement dépouille l'Église pour enrichir ses soldats ; c'est un bonheur qu'il le puisse faire sans entrave. D'autre part, il honore le chef de la même Église , il lui vient en aide, pour que la couronne se pose tôt ou tard sur la tête de ses descendants. Il fait le bien ou le mal par intérêt. La politique n'a pas de cœur, elle n'a pas de principes. Le mal est le bien, le bien est le mal pour elle, suivant l'occasion ou la nécessité.

Après Alexandre , Charles XII , Charlcmagnc, Louis le Débonnaire et Charles Martel, courons, en franchissant plusieurs siècles, à saint Louis,

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