CHAPITRE V
Le dernier mot de la politique de Montesquieu.
Nous savons l'idée que se fait le Président de ce qu'il y a de plus essentiel à l'homme : la loi, la liberté, l'égalité et le reste. En abaissant ou en réduisant à rien la vertu, l'honneur, la pudeur, tout ce qui nous élève, tout ce qui nous grandit à nos yeux, en nous naturalisant à l'excès, il nous énerve, il nous matérialise. Il garde l'étiquette de Dieu au frontispice d'un livre uniquement consacré à la louange et à l'établissement du bien-être. Sa morale tient aux fibres; elle varie suivant les climats, comme la loi humaine qui n'a rien à voir avec la loi divine. La vertu, telle qu'il l'entend, est politique ou privée ; dans les deux cas, elle n'est plus la même. La vertu peut devenir vice et le vice vertu, suivant l'occasion et la différence des lieux, au Japon ou en Espagne, à votre foyer ou bien dans l'hémicycle d'une assemblée parlementaire. Montesquieu prétend être, en son
particulier, un adorateur des vérités révélées ; en public, sa religion c'est la tolérance, ou plutôt une indifférence imprégnée de haine pour le catholicisme. C'est, à dire vrai, un mélange du culte de la nature et du culte de l'Etat ; c'est surtout la religion du Gode civil. Que Dieu ne se mêle pas des lois, ni aux lois ; s'il le fait, c'est un révolutionnaire, se nommât-il Jésus-Christ. Loué quelquefois pour la forme, Jésus-Christ est soupçonné, écarté, subjugué par la loi civile, ou proscrit. Non, il est ; il vit. Seulement il a eu tort de soumettre cet empire despotique, l'empire romain, où il a multiplié les séditieux comme au Japon. Qu'il soit comme s'il n'était pas. Il a conquis le monde ; le monde aurait soulfert sans lui beaucoup moins de révolutions.
La vérité, si elle est la vérité, en sortant de son nuage, a prétendu éclairer la terre; elle l'a livrée en proie aux guerres civiles et à l'inquisition; elle a versé des flots de sang; et les souverains qui ont essayé de protéger contre elle leurs sujets, n'ont pas été des persécuteurs, mais des juges armés du glaive de la loi contre des citoyens ou des étrangers désobéissants et séditieux. Montesquieu ne le dit pas en toutes lettres; il entoure sa pensée d'habiles circonlocutions; l'expression,