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les effets qui ont du suivre, le caractère qui a pu s'en former, et les manières qui en résultent. »
Premiers effets du gouvernement parlementaire.
« Comme il y aurait dans cet Etat deux pouvoirs visibles, la puissance législative et l'exécutrice, et que tout citoyen y aurait sa volonté propre, et ferait valoir à son gré son indépendance, la plupart des gens auraient plus d'affection pour une de ces puissances que pour l'autre, le grand nombre n'ayant pas ordinairement assez d'équité ni de sens, pour les affectionner également toutes les deux. »
Nous avons d'abord à vider une question de principes. Qu'est-ce que cette liberté ou indépendance, qui permet à tout citoyen de choisir, de son plein gré, entre la puissance législative et l'exécutrice (1)? Est-ce que nous pouvons diviser notre respect et notre affection, et les donner aune partie de l'autorité, pas à l'autre? Est-ce que l'autorité, sous ses diverses formes, ne présente pas à notre volonté un tout indivi-
(1) Ici nous devons nous rappeler que Montesquieu, malgré l'air d'impartialité qu'il affecte, témoigne en tous lieux sa préférence pour le gouvernement soi-disant modéré et parlementaire, où l'exécutrice n'est rien , mais surtout au chapitre VI du livre XI.
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sible et comme un faisceau dont les parties sont inséparables? Est-ce que l'unité n'est pas son essence même? D'autre part, j'imagine difficilement les citoyens d'une nation parlementarisée, inquiets de choisir à qui ils donneront leur amour, de Louis-Philippe, l'exécuteur des hautesœuvres de la Législative, ou de la Législative elle-même. Chaque citoyen, d'habitude, s'il suivait sa naturelle impulsion, irait droit au prince pour l'aimer, vu qu'un prince se voit, tandis que les Assemblées, chose fort vague, passent leur temps à faire des codes de lois indéchiffrables et que le peuple n'a pas le temps d'étudier. En dernier ressort, celui-ci déclare, d'instinct, pour la puissance législative qui est la plus forte, et qui change, à son gré, le roi ou la volonté du roi. Quelques brouillons, de mauvais maçons politiques, gâchent un nouveau gouvernement, toujours le même et parlementaire. Les bourgeois, qui ne sont pas tous les citoyens, frappent des mains; la grande majorité chôme quelques jours sans travail ; elle n'a rien choisi. Les uns, à Paris, étudiants ou ouvriers, ont fait la guerre des rues ; les autres, en province, ont admiré le passage rapide de quelque météore nouveau ou de quelque étoile filante, dontla lumière a ébloui leurs regards.
C'est Thiers ; c'est Guizot. La foule a su que taient de grands hommes et qui parlaient bi
Où est l'amour? Où est l'estime tle choix?
Le législateur continue :
u Et comme la puissance exécutrice, disposant de tous les emplois, pourrait donner i ades
espérances et jamais de craintes, tous ceux qui obtiendraient d'elle seraient portés à se tourner de son côte. »
Au fond, l'affection pour la puissance exécutrice, c'est l'intérêt. On sait ce qu'il vaut; et les amis du souverain seraient les fonctionnaires, gens qui se nourrissent aux dépens de l'exécutif, tant qu'il est Là, se cachent quand il est en péril, et se tournent vers l'orient d'un nouveau pouvoir avec la même aisance que l'aiguille aimantée se tourne vers le pôle. Ils ne pourraient même faire autrement; il faut vivre.
Rien n'est plus réel que cette fin du paragraphe :
« Et l'exécutrice pourrait être attaquée par tous ceux qui n'en espéreraient rien. »
Non seulement l'exécutrice pourrait être, mais serait, mais est attaquée, et le sera, dans les siècles des siècles, sous un régime débonnaire, par la force du peuple mise au service des avocats,
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des folliculaires, des universitaires, des pamphlétaires et des athées. Leur essence est de détruire tout ce qui cherche à s'élever; leur nature foncière, c'est la jalousie; ils jouissent (en attendant qu'ils soient préfets, sous-préfets, directeurs de prisons, commissaires et autoritaires, sous un nouveau gouvernement) du délicieux plaisir de berner l'exécutif, cet injuste détenteur des appointements, des croix et des pensions, de se le passer, en le souffletant, en le salissant, en le bafouant, chacun à son tour. Du reste, je n'ai fait que prévenir la pensée du Président luimême :
« Toutes les passions y étant libres (sous le régime parlementaire), la haine, l'envie, la jalousie, l'ardeur de s'enrichir, de se distinguer, paraîtraient dans toute leur étendue. »
Quel bonheur!
« Et si cela était autrement, l'Etat serait comme un homme abattu par la maladie, qui n'a point de passions, parce qu'il n'a pas de force. »
Donc la haine, l'envie, la jalousie, sont des passions qui prouvent la force de l'homme. Ce sont ces passions là, qui empocheront l'Etat de ressembler à un homme abattu par la maladie. En somme, l'Etat sera en parfaite santé, guéri d'une maladie,
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n'importe laquelle, par trois autres maladies, que
j'appellerais bien trois ignobles pustules, l'envie, la jalousie, la haine !
Et « la haine qui serait entre les deux partis durerait, parce qu'elle serait toujours impuissante, o
Il me semble que Montesquieu veut dire ceci, mais dans un langage trop bref, pour ne pas être obscur, et qui vise à la profondeur politique :
Les passions, ayant une égale force, se neutraliseraientmutuellement et maintiendraient le corps social dans l'équilibre parfait et le mouvement perpétuel. Voici comme : Les deux chambres sont occupées sans cesse à tourmenter l'exécutrice, à se tourmenter entre elles, et à se tourmenter ellesmêmes, chacune à part. Imaginez l'une des deux. Il s'agit de la haute chambre ou de la basse. L'orgueil d'un côté, la jalousie de l'autre, sont en lutte et ne permettent pas un seul instant de langueur, même au fort de l'été, dans cette assemblée toujours hors d'elle-même, sous la canicule des passions. Pas de repos! Et remarquez bien la beauté du système. Dès qu'une passion prétend l'emporter sur une autre passion, la cupidité sur la haine ou la haine sur la jalousie (c'est toujours la haine), la sonnette du Président
rétablit l'égalité, et par conséquent l'équilibre. On ouvre une croisée, on établit un courant d'air, qui refraîchit les têtes un peu montées; et si cela ne suffit pas, on signe une adresse menaçante à ce roi impuissant, qui a commis quelque abus de pouvoir ; on agite en l'air le mannequin royal ; cela distrait, cela change les idées. C'est un dérivatif.
De cette manière, les passions, toujours en lutte, toujours entretenues, sont toujours inoffensives. Et les bourgeois, ou le peuple, admirent d'en bas les beaux coups de foudre qui ont éclaté, sans blesser personne, entre les nuages chargés d'électricité. Voyez plutôt :
« Ces partis étant composés d'hommes libres, si l'un prenait trop le dessus, l'effet de la liberté ferait que celui-ci serait abaissé, tandis que les citoyens, comme les mains qui secourent le corps, viendraient relever l'autre. »
C'est le jeu de bascule; c'est le métier des acrobates qui vont souvent de la corde à terre, et de la terre en terre. C'est l'idéal du Président.
« Comme chaque particulier, toujours indépendant, suivrait beaucoup ses caprices et ses fantaisies, on changerait souvent de parti.... n
La liberté, c'est donc la fantaisie. Il me semble que Montesquieu, dont la définition a déjà varié,
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définissait mieux, une fois au moins, la Liberté. Il achève :
« .... On abandonneraitun parti où l'on laisserait tous ses amis, pour se lier à un autre dans lequel on trouverait tous ses ennemis.»
Si j'ai bien compris, la paix, dans un gouvernement parlementaire, se fonde sur les mauva passions; l'amitié n'est qu'un nom. On change d'amis suivant l'intérêt, comme de vêtements suivant la saison. C'est bien cela; en voici la preuve :
« Souvent, dans cette nation, on pourrait oublier les lois de l'amitié et celles de la haine. »
Ni haine, ni amitié! La glace de l'égoïsme, tel doit être le fond de la politique ; ses moyens, les plus mauvaises passions; son but, les satisfactions mauvaises du cœur et de toutes les fantaisies d'une fausse indépendance.
Ce n'est pas tout :
« Le monarque serait dans le cas des particuliers ; et, contre les maximes ordinaires de la prudence, il serait souvent obligé de donner sa confiance à ceux qui l'auraient le plus choqué, et de disgracier ceux qui l'auraient le mieux servi, faisant par nécessité ce que les autres princes font par choix. »
L'analogie entre les particuliers et le monarque n'est point exacte. Les particuliers changent d'opinion par intérêt ou par fantaisie, le monarque par nécessité. En effet, le souverain, à chaque nouveau ministère, met aux combles le drapeau de la veille, et le jette sur le drapeau de l'avantvcille, en attendant qu'il y ajoute le drapeau du jour que chassera le drapeau du lendemain. Il n'a pas d'opinions à lui, parce qu'il est le roi parlementaire et que le parlement est son roi ; il suit les opinions de ses ministres, et son unique emploi, sous un vêtement royal, c'est d'ouvrir la bouche pour souffler le chaud et le froid, d'être l'ennemi de ses amis ou l'ami de ses ennemis. Une telle posture peut plaire à quelque président de république ; on n'osa l'offrir à Henri V. Montesquieu l'aurait refusée... Il n'aurait pas dédaigné peut-être de devenir le ministre omnipotent d'un roi minuscule et couronné d'un bourrelet.
Nous avons jusqu'ici à peine parlé du peuple. Quel serait son rôle ? Le voici :
« On craint de voir échapper un bien que l'on tient, que l'on ne connaît guère, et qu'on peut nous dérober; et la crainte grossit toujours tes objets. Le peuple serait inquiet sur sa situation,
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et croirait être en danger môme dans Les moments les plus sûrs. »
Donc le roi ne serait rien, et le peuple pas grand'chose. Son bien, son pouvoir, il le sentirait un peu, ne le connaîtrait guère. On lui en ferait accroire ; alors il serait inquiet ; c'est naturel. Il ne saurait pas ce qu'il est.
« D'autant mieux que ceux qui s'opposeraient le plus vivement à la puissance exécutrice, ne pouvant avouer les motifs intéressés de leur opposition, augmenteraientles terreurs du peuple, qui ne saurait jamais, au juste, s'il serait en danger ou non. Mais cela même contribuerait à lui faire éviter les vrais périls où il pourrait dans la suite être exposé. »
Pauvre peuple, qui devrait vivre, sans cesse, dans les anxiétés d'un péril plus ou moins chimérique, pour éviter quelque danger futur ! N'est-ce pas là un peuple imaginaire ? Y a-t-il là rien de réel? Le peuple a-t-il le temps d'avoir à ce point de l'imagination? Il laboure, il forge; il sème le blé, il cuit le pain, il le vend, il en mange, car il faut vivre ; après avoir bien travaillé, il dort un peu; il donne ses enfants à l'armée plus que les heureux du siècle. Dans un état bien organisé, il obéit à la loi qui le protège; il aime l'autorité, d'instinct;
il voit de loin l'appareil royal et celui de la politique avec admiration ; il a confiance dans une royauté bien assise, traditionnelle, et dont il sent, dont il devine le principe divin, rétablissement sur des bases chrétiennes. Voilà le vrai peuple, celui d'avant 89, et qui n'avait pas encore respiré l'envie au souffle de Rousseau, l'impiété au souffle de Voltaire et de tous les francs-maçons venus de la Grande-Bretagne. Mais il y a un autre peuple, celui du régime parlementaire, qui ne fait rien, qui n'est rien, qui tremble, et qui passe son temps à imaginer des périls chimériques. Il vit, transi de peur, sous un roi qui n'a pas d'opinion ni d'éperon.
Heureusement qu'il y a des chambres et des citoyens. On en a parlé.
Les citoyens et le peuple, c'est donc deux choses différentes? N'y aurait-il de puissants que les députés et les bourgeois? Le reste, monarque et peuple, ne serait-ce qu'une fiction politique? Même il me semble que le Corps législatif est tout ou à peu près :
« Le Corps législatif, ayant la confiance du peuple, et étant plus éclairé que lui, il pourrait le faire revenir des mauvaises impressions qu'on lui aurait données et calmer ses mouvements, d
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Vous voyez d'ici le Corps législatif calmer les
mouvements populaires et la coufianee admirable du peuple pour les Législatem
Il n'y a pas à en douter, le Parlement est le vrai souverain, le modérateur pacifique, le ri lateur suprême. Il élève, il abaisse, il excit apaise; il fait naître des inquiétudes, il les dissipe.
Le peuple, lui, sert à modérer le roi dans- son excès de puissance, etilmodère lui-même le peuple dont la brutalité pourrait menacer cet enfant mis en tutelle, le roi. Si l'on me permet de figurer le Parlement sous la forme d'un seul personnage, je l'admire monté sur son piédestal : un balancier à la main, il règne, en faisant monter tantôt le plateau de l'exécutrice, ettanlôtceluidu populaire.
0 la belle théorie! et comme elle est juste, en ce siècle où le peuple a, tant de fois, comme Gulliver chez les Lilliputiens, tenu l'exécutif dans une main et le Parlement dans l'autre, jouant avec les deux, et les çscamotant chacun à son tour!
Néanmoins, rien n'égale ce genre de gouvernement dans lequel le peuple n'a pas une puissance immédiate, à la différence des démocraties anciennes « où les agitations avaient toujours leur effet. »
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Est-ce qu'il en serait autrement chez nous? Il n'y a pas moins d'orateurs ou d'agitateurs en France qu'à Athènes, flatteurs du peuple, et qui lui montrent du doigt le trône ou le fauteuil à détruire, fauteuil et trône d'un velours de rencontre. En un tour de main, c'est fini, et les « agitations ont toujours leur effet. » Rien n'a changé, hormis que dans les républiques anciennes, surtout aux premiers siècles, les citoyens étaient peu nombreux, ce qui fait que chaque révolution y paraît, en comparaison des nôtres, un orage dans un verre d'eau.
Parlons encore des terreurs imaginaires du peuple, si sagement entretenues dans l'intérêt public :
(( Quand les terreurs imprimées n'auraient point d'objet certain, elles ne produiraient que de vaines clameurs et des injures... »
Illusion. Jamais le peuple ne s'émeut, jamais ce lion ne rugit en vain.
« .... Elles auraient même ce bon effet qu'elles tendraient tous les ressorts du gouvernement, et rendraient tous les citoyens attentifs »... à conserver au Parlement la tranquille possession du pouvoir. Le peuple ne serait rien autre chose qu'une sorte de mannequin planté sur un piquet,
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pour défendre le jardin des H Le peuple
un mannequin]
Je poursuis. Si les terreurs populaires « naissaient à l'occasion du uent des lois fondamentales, elles seraient sourdes, fùnesl atroces, et produiraient des catastropfa atot
on verrait un calme affreux, pendant lequel tout se réunirait contre la puissance violatrice des lois. »
Traduisez :
Si le roi voulait être plus qu'un roitelet, et tentait de reconquérir, malgré la Charte, qui fait du Parlement le roi, une royauté vraie et telle qu'autrefois, ce serait à peine assez de toutes les forces populaires pour châtier ce comble de criminelle audace.
Voyez Charles X.
Il faut ajouter que la royauté parlementaire est la condamnation du Parlement. Afin de remédier à son impuissance, le souverain, faute d'autorité véritable, cherchera, par l'or et les faveurs, à gagner une majorité imbécile et payée. A un roi méprisé s'ajouteront des assemblées méprisables. Il ne sera plus question d'ordonnances, ni de coups d'Etat; un prétexte, une émotion publique, quelques coups de fusil feront
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partir Louis-Philippe. Il aura suffi au peuple de se montrer, pour faire disparaître, comme la fumée, etd'unsimplecoupdevent,le roi etles assemblées corrompues par quelque ministre protestant.... D'autres monarques, d'autres Parlements viendront et succéderont aux rois chassés, aux Parlements écroulés. Appuyé à la fois sur le peuple et sur le Parlement, Napoléon III se verra en même temps abandonné du Parlement et du peuple; le peuple violera pour la quatrième ou la cinquième fois l'inviolable majesté du Parlement qui a cru suffire à tout et qui a toujours sombré, pour avoir, au mépris du roi, de la raison et de l'unité politique, prétendu être le pilote, le vaisseau, les voiles, la fortune de la France.
Est-ce là tout ce qu'il y a à dire sur la fortune et le mérite des Parlements?
Non. . . . Quand la sagesse de la France, refaite par le malheur, en 1871, imposera à une Assemblée royaliste le devoir de faire un roi, elle fera une République, pour avoir été un Parlement (1), c'est-àdire un lieu de disputes, d'intrigues et d'ambitions rivales, où les temporisations et les défailli) Nous rendons pleine justice aux membres de l'Assemblée nationale de 1871 qui ont voulu sincèrement le règne de Dieu et celui du Roi.
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lances d'une majorité compliquée, sorte de mon h 700 têtes, permettront à l'ennemi de niscr, d'entrer dans la place etde s'en empai
C'est le Parlement royaliste d I qui nous
vaudra le Parlement d'aujourd'hui, meurtrier de
l'enfance et de l'autorité paternelle. > la dernière étape? Et le peuple, quand on attaque « les lois fondamentales » de la société, pour dire comme Montesquieu, va-t-il secouer de sa rude épaule le dernier des Parlements souverains? Depuis que les Parlements, malgré quelques intervalles, ont régné, envers et contre tout, sur notre France, nous y avons encore gagné, grâce au prétendu jeu des oppositions, une corruption politique effroyable. Chacun des partis qui représentent les organes du gouvernement a voulu régner seul. Les assemblées elles-mêmes, étant divisées en majorité et en minorité, toujours prêtes à s'entre-dévorer, pour goûter les délices du pouvoir, on a vu, au lieu de cet équilibre tant souhaité, l'intérêt public disparaître de plus en plus dans la rivalité des intérêts particuliers. En somme, l'idée ingénieuse de faire du roi, en politique, un rouage accessoire, fait penser au corps humain, où, par une bizarrerie de la nature pépravée, l'estomac cesserait de répandre la vie
dans les membres avec la nourriture qui enrichit les veines et fait battre le cœur ; et cela, par la jalousie des autres organes acharnés à sa perte ou ambitieux de régner en sa place. Que n'ont pas fait les partis pour vaincre les partis! Que d'efforts dépensés et de fausse éloquence pour ruiner un adversaire, ou diminuer jusqu'à rien l'initiative du souverain I Que de menées pour arriver au ministère! Que de roueries pour y rester et fixer cette reine mobile et capricieuse, la majorité! Que de mensonges, la main sur le cœur! Que d'injustices sous un air de bonne foi! Que de faveurs coupables accordées à l'incapacité! Que de manœuvres électorales pour tromper et gagner les électeurs! Que de fraudes! Que de promesses illusoires! Que de ruisseaux de vin, de bière ou de cidre, suivant l'endroit, sont sortis du portemonnaie des candidats, leur source inépuisable, pour disparaître dans la bouche du corps électoral ! Aux Chambres, que d'inventions financières, sans parler des guerres suivies de conquête» véreuses, pour garder, d'un point ou deux, une majorité corrompue, ridicule et tremblante! Et c'est le pays qui paye ces dévouements intéressés, la patrie qui donne à flots son argent, .pour être indignement trompée, pour bâtir les palais sco-
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laires de l'athéisme officiel où se fabriqueront les électeurs sans foi des Parlements sans Dieu.
Est-ce tout? Pas encore :
En 1789, la royauté avait dix siècles de gloire, quelques cent millions de dettes, et l'espérance de les faire disparaître, en un clin d'œil, au moyen de réformes volontairement offertes au peuple par le roi, ou du moins, généreusement acceptées par le souverain. En réponse, les Parlements ont condamné la royauté, guillotiné le roi, ordonné la terreur, réalisé la confusion etle désordre, porté plus tard la dette publique à 30 milliards (1), avec un tas de hontes dans le passé, et dans l'avenir, la banqueroute ! La Chambre introuvable qui paya les dettes de Napoléon Ier, et quelques autres exceptions ne prouvent rien. La première Chambre de la seconde Restauration put faire du bien, parce qu'elle était très honnête, née d'un instant de sagesse, après nos désastres, soumise à un roi que l'on croyait un roi... et qui fut simplement le serviteur d'une charte révolutionnaire. Elle ne fit que passer, et fut dissoute, contre l'intérêt delà royauté, par le roi lui-même.
(1) Depuis 1876, les républicains ont augmenté, d'3près H. Leroy- Beaulieu, le capital de la dette d'environ quatre milliards. Le budget annuel est de trois milliards deux cents millions. Il ne suffit pas.
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Du patriotisme dans l'Etat parlementaire.
Le gouvernement parlementaire laisse-t-il quelque chose debout, le patriotisme par exemple ? Montesquieu le prétend :
« Si, dans le cas où les inquiétudes (populaires) n'ont pas d'objet certain, quelque puissance étrangère menaçait l'Etat, et le mettait en danger de sa fortune ou de sa gloire, pour lors, les petits intérêts cédant aux grands, tout se réunirait en faveur de la puissance exécutrice... » comme en 1870, où, les grands intérêts cédant aux plus petits, on vit quelques avocats, aidés du peuple, trahir l'exécutif, envahir l'assemblée, mettre dehors l'Impératrice, la mère et l'enfant, à l'instant où le père, Napoléon III, venait d'être battu à Sedan. Nous ne prétendons pas faire son éloge. Mais le patriotisme consiste-t-il à profiter de son malheur pour chasser un prince malheureux et se mettre à sa place, pour nous donner pire?
Il n'est pas inutile d'observer que dans le passage cité, assez grotesque et si bien démenti par l'histoire , Montesquieu parle comme un oracle, du haut d'un trépied, avec un vague convenable à sa situation.