ET DE LA CONFIANCE EN DIEU
iti- p , sect.'xLii. CHAPITRE PREMIER. iii«p., ch. xxn.
11 faut se soometire à la volonté de Dieu, parce que rien n'arrive que suivant
son bon plaisir.
C'était la coutume de notre Saint, de regarder et de faire regarder tous les événements dans la très sainte volonté de Dieu.
Rien ne nous arrive, disait-il, hormis le péché, que par la volonté de Dieu : le bien , il en est la source ; I tout don parfait descend du père des lumières (i).; le mal,
(I) Jacob. 1 , 17.
c'est-à-dire les peines, les tribulations, c'est Dieu, dit l'Esprit-Saint, qui en est l'auteur M).
Pour le péché, c'est un mal qu'il ne peut vouloir, il le permet seulement. Tout en le défendant sous peine de punition , il n'empêche pas de le commettre ; il laisse agir la volonté humaine selon la liberté naturelle qu'il lui adonnée. D'ailleurs, le péché n'est pas, à proprement parler, un événement pour ceux qui s'en rendent coupables. Ce qui nous arrive vient du dehors, le péché vient du dedans; il sort de nos cœurs comme le dit la sainte parole (2).
0 quel bonheur pour nous si nous recevions toutes choses comme venant de la main paternelle de Dieu , de cette main qui, en s'ouvrant, remplit de sa bénédiction tous les êtres animés (^) ! Nous tirerions alors le miel de la pierre, l'huile du rocher (^). Une douce onction ôterait à nos peines toute leur amertume. La modération nous accompagnerait dans la prospérité. Adversité, prospérité, nous ferions servir également l'une et l'autre à la gloire de Dieu et au salut de nos âmes. Si nous pensions sérieusement à cette vérité, si nous considérions Dieu dans tous les événements, et tous les événements en Dieu , Dieu , le père de Notre Seigneur Jésus-Christ, serait honoré en toutes choses, lui qui
(1) Amos. m, 6.
(2) MaU. XV, 16.
(3) cxLiv, 16.
(4) Deut. XXXII, 13.
nous console dans lous nos maux et qui nous rend utiles loules nos tribulations (0.
CAMIS. riI\DITR17 II COLLOT,
XV p., ch. x\xi. L-iL-ifiinn n. xvp., ch.xi.
La soumission à la voloiilé de Dieu s'abaudonoe cnlre ses mains.
Nous ne pouvons nous dérober à la vue ni à l'aotion de Dieu ; tous nos efforts pour y échapper seraient inutiles. Puisqu'il en est ainsi, le meilleur parti que nous ayons à prendre , c'est de faire volontairement et avec amour ce qui est d'ailleurs une nécessité pour nous , c'est-à-dire remettre notre sort entre les mains de Dieu pour le temps et pour l'éternité.
Notre Saint ne cesse de recommander cet exercice de l'abandon de nous-mêmes à Dieu, comme étant l'abrégé de la perfection ; puisque l'Evangile ne parle que de renoncement à soi-même pour l'amour et dans l'amour de Dieu. Remarquez ces mots, dans l'amour et pour Famour de Dieu ; sans cet amour, l'abandon de tous ses biens aux pauvres, celui même de son propre corps aux flammes, ne servirait de rien pour la vie éternelle. « II » faut donc savoir, disait notre Bienheureux, qu'aban- » donner notre àme et nous laisser nous-mêmes n'est » autre chose que nous défaire de notre propre volonté
(I) I Cor. XIV, i-x, 13.
» pour la donner à Dieu ; car il ne nous servirait de » guère de nous renoncer et délaisser nous-mêmes, si j> ce n'était pour nous unir parfaitement à la Bonté « divine (i). »
Mais comment se fait cette union? car c'est là le grand fruit et le principal effet de cet abandon. Elle se fait par une soumission et une conformité totale de notre volonté à celle de Dieu, soit signifiée, soit de bon plaisir. La conformité de notre volonté à celle de Dieu signifiée, s'opère par la résignation ou l'indifférence , et à celle du bon plaisir par une attente tranquille; de sorte qu'une âme parfaitement abandonnée à Dieu, veut ce qu'il veut, et de plus comme il le veut. Son cœur, comme une cire molle, est susceptible de toutes les impressions qu'il peut plaire à Dieu de lui donner.
C'est en cela que consiste la mort de notre volonté. Notre libre arbitre n'est pas détruit pour cela. Jamais au contraire il n'est plus libre que lorsqu'il obéit à la volonté divine; c'est dans celte obéissance que se trouve la parfaite liberté des enfants de Dieu. Aussitôt qu'une âme abandonnée à Dieu , ajoute notre Saint , aperçoit en elle quelque volonté particulière , elle la fait incontinent mourir et passer dans la volonté de Dieu , comme la clarté des étoiles passe tous les matins dans celle du soleil, lorsqu'il nous ramène le jour.
(1) Enlrel. ii.
,.p.?t.rixx. CHAPITRE III. x.p'?c!;'x;,r.
La soumission à la volonté de Dieu doit embrasser cette volonté dans toutes les circonstances.
Le Bienheureux étant à Paris, en 1619, un seigneur qui avait accompagné les princes de Savoie dans leur voyage en France , y tomba malade de la maladie dont il mourut. Il désira être assisté par notre Saint. Cet homme soulTrait avec assez de patience; mais il supportait avec moins de force d'àme ce que l'on pourrait appeler des bagatelles.
Il s'affligeait peu d'être malade et de mourir ; mais il regrettait d'être malade et de mourir loin de son pays et hors de chez lui. Il aurait voulu être témoin des regrets de sa femme, recevoir ses soins, donner sa bénédiction à ses enfants, et se voir entre les mains de son médecin ordinaire. Il recommandait avec instance qu'on De l'enterrât pas à Paris, qu'on reportât son corps dans le tombeau de ses ancêtres et qu'on lui fit une épitaphe. Il s'occupait de ses funérailles et de l'appareil dans lequel il voulait être reconduit dans son pays. Il se plaignait de l'air de Paris, de l'eau, des médicaments, des médecins, des chirurgiens, des pharmaciens, de ses gens, de son logement, de sa chambre, de son lit; il se plaignait de tout. En un mot, il ne pouvait mourir en
paix, parce qu'il ne mourait pas où il aurait voulu mourir.
Quand on lui faisait remarquer qu'il était entouré de tous les soins désirables pour le corps et pour l'àme , que ceux dont il déplorait l'absence n'eussent fait par leur présence qu'aggraver son mal, etc., il avait des réponses pour toutes les observations, mais réponses qui ne servaient qu'à augmenter ses souffrances, tant il était ingénieux à se tourmenter. Il mourut dans ces tourments, assez bien résigné d'ailleurs à la volonté de Dieu , et après avoir reçu tous les secours de l'Eglise.
Témoin de tout cela, 0 que la faiblesse humaine est déplorable, s'écriait notre Saint! Cet homme passait pour un grand guerrier, pour un grand homme d'état, pour un grand esprit ; et cependant vous voyez à quelles bagatelles il s'amusait! Ce n'est pas assez, continuait le Bienheureux, de vouloir ce que Dieu veut, il faut encore le vouloir de la même manière que lui. Dans la maladie, par exemple , il faut non-seulement vouloir être malade , puisque cela plaît à Dieu ; mais encore vouloir l'être de telle maladie plutôt que d'une autre , dans tel lieu et dans tel temps plutôt que dans un autre temps et dans un autre lieu, parmi telles personnes ei non parmi telles autres, parce que Dieu le veut ainsi. Bref, il faut que la volonté de Dieu soit en toutes choses notre loi.
Oh! que bienheureux est celui qui peut dire à Dieu du fond de son cœur : Oui , Seigneur, tout ce qui vou s
plaira et comme il vous plaira! Je suis votre serviteur et le fils de cotre servante. Je suis à vous, sauvez-moi; ne perdez pas mon âme avec les méchants ; ne rejetez pas rouvraife de vos mains (*) !
CAMUS. nriDTTRr IV COLLOT ,
viii'p.,seci. XVI. ^-.ii.xriiniii iv. viii* p. , ch.xii.
La soumission à la volonté de Dieu produit l'cgalilé d'esprit.
Noire Bienheureux ne recommandait rien avec plus de force que l'égalité d'esprit. Puisque cette vie, disaitil, est une navigation vers le port du salut, nous devons imiter les bons pilotes qui tiennent toujours le timon droit malgré l'inégalité des flots. Pour cela, il faut, comme eux, fixer continuellement son regard vers le pôle de notre âme , c'est-à-dire vers la très sainte volonté de Dieu^ Les inégalités d'esprit ne viennent que du regard arrêté sur les créatures et non sur Dieu. De là nos changements d'humeur et d'inclination , suivant la variété et la diversité des accidents de la vie. I Mais quand nous regardons cette variété et cette di- I versité dans l'uniformité toujours égale de la très ' sainte volonté de Dieu , qui distribue , selon qu'il lui plaît , les prospérités et les adversités , la santé et la maladie, les richesses et la pauvreté , la vie et la mort; quand nous venons à penser que tout cela peut nous
(1) Psal. cxv, 16. — cxvui, 94. — xxv, 9. — cxxxvii, 8.
servir à glorifier Dieu , nous entrons alors dans cette aimable indifférence chrétienne qui produit la sainte égalité d'esprit, indifférence et égalité d'esprit qui, dans les peines et les souffrances, est la perfection de la patience.
CAMCS, r'ïlADîTRTr V COLLOT,
IIl'p., sect. XXIX. V^nrVrlinCi V. III'p., ch. XV.
la vraie confiance en Dieu est toujours accompagnée de la défiance de
soi-même.
Le combat spirituel donne pour fondement à la milice intérieure et chrétienne, la défiance de soi-même et la confiance en Dieu. Là-dessus je demandais un jour à notre saint ce qu'il fallait faire pour arriver à une parfaite défiance de soi-même : « Il faut, me répondit- » il, se confier parfaitement en Dieu. La défiance de soi- » même et la confiance en Dieu sont comme les deux » bassins d'une balance; l'élévation de l'un est l'abais- )> sèment de l'autre. Plus nous avons de défiance de » nous-mêmes, plus nous avons de confiance en Dieu; » moins nous nous défions de nous-mêmes, moins aussi » nous plaçons en Dieu de confiance. Si nous n'avons » en nous-mêmes nulle confiance, alors nous nous » confierons en Dieu entièrement. »
« Figurez -vous, ajouta-t-il, les deux seaux d'un « puits attachés à la même corde. L'un ne se peut » hausser que l'autre ne se baisse, ni l'un s'emplir que
»> Taulre ne se vide. Ue même, se défier beaucoup de » soi, c'est se confier beaucoup en Dieu; et se confier » en soi, c'est se défier beaucoup de Dieu. Ceux qui
abondent en prudence bumaine s'appuient fort peu « sur la Providence divine. »
Mais, répliciuai-je, ne puis je pas me défier entièrement de moi-même par suite de la chiire connaissance que j'ai de ma misère, sans mettre en même temps et pour cela ma confiance en Dieu?
Nullement, me répondit-il, si votre défiance de vousmême est clirélienne et inspirée par le motif de la charité. La défiance dont vous parlez, purement naturelle, ne produirait en vous que chagrin, découragement, lâcheté; mais la vraie défiance de soi-même, la défiance chrétienne, celle qui vient de la vraie charité, est gaie, courageuse, pleine de générosité; elle nous fait dire : ' « Moi? non y mais la grâce de Dieu avec moi. Sans la » grâce je ne puis rien , pas même avoir une bonne » pensée; mais avec la grâce je puis tout, car ce qui est » impossible à l'homme est possible à Dieu , qui peut » tout ce qu'il veut au ciel et sur la terre. C'est pour- » quoi notre divin Sauveur disait à ses apôtres : Ayez » confiaMe, j'ai vaincu le monde. Ceux qui se confient au )^ Seigneur seront j, dit le prophète, inébranlables comme n la montagne de Sion (0. »
(I) I Cor. XV, 10. — Joan. xv, 5. — ii Cor. m, 5. — Philip, vi, 31. MaU. XIX, 26. — Joan. xvi, 35. — Psal. cxxiv, 1.
CAMLS, /^U \ Fïl TT) 1? T^T COLLOT^
xvi'p.,sect. m. t.rlArlln.ri v 1. xvi« p., ch. i".
La confiance en Dieu donne de l'assurance dans les périls. — Exemple.
Il y a une certaine crainte naturelle qui d'elle-même est indifférente , et qui peut se trouver dans les personnes les plus éminentes en vertu et en sainteté : telle est, par exemple, la crainte du tonnerre. Saint Thomas d'Aquin , non moins illustre par sa piété que par sa doctrine, y était sujet. La vue des éclairs portait en lui ce sentiment jusqu'à une sorte d'excès. Il répétait alors sans cesse ces paroles sacrées , comme pour lui servir de sauvegarde : Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous.
On dit que César, si intrépide sur les champs de bataille , tremblait comme un enfant quand il tonnait. On lui avait dit que la foudre ne tombait point sur les lauriers; il en faisait toujours porter après lui, afin de se réfugier sous ces arbres , comme sous un toit protecteur , quand le ciel paraissait gros d'orage et devenait menaçant.
Il est peu de personnes qui n'aient de la frayeur quand il tonne , et quand surtout de grands et rapides éclairs sillonnent les nuages. Il y a néanmoins des âmes qui ont tant de confiance en Dieu , que , semblables à
la ini)n(;ji;ne de Sion, rien ne les ébranle. Tel était notre Bienheureux.
Dans les montagnes des Alpes, les tonnerres sont fréquents et épouvantables. Les rochers dont les échos en répètent et doublent le bruit, semblent s'agiter sur leurs bases et menacer de s'en détacher. Le saint Prélat était calme au milieu de ces tourmentes. Ecoutons comment il s'exprime sur ce sujet : « Hier au soir, dit-il >> dans une de ses lettres (0 , nous eûmes ici de » grands tonnerres et des éclairs extrêmes , et j'étais >> si aise de voir nos gens multiplier les signes de croix » et le nom de Jésus î Ah ! leur disais-je , sans ces « torrents, nous n'eussions pas tant invoqué Notre >) Seigneur. Sans mentir, je recevais une particulière » consolation pour cela. Quoique la violence des éclats >> me fit trémousser, je ne pouvais me contenir de » rire. »
Nouvelle preuve de la vérité de cette parole de l'Esprit-Saint : Qu'une conscience pure et tranquille est wi banquet perpétueli^). Rien ne peut lui ôter sa joie ; rien ne saurait lui ravir la douce espérance de son salut qui repose dans son cœur. Heureux, Seigneur, celui que vous avez reçu entre vos bras, il demeurera ferme dans vos tabernacles (^).
(1) L. XI, ép. 5 9.
(2) Prov. XV, 1 5.
(3) Ps. Lxiv, 5.
CAMUS, rH\U1TP17 VII COLLOT,
vii'p, sect. XVIII. i-inAriii\j:« > n. vu* p., ch. vi.
la confiance en Dieu produit la résignation, la sainte indifférence, la simple
attente.
« La résignation se pratique, dit le Bienheureux, » par manière d'effort et de soumission. On voudrait » bien vivre au lieu de mourir; néanmoins, puisque )> c'est le bon plaisir de Dieu qu'on meure, on ac- » quiesce. On voudrait vivre s'il plaisait à Dieu , et de î> plus on voudrait qu'il plût à Dieu de faire vivre; » cependant on meurt de bon cœur, mais on vivrait >> encore plus volontiers. On meurt d'assez bonne vo- )î lonlé , mais on vivrait encore de meilleure volonté.
» La sainte inditïérence est au-dessus de la résigna- » tion , car elle n'aime rien , sinon pour l'amour de la » volonté de Dieu , de manière que rien ne touche le » cœur indifférent en la présence de la volonté de )) Dieu (0. »
Ainsi , la résignation et la sainte indifférence ont cela de commun qu'elles regardent la volonté de Dieu connue et signifiée par l'événement , et qu'elles s'y soumettent ; mais elles le font diversement : celle-là avec effort, j celle-ci sans effort. Ces dispositions sont sans doute bien parfaites; cependant, la simple attente est encore au- i
(1) Théolime, 1. ix, c. 5 el c. 4.
dessus: elle se soumet à la volonté de Dieu ineonnue; elle nous fait vouloir d'avance tout ce que Dieu voudra, siins que nous en ayons actuellement aucune connaissance. Elle est sans appréhension et sans désir sur tout ce qui peut être l'objet du bon plaisir de Dieu par rapport à nous.
WlII'p., sect. XLYI. CIlAl ITRL vlll. XVIIl'p .ch.'xXIV.
La confiance en Dieu, remède souverain pour guérir de la crainte des esprits.
La crainte est une passion naturelle, indifférente par elle-même, comme on l'a déjà dit; mais mauvaise quand elle est excessive et qu'elle produit le trouble, bonne quand elle est soumise à la raison.
Il y a des personnes naturellement si timides qu'elles ne pourraient parler en public; d'autres qu'épouvantent les ombres de la nuit et la solitude: d'autres eniîn qui redoutent si fort l'apparition des esprits, qu'elles n'oseraient passer seules la nuit dans une chambre. Un des plus vaillants capitaines de notre temps (0 , un homme qui s'expose à tous les hasards de la guerre avec une intrépidité que rien n'arrête , eut tué son valet de chambre , si celui-ci l'eût laissé seul pendant son sommeil.
(1) C'est révèque de Belley qui parle, et ce capitaine vivait de son temps.
Une personne pieuse était atteinte de cette infirmité. Notre Bienheureux la consolait en ces termes : « On me » dit que vous craignez les esprits. Le souverain esprit » de notre Dieu est partout, sans la volonté ou permis- M sion duquel nul esprit ne se meut. Qui a la crainte » de ce divin esprit ne doit craindre aucun autre esprit. j> Vous êtes sous ses ailes; que craignez-vous? Etant » jeune, j'ai été touché de cette fantaisie. Pour m'en >* défaire, je me forçais petit à petit d'aller seul , le » cœur armé de confiance en Dieu, dans les endroits » où mon imagination me menaçait de la crainte. Enfin, » je me suis tellement affermi que les ténèbres et la » solitude de la nuit me sont à délices , à cause de cette » tout aimable présence de Dieu , de laquelle on jouit )î plus à souhait dans cette solitude. Les bons anges » sont autour de vous, comme une compagnie de per- « sonnes d'armes. La vérité de Dieu, dit le prophète, » vous environne et vous couvre de son bouclier; vous ne » devez rien craindre de tout ce qui effraie durant la » nuit (1). Cette assurance s'acquerra petit à petit , à » mesure que la grâce de Dieu croîtra en vous ; car la » grâce engendre la confiance, et la confiance n'est >> jamais confondue (-). »
(1) Ps. xc, 5.
(-2) L. VI, ép. oi.
CAMIS. rUADlTRP lY COLLOT,
xvii'p. seci. XXX. tiriAriini:. ia. xvii'p.,ch. xiv.
La confiance en Dieu enlreticnl la paix dans le cttur, au milieu des embarras
de la vie.
Certaines âmes , d'ailleurs bonnes et pieuses , s'imaginent qu'on ne peut se conserver dans le repos intérieur, au milieu des embarras; c'est une erreur. Ya-t-il un plus grand mouvement que celui des flots de la mer? Les vaisseaux n'y sont jamais sans quelque ébranlement, et cependant les navigateurs s'y reposent, y dorment d'un sommeil tranquille, et la boussole s'y tient constamment tournée vers le nord.
Quiconque ne regarde que Dieu dans toutes ses actions , quiconque n'a d'autre intention que de faire servir à la gloire de Dieu toutes ses œuvres, trouve le repos partout, même dans les plus grandes agitations. Rapportant alors ces agitations mêmes à l'honneur de Celui qui les permet ou qui les envoie, il arrive par là au but de ses désirs, lequel est d'honorer Dieu en toutes choses et en toute occasion.
Je m'étonne que des personnes consacrées à Dieu et appliquées à des emplois saints , se plaignent quelquefois de ces mêmes emplois, comme d'occupations dissipantes , lorsqu'ils commandent beaucoup de mouvement. Il n'y a d'occupations vraiment dissipantes que celles qui nous séparent de Dieu, et il n'y a que le pé-
ché qui puisse nous en séparer. Toute occupation légitime, non-seulement ne nous en sépare point, mais est un moyen pour nous unir à lui davantage. Les hommes du barreau peuvent s'y unir dans l'exercice de leurs fonctions. Il en faut dire autant des négociants, des artisans, des soldats, en un mot de tous les états, de toutes les professions.
Voici dans quels termes notre Bienheureux s'exprime sur ce sujet : « Soyons tous à Dieu parmi tant de tracas » que la diversité des choses mondaines nous présente. » Comment voulons-nous mieux témoigner notre fidé- :» Hlé qu'entre les contrariétés? Hélas! la solitude a ses )> assauts, le monde a ses embarras. Partout il faut avoir )) bon courage, puisque partout le Ciel est prêt à venir j> au secours de ceux qui ont confiance en Dieu, et qui, « avec humilité et douceur , implorent son assistance » paternelle. Gardez-vous bien de laisser votre soin dé- » générer en trouble, en inquiétude; et tout embar- » quée que vous êtes sur les vagues et parmi les vents » de plusieurs tracas, regardez toujours au ciel, et dites » à Notre Seigneur : 0 Dieu , c'est pour vous que je » vogue et navigue ; soyez mon guide et mon pilote. Et » puis, consolez-vous de ce que, lorsque nous serons )> au port , les douceurs que nous y aurons effaceront » les travaux soutenus pour y aller. Or, nous y allons » parmi tous les orages, pourvu que nous ayons le 5> cœur droit, l'intention bonne, le courage ferme, l'œil » en Dieu, et en lui toute notre confiance. Que si la vio-
» lence do la tempête nous êiiieiit quelquefois un peu » l'estomac , et nous lait un petit tourner la tète , ne » nous étonnons point; mais sitôt que nous pourrons, » prenons haleine et nous aimerons à mieux faire. Vous » marchez toujours entre nos saintes résolutions , je » m'en assure : ne vous fâchez donc point de ces petits » assauts d'inquiétude et de chagrin que la multiplicité » des affaires domestiques vous donne; non, car cela » vous sert d'exercice pour pratiquer les plus chères et » aimahles vertus que Notre Seigneur nous ait recomn mandées. Croyez -moi , la vraie vertu ne se nourrit » pas dans le repos intérieur, non plus que les bons » poissons dans les eaux croupissantes des marais (0. »