‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 39 sur 51 · MO · texte numérisé non relu

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<( là où la loi du célibat est plus difficile à observer, elle a été retenue (1;, » et que dans le Nord, « où les pussions sont moins vives, elle a été proscrite. »

D'un mot, il ruine ici tout son échafaudage climatèriquc.

S'il ne faut pas trop multiplier les prêtres et les fêtes, gardons-nous aussi de propager, outre mesure, les disciples de Jésus-Christ. Tout parfaits que nous sommes, même à l'excès, nous passerions, à bon droit, pour des perturbateurs. Supposons un prince idolâtre ou d'une religion autre que la religion chrétienne. S'il « entreprend (2) dans son Etat de détruire ou de changer la religion dominante, il s'expose beaucoup. Il court plus risque de voir une révolution que par quelque tyrannie que ce soit.... La révolution vient de ce qu'un Etat ne change pas de religion, de mœurs ou de manières dans un instant et aussi vite que le prince publie l'ordonnance qui établit une religion nouvelle, >

a De plus, la religion ancienne est liée avec la constitution de l'Etat, et la nouvelle n'y tient

(1) Livre XXV, chapitre IV.

(2) Livre XXV, chapitre XI.

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point : celle-là s'accorde avec le climat, et souvent la nouvelle s'y refuse. Il y a plus : les citoyens se dégoûtent de leurs lois ; ils prennent du mépris pour le gouvernement déjà établi ; on substitue les soupçons contre les deux religions à une ferme croyance pour une; en un mot, on "donne à l'Etat, au moins pour quelque temps, et de mauvais citoyens et de mauvais fidèles. »

La thèse est abominable ; elle incrimine Jésus- Christ lui-môme qui a dit : Allez et prêchez l'Evangile à toutes les nations. L'erreur de Montesquieu vient de ce qu'il met toutes les religions sur le même pied, dans son indifférence parfaite, malgré ses protestations hypocrites. Or, la religion de Jésus-Christ a une force divine qui la fait accepter parce qu'elle est la vérité, et que les hommes, sans exception de climat, sont faits pour la vérité. L'expérience le prouve. A-t-on vu la religion, si puissante dès son origine, et qui recrutait les adorateurs du vrai Dieu dans l'aristocratie et dans le peuple, faire éclater des révolutions politiques dans l'Etat? Qui défendit mieux la patrie que la légion thébaine et la légion fulminant3 composées de chrétiens du Nord et du Midi? Est-ce que la charité, qui est le fondement du christianisme, et la douceur, qui en semble,

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pour ainsi dire, le délicieui parfum, ont rien qui nourrisse le soupçon entre les âmes des eitoyens ou les sectateurs des diverses religions ? >T'a-t-on pas vu, au contraire, les martyrs triompherde leurs bourreaux, les convertir, et la vérité, sans violence, s'emparer insensiblement d'une société corrompue pour la transfigurer à son image? Montesquieu prétend croire aux vérités révélées. Prétend-il que ce Dieu , qui est le sien, ait fait varier la vérité selon les climats et les formes de gouvernement, et qu'il ait envoyé à la terre un Christ à l'image de celui des Jansénistes, qui n'étendît ses bras que sur une partie de l'humanité?

En tout cas, si un prince voulait faire changer de religion à ses sujets, Montesquieu lui offre une recette infaillible : « les commodités de la vie, l'espérance de la fortune (l). »

Ce n'est pas ainsi que s'établit la foi dans ce royaume immense qui se nomme l'univers. Ni Dieu, ni le prince qui veut convertir son peuple ne sont des gens d'affaires qui amorcent le client par la poudre d'or des belles paroles. L'idéal de la religion, c'est le sacrifice. On ne le comprend pas, on ne le pratique pas sans souffrir.

(1) Livre XXV, chapitre XII.

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De tout cela, Montesquieu ne sait pas le premier mot. C'est pourquoi il conseille à un prince de corrompre son peuple pour le convertir.

Ce qui vaut mieux, c'est de rester dans l'ornière de l'idolâtrie. Au Japon, l'obéissance est tout, en religion comme dans le reste, a La loi du Japon punit sévèrement la moindre désobéissance (1). On ordonna de renoncer à la religion chrétienne : n'y pas renoncer , c'était désobéir ; on châtia ce crime; et la continuation de la désobéissance parut mériter un autre châtiment. »

Montesquieu admet, et nous le notons ici, que dans un Etat despotique le souverain (2) soit en même temps le grand pontife, maître à la fois du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. C'est, à son avis, la nature du gouvernement despotique. Alors il nous faut conclure que le souverain du Japon n'a fait qu'accomplir son devoir de pontife, en ordonnant à ses sujets d'obéir à la religion de l'Etat, et de se garder contre les séductions d'une religion étrangère, sans aucun droit sur le pays. Les Japonais chrétiens ont été, par conséquent, des rebelles justement punis de leur désobéis-

(1) Livre XXV, chapitre XIV.

(2) Livre XXV, chapitre VIII. Du pontilicat.

a La nature du gouvernement despotique est de réunir sur une même tête tous les pouvoirs. »

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sancc, comme les chrétiens étrangers ont dû subir, en toute justice, le martyre, pour avoir engage les Japonais à changer de culte.

Aussi, « en fait de religion (1) », voici le principe fondamental des lois politiques, » selon Montesquieu: « Quand on est maître de recevoir dans un Etat une nouvelle religion ou de ne pas la recevoir, il ne faut pas l'y établir (-2). »

On peut donc justifier à la fois le souverain du Japon et les empereurs romains maîtres absolus delà religion comme du reste. A la rigueur, Jésus- Christ ne fut qu'un rebelle contre les dieux du capitole, ou du moins, en un lieu où toutes les idolâtries avaient pleine licence, l'auteur d'une religion qui n'avait pas été autorisée. Elle n'eut droit, dans la suite, qu'à la tolérance. En effet, quand « une nouvelle religion est établie, » alors,

(1) Livre XXV, chapitre X.

(2) Livre XXV, chapitre X. — Une note de Montesquieu qui se rapporte à ce chapitre met la religion chrétienne en dehors de ce principe. «Elle est le premier bien. » Alors pourquoi l'exclure au Japon où elle est odieuse et a provoqué une horrible guerre entre les tribunaux et les accusés? (Livre XXV, chapitre XIV.) Il est vrai que la loi, civile et religieuse, à la fois, en est cause ; mais cette union est dans la nature du gouvernement despotique, aussi légitime que les autres gouvernements. L'empereur du Japon a donc bien fait; et Montesquieu a fléchi le genou devant le premier bien, pour l'attaquer ensuite plus à son aise.

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il « faut, » suivant le Président, « tolérer , » le culte qu'on a laissé s'implanter. C'est tout.

Sans doute, les Orientaux admettent, en général, et Montesquieu avec eux, que toutes les religions sont bonnes; « mais il n'en résulte pas qu'une religion apportée d'un pays très éloigné, et totalement différente de climat, de lois, de mœurs et de manière, ait tout le succès que sa sainteté devrait lui promettre. Cela est surtout vrai dans les grands Etats despotiques.... »

Pourquoi ne pas nommer l'empire romain et Jésus-Christ?

Mais comment arrive-t-il qu'une religion nouvelle s'établisse contre le droit public de certains Etats, surtout de l'Etat despotique?

<( On la tolère d'abord par une ignorance extrême de tout; mais bientôtdes disputes s'élèvent; et comme cet état, par sa nature (1), demande surtout la tranquillité »

Et la vérité, qu'en faites-vous ? Est-ce qu'elle est incompatible avec la tranquillité d'un Etat despotique?

« .... On proscrit d'abord la religion nouvelle et ceux qui l'annoncent : les disputes entre ceux qui prêchent venant à éclater, ou commence à se

(t) Livre XXV, chapitre XV.

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dégoûter d'une religion dont ceux mêmes qui la proposent ne conviennent pas. »

Peut-on mieux insinuer et plus hypocritement que le Christianisme, incompatible avec un grand Etat despotique « où le moindre trouble peut tout renverser, n a encore l'inconvénient d'exp* aux regards des gens à convertir le scandale des disputes théologiques et des sectes acharnées les unes contre les autres? Le catholicisme est, sans doute, l'une de ces sectes. Il aurait tort de troubler la tranquillité profonde d'un grand empire despotique. Il a eu tort, répétons-le, de naître dans l'empire romain, de s'y développer et de l'absorber. SiMontesquieu était né en même temps que Jésus-Christ, il eut peut-être empêché le Christianisme d'agiter la paisible pourriture d'un grand empire! Et tout eût été pour le mieux, si l'ancien monde était demeuré dans sa tranquillité parfaite, sans avoir rien à souffrir d'une religion nouvelle et révolutionnaire au premier chef!

Donc, la vérité, c'est tout ce qu'il y a de bon, mais en germe, en principe. Qu'elle se garde bien de sortir de sa divine immobilité ! Qu'elle laisse l'erreur en paix! Et si, par hasard, malgré ce beau système, elle a pu s'établir au monde, qu'elle tolère ses ennemis, qu'elle n'offre aucun obstacle

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aux progrès de l'hérésie. En France, par exemple, de quel droit le souverain, qui n'est pas un despote, ni un pontife, s'opposerait-il à l'entrée d'une nouvelle religion, ennemie du catholicisme? Car la religion n'a rien à voir avec la politique.

Il se rencontre ici une difficulté, c'est que la vérité a contre l'erreur des droits imprescriptibles et inaliénables. Elle est la lumière, elle a le droit d'éclairer; elle a le droit de chasser les ténèbres. C'est même sa nature; autrement elle ne serait pas la lumière. La vérité doit exercer son empire sur les princes chrétiens, despotes ou autres; et ceux-ci ne peuvent mieux lui témoigner leur soumission, qu'en la protégeant; c'est protéger les peuples dont ils sont les pasteurs. C'est plus que leur droit; c'est leur devoir.

Mais Montesquieu cherche une issue. Il l'a déjà dit ou à peu près : « Nous sommes ici politiques et non pas théologiens, (1) » et a lorsque les lois d'un Etat ont cru devoir souffrir plusieurs religions, » ainsi que le doivent faire les lois des gouvernements modérés, à la différence des gouvernements despotiques, a il faut qu'elles les obligent aussi à se tolérer entre elles. C'est un principe que toute religion qui est réprimée,

(1) Livre XXV, chapitre IX.

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