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jamais de grands effets sur L'esprit < i < * s homm
Nous avons bien entendu.
« Et il serait facile à ceux qui la gouverneraient de lui faire faire des entreprises contre véritables intérêts. »
C'est un éclair de vérité. Un peuple gouverné par ses mauvaises passions ne saurait aimer la raison, ni connaître ses véritables intérêts. On l'abuserait. C'est vrai. Mais, d'autre part, puisque le peuple est à peu près inaccessible à la raison, il sera fatalement malheureux. Montesquieu le voulait heureux... et par la liberté qui fait son malheur.
Pourtant, ce même peuple, « aimerait profondément sa liberté, parce que cette liberté serait vraie. »
Vraie 1 cette liberté qui échauffe les âmes et les tourne à des entreprises contraires à leurs intérêts !
Quelle contradiction !
« Même il pourrait arriver que, pour la défendre, cette nation sacrifierait son bien, son aisance, ses intérêts. »
Elle sacrifierait donc ce qu'elle a de plus cher dans le but de sauver une liberté dont elle ne saurait que souffrir, si nous en croyons Montes-
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quieu lui-même. Comment cela se ferait-il, puisque l'égoïsme ou la fantaisie la moins héroïque est le principe des chefs et des citoyens qui ont le bonheur de vivre à l'état parlementaire? Voyons la suite :
« Il pourrait arriver qu'elle se chargerait des impôts les plus durs, et tels que le prince le plus absolu n'oserait les faire supporter à ses sujets. »
Il nous faut donc ajouter à tant de bienfaits du régime libéral l'excès des impôts. C'est une fantaisie coûteuse de la liberté, une désillusion cruelle des passions librement déchaînées, pour leur plus grande satisfaction, sous le gouvernement de l'équilibre véritable.
Cependant les citoyens chargés d'impôts trouveraient un certain plaisir à les payer. Voici de quelle manière :
o Comme la nation aurait une connaissance certaine de la nécessité de se soumettre » à ces impôts, « qu'elle paierait dans l'espoir bien fondé de ne payer plus (1), les charges y seraient plus pesantes que le sentiment de ces charges : au lieu qu'il y a des états où le sentiment est infiniment au-dessus du mal. »
(1) Il y a, en Angleterre, un impôt assez odieux, bien qu'il ne dure que le temps nécessaire pour suffire à quelque pressante nécessité politique. On le nomme Income-Taxe . En France, les nouveaux impôts restent pour toujours au budget.
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Montesquieu ce veut parler que de sacrifl passagers, pour défendre le territoire, poui l'indépendance du pays. Soit.
Je me demande, toutefois, comment une nation envieuse, jalouse, absolument égoïste, dire
où chacun est pour soi, saura faire des sacrifices énormes d'argent à cet être abstrait qu'on nomme la patrie. Encore si c'était une courtisant qui s'appelât de ce nom, et qui pût dissiper tous les trésors du Nouveau-Monde, que l'on pût voir, admirer, charger de pierreries... Mais la patrie n'a rien de cela ; elle est du ciel où l'égoïsme ne lève guère les yeux ; la politique n'a rien à faire, par sa nature, avec le sentiment et la religion; et Montesquieu est un politique.
Malgré tout, si je comprends bien ce qui suit, les impôts ont un allégement ; ils reviennent, en partie, à la nation, par les rentes que paie l'Etat à des particuliers. 11 est encore plus juste de dire, qu'à côté des impôts forcés, il y a des impôts volontaires, ou ce qui est la même chose, des emprunts de l'Etat. En effet :
* Cette nation aurait un crédit sûr parce qu'elle emprunterait à elle-même, et se paierait ellemême. »
Nous en sommes-là. L'Etat nous emprunte, ou
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nous lui prêtons, en nous imposant, de bon gré. Pour unintérêt assez fort et qui nous coûte moins de sueurs et d'inquiétudes, nous négligeons la terre en apparence plus avare, et qui s'appauvrit de jour en jour. Il n'y aura bientôt plus, en France, que des fonctionnaires, des industriels, des rentiers et des misérables. Par le prodige d'une rare illusion, ce débiteur, nommé l'Etat, semble avoir jusqu'ici d'autant plus de crédit qu'il est plus endetté. On le considère moins comme un débiteur que comme un payeur général ; mieux encore, une idole d'or et d'argent dont il ne faut pas douter, ou, tout au moins, un banquier infaillible. Combien de temps ce Mercure prodigue, qui a 30 milliards de dettes, et dont le passif s'augmente, chaque douze mois, de plusieurs centaines de millions, pourra-t-il payer ses créanciers ?
Je parlais de la confiance publique. Pour les yeux clairvoyants elle commence à s'user; les grands emprunts ne réussissent plus ; les adorateurs y font la sourde oreille. Le dieu, pour combler les déficits annuels de sa caisse, a déjà dû emprunter d'office à l'épargne du pauvre, à la caisse d'épargne. Le crédit est touché ; si quelque désastre public l'ébranlait davantage, il se pourrait que l'Etat insolvable, impuissant à restituer
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Les fonds redemandés et .1 pa , ou dé
posât son bilan, ou épuisât le pa] -. déjà ruiné, par de nouveaux impi : itisfaire
son créancier. De toutes façons 1 rit la mort.
Le vulgaire Sully croyait «pu- Le pâturage et Le labourage étaient Les deux mamelles de la France, que l'agriculture faisait (1) de la majorité des Français des hommes. sains, vigoureux, bien trempés, vivant de peu, ce qui est la plus grande richesse.Nous y reviendrons ou nous périrons. Notre meilleur capital est sous nos pieds, dans nos mains hâlées par le travail; c'est là qu'est la réalité de la fortune publique. La fiction, c'est La bourse, où l'imagination multiplie à l'infini des millions chimériques, sous les regards d'un dieu sans entrailles, et qui persuade méchamment à e < tateurs
qu'ils vivront, en maniant le papier avec dextérité, et moissonneront le plaisir, loin des champ des ardeurs du soleil.
Tel n'est pas l'idéal de Montesquieu, mais sa politique y conduit.
En somme, la nation armée du crédit, comme il l'entend, est la plus puissante de toutes; elle est
(1) Aujourd'hui l'agriculture, comme le reste, paie à l'Etat le tiers de ses revenus. C'était le dixième autrefois, au temps néfaste de la dlme.
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même riche à l'infini. « Il pourrait arriver qu'elle entreprendrait au-dessus de ses forces naturelles, et ferait valoir contre ses ennemis d'immenses richesses de fiction, que la confiance et la nature de son gouvernement rendraient réelles. »
Nous avons, en effet, donné au monde, en 1871, un admirable spectacle. Combien de fois les cinq milliards de la Prusse n'ont-ils pas été couverts pour la libération du territoire ?
Les nombreux milliards que la France mit à la disposition du gouvernement pour payer l'étranger, étaient certes, en partie, des richesses de fiction bien au-dessus de ses richesses et de ses forces naturelles. La nation offrait plus qu'elle n'avait et plus que la Prusse ne demandait. Ces richesses avaient néanmoins le caractère d'une réalité toute particulière. Le roulement de l'or et le délai commode des annuités eussent permis aux employés du trésor de compter jusqu'au dernier centime les vingt ou vingt-cinq milliards que l'Etat empruntait à la France pour l'affranchir. C'était beau. Mais quelle ne serait pas notre erreur d'attribuer à la nature du gouvernement parlementaire, à la responsabilité ministérielle, à l'heureux équilibre des pouvoirs constitués et opposés, ce merveilleux élan de toute une nation.
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Non; le vieux patriotisme de la France ranimé un instant ; et l'on s'esl . de oir, rué
sur L'ennemi avec son or, pour Le chasser, après
avoir, en plus d'un endroit, tenté d'héroïques
efforts pour le chasser avec le fer.
Ce n'est pas moins triste. Jadis il fallait aux Normands de l'or et une province; nous avons donné à la Prusse deux provinces et de l'or, notre sang, l'Alsace et la Lorraine, notre cœur, c'est-Àdire notre bourse. Nous l'avons donnée deux 1 cinq milliards à Bismark, combien de milliards à la franc-maçonnerie corruptrice de nos enfants! L'or est maudit.
« Cette nation (Montesquieu continue) pour conserver sa liberté, emprunterait à ses sujet
Nous l'avons fait. Mais qu'est devenue, encore une fois, la liberté de nos frères annexés à la Prusse?
« Et ses sujets, qui verraient que son crédit serait perdu, si elle était conquise, auraient un nouveau motif de faire des efforts pour défendre sa liberté. »
Donc, pour finir, une nation libre ne défendrait sa liberté que pour ne pas perdre son crédit. Le crédit, le vrai souverain, se résumerait, en réalité, dans l'Etat. Et l'Etat c'est Crésus, le père de
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toutes les fortunes, qui paie en rentes ce qu'on lui donne en capital, en bonheur ce qu'on lui donne en or ou en papier. Le cas échéant, on chasse l'ennemi, on sauve la frontière afin de garantir la confiance qui nourrit les affaires, et de sauver Crésus. Tout est dans les affaires ; il n'y a que les affaires. Montesquieu a, du moins, bien prophétisé. Il a compris l'avenir; il était du siècle de Law et du nôtre. Non, le patriotisme n'a rien de divin, il n'est fondé que sur l'intérêt. L'égoïsme est le fond de toutes les politiques humaines. Il n'y a que ce Dieu; il n'y a plus de Dieu.
Le gouvernement parlementaire dans nne lie.
Nous savons, d'une manière générale, ce qu'est une nation libre, ce qu'il faut croire de sa liberté, de son patriotisme et de la félicité publique. Montesquieu précise la question ; il établit le gouvernement parlementaire dans une île, sans doute en Angleterre, le pays de sa prédilection ; plusieurs traits, au moins, ne conviennent qu'au peuple anglais; d'autres sont plus généraux; on peut, toutefois, penser que le Président a pour principal objectif la nation anglaise :
« Si cette nation, dit-il, habitait une île, elle
ne serait point conquérante, parce que des conquêtes séparées l'affaibliraient; Si le terrain de cette Ile était bon, elle le serait encore moins, parce qu'elle n'aurail p is besoin de la guerre pour
s'enrichir. Et comme aucun citoyen ne dé] (Irait d'un autre citoyen, chacun ferait plus de cas de sa liberté que de la gloire de quelques citoyens ou d'un seul. »
C'est pour cette raison peut-être que la ri< Angleterre n'a pas fait et ne fait pas de conquêtes, ni en Egypte ni ailleurs.
De l'avis du Président, on ferait peu de cas des hommes de guerre dans cette nation telle qu'il l'imagine.
Ce n'est pas inexact.
Elle serait commerçante, cette même nation, « que la paix et la liberté rendraient aisée , affranchie de préjugés destructeurs. »
C'est la guerre qu'il faut dire. Alors à quoi bon cette obscure périphrase? A moins qu'il ne soit question de la propagation de la foi, si fatale à la paix des empires, préjugé qui détruit les antiques idolâtries et sème les révolutions en d'heureux pays qui ne demandaient qu'à vivre tranquilles sous un tyran régulateur des intérêts temporels et spirituels. En effet, l'Angleterre n'a jamais fait
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de grands efforts pour protéger le peu qui lui reste de christianisme. Elle a propagé le coton; c'est inoffensif; et ses missionnaires sont des commerçants. Le préjugé destructeur ne serait-il pas encore cette manie qu'ont les catholiques d'élever des monastères où l'on fait des vœux destructifs, incompatibles avec la propagation de l'espèce humaine?
Quoi qu'il en soit, cette nation irait chercher ailleurs les produits qu'elle n'aurait pas chez elle, placerait bien ses marchandises, et « ferait des traités réciproquement utiles avec la nation qu'elle aurait choisie.... »
Avec la France, par exemple. Et pour que le profit fût mutuel, elle nous passerait le profit moral, une générosité sans limites, et recueillerait le profit matériel avec le confortable. À ce sujet, qu'on se rappelle le traité du libreéchange. Il n'y a rien, dans tout cela, que nous ne connaissions mieux que Montesquieu luimême.
« Dans un Etat où, d'un côté, l'opulence serait extrême, et de l'autre les impôts excessifs.... »
Je ne sais si les impôts sont excessifs en Angleterre, mais ils le sont en France ; et c'est un bienfait du régime parlementaire. Quanta l'opu-