SCENE II
M. NELTON , Mad. NELTON.
Mad. NELTON , à part.
Quoiqu'en toute autr^ affaire aisément je domine , Je crains... ( à Nelton , en lui remettant la lettre, ) Tenez, monsieur , lisez ce que m'écrit Votre frère , et tâchez de calmer voire esprit.
NELTOv , après avoir jette les y eux sur la lettre. Ne me parlez jamais de recevoir mon frère. Madame , ce nom seul excite ma colère. Pour ne plus voir ni lui , ni de certaines gens. J'ai fui Londre, et j'habite une maison dos champs, Si ce n"est pas assez, je fuirai l'Angleterre , J'irais , pour l'éviter, jusqu'au bout de la terre.
Mad. NELTON.
Mais enfin ce coupable, indigne de pardon, Vous a-t-il jamais fait quelque tort?
NELTON.
A moi, non j Mais i! m'est en horreur.
Mad. NELTON.
En tous lieux chacun loue
Sa générosiié, sa douceur.
NELTON.
Je Pavouc.
M ad. INELTON.
En affaires toujours il fut sincère et droit.
NELTON.
Passe.
Mad. nElton.
Il esibonëpoux, excellent père.
Soit.
Mad. ISELTON.
C'est donc son nouveau rang? oui , ce motif, je gage , Est le seul qui vous porte...
NELTON.
En faut-il davantage ?
Mad. NELTON.
Quoi ! pour haïr un frère ! en effet la raison...
NELTON.
Savez-vous que je suis de l'opposition , Et que le Ministère est ma partie adverse?
"Blad. NELTON.
Vous feriez beaucoup mieux d'être à votre commerce.
NELTON.
Des intérêts du Roi qui donc prendra le soia ?
Mad. NELTON.
De vos conseils , monsieur, le roi n'a pas besom.
NELTON.
C'est ce qu'il faudra voir.
Mad. NELTON.
Enfm à votre frère Jusqu'ici quel reproche avez-vous donc .\ faire?
NELTON.
De tenir en prison.un homme . , . un innocent , Forbcr^ le citoyen le plus intéresçaut ,
( lO
Un inartvr.
Mad. NELTON.
Qui vous dit?...
NELTON.
L'innocence en personne !' Il pense comme nous.
Mad. NELTON,
La raison est fort bonne ; Mais dans tous les partis^ ne voit-on pas enfin. . .
NELTON.
Non , Madame !
Mad. NELTON.
En ce cas suivez votre dessein.
Forber est honnête homme, il nest pas nécessaire Devons en informer; contre le ministère Vous devez le défendre avec cette chaleur Dont vous vous prononciez jadis pour un boxeur.
NeLTON.
Oui, sans doute. Il suflii. Quant à mon fils, Madame, Le soin de le pour\'oir . . .
Mad. NELTON.
Son oncle le réclame.
NELTOA.
D'un autre protecteur je me sers aujourd'hui, C'est un de mes amis qui s'emploira pour lui.
Mad. NELTON.
^n ami , quel qu'il soii , en celte circonstance, Ne doit point sur un frùre avoir la jjréférence. D'ailleurs ignorez-vous, Monsieur, que votre fils De sa jeune cousine est ardemment épris? Brûlant de resserrer le lien de la famille . .
AELTON.
D'un ministre mon fils pourrait aimer la fille?.. .
Allons donc , quelle histoire !... oui , fort bien, je vous croi
Cela peut-il tomber. sous le sons, dites-moi?
Mad. NELTON.
Voulex- VOUS l'appeler ?
NELTON.
La chose est inutil«.
De rétablir bientôt il rile sera facile, Attendons.
Mad. NELTON.
Eh! quoi donc?
NELTON.
Certain événement.
Mad. WELTON.
Sur lequel vous comptez.. . beaucoup?
Assurément.
Mad. NELTON.
Rêvez-vous, dites-moi ?
NELTON.
Non, vous avez beau rire, Vous jugerez bientôt si je suis en délire. Attendons qu'on ait mis à fm certain projet, Que certaine brochure ail produit son effet, Et vous verrez des gens, du haut de leur fortune, Redescendre humblement dans la classe commune , Et d'autres qu'on dédaigne...
Mad. NELTON.
Osez-vous avouer Qu'ainsi par un hâbleur vous vous laissez jouer! Car c'est , je le vois bien , votre monsieur Nivelle Qui de ses visions vous trouble la cervelle. De libelles obscurs inondant le pays. . .
NELTON.
Portez plus de respect à de nobles écrits. Connaissez-vous assez l'auteur, son t;araclère?
Mad. NELTON. •
Mais vous ? pour l'avoir vu deux fois chez son libraire, Entouré de pamphlets, d'écrits injurieux ,
il paraît lout-u-cnnp un grand homme à vos yeux, El vous prenani lous deux d'une tendresse exireme. ..
NELTON.
On est bientôt lié quand on pense de même. Vous verrez son mémoire, et eomme'en termes clairs 11 dénonce au public, des ministres, des pairs, Des généraux , des ducs, des princes; et j espère Qu'on y reconnaîtra surtout votre beau-frère.
Mad. NELTON.
Vous croyez qm- le Roi proscrira sans pitié Quiconque en cet écrit sera disgracié?
NELTON.
Je n'en fais aucun doute.
Mad. NELTON.
El l'auteur, je parie, Prétend au ministère ou bien à la pairie?
NELTON.
Eh! bien, ne pourraii-on faire un plus mauvais choix? C'est un homme éclairé , bien pensant.
Mad. A'ELTON.
Je le crois.
NELTON.
Qui ne pardonne rien , et qui dans son système , • Assimile fort bien l'erreur au crime même.
Mad. NELTON.
Cet éloge est complet.
R El SON
Enfin de son tale;n Ne fit-il pas toujours un usage execllenl ?
Mad. NELTON.
Non , Monsieur, croyez-moi, s'il voulait être utile , Il changerait de ion aussi bien que de style. Regardez de nos jours ces écrivains fameux : Falkiant , sir Burnins, monsieur Blackton, Andreus j Quelques autres encor dont la douce lumière Se répand sans détruire, et sans briiler, éclaire j
Ces vrais amis du tiôiio ci de nos libertés A restime de tous ont des droits uiérite's.
NELTON.
Et ce pauvre Nivelle est donc, à vous entendre, Un brûlot?. .. si d'un mot je voulais le défendre! ...
Mad. IVELTON.
Nivelle, selon moi , serait fort dangereux j S'il eteit seulement un peu plus courageux. Mais je le crois au fond moins diable qu'on ne pense.
^ELTON
Mais quelqu'un l'a-t-il vu vendre sa conscience ?
Mad. NELTON.
Personne jusqu'ici n'a daigné l'acheter.
NELTO.^.
Son cœur indépendant. .
wad. neijTON.
Je voudrais le tenler, Avant de m'y fier el d'oser en répondre.