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devient elle-même réprimante ; car sitôt que, par quelque hasard, elle peut sortir de l'opp elle attaque la religion qui l'a réprimée, non pas comme une religion, mais comme une tyrannie.
» Il est donc utile que les lois exigent de ces diverses religions qu'elles ne troublent pas l'Etat, mais aussi qu'elles ne se troublent pas entre elles. »
En un mot, Montesquieu s'arrange de façon à fermer au catholicisme tout accès dans les Etats despotiques, et à donner une entrée libre à l'hérésie dans les Etats modérés.
C'est la charité libérale prise en flagrant délit, et l'hérésie politique de notre siècle mise dans son plus beau jour. Il est certain que l'observateur a en vue, malgré la générosité apparente de sa thèse, l'Europe et la France en particulier.
Au rebours de Montesquieu nous disons :
C'est un principe que toute erreur religieuse, dans un Etat modéré ou ailleurs, si elle est acceptée, domine la société jusqu'à la tyrannie. Elle s'insinue d'abord, elle s'enracine insensiblement, elle pousse; ce n'est rien... Elle grandit; c'est l'arbre empoisonné du mancenillier; il a le plus bel ombrage du monde pour abriter le pauvre contre toutes les misères de sa condition ; il a des fruits et des fleurs merveilleux à voir : la tolé-
l'esprit des lois 479
rance, la liberté, le progrès. C'est à s'y tromper. Sous son feuillage, on ne souffre plus.... et le christianisme, cet arbre sans ombre des déserts de la Judée, le christianisme impose le sacrifice et la souffrance.
Laissons l'image et disons la vérité toute nue : l'erreur a son charme tout humain et qui triomphera de la vérité , si le prince ne se raidit pas contre l'hérésie de toute la force de sa foi et de toute l'autorité chrétienne de la loi politique et religieuse à la fois. La chose est-elle possible aujourd'hui dans toute sa rigueur? Non, peutêtre. La faute en est à Montesquieu et à ses pareils.
En somme, une religion fausse ne s'introduit pas dans un pays par la nécessité ou la nature d'un gouvernement modéré, mais par la lâcheté du gouvernement qui n'a pas, à temps, soutenu la vérité. C'est le protestantisme, par exemple, qui entre à Genève par la mollesse des défenseurs du catholicisme et produit la tyrannie de Calvin. Ce sont les princes d'xUlemagne qui cachent dans leurs châteaux Luther et son hérésie. Et l'Allemagne, grâce à la cupidité ou à l'impudicité de ses princes, devenue protestante, sera dévorée un siècle durant par les guerres religieuses. C'est de l'histoire.