SCENE IV
M. NELTON, Mad. NELTON.
Mad. TtELTON , riant.
Ah:
NELTON, lui remettant deux journaux^.
Vos journaux , jamais je ne les lis , De sottises, d'erreurs, ]e sais qu"il> sont remplis.
Mad. NELTON.
C'est que de votre frère ils soutiennent la cause.
^ELTON
Mais voyons celui-ci, diauire, c'est autre chose.
Jamais de passion, bien e'crit, bien pense ... Le livre de Nivelle est entin annoncé!
{Il lit.)
« Il paraît une brochure inliiule'e : Confidence au public, M elle est pleine d'idées profondes et de scnlimens généreux j n mais l'auieur, plus jaloux du bien public que de sa propre M gloire, garde modestement l'imonyme. Cet ouvrage obtient » un succ<^s prodigieux. »
Le public lui devait cet éclatant hommage.
jiad. nelton.
Le journal que je tiens parle du même ouvrage. {Elle lit.)
" On vient de mettre en vente un mauvais pamphlet ayant » pour titre: Confidence au public. C'est un libelle infâme, » dont l'auteur anonyme calomnie indignement un de noj i) meilleurs ministres , et fait en revanche un éloge pompeux » de la loyauté et du désintéressement de Forber, cet enihou- 71 siaste forcené , que le ministère a fait arrêter pour des délits n politiques. »
NELTON.
Un pareil jugement est plein d'iniquité,
lit par la passion évidemment dicté.
Mais, Madame, à propos, savea-vous la nouvelle?
C'est ce matin qu'il vient.
Wad. NELTON.
Qui donc?
NELTON.
Le cher Nivelle.
Mad. NELTON.
Ah ! . . . Votre frère aussi, Monsieur , doit aujourd'hui . . .
KELTON.
Je ne le verrai point.
Mad. NELTON.
Vous refuseriez?.,.
NKLTON.
Oui.
PilVELLE.
L'honnête eicherForber , qu'on ne veut pas nous rendre.. .
NELTON.
Quoi! toujours en prison ! son état peut changer. ( Â part. ) A Nivelle aujourd'hui, j'espère ménager Une surprise. (^Hattt. ) Après, savez-vous autre chose?
NIVELLE
Les effets baissent.
NELTON.
Oui! ,
KIVELLE.
J'en devine la cause ,
Wa brochure.
KELTON.
Ah !
KivELLE , lui donnant sa brochure.
Lisez d'un œil impartial.
( se tournant vers madame Nelton qui rit. ) Rlaclame !...
Wad. NEI.TON,
Je disais de vous beaucoup de mal , Monsieur.
Nivelle.
Du mal !
Mad. nelton.
Eh, oui ; mais prenez donc un siège.
imtvelle.
Je vous suis obligé.
( Nelton, pendant ce dialogue, lit la brochure. ) niad. NELTON.
Que devient-il , disais-je ?
Loin de son cher ami, qui peut le retenir i* D'un ami de huit jours perd-on le souvenir ? C'chi alTrcux ! et j'étais d'une colère horrible.
INIVtLLE.
Ce reproche me charme, et j'y suis fort sensible:
ÎSiais si vous aviez su les tracas et l'ennui
Que j'ai depuis huit jours soufferts jusqu'aujourd'hui.
Blad. NELTOV.
Va livre à publier est une graiido uiïaire.
NIVELLE
Un livre à publier est pis qu'un livre à faire.
Mad. NELTON.
Sans doulc vous comptez sur un brillant succès ?
MVELLE.
De mon succès vraiment je no crains que l'excès. On ne s'aliaque pas à certains personnages. Sans attirer sur soi de iurieux orages, Aux grands impunément on ne dit pas leur fait,
Mad. NELTON.
Vous jne faites frémir.
MVELLK.
Madame, c'en est fait.
Biad. KELTO.N.
lȎtracicz-vous.
NIVELLE
Fi donc ! vons me croyez bien làclie.
î«;id. NELTON.
Mais si l'un de ces grands se fâchait ?
MVKLLE.
Qu'il se facile.
Mad. NELTON.
Eh î mais...
NIVELLr.
On me ferait plutôt perdre mon nom Que de me faire dire oui quand je pense non.
{^Ncltoii inrcrrompt sa lecLure pour applaudir JSu'el'c.) NIVELLE , à Nelton.
Eh bien , qu'en diies-vous ;'
^ELTO-\ , avec enthousiasne.
Dans Icu c sa lumiè e Voilà la ve'rité, lu \o là toute cnuè.e,
V Esprit de Parti. a
nie seule a produit ces nobles senlimens.
î<ivi:lle.
Il faudrait plus de force en mes raisonnemens.
NELTON.
Votre logique assomme à force d'énergie.
KIVELLE.
Mon style manque un peu de charme, de magie, De ce;e ne sais quoi qui fait qu'on écrit bien.
NELTON-
Et je vous soutiens, moi, que rien n'y manque, rien.
NIVELLE
C'est ce que mes amis s'obstinent tous à dire. Mad. NELTON, à part, riant.
Sortons , car à leur nez je finirais par rire.