VI K 1) E
quieu s'est coi avant de mourir, et a i
le saint Viatique.
Sur cette fin chrétienne et sur l'articli nre
des rétractations (1), le P. Routfa lui-mêm vera de nous écl tirer, dan \ un • Lettre qu'il écrifit au nonce Gualterio , et ({ni fut s dans la
Gazette d'Utrechtt quelque temps après la mortdu Président. Nous prendrons même la liberté corder un peu plus de confiance à un jésuite qu'à tous les encyclopédistes réunis. Montesquieu s'est confessé ; après sa confession , le Père lui adresse quelques questions. Voici comment, dans sa lettre , il rend compte des demai. des
réponses :
m Les soupçons que ses ouvrages avaient fait naître sur sa religion me déterminèrent à m'assurer d'abord , en détail , de ses sentiments sur tous les grands mystères que l'Eglise propose à la créance des fidèles , sur sa soumission à toutes les décisions de l'Eglise tant anciennes que récentes , et je puis dire , avec la plus exacte vérité, qu'il me satisfit sur tous ces objets avec une simplicité et une candeur qui m'édifièrent et me touchèrent tout à la fois. Je lui demandai s'il
(i) Mgr Iager, Histoire de l'Église. — L'abbé Rohrbacher, Histoire universelle de l'Église catholique.
s'était trouvé quelque temps de sa vie dans l'incrédulité. Il m'assura que non ; qu'il lui était passé par l'imagination des nuages , des doutes , comme il pourrait arriver à tout homme , mais qu'il n'avait jamais rien eu d'arrêté ou de fixe , dans l'esprit , contre les objets de la foi. Cette réponse amena une autre question sur le principe qui l'avait porté à hasarder dans ses ouvrages des idées qui répandaient sur sa croyance de légitimes soupçons. Il me répondit que c'était le goût du neuf et du singulier, le désir dépasser pour un génie supérieur aux préjugés et aux maximes communes, l'envie de plaire et de mériter les applaudissements de ces personnes qui donnent le tour à l'estime publique, et qui n'accordent jamais plus sûrement la leur que quand on semble les autoriser à secouer le joug de toute dépendance et de toute contrainte. Si je ne rends pas exactement les termes dont il se servit , je n'ajoute certainement rien au sens de ses expressions. »
Le P. Routh ajoute que, pour réparer les mauvaises impressions que les livres du Président pouvaient avoir faites , il prit des arrangements avec le malade, et qu'il s'assujettit à ces conditions avec toute la bonne volonté imagi-
7 1 v I i i. i MONTESQUIEU
nable. Le curé de Saint-Snlpice vint pour lui administrer les saci . Il cornu une
phrase que M. de Ho ttesquieu ne lui lai achever; il l'interrompit, en lui disant à haute
voix :
« Monsieur, j'ai pris , avec le Révérend P » des arrangements dont je me (latte que vous » serez content. »
» Gomme je m'aperçus que L'embarras de poitrine ne lui permettait guère de continuer, je pris la parole, et je rendis tout haut compte au curé des résolutions que M. de Montesquieu avait formées et des promesses qu'il m'avait faites. Ce sage pasteur lui en marqua sa satisfaction ; et, après les exhortations et les prières ordinaires , il lui administra TExtrème-Onction et le Viatique. Le Président les reçut avec un air de componction et de dévotion bien édifiant, en répondant , les mains jointes devant la poitrine , aux prières de l'Eglise (1). »
(1) Une lettre de Mme Dupré de Saint-Maur prétend que le P. Castel, ancien professeur, à Louis-le-Grand, du fils de Montesquieu, fut appelé à son lit de mort par le mourant lui-même. 11 vint avec un second qui n'est pas nommé. C'est sans doute le P. Routh. « Le bon Dieu, les curés et les jésuites, sont revenus très contents, chacun chez eux, » dit Mme Oupié de Saint-Maur, ce qui, malgré l'impiété, confirme la conversion du Président.
Ainsi mourut Montesquieu, réconcilié avec le Dieu de l'Eucharistie et les jésuites , naguère l'objet de son effroi, après avoir, sur les instances de d'Alembcrt et du chevalier de Jaucourt (1), donné à Y Encyclopédie le reste de ses forces épuisées. 11 aurait pu écrire sur Y Esprit des lois un ouvrage immortel et chrétien ; il aima mieux, pour être neuf et populaire , sacrifier à sa vanité les lecteurs et la vérité. Le jugement que Montesquieu porta sur lui-même, à sa dernière heure, prêt à paraître devant Dieu , est indiscutable. Ce jugement est le nôtre.
Le Président laissait un fils, mort plus tard sans enfants, et deux filles , dont l'une épousa M. de Secondât, d'Agen , et perpétua le nom de l'écrivain. Douée, comme son père , d'un esprit vif et
(1) Une note de l'édition Walkenaer a bien l'air d'accuser d'impudence le P. Routh, qui osa « tout d'abord, » après la mort de Montesquieu, faire insérer, dans la Gazette d'Utrecht, « un aveu aussi peu assorti au caractère de sincérité de cet écrivain. » Le P. Routh aurait donc inventé l'aveu ou la rétractation de Montesquieu. Mais si le P. Routh a menti, comment donc les témoins de la mort de Montesquieu n'ont-ils pas protesté , lorsque la lettre parut? Le curé de Saint-Sulpice s'est tù. Etait-il d'accord avec le P. Routh? C'est invraisemblable. D'ailleurs ils n'étaient pas seuls , et Mme d'Aiguillon quitta le malade seulement quand il eut perdu connaissance. Nous n'avons donc aucun motif de soupçonner la véracité de la lettre et la bonne foi du P. Routh, qui avait un seul but, la gloire de Dieu.
VII h i KOlfTISQUIl
enjoué , elli l'elle 1
son père deven i ; aveugle, tait ,
quelqu'arides qu'elles fussent, de réflexions spirituelles ou plaisantes.
Le fameux graveur Dassier nous a conser. dans une médaille, les traits de Montesquieu.
La figure du Président , maigre , longue , < gante , ne dément pas son origine gasconne ; il a les cheveux ébouriffes , le cou découvert et une partie de la poitrine ; il est drapé à la manière d'un philosophe antique, la tôte légèren. ivjetée en arrière , ce qui donne un air sublime. Le regard inquiet , un peu vague , la lèvre fine et réservée dénotent l'esprit , mais ne découvrent ni le cœur ni l'ame. Le tout n'est pas sans quelque sécheresse.
Les amis de l'écrivain des Lois semblent l'avoir puni de sa conversion. Diderot seul, un original parmi les gens de lettres , suivit son cercueil. La mort de Montesquieu , qui l'avait remis en grâce avec le Ciel , le brouillait avec 1' 'Encyclopédie, Plus tard , la seete , plus habile, plus avancée , plus révolutionnaire , s'empara des restes de Buffon , quoique muni solennellement des sacrements de l'Eglise, et, se conformant à l'usage, suivit , jusque devant l'autel , le corps de cet
apôtre du naturalisme. Elle semblait annoncer, derrière son cercueil , trente-quatre ans après la mort du Président, l'avènement prochain de la révolution.
En somme, quelle qu'ait été la fin de Montesquieu , sa vanité et ses amis le jetèrent dans le camp des novateurs impies. Il voulut plaire et jouir. Sa haine secrète de la religion perce sous le masque trompeur d'une feinte modération. Ce conservateur libéral, qui attaqua, pour se satisfaire et réussir, les financiers et les gens d'Eglise (l), ce fondateur impie de 89 ouvrit la porte à 93.
(1) S'il ne l'avait pas fait, h il était perdu, » dit Voltaire dans une de ses lettres.
Un an avant sa mort , Montesquieu publiait une nouvelle édition des Lettres persanes. Il y ajoutait onze lettres sans rien changer au reste , ni aux traits caractéristiques d'un ouvrage impie et licencieux , quelque promesse qu'il eût faite au cardinal Fleury. Il était néanmoins préoccupé, malgré sa vanité , de l'opinion que le public pouvait avoir des hardiesses de son roman et sentait le besoin de ranger les lecteurs à son avis.
Voici en quels termes il essayait de se justifier dans sa Préface de 1 7 5 i :
« Il y a quelques traits que bien des gens ont trouvés bien hardis , mais ils sont priés de faire attention à la nature de cet ouvrage. Les Persans qui doivent y jouer un si grand rôle se trouvaient tout à coup transplantés en Europe , c'est-à-dire dans un autre univers. Il y avait un temps où il fallait nécessairement les représenter pleins
8i M0NTI8QU1
n d'ignorance 1 1 de préj i ut attentif
qu'à faire voir la Lion et 1 • progrès de
leurs idées. Leurs premii lient
être singulières : il semblait qu'< rien
à faire qu'à leur donner 1 de singularité
qui peut compatir avec de L'esprit ; on n'avait à peindre que le sentiment qu'ils ava eu à chaque chose qui leur avait paru extraordinaire.»
Et si leur sentiment était hostile à notre religion et nuisible , clans son expression . aux lecteurs qui n'étaient pas des Persans ! v sst-ce donc rien que de sacrifier le public à une ombre de vraisemblance T 'Comment , d'ailleurs, le christianisme aurait-il pu sembler ridicule, en certains points, à la naïveté des étrangers, quand l'expérience nous prouve qu'il produit, et par la beauté de son culte , et par la force de la vérité , les effets les plus heureux et les plus immédiat-.' N'cst-il pas plus vrai de dire que l'Asiatique Usbeck ou Rica l'Asiatique ne sont rien que le Président lui-même , plus Français qu'il ne faut, désireux de plaire par la nouveauté , et d'acquérir quelque réputation par des idées singulières, fût-ce aux dépens de la vérité ?
Montesquieu continue :
« Bien loin qu'on pensât à intéresser
quelques principes de notre religion , on ne se soupçonnait pas même d'imprudence. »
Quelle candeur! Quelle modestie ^Malheureusement personne ne doute aujourd'hui que la forme des Lettres persanes n'ait servi de masque à l'incrédulité, qui se réservait, sous le cou vert de deux infidèles , une retraite assurée contre les censures de l'Eglise.
« Ces traits, poursuit l'auteur, se trouvent toujours liés avec le sentiment de surprise et d'étonnement , et point avec l'idée d'examen et encore moins avec celle de critique. »
Quoi ! Montesquieu n'a voulu critiquer ni son temps , ni le clergé , ni l'Eglise ? Il a simplement donné la parole à l'ingénuité d'Usbeck et de Rica ? Mais sa vie , mais ses notes de voyage , mais ses Pensées diverses , ses Lettres , son Esprit des lois sont d'accord avec lasatirc impie et libertine qu'il fait de son siècle , en prêtant sa plume à un prince de la Perse. Pourtant la vanité de l'homme est si grande que Montesquieu, à la grande rigueur, a pu se faire illusion sur ses propres intentions et mentir sans le soupçonner.
En un mot , si l'écrivain a lancé mille et mille / llèches acérées contre les ordres religieux , les
MOlfTISQI M
prêtres , le Pape , l'Eglise de Fi
chrétienne, ne L'accui ■■/ mal vu ;
ffast pas lui , c'est Rica , i traita d'un sceptique b de La surprise de gens qui devaient en avoir. »
Le mensonge se découvre à la fin et de La façon La plus inopinée : ■ Ge sont des paradoxes faits par des hommes qui n'étaient même en état d'en faire. » Qui donc Les a : sinon celui qui les a dictés? Montesquieu se moque de nous , il nous persifil •. Pas du tout; il peintrignorance de deux infidèles; il est chrétien :
« Si les Persans attaquent noire religion, s'ils trouvent quelquefois nos dogmes singuliers, cette singularité est toujours marquée au coin de la parfaite ignorance des liaisons qu'il y a entre les dogmes eXiUM^autres vérités ! *
Pauvres ignorants ! Du reste, Montesquieu n'a pas seulement la foi, il a aussi pour le genre humain un respect, pour la religion un amour! Ecoutez :
« On fait cette justification par amour pour ces grandes vérités, indépendamment durespeet pour le genre humain que l'on n'a pas voulu certainement frapper par l'endroit le plus tendre. »
Peut-on être plus hvpocrit
« L'endroit le plus tendre , » c'est la religion.
C'est l'endroit le plus susceptible, disait M.Thiers, cet autre incrédule , en traitant du pouvoir temporel des Papes.
Ils n'en sont pas moins , l'un et l'autre , les ennemis de cette religion qu'ils ont semblé défendre quelquefois.
C'est trop parler de la préface intitulée : Quelques réflexions sur les Lettres persanes.
Un mot de Y Introduction des Lettres persanes qui est une sorte de seconde préface. Avec une rare modestie , Montesquieu y déclare ne faire que l'office de traducteur ; « toute sa peine a été de mettre l'ouvrage à nos mœurs : il a soulagé le lecteur du langage asiatique autant qu'il a pu. »
Toujours le même refrain !
Entrons dans le roman lui-même. Viàée^ZSmière n'en appartient pas à .l'auteur ; elle ^st empruntée du « Siamois » qui est un personnage des~Âïhiiseme?its sérieux et comin lies de J)uïvesny .
On saii que Dufresny était un homme singulier qui se maria pour payer ses dettes; il mourut misérable, mais il n'était pas médiocrement gai. Quelle différence entre cette gaieté parfois téméraire de Dufresny ou de Regnard , et l'implacable satire des satiriques impies du xvm" su-ele !
!)»■ quoi s'agit .1 , en somm H
deux amis, nobles ou princ I le la
ville d'Ispahan, quittent leur patrie pour • et s'instruire dans I lent.
Usbeck e.st le principal personnage du roman ; des ennemis mortels l'ont forcé à fuir l'heureux séjour de sou palais. Son absent pour lui la cause de nouveaux malheurs ; l'infidélité <lc son épouse Roxane , la terrible geance qu'en tire Sélim préposé à la garde du sérail , font d'Usbeck le plus infortuné des mortels. Il rentrera néanmoins dans Ispahan , après neuf années de voyages , avec la perspective de tomber sous les coups de ses ennemis ou de rencontrer à son foyer de perpétuelles défiance le désespoir même , en ces lieux où Roxane l'a trompé et s'est versé ensuite un mortel poison pour ne pas survivre à son amant. C'est banal , sanglant et dégoûtant. Au fond , les mœurs de l'Occident et celles de l'Orient sont en présence. Celles de l'Orient , ^Montesquieu les a vues à distance et peintes avec son imagination ; il n'en ^ a vivement retracé que la luxure où il semble se complaire et plonger ses lecteurs^)
Pour le moment, mettons en scène un serviteur du prophète , un mollah ou gardien
des tombeaux, un prêtre , pour tout dire. Le Président lui fait tenir d'abord un langage ridicule , à force de vouloir être sublime. Ah ! si c'était un de nos prêtres... quelle différence! Le mollah répond , en ces termes , à Usbeck désireux de savoir pourquoi le législateur de l'Orient a privé les Perses de la chair des pourceaux :
« Profanes ! qui n'entrez jamais dans les secrets de l'Eternel, vos lumières ressemblent aux ténèbres de l'abîme, et les raisonnements de votre esprit sont comme la poussière que vos pieds font élever lorsque le soleil est dans son midi , dans le mois ardent du Chahban.... Le zénith de votre esprit ne va pas au nadir de celui des Imaums. »
Ainsi de suite. C'est faux et mal imaginé. Le reste de la lettre est plus dangereux. A propos du pourceau, elle ridiculise Dieu^.Noé^sa^amille, et l'arche qui sauva le genre humain. Voici la fin :
« Quand donc vous n'apercevrez pas la raison de l'impureté de certaines choses, c'est que vous en ignorez beaucoup d'autres, et que vous n'avez pas connaissance de ce qui s'est passé entre Dieu, les anges et les hommes. »
Mais enfin pourquoi le cochon est-il impur? C'est le sujet. Parce qu'il est né des ordures
s s no
de réléph ini. Où ? Dana l'arche, alors q conseillai! à Noé de maintenir l'équilibre de navire (pour quelle raison ignoble, je n'ose l'indiquer), en posant L'énorme animal i la I tournée vers Le côté qui penchait.
Toute La lettre est Va.... Dieu y est mêlé, d'une façon triviale, aux détails les plus vulgaires, et travesti à dessein. Voltaire n'a pas fait • Comme trait, il eût fait mieux.
Assez pour l'Orient ; car il s'agit surtout de l'Occident. Rica écrit à Usbeck ; Usbeck écrit à Rica; l'un et l'autre écrivent à leurs amis <1 I pahan, à Rustan, à Ibben , à Mirza , à Rhédi. Il semble même que de cette longue correspondance entre l'Asie et la France , la Perse ait gardé quelque souvenir, et pris un goût particulier pour nos mœurs, témoin le fameux schah, qui vint, à l'exemple d'Usbeck , émerveiller les Parisiens naguère. Lsbeck écrit encore à ses femmes, dont la principale est Roxane , et à ses eunuques qui lui rendent compte de ce qui se passe dans son sérail. \Tout cela fait un mélange assez divertissant , pour certains esprits , de nouveautés , de libertinage , d'incrédulitéjnoj^iante et méchante,
d'impiété, C'est friand. Voilà comment on réussissait dans les lettres, en 17-21, vers L'époque
où le type de la débauche au pouvoir, le rég mourait d'apoplexie foudroyante , à côté de l maîtresse, sans une minute pour se reconnaître, et tombait entre les mains de Dieu , après avoir vécu comme un roué , pensé comme un païen, et même évoqué le diable, une belle nuit, dans les carrières , aux environs de Paris.
A peine Rica est-il arrivé en France , qu'il écrit à Ibbcn :
« Le Pape est le chef des chrétiens.. C'est une vieille idole qu'on encense par habitude.»
Un catholique libéral a presque , de notre temps, copié l'expression. On se souvient de l' Idole du Vatican.
Ibben poursuit : « Il était autrefois redoutable aux princes mêmes , car il les déposait aussi facilement que nos magnifiques sultans déposent les rois d'Irimette et de Géorgie. Mais on ne le craint plus. »
Et cependant Montesquieu redoute la Congréation de l'Index.
~«Le Pape se dit successeur d'un des premiers chrétiens , qu'on appelle saint Pierre : et c'est certainement une riche succession , car il a des trésors immenses et un grand pays sous sa domination. *
j donc L'imagination de Eli i i-t-elle vu .•ami paj *? M .' [uieu d'ail] que
Igg trésors do Pape sont cem de l'Egli
« Les Fra courent , vole roitur
^A lentes d'Asie, I" pas réglé de nos chan Les
l feraient tomber en syncope. »
Rien de plus vrai.
Leur souverain « est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or commo Le roi d'Espagne ; mais il a plus de richesses que lui , parce qu'il les tire de la vanité de b sujets, plus inépuisable que les mines.. . 1. roi est un grand magicien, mais il y a un magicien plus grand que lui, c'est le Pape ; il est maître de l'esprit du roi , comme le roi l'est de celui de ses sujets ; il lui fait croire que trois ne >ont qu'un, que le pain qu'on mange n'est pas du pain, et que le vin qu'on boit n'est pas du vin, et mille autres choses de cette espèce. »
Il est évidemment question de la sainte Trinité et de l'Eucharistie. Du reste, le monarque lui-même fait penser ses sujets « comme il veut.... S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin de deux , il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux et ils le croient. . . - En temps de guerre difficile à soutenir
et qu'il n'ait pas d'argent , il n'a qu'à leur mettre à la tête qu'un morceau de papier est de l'argent, et ils en sont aussitôt convaincus. »
v^[Ainsi le Pape et le roi sont des charlatans ; leurs sujets sont des esprits faibles ou des esclaves; les Français sont vifs jusqu'à l'extravagance... et curieux au possible. C'est toujours Rica qui fait à son ami Ibbenle récit de ses naïves impressions :
« Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres ; si j'étais aux Tuileries , je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi ; les femmes faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs qui m'entourait ; si j'étais au spectacle, je voyais aussitôt cent lorgnettes se dresser contre ma figure : enfin jamais homme n'a été tant vu que moi. Je souriais parfois d'entendre ces gens, qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre , qui disaient entre eux : Il faut avouer qu'il a l'air bien persan. »
C'est saisissant. Nous n'avons pas changé. Mon- * tesquieu ou Ricapourrait avoir les mêmes impressions et les rendre de la même manière, sans y rien retrancher que les Tuileries. L'auteur a de l'esprit, mais quel esprit, en somme ? l'esprit a la mode etqui flatte la passion du jour, l'impiété. Montesquieu est un homme banal et qui salue le