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Est-ce à dire que la répression de l'erreur doitètre cruelle? Non, certes. Et la loi chrétienne doit être modelée sur l'éternelle justice. L'Espagne même ne l'a pas oubliée. En thèse générale, et
malgré quelques excès particuliers, L'Espagne s'est conservée catholique, au dix-neuvième siècle, par la constante répression de l'hérésie aux siècles précédents. Y voit-on pour cela, comme le prétend avec terreur l'honnête Président, que l'erreur soit devenue réprimante parce qu'elle a été réprimée? Non que je sache. Même, partout où l'Espagne a régné, en Europe aussi bien qu'en Amérique, la foi catholique est restée vivace, ou a laissé des traces ineffaçables en Belgique, en Autriche, dans l'Allemagne du Sud. Je ne confonds pas l'Allemagne avec la Prusse. Enfin, où s'est-il moins versé de sang qu'en Espagne, au nom de la religion ?
Peu importe. Tout sera sauvé pourvu qu'on propagel'erreurauxdépens de la propagation delà Foi.
Un mot, pour finir, sur la tolérance de Montesquieu si intolérante pour le catholicisme. Le catholicisme, à son sentiment, ne se propage que par ce qu'il est intolérant :
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« Il n'y a guère que les religions intolérantes qui aient un grand zèle pour s'établir ailleurs, parce qu'une religion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation (1). »
S'il y a une religion qui aime à se propager, qui se propage et qui soit apostolique, avant tout, c'est la nôtre ; c'est la seule. C'est donc, répétonsle, notre foi qui est en cause, et qui est intolérante. Le Président a beau dire que « ce sera une très bonne loi civile, lorsque VEtat est satisfait de la religion déjà établie, de ne point souffrir l'établissement d'une autre (2) ; » les précautions môme dont il s'entoure montrent qu'il craint de se perdre, en glissant sur un terrain dangereux, d'en dire trop, et de trop oser. D'ailleurs la religion établie devra « n'enpointsouffrir une autre, » si l'Etat est satisfait. C'est le comble! C'est l'assujettissement de la loi religieuse à la loi civile, de la religion à la politique ; c'estla servitude de l'Eglise; c'est la tyrannie de l'Etat.
Oppression pour oppression, je préfère celle de la vérité religieuse qui n'opprime et ne tyrannise que nos passions et l'erreur.
C'est pourtant un épouvantable abus. Si nous en
(1) Livre XXV, chapitre X.
(2) Livre XXV, chapitre X.
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croyons Montesquieu, L'Espagne l'a porté au dernier degré en établissant l'inquisition, d'accord L'Etat. Montesquieu résume sa pensée contr<
catholicisme pour la tolérance, dans une « l humble remontrance aux inquisiteurs d'Espagne
et de Portugal (1). »
Une juive de 1 8 ans, brûlée à Lisbonne, au dernière auto-dafé, donne occasion à ce chapitre nouveau qui est le xme du Livre xxve :
a L'auteur (de lalettre)déclareque,quoiqu'ilsoit juif, il respectela religion chrétienne: etqu'il l'aime assez pour ôter aux princes qui ne sont pas chrétiens,un prétexte plausible pour h persécuter.
Le Juif, c'est Montesquieu, le même qui fut Usbeck et Rica, toujours à la poursuite d'un idéal politique où la religion serait à l'index , au moins noyée dans l'indifférence, sous prétexte d'impartialité et d'apaisement général.
« Vous vous plaignez, dit-il, aux inquisiteurs, de ce que l'empereur du Japon fait brûler à petit feu tous les chrétiens qui sont dans ses Etats; mais il vous répondra : Nous vous traitons comme vous nous traitez vous-mêmes. »
(lj Montesquieu dit ailleurs : Le tribunal de l'inquisition; formé par les moines chrétiens sur Vidée du tribunal de la pénitence, est contraire à toute bonne police (Livre XXVI, chapitre XI.)
Avec cette différence que l'empereur du Japon est toute la loi, chez lui, tandis que les Juifs sont brûlés, en Espagne, quand au mépris de leurs engagements ils ont transgressé la loi divine et la loi humaine.
Ce qui suit est singulier. Le prétendu juif ne comprend pas qu'on soit châtié pour suivre une religion que Dieu a aimée. Il n'ajoute pas : à laquelle Dieu a substitué une loi meilleure dont les Juifs n'ont pas voulu, obstinés dans la loi ancienne jusqu'à devenir déicides. Et encore l'inquisition ne punissait-elle que les séditieux, c'est-à-dire les relaps, de nouveau meurtriers de Jésus-Christ, malgré la loi qu'ils avaient embrassée (1). De cela pas un mot. Des antithèses ne sont pas des raisons.
Le Juif Montesquieu est-il plus fort en continuant? Il reproche aux chrétiens jadis multipliés par le martyre, de prendre le rôle de Dioclétien et d'être persécuteurs à leur tour :
« Vous voulez que nous soyons chrétiens, dit-il, et vous ne voulez pas l'être. »
Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences
(i) L'inquisition laissait les juifs libres de pratiquer leur religion. Elle intervenait contre les apôtres du Judaïsme et les relaps. C'étaient des séditieux qui mettaient en péril la foi et la religion de l'Etat. (Voir les lettres de Maistre sur l'Inquisition Espagnole.)
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et la beauté des contrastes. Encore une fois, les Juifs n'étaient condamnés au feu que pour une ou plusieurs rechutes, après avoir reçu les en gnements d'une religion à laquelle son auteur avait donné une force divine sur le cœur, l'intelligence et la volonté des catéchumènes. Ou bien ils avaient menti, en ayant l'air de se laisser convaincre et persuader ; c'étaient des hypocrites ; ou bien ils avaient cru, et c'étaient des renégats. La loi, dans un pays catholique, la loi civile et religieuse à la fois, les punissait, suivant l'usage, d'un crime poursuivi par l'universelle réprobation. C'était le feu; ce serait aujourd'hui la guillotine ; ce sera demain le poison. Peu importe. Il n'y a là rien que de légal et de légitime. Ne nous laissons pas prendre à la déclamation de phrases semblables à celles-ci :
« Si vous ne voulez pas être chrétiens^soy ez au moins dèslîômmes. >>
En un mot, ne faites pas haïr la vraie religion, si vous la possédez, par la manière cruelle dont vous en interprétez les leçons. Montesquieu suppose toujours, et c'est son tort, la parfaite bonne foi de ceux que l'inquisition condamnait. Faut-il le redire ?... L'écrivain a déplacé la question par un véritable sophisme.
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La suite est des plus pathétiques. Le Juif espère, s'il est brûlé, que Dieu le récompensera « de n'avoir pas voulu profaner ses mystères. » Autre sophisme, Montesquieu sort du sujet; il n'en estpas moins philosophe. Il s'adresse toujours aux inquisiteurs :
a Vous vivez dans un siècle où la lumière naturelle est plus vive qu'elle n'a jamais été, où la philosophie a éclairé les esprits, où la morale de notre évangile a été plus connue, où les droits respectifs des hommes les uns sur les autres, l'empire qu'une conscience a sur une autre conscience sont mieux établis. Si donc vous ne revenez pas de vos anciens préjugés, qui, si vous n'y prenez garde, sont vos passions, il faut avouer que vous êtes incorrigibles, incapables de toute lumière et de toute instruction ; et une nation est bien malheureuse qui donne de l'autorité à des hommes tels que vous. »
Montesquieuignoraitdoncqueles Juifs, obstinés dans la lettre d'une religion dont ils n'ont pas le sens, (autrement ils seraient chrétiens) ne se sont jamais guère occupés de l'empire d'une conscience sur une autre conscience, ni de la liberté des cultes, ni de tout le galimatias des gouvernements modérés, modernes et parlemen-