‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 25 sur 51 · MONT \. 101 ' I I · texte numérisé non relu

MONT \. 101 ' I I

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puissant Clotaire Ier, dont ri i t

rien, s'il n'avait élevé contre loi mri

une autorité indépendante, celle des maires. Rendons justice au docte Président. Cette fois enc il a loué l'Église, tout en réduisant son influence à celle de la peur !

Ce qui mérite encore d'être loué, l'historien, malgré les discussions savantes qui coupent quelquefois le fil de sa pensée et semblent suspendre la suite des événements, nous découvre avec art, prête à naître, la deuxième dynastie de nos rois, quand les plus puissants monarques de la première sont dans tout leur éclat.

Il y a, sans doute, interruption dans la puissance des maires. Clotaire II lui-même et Dagobert savent s'en passer après la mort de Warnachaire. Mais l'exemple est donné, et les enfants mineurs des rois décédés ou les princes faibles en auront besoin. C'est ce qui arrive à l'avènement du jeune Clovis, fils de Dagobert. Le maire FJoachatus gouverna pour ce roi fainéant, qui fut un précurseur des rois parlementaires; il envoya même, pour s'affermir, « aux évêques (1) et aux principaux seigneurs du royaume de Bour- (1) Livre XXXI, chapitre III.

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gogne des lettres, par lesquelles il leur promettait de leur conserver pour toujours, c'est-à-dire pendant leur vie, leurs honneurs et leurs dignités. Il confirma sa parole par un serment. »

Cette perpétuité des bienfaits accordés par un maire, comme ici, ou par un prince, est l'origine de la perpétuité des fiefs qui perdra la seconde dynastie. Les causes cachées des événements les plus considérables sont quelquefois bien reculées dans l'histoire ; elles n'en ont pas moins leurs effets inévitables, même dans l'avenir le plus lointain.

Ainsi commence cette extraordinaire histoire d'une nation qui avait un roi héréditaire, et qui « élisait celui qui devait exercer la puissance royale (1). » Après Clotaire, en effet, ce fut la nation qui choisit les maires du palais.

Au fond, c'était logique, malgré les apparences; « car les Germains, » toujours les Germains, « dans le choix de leur roi, se déterminaient par sa noblesse ; et dans le choix de leur chef, par sa vertu (2). »

Les Francs avaient donc, en Gaule, comme autrefois dans leurs forêts, au delà du Rhin, un

(1) Livre XXXI, chapitre IV.

(2) Livre XXXI, chapitre IV.

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roi et un chef, un roi et DU maire. .1 maire

et le souverain no faisaient qu'un, parce que la vertu et la noblesse se trouvaient réunies d le môme homme. Alors « leur noblesse donnait aux rois la royauté; et leur vertu, les fait suivre par plusieurs volontaires qui les prenaient pourchcfs(l),leurdonnaitlapuissancedumair

Il n'en était plus ainsi sous les Mérovingiens dégénérés. Les rois n'eurent guère que la noblesse avec un vain titre; aux maires, la vertu et le pouvoir. Les maires deviendront les rois. Et la Germanie en sera la cause.

Tout ce passage n'est-il pas plus ingénieux qu'exact ou profond ? C'est le défaut de Tacite, de Saint-Simon et de Montesquieu d'aboutir souvent à la subtilité en visant à la profondeur. La suite est plus vraie et plus philosophique. Les maires s'empareront insensiblement de toute la puissance en usurpant, une à une, les charges de la royauté. C'est ainsi que Pompée et César, en conservant les apparences républicaines, comme les maires gardent aux rois leur appareil, finirent par être les rois de la république. Les maires furent les rois de leurs rois et de la nation. N'estce pas là l'histoire ?

(1) Livre XXXI, chapitre IV.

l'esprit des lois 293

Les Mérovingiens s'étaient déshabitués de commander les armées. La mairerie en profita :

« La première fonction des maires du palais fut le gouvernement économique des maisons royales (1). Ils eurent concurremment avec d'autres officiers le gouvernement politique des fiefs, et, à la fin, ils en disposèrent seuls. Ils eurent aussi l'administration des affaires de la guerre et le commandement des armées ; et ces deux fonctions se trouvèrent nécessairement liées avec les deux autres. Dans ces temps-là, il était plus difficile d'assembler les armées que de les commander ; et quel autre que celui qui disposait des grâces pouvait avoir cette autorité ? Dans cette nation indépendante et guerrière, il fallait plutôt inviter que contraindre ; il fallait donner ou faire espérer les fiefs qui vaquaient par la mort du possesseur, récompenser sans cesse, faire craindre les préférences : celui qui avait la surintendance du palais devait donc être le général de l'armée. »

L'analyse est heureuse, quoique un peu fine.

Mais n'est-ce pas encore la force morale qui fait

ici défaut à l'auteur? et dans cette sécheresse

d'une raison purement historique, l'on regrette

(1) Livre XXXI, chapitre V.

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de ne pat voir une saule foi-, peint

traits, le malheur presque inévitable ou

trop jeunes ou livrés par des ambitieux t l'éner-

wninit du plaisir?

En remontant plus haut encore dans de la Providence, pourquoi l'historien n'a-t-il pas mis en relief, dans une génération de monarques impuissants, la punition divine des successeurs de Clovis, de toute une dynastie, qui, devenue chrétienne en un jour de victoire, et particulièrement protégée du Ciel, était retombée, pour ainsi dire , en abusant de la grâce , dans toute la férocité des mœurs barbares !

Alors, tout en châtiant les rois, Dieu sauvait son peuple et préparait ses nouvelles destin il élevait les maires au pouvoir. Parmi eux, il choisissait les amis des Papes et les vainqueurs des Sarrazins pour ancêtres de Charlemagne.... Sa providence ira-t-elle jamais demander à quelque race criminelle d'être le salut et la gloire d'une France chrétienne?

N'est-il pas fâcheux que Montesquieu, avec son génie de peintre et sa brièveté profonde, n'ait pas entrepris ce merveilleux tableau dont j'ai essayé l'esquisse en quelques lignes? Par un excès de pudeur religieuse, l'écrivain, qui su-

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bissait peut-être l'influence sévère du jansénisme, ménage singulièrement la présence de Dieu dans son œuvre.

Ce fut la famille de Pépin d'Héristal que Dieu choisit pour donner des successeurs aux princes de la famille de Glovis. a La victoire de Pépin sur Théodoric etson maire achevadedégrader les rois; celle que remporta Charles Martel sur Chilpéric et son maire Rainfroy confirma cette dégradation (1). »

Signalons ici un petit oubli de l'historien, la victoire de Charles Martel, à Poitiers, sur les Sarrazins, qui contribua surtout, en délivrant la France de l'étranger et de l'infidèle, à l'élévation des futurs Carlovingiens. Mais c'est une victoire de Dieu qui n'intéresse pas la politique humaine; elle n'eut, dans la pensée du Président, qu'une très légère influence surles Francs sans religion, et politiques à l'égal de l'auteur de Y Esprit des Lois.

Quant aux rois Mérovingiens, « ils étaient montrés, une fois chaque année, au peuple. Là, ils faisaient des ordonnances , mais c'étaient celles du maire ; ils répondaient aux ambassadeurs, mais c'étaient les réponses du maire (2). »

(1) Livre XXXI, chapitre VI.

(â) Livre XXXI, chapitre VI. « Le délire de la nation pour la famille de Pépin alla si loin , qu'elle élut pour maire un de ses

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Comment se fit officiellement le ; la

première à la second'- race I La manière dont l'entend l'écrivain mérite que nous citions tout un paragraphe où l'autorité des maires du palais est de nouveau expliquée (1) :

a Les rois n'avaient point d'autorité, mais ils avaient un nom; le titre de roi était héréditaire, et celui de maire était électif. Quoique les maires, dans les derniers temps, eussent mis sur le trône celui des Mérovingiens qu'ils voulaient, ils n'avaient point pris de roi dans une autre famille; et l'ancienne loi, qui donnait la couronne à une certaine famille, n'était point effacée du cœur des Francs.

» La personne du roi était presque inconnue dans la monarchie, mais la royauté ne l'était pas. Pépin, fils de Charles Martel, crut qu'il était à propos de confondre ces deux titres : confusion qui laisserait toujours de l'incertitude si la royauté nouvelle était héréditaire ou non ; et cela suffisait à celui qui joignait à la royauté une grande puissance. Pour lors, l'autorité du maire fut jointe à l'autorité royale. Dans le mélange de

petits-fils qui était encore dans l'enfance ; elle l'établit sur un certain Dagobert, et mit un fantôme sur un fantôme. » (1) Livre XXXI, chapitre XVI.

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ces deux autorités, il se fit une espèce de conciliation. Le maire avait été électif et le roi héréditaire. La couronne , au commencement de la seconde race , fut élective , parce que le peuple choisit; elle fut héréditaire, parce qu'il choisit toujours la même famille. »

Le raisonnement n'est pas sans quelque subtilité ; et l'on ne voit point, d'une façon assez claire, que le peuple ait élu, d'abord, sous les Mérovingiens, les maires du palais, puis leurs descendants, en qualité de rois ou d'empereurs, les uns après les autres. Cependant Charles le Gros fut déposé à laDiète de Tibur ; et l'assemblée, soutenue dans sa résolution par l'indignation populaire, choisit un autre souverain du même sang. En réalité, les Carlovingiens régnèrent sous le régime de l'élection.

Montesquieu a donc raison; et si nous remontons de nouveau à Pépin et à Charlemagne, leur conduite avant de mourir confirme son opinion (1). En un mot, la mairerie engendra un nouveau genre de royauté. Mais l'auteur n'est plus dans la vérité quand il fait du Pape, à l'origine de la seconde race, le complice d'une injustice :

(1) Capitulaire I, de l'an 806. Ed. Baluze.

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a Le Pore Lecointe, écrit-il 1 1 ), m i foi de

tous les monuments, oie que le Pape ait i

ce changement (de dynastie;; D ons

est qu'il auraitfait une injustice. Et il est admirable de voir un historien juger de ce que les hommes ont fait par ce qu'ils auraient dû faire. Avec cette manière de raisonner, il n'y aurait plus d'histoire . » C'est vrai. Néanmoins, en supposant ce fait authentique, le Pape Zacharie ne fut pas le complice d'une action injuste. En faisant dire au Pape : qu'il valait mieux donner le titre de roi « à celui qui en avait le pouvoir, » il répondait, si j'ose ainsi parler, d'une manière à la fois philosophique et théologique, à une question posée d'une manière ambiguë et captieuse, sans acception de personne. Il ne s'agissait pas de Pépin. Les Mérovingiens n'étaient pas en jeu, mais une question purement morale, à savoir : Est-il plus avantageux que celui-là ait le titre de roi qui en a le pouvoir? La réponse ne pouvait être douteuse; et Zacharie ne confirmait pas l'usurpation dont il n'était point parlé. Encore une injustice de moins sur le compte des Papes! Et je n'ai ici d'éloge à décerner qu'au souverain pontife Zacharie.

(1) Livre XXXI, chapitre XVI.

l'esprit des lois 299

Nous connaissons Charlemagne. A peine est-il mort que la monarchie préparée par les maires du palais, semble frappée d'impuissance. Louis le Débonnaire et l'empire sont admirablement caractérisés en quelques lignes. On me pardonnera de revenir sur ce sujet; je dois peindre la décadence de l'empire. Elle a deux causes, l'avarice du clergé et la perpétuité des fiefs.

« La force que Charlemagne avait mise dans la nation subsista assez sous Louis le Débonnaire, pour que l'État pût se maintenir dans sa grandeur et être respecté des étrangers. Le prince avait l'esprit faible , mais la nation était guerrière. L'autorité se perdait au dedans, sans que la puissance parût diminuer au dehors (1). »

« C'était, dit-il encore, un spectacle digne de pitié de voir l'état des choses en ces temps-là. Pendant que Louis le Débonnaire faisait aux églises des dons immenses de ses domaines, ses enfants distribuaient les biens du clergé aux laïques. Souvent la même main qui fondait les abbayes nouvelles dépouillait les anciennes. Le clergé n'avait point un état fixe. On lui ôtait, il regagnait; mais la couronne perdait toujours (2). »

(1) Livre XXXI, chapitre XXI.

(2) Livre XXXI, chapitre XXIII.

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Malheureusement, dan tbleau de L'anar-

chie qui suit le ind empereur,

clergé parait toujours occup pi'il

a perdu; c'est au moins L'avis de

« Charles ( 1) le Chauve fut celui qui attaqua le plus le patrimoine du clergé, soit qu'il fût le plus irrité contre lui parce qu'il avait dégradé son père à son occasion, soit qu'il fût le plus timide. Quoi qu'il en soit, on voit, dans les capitulaires, des querelles continuelles entre le clergé qui demandait ses biens et la noblesse qui refusait, qui éludait ou qui différait de les rendre, et les rois entre deux. »

Le dernier trait , par sa concision , rappelle Tacite. Mais le clergé n'a qu'un songe, la restitution de ses biens. Quelle petitesse, non pas de l'Église des Gaules, mais de cet écrivain dont la plume attaque, sans motifs sérieux, Y avarice du clergé 1 Je n'exagère pas :

« Charles Martel , Pépin et Charlemagne gouvernèrent l'un après l'autre la monarchie. Le premier flatta l'avarice des gens de guerre; les deux autres, celle du clergé; Louis le Débonnaire mécontenta tous les deux (î). b

(1) Livre XXXI, chapitre XXIII.

{%) Livre XXXI, chapitre XXI.

Arrivent les Normands. Dès 858, l'Église ne parle plus guère de la restitution des biens spoliés. Cependant les évêques « jettent encore quelques soupirs dans leurs remontrances à Charles le Chauve (1). »

Que ce soupir est bien trouvé!

Dans le danger commun , « le clergé et la noblesse parurent s'unir d'intérêt (2)... Il ne fut plus question que de réparer, en général, les torts faits dans l'Église et dans l'État. »

Il est heureux que Montesquieu rende enfin justice à ces prêtres avares qui s'unissent avec les nobles, leurs spoliateurs, pour défendre l'Église et la patrie menacées par le barbare et l'infidèle.

Quant aux rois (3), « tous les jours moins accrédités, et par les causes que j'ai dites, et par celles que je dirai, ils crurent n'avoir d'autre parti à prendre que de se mettre entre les mains des ecclésiastiques. »

Il y a biendes nuances dans la manière d'exprimer la même pensée, ou avec respect ou avec dédain 1

(1) Livre XXXI, chapitre XXIII.

(2) Livre XXXI, chapitre XXIII.

(3) Livre XXXI, chapitre XXIII.

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