‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 48 sur 51 · MONT I SQ QUI · texte numérisé non relu

MONT I SQ QUI

lence, c'est vrai, elle i rôme chez nos voisins,

niais balancée par l'extrême m

« .... On ne pourrait gurre vivre snns industrie avec une fortune bornée. Bien des £f*n-, sous prétexte de voyage ou de santé, s'exileraient de

chez eux, et iraient chercher l'abondance dans les pays de la servitude môme. »

Les Anglais, pour commercer au loin et s'enrichir, ne cherchent pas tant de prétextes. Us voyagent, avant tout, pour trouver ailleurs la réalisation plus parfaite de leurs idées, le confortable idéal. Et cet idéal laisse à mille lieues ce qu'on appelle l'abondance. On pouvait peindre plus vivement. Voici mieux :

« Une nation commerçante a un nombre prodigieux de petits intérêts particuliers ; elle peut donc choquer et être choquée d'une infinité de manières. Celle-ci deviendrait souverainement jalouse, et elle s'affligerait plus de la prospérité des autres qu'elle ne jouirait de la sienne. »

Il ne faut pas aller dans une île libre pour voir les gens envieux du bonheur d'autrui. Si c'est là, pourtant, un effet de la liberté parlementaire qui est la liberté du mal, je n'en félicite pas le Parlement. Si c'est l'effet d'une insatiable cupidité, ce n'est pas non plus tout à fait neuf, et nous en savons

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quelque chose. Je me demande encore si c'est un bonheur que d'être jaloux à ce point?

Allons-nous avoir l'explication du problème?

« Et les lois (de cette nation), d'ailleurs douces et faciles, pourraient être si rigides à l'égard du commerce et de la navigation qu'on ferait chez elle, qu'elle semblerait ne négocier qu'avec des ennemis. »

Nous n'en sommes plus aux traités réciproquement utiles; et Montesquieu, en cet endroit comme en plusieurs autres, ne fait pas preuve d'une suite d'idées aussi bien enchaînées qu'on le désirerait d'un homme réputé savant et quelquefois profond. Cependant nous comprenons que la jalousie, satisfaite par des lois rigides et des traités tyranniques, procure à la nation jalouse un contentement qui ne serait pas de notre choix, mais qui suffisait à Montesquieu et qui suffit encore à l'Angleterre.

Cette nation, la nation idéale, aurait des colonies, et « leur donnerait la forme de son gouvernement propre. »

C'est ce qu'ont fait nos amis d'outre-Manche.

Par jalousie, les habitants de l'île fortunée et parlementaire (quoique pacifiques et point du tout conquérants) auraient pu subjuguer autrefois

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iiix- nation voisine ( 1 1. a La beauté di

la nature de ses riche Les auraient fait

sortir un instant de Leur naturel doui et inoffei Mais (< L'Etat conquis aurait un très bon gouvernement civil, et le vainqueur lui aurait donrn

propres lois. »

On ne peut mieux faire. Cependant « il le tiendrait dans une grande dépendance, de façon

que les citoyens y seraient libres, et que L'Etat lui-même y serait esclave. »

Il faut un certain effort pour comprendre que des citoyens soient libres dans un Etat escl Montesquieu cherche à s'expliquer.

Cet Etat « serait accablé par le droit des gens. »

Est-ce que le droit des gens est, par sa nature, tyrannique?

« On lui imposerait des lois de nation à nation, qui seraient telles que sa prospérité ne serait que précaire, et seulement en dépôt pour un maître. »

L'écrivain veut dire sans doute qu'il en serait de l'Etat subjugué comme de la ville de Carthage. On la laissa vivre quelque temps, fleurir même et prospérer ; « mais cette prospérité était pré-

(1) Est-ce l'Irlande? elle est traité en esclave. Est-ce la Hollande? la beauté de ses ports semble l'indiquer. Mais l'Angleterre ne l'a pas conquise.

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caire. » Un jour, le maître jugea que ces nouvelles richesses, « en dépôt » àCarthage, avaient atteint l'idéal de sa cupidité ; il les réclama comme ses biens propres. On sait ce qu'il advint. Mais, au moins, Rome n'avait pas poussé, comme la nation parlementaire d'une île plus ou moins réelle, l'ironie et l'hypocrisie jusqu'à faire jouir de ses lois l'Etat conquis, esclave et libre à la fois. Est-ce qu'un gouvernement libre a pour fin dernière de mettre la main sur les pays qui excitent sa convoitise et sa jalousie, et de leur donner, pour rire, la liberté; pour sûr, l'esclavage, au nom du droit des gens le plus oppresseur qui fût jamais? Le droit, c'est donc l'iniquité! Voilà ce qu'on gagne à séparer la morale de la politique.

Le peintre n'a pas fini son tableau. Ce peuple serait non seulement jaloux cl oppresseur, il serait fier. Il aurait l'empire de la mer, grâce à une marine puissante qui le a garantirait en même temps de toutes les invasions.... L'empire de la mer a toujours donné aux peuples qui l'ont possédé, une fierté naturelle, parce que, se sentant capable d'insulter partout, ils croient que leur pouvoir n'a pas plus de bornes que l'Océan. »

Cette nation libre et fière serait donc encore

insultante ou injurieuse, en outre très influente dans Les affain l lux-ci recher-

cheraient d'autant plus son amitié qu'elle serait moins conquérante, et redouteraient sa haine, vu sa fierté naturelle.

a Respectée au dehors, la puissance exécutrice, » dans cette île sans pareille, serait « presque toujours inquiétée au dedans, » seule malheureuse pour le bonheur de tous, et pour la perfec tion du gouvernement le plus libéral et le plus oppresseur. Jalouse de ses voisins, la nation le serait aussi de son roi, et plierait la volonté royale à toutes les contradictions de la fantaisie populaire. Safière nature le veut, et le monarque serait son souffre-douleur.

Devenue, en quelques occasions, « le centre des négociations de l'Europe, » l'île libre « y porterait un peu plus de probité et de bonne foi que les autres, parce que ses ministres étant souvent obligés de justifier leur conduite devant un conseil populaire , leur négociation ne pourrait être secrète, et ils seraient forcés d'être, à cet égard, un peu plus honnêtes gens. »

C'est une erreur. Ni en 1814, ni en 1815, ni en 1871, l'Angleterre, puissance neutre, qui, en ces occasions ou jamais, aurait pu devenir « le

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centre de négociations » pacifiques, à Vienne, à Berlin, ne fit un mouvement en faveur de La justice ou même du véritable équilibre européen ; elle ne montra pas l'ombre de cette probité ou de cette bonne foi, dont l'innocence politique de Montesquieu espérait tout, pour la plus grande gloire du régime parlementaire. « Les ministres » furent d'accord avec « les conseils populaires » pour haïr la France et la laisser démembrer. Au contraire, la Russie, qui n'est ni tout à fait parlementaire ni insulaire, nous sauva deux fois ; elle avait exigé notre intégrité après les guerres du premier empire ; plus tard, elle empêcha une nouvelle invasion qui nous aurait sans doute achevés, en 1875. Elle n'est pas précisément entre les mains d'un empereur qui règne et ne gouverne pas. En revanche, on a vu récemment le ministère anglais, toujours en parfaite conformité avec les chambres, violer la paix, sans une ombre de négociation, et conquérir l'Egypte, sans que les députés, les communes et les lords du Parlement s'inquiétassent le moins du monde de l'effet que pourrait produire leur infamie sur le peuple, dont la sanction paraît si sérieuse et si utile au Président. Le peuple de la Grande-Bretagne est positif et garde ses conquêtes, bien

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qu'il ne soit pas conquérant. Ses rej tanta

'•s ministres le sont pour lui. Montesquieu n'en a pas moins la meilleure idée de la droiture ministérielle :

oc Gomme les mini n quelque

façon, garants des événements qu'une conduite détournée pourrait faire naître, le plus sûr pour eux serait de prendre le plus droit chemin, n

En un mot, les ministres seraient obligés d justifier devant les assemblées ; là est la garantie de leur droiture.

Montesquieu croit donc à la droiture des assemblées. L'expérience est contre. Quand une assemblée simplement consultative n'a que le droit de donner son opinion, elle peut être honnête et sage, modérée qu'elle est par l'unité d'un pouvoir souverain, consacré, indiscutable. Quand elle est tout, elle n'est rien, parce que chacun veut être tout. Il n'y a plus, dès lors, de véritable souverain; chacun peut l'être, sous le nom d'un ministre, pour une heure ou deux. C'est dans la nature humaine, qui vise toujours à l'unité par ambition ou autrement ; et l'intérêt privé domine contre l'intérêt public et contre toute droiture. Si je l'osais, je dirais que chaque tète de député est comme une vague, et l'Assemblée

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entière une sorte d'Océan orageux dont le caprice porte au hasard, en haut ou en bas, à droite ou à gauche, le roi parlementaire et ses ministres, selon l'occasion, les intrigues et le vent du jour, jamais ou bien rarement, selon la raison et la justice. L'Assemblée ne garantit donc pas la bonne foi des ministres, comme le croirait trop volontiers le vertueux Président, pas plus que la tempête ne sauve les navires du naufrage.

Passage obscur contre la féodalité.

Ce qui suit n'est pas plus clair qu'il ne faut. On aimerait que l'écrivain quittât de temps à autre le ton solennel, pour mettre en relief son idée et porter la lumière dans nos esprits par quelque page d'histoire exacte et fidèle. Mais non, Montesquieu se plaît dans le vague des hypothèses ou des illusions.

« Si les nobles avaient eu, dans de certains temps, un pouvoir immodéré dans la nation, et que le monarque eût trouvé moyen de les abaisser, en élevant le peuple, le point de l'extrême servitude aurait été entre le moment de rabaissement des grands et celui où le peuple aurait commencé à sentir son pouvoir. »

Ici Montesquieu paraît sortir des Iles Britan-

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niques ou de quelque autre Ile libérale pour

rentrer dans une discussion plus étendue. Il ne peut être question de la noblesse anglaise qui, bien loin d'être abaissée par le roi Jean sans terre, le força un jour à signer la grande Charte, et mit un frein au pouvoir absolu, dans son int comme dans celui du peuple. Le Président a dû songer à la France où Louis XI abaissa la féodalité. Mais ce roi assez bourgeois ne fut pas un tyran pour le pays; et la nation, qui n'entendait pas la liberté comme aujourd'hui, ne se sentit pas réduite en servitude par l'écrasement de l'aristocratie. Même, quand Richelieu affermit le pouvoir absolu, dont Louis XIV devait user si largement, la nation, contente d'avoir forcé Henri IV, de protestant devenu catholique, à introduire dans le droit public la liberté religieuse, la nation, dis-je, indifférente à la Fronde, cette première ébulition de la liberté révolutionnaire, ne crut pas souffrir sur ses épaules, après la défaite réitérée des nobles conspirateurs , le joug de je ne sais quel esclavage. Il ne s'agit donc pas du grand roi. Il ne saurait être question de saint Louis, l'homme du peuple.

Je comprends, en thèse générale, qu'un roi profite de l'écrasement de la noblesse et de

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l'ignorance aveugle de la nation, pour régner sans contrainte et en tyran, jusqu'à ce que le peuple comprenne enfin ce qu'il peut et se retourne pour les anéantir, du côté des nobles et du roi. Mais je ne saisis pas l'allusion, et je ne puis l'appliquer à aucun événement des âges chrétiens, antérieur à Montesquieu ou contemporain ; ou bien le président n'a sur l'histoire que des préjugés comme le peuple. Il ne la connaît pas.

Qu'est-ce, d'ailleurs, que cette attaque indirecte portée contre la féodalité? Sans doute, elle touchait à la barbarie et en avait gardé des traces de violence. Mais c'est elle qui imprima au peuple le mouvement qui le jeta sur l'Asie, à la conquête du tombeau de Jésus-Christ; c'est d'elle que sortit la chevalerie qui n'était pas sans chasteté, ni délicatesse ; c'est elle qui protégeait la liberté morale de l'Eglise, du prêtre, du moine, du vieillard, de la femme, de l'enfant. C'est banal de le répéter, et monotone. Le peuple-roi, après avoir subi les deux servitudes de la noblesse ou d'un "monarque absolu, a-t-il fait mieux? Est-il moins esclave ?

Il semble, malgré tout, que Montesquieu ait en

vue l'Angleterre, à inoins que ce ne soit la France :

a II pourrait être que cette nation ayant été

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autrefois soumise à un pouvoir arbitraire, aurait, en plusieurs occasions, c ylc :

de manière que sur Le fonds d'un gouvernée libre, on verrait souvent la forme d'un gouvernement absolu. »

Le Président a-t-il deviné que, dans l'heureuse Albion, la reine qui ne règne pas, porterait un jour le nom d'Impératrice? On a vu Louis- Philippe appelé sire, un vieux mot, s'il en fût, de l'ancien régime. Et pourtant, il était tellement «inquiété au dedans» par l'opinion, qu'il ne pouvait entourer de planches un pauvre petit jardin, en un coin des Tuiileries, sans qu'on l'accusât de conspirer contre l'Etat. Montesquieu a bien pu envisager le passé ; mais il voyait surtout l'avenir. C'était un prophète.

En résumé, le légiste, après avoir peint les vertus politiques très distinctes des vertus morales dont jouirait un peuple libre assez semblable au peuple anglais, est rentré dans la politique générale du régime parlementaire, non sans avoir rappelé brièvement les excès de la noblesse féodale et de la monarchie absolue. Son point de mire, c'est toujours le pouvoir modéré.... dont le type se trouve réalisé dans la construction savante que nous connaissons.

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La religion.

Montesquieu aborde enfin un point délicat, celui de la religion et de son rôle dans un pays gouverné par les parlements. Notons ici que Montesquieu, en tout ce chapitre, précise moins sa pensée qif il ne Ta fait au chapitre de la constitution de l'Angleterre. Il donnait alors à la Chambre des nobles une influence très particulière, tandis qu'au point où nous sommes arrivés, il reste dans le vague et ne parle qu'en général de la puissance législative. C'est elle qui règne ; mais il n'est plus question de Chambre haute ni de Chambre basse. Faut-il en conclure que l'auteur a modifié son plan, ou sous- en tendre ce qu'il ne dit point et ce qu'il a déjà écrit? Je l'ignore; la politique a ses mystères comme la religion :

« A l'égard de la religion, comme dans cet Etat (le gouvernement libre), chaque citoyen aurait sa volonté propre, et serait par conséquent conduit par ses propres lumières, ou ses fantaisies.... »

Montesquieu y tient. La liberté, pour lui, c'est la raison pure ou la fantaisie, c'est-à-dire les fantaisies de l'homme livré à son sens propre.

Je poursuis :

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« Il arriverait que chacun aurait beaucoup d'indifférence pour toutes sorte* de religion, de quelque espèce qu'elles fussent. »

Si je comprends bien le Président, -on gouvernement n'aurait pas de religion, ni les citoyens non plus, conduits par leurs lumières nature! « moyennant quoi tout le monde serait port'' à embrasser la religion dominante. »

Celle de l'indifférence, sans doute.

Ou bien encore, « l'on serait zélé pour la religion, en général. »

J'entends : la religion naturelle, celle qui ne gène pas l'indifférence; c'est toujours la même.

« Moyennant quoi les sectes se multiplieraient.»

C'est le parfait bonheur. Nous le savions déjà pour l'avoir lu dans les lettres persanes. On aurait ainsi une religion suivant la fantaisie de sa raison, comme un enfant a un jouet suivant son goût et sa nature.

Tout le paragraphe est grave et embarrassé ; mais la conclusion à tirer est positive :

Sous le régime parlementaire et libéral, l'Etat n'a pas de religion; les citoyens, comme accessoire de la raison pure, cultivent la religion naturelle de l'indifférence, avec quelques variantes, d'après leur caractère. Montesquieu est

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le pontife d'une secte vieille et nouvelle qui remonte à Epicure et dont Jules Simon est aujourd'hui le patriarche. Chaque particulier pensera à Dieu de temps à autre, en le priant ou non, selon son rite, son caprice et son opinion. L'Etat n'y pensera jamais. C'est toujours la séparation de l'Eglise et de l'Etat, formulée timidement, mais visible à travers le brouillard d'une pensée équivoque.

Nous lisons ensuite :

« Si parmi les différentes religions, il y en avait une à l'établissement de laquelle on eût tenté de parvenir par la voie de l'esclavage, elle y serait odieuse. »

C'est ainsi que s'établit, en Angleterre, la religion presbytérienne, par la tyrannie d'un apostat nommé Henri VIII. Mais l'auteur ne peut faire allusion à la libre Angleterre.... qui a le bonheur de posséder le parfait gouvernement. J'incline à croire qu'il s'agit encore du catholicisme, de l'inquisition et de l'Espagne qui a cherché à établir le règne de la vérité par les armes.

C'est grâce à l'Espagne que toute l'Amérique du Sud et les Mexicains sont encore catholiques. Ses soldats ont été, en même temps, des mission-

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naires; et certain particuliers n'empêchent

pas que la plus grande partie d'un immense continent, grâce aux Espagnols qui y transportèrent la foi et l'inquisition chargé ■ de la maintenir, ne

jouisse encore aujourd'hui des bienfaits infinis du christianisme. Il y eut des violences, des cruautés peut-être; il y eut l'esclavage politique,

soit; mais l'esclavage religieux, non.

Montesquieu achève sa pensée :

« Cette religion serait odieuse, parce que, comme nous jugeons des choses par les liaisons et les accessoires que nous y mettons, celle-ci ne se présenterait jamais à l'esprit avec l'idée de la liberté. »

S'il s'agit de l'Eglise, comme c'est presque certain , l'Eglise , encore une fois, n'a jamais imposé la vérité comme Mahomet, le cimeterre à la main. Elle respecte la liberté; elle est laliberté.

« Il ne serait pas impossible qu'il y eût dans cette nation (parlementaire) des hommes qui n'auraient point de religion, et qui ne voudraient pas cependant souffrir qu'on les obligeât à changer celle qu'ils auraient, s'ils en avaient une. »

Ce qui n'estpas très clair, à moins que le Président n'ait voulu dire ceci : que tel qui n'aurait pas de religion en choisirait une pour prouver qu'il n'en

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veut pas une autre, la vraie religion par exemple. « De telles gens sentiraient d'abord que la vie et les biens ne sont pas plus à eux que leur manière de penser, et que, qui peut ravir l'un, peut encore mieux ravir l'autre. »

En effet, on a accusé l'inquisition de confisquer la liberté et les biens. La politique, répondronsnous, a pu quelquefois, sous prétexte de religion, spolier les biens de quelques particuliers. Tant pis pour elle ; et nous ne prétendons pas que l'Etat s'unisse à la religion pour l'Etat seulement, mais, avant tout, pour la religion et la justice.

L'inquisition véritable n'a jamais confisqué que l'erreur; c'était son droit.

Au fond, c'est la cause de la liberté des cultes, nommée aussi liberté de conscience, que plaide en ce passage le légiste du dix-huitième siècle. C'est la cause de l'égalité, dans les mêmes droits, de la vérité et de l'erreur ; c'est, avant tout, la cause de l'erreur. Telle est la substance du libéralisme. Et l'histoire nous a prouvé que là où l'erreur et la vérité se faisaient face avec les mêmes forces politiques en apparence, tôt ou tard la vérité avait le dessous par la malice des hommes, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de triompher.

Ne voyons-nous pas aujourd'hui le libéra-

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lisme, dont le gouvernement parlementaire i qu'une forme, aboutir partout è la servitude de l'Eglise? 11 y a même des Pari partout, el

partout l'esclavage de la vérité. Regardons l'Europe, l'Autriche d'abord. L'Eglise né s'y est pas relevée du libéralisme de l'empereur Joseph. En Prusse, le chef des libéraux a confisqué la liberté politique et religieuse de la catholique Allemagne; il a fait les lois de Mai. La Russie libérale, qui a émancipé les serfs, enchaîne La foi de la Pologne, et l'Italie assiège la vérité au Vatican, sous prétexte d'assurer, par la loi hypocrite des garanties, la liberté de la vérité a côté de celle de l'erreur. En résumé, la politique libéraie a tout perdu pour avoir voulu faire seule et sans Dieu le bonheur des nations et planter dans la boue la liberté. Nous allions oublier les Anglais parlementaires qui font quelque effort pour supporter le catholicisme, et n'ont pu entièrement se déshabituer de persécuter la catholique Irlande. Si les vrais chrétiens ont raison d'user, dans l'intérêt de la vérité, d'un restant de liberté ; si, des droits abaissés, réduits, mais non tout à fait anéantis de Dieu, dans les lois modernes, il est résulté quelque bien, c'est, au point de vue naturel, une valeur à peine appréciable et qu'une

synthèse peut négliger; et ce bien s'est fait malgré le libéralisme. En tout cas, ne devons-nous pas amèrement déplorer le malheur des temps, qui nous force à tirer parti de l'erreur pour l'avantage de la vérité?

ïl est temps de reprendre le fil et de retourner à Montesquieu lui-même. Quelles seraient les lois imaginées par les soutenants du principe de la liberté contre ceux qui professeraient « cette religion odieuse, o le catholicisme?

« Ces lois ne seraient point sanguinaires, car la liberté n'imagine point ces sortes de peines; mais elles seraient si réprimantes, qu'elles feraient tout le mal qui peut se faire de sang-froid. »

En somme, à l'inquisition d'autrefois on substituerait, non plus pour la vérité, mais contre la vérité et sa liberté, une inquisition nouvelle qui ne verserait pas le sang, mais qui ferait tout le mal possible, de sang-froid, aux catholiques. La torture ne serait pas dans le chevalet, mais dans la loi; elle ne serait pas matérielle, mais morale; elle martyriserait Dieu, dans ses ministres ou ses fidèles, et respecterait le reste.

Ici encore, une deuxième fois, Montesquieu s'est montré bon prophète, ou plutôt il a donné un conseil qui a été exactement suivi. En 1 880, les préten-

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