CAMUS, /^VI 4 'DITTTÎ T7 V COLLOT
ïîtl'p, sect. II. L-flArllnCi A. XIII* p., ch. I".
la confiance en Dieu marche entre la crainte et l'espérance.
Pour marcher sûrement en cette vie, il faut marcher toujours entre la crainte et l'espérance ; la crainte des jugements de Dieu, qui sont des abîmes impénétrahles (-), et l'espérance de sa miséricorde infinie qui brille dans toutes ses œuvres. Mais pour concevoir une véritable espérance , il faut pratiquer ce que dit David : Espérez d(ws U Seigneur et faites le bien, et vous serez comblé de
(1) Liv. III, épit. 63.
(2) Ps. XXXV, 7.
ses richesses (*). Voyez comme le roi -prophète met la pratique du bien pour condition de l'espérance. Espérer en persévérant obstinément dans le mal, c'est plutôt de la présomption que de l'espérance. Mais aussi, en faisant le bien, il faut encore éviter d'avoir trop bonne opinion de soi-même. Ce sentiment, dit saint Grégoire, est une teigne qui ronge les bonnes œuvres. Il faut dire avec Job : Je craignais dam toutes mes actions, sachant que Dieu examine les moindres défauts (2), que les astres ne sont pas sans tache devant ses yeux (^), et qu'il trouve à redire à la pureté de ses anges mêmes i^).
Il faut, disait le Bienheureux, craindre les jugements de Dieu, mais sans découragement ; et il faut prendre courage à la vue de sa miséricorde, mais sans présomption. Il dit ailleurs : Ceux qui ont une crainte excessive et désordonnée d'être damnés , témoignent avoir un grand besoin d'humilité et de soumission. Il faut sans doute s'abaisser, s'anéantir, se perdre ; mais ce doit être pour gagner son âme, la garder, la sauver. Toute humilité qui préjudicie à la charité, est à coup sur une- 1 fausse humilité : or, telle est celle qui porte au trouble, au découragement , au désespoir ; car elle est contraire à la charité qui , tout en nous commandant d'opérer
(1) Ps. XXXVI, 3.
(2) Job. IX, 28.
(3) Ib. XXV, 5.
(4) Ib. IV, 18.
noire salut m^ec crainte et tremblement (*), nous défend en même lenips de nous défier de la bonté de Dieu qui veut la conversion et le salut de tous (2).
xTii»p.,$ec't. IX. CHAPITRE XI. xvu* p., ch! m.
U conGancc en Dieu éloigne le découragement.
La plus lâche de toutes les tentations , disait souvent notre Bienheureux, est celle du découragement. Quand Tennenii du salut nous a fait perdre courage et ôté l'espoir de faire du progrès dans la vertu, il a bon marché de nous ; il nous pousse bientôt après dans l'abîme du vice, d'autant plus facilement qu'il trouve moins de résistance.
« Ayez patience avec tous, mais principalement avec « vous-même , écrivait un jour le saint Prélat à une » âme portée au découragement ; je veux dire que vous )) ne vous troubliez point de vos imperfections, et que » vous ayez toujours le courage de vous relever. Je » suis bien aise de ce que vous recommencez tous les » jours. Il n'y a point de meilleur moyen pour bien > achever la vie spirituelle que de toujours recommen- » cer, et ne penser jamais avoir assez fait (3). »
(1) Philip. II, 12.
(î) Pet. m, 9.
(3) L. V, epiist. 5.
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En effet, comment souffrirons-nous patiemment les défauts du prochain, si nous sommes impatients sur les nôtres propres?
Comment reprendrons-nous les autres avec esprit de douceur, si nous nous corrigeons nous-mêmes avec dépit, avec aigreur, avec chagrin?
Celui que troublent ses imperfections ne saurait s'en corriger ; car la correction des défauts ne s'opère réellement que par un esprit tranquille et reposé. La pusillanimité, dit David, est compagne du trouble. Qui perd le courage, perd tout. Le soldat qui jette ses armes, ne peut plus retourner au combat , alors même qu'il le voudrait. Dans la voie de Dieu, celui qui pense être avancé , n'a pas encore bien commencé ; et celui qui s'imagine être au terme , a besoin de recommencer sa course. Cette vie est le chemin qui conduit au ciel ; qui s'y arrête court risque de n'arriver pas au salut.
CAMUS, rUVDITDr A'IT COLLOT,
ir p., sect. XXXI. L-nArlinCi A.II. ii« p., ch. xxiii.
La confiance en Dieu est une dos meilleures dispositions pour bien mourir.
Je demandais un jour à notre Bienheureux quelle était la meilleure disposition pour bien mourir. Il me répondit froidement : c'est la charité.
Je sais, répliquai-je, que n'être pas dans la charité, c'est être dans la mort ; et que mourir dans le Seigneur,
c'est mourir, sinon dans l'acte, au moins dans l'habitude de la cliarilé , laquelle embrasse toutes les autres vertus et les fait régner dans l'àme avec elle. Mais , la charité supposée , je désirerais savoir quelles sont les vertus auxquelles il faut s'appliquer davantage pour se préparer à une bonne mort.
Ce sont, me dit-il, l'humilité et la confiance, et, pour s"expli(iuor, il ajouta : Le lit d'une bonne mort doit avoir pour matelas la charité; mais il est bon d'avoir la tête appuyée sur les deux oreillers de l'humilité et de la conliance , et d'expirer ainsi en se reposant humblement sur la miséricorde de Dieu.
Le premier de ces oreillers, qui est l'humilité, nous liùt reconnaître notre misère , et trembler de frayeur, mais d'une frayeur amoureuse, car je la suppose animée de la charité ; celte crainte amoureuse produit en nous l'esprit du salut. L'effet de l'humilité, d'une humilité courageuse, est, en nous abattant devant Dieu, de nous relever aussitôt, et de nous faire appuyer sur lui seul. •
De cet oreiller on passe aisément à l'autre qui est celui de la confiance en Dieu. Cette confiance, c'est l'espérance chrétienne fortifiée par la considération de la bonté infinie de notre Père céleste, plus désireux de notre bien que nous-mêmes. 0 Dieu! j'ai espéré en vous, je ne serai jamais confondu (0. Ceux qui ont espéré
(1) Ps. XXX, 1.
dans le Seigneur trouveront des forces toujours nouvelles, ils prendront des ailes et voleront comme l'aigle, et leur essor ne s'affaiblira point (i).
(1) Ps. XL, 31.