‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 44 sur 51 · HO» DUC · texte numérisé non relu

HO» DUC

pour être prudente, n'en est que plus dangereuse. Il faut épier la | de l'écrivain, la saisir au passage ; c'est ce que nous avons essaye. Plus d'une fois nous avons mis la main sur le fond immobile du mal, à peine dissimulé sous la mobilité d'une phrase où se distribue, à petite dose, le poison entre cent paragraphes qui semblent se contredire dans une impartialité poussée jusqu'à l'excès. Renan n'a pas mieux pratiqué l'art délicat des nuances.

Pour finir, nous connaissons les préférences politiques et parlementaires du Président ; il est pour la constitution d'Angleterre, pour une monarchie tempérée et républicaine, telle qu'elle se réalisa en 1830, monarchie où la paix intérieure naît de l'anarchie des opinions, et l'équilibre du corps social des mouvements contradictoires de ses diverses parties. Ce n'est pas ce qui se passe dans la nature où la santé du corps, selon le dessein du plus intelligent des architectes, dépend de l'heureuse harmonie de tous nos organes. Montesquieu a voulu mieux faire que l'auteur du monde; et l'équilibre de son gouvernement remet en mémoire celui d'un homme en état d'ivresse. Par miracle, il se tiendrait debout quelque temps, malgré la lutte de ses membres entraînés en sens divers,

l'esprit des lois -491

ou de sa volonté en désaccord avec ses pieds. C'est là l'image du jeu pacifique des oppositions sous le régime parlementaire.

Il nous reste, maintenant que nous connaissons le philosophe, le moraliste, l'homme religieux et politique, à découvrir ses dernières conclusions, ou plutôt à admirer, les larmes aux yeux, le tableau fidèle du bonheur d'un peuple conforme aux institutions chères à Montesquieu. Ordinairement, c'est à la fin qu'un auteur conclut, en résumant sa doctrine. Il n'en est pas ainsi dans l'ouvrage de Montesquieu. Il a inscrit au chapitre XXVII du livre XIX, le dernier mot de la félicité publique chez une nation libre, c'est-à-dire gouvernée suivant la mode anglaise.

Le chapitre est intitulé : « Gomment les lois peuvent contribuer à former les mœurs, les manières et le caractère d'une nation. »

Nous savons déjà que l'étiquette n'est pas toujours en rapport avec la pensée de l'auteur ; elle l'aide parfois à sauver les apparences; ici elle est insignifiante, en comparaison de ce que nous avons à lire et à discuter.

« J'ai parlé, dit Montesquieu, d'un peuple (1). J'ai donné les principes de sa constitution. Voyons (I) Livre XI, chapitre VI. De la constitution d'Angleterre.

Page 1