‹ L'esprit de saint François de SalesChapitre 16 sur 34 · P. XV · texte numérisé non relu

P. XV

CAMUS. rHADÏTRP YV COLLOT,

r*p., sect. XXVI. L-nAriini^i A.V. i" p.,ch. xxii.

L'esprit de pauvreté se prête aux honneurs de convenance, et ne lire vanité de rien. — Exemple.

Venu à Paris, en 1619, avec le cardinal de Savoie, pour assister au mariage du frère de ce cardinal , le prince de Piémont, qui épousait Christine, sœur du roi de France , le Bienheureux reçut la visite d'un protesta nt . Cet homme, sans faire de révérence ni de salut, et à peine introduit , lui adresse brusquement ces paroles : Est-ce vous que l'on nomme l'évéque de Genève?

— Monsieur, répondit le saint Prélat , on m'appelle ainsi.

— Je voudrais savoir de vous , reprit le protestant , de vous que l'on tient partout pour un homme apostolique , si les apôtres allaient en carrosse ?

Un peu surpris de cette singulière apostrophe , le Saint , après un moment de silence , répondit qu'ils allaient en carrosse, lorsque l'occasion se présentait.

— Je serais bien aise , répliqua le personnage en secouant la tête , que vous me fissiez voir cela dans l'Ecriture.

Alors le Bienheureux lui cita le fait de saint Philippe, qui monta dans le char de l'eunuque de Candace, reine d'Ethiopie.

— Mais ce char, riposta l'interlocuteur, n'était pas

au diacre Philippe , il appartenait à l'eunuque qui l'invita à y monter.

— Je ne vous ai pas dit, reprit le saint Évêque , que ce char fût à saint Philippe; j'ai seulement affirmé que les Disciples allaient en carrosse dans l'occasion.

— Mais dans des carrosses dores , hrodés et si riches que le roi n'en a pas de plus magnifiques ; dans des carrosses traînés par les plus élégants équipages et conduits par des hommes dont les hahits rivalisent avec les livrées royales : c'est ce qui ne se lit point dans les livres sacrés, et qui me scandalise en vous, qui faites le saint , et que l'on tient pour tel. Voilà de beaux saints, en vérité, qui ont trouvé moyen d'aller fort à leur aise en paradis î

— Monsieur, répondit le Bienheureux , ceux de Genève , qui retiennent les biens de mon évêché , m'ont coupé l'herbe si court , que tout ce que je puis faire , c'est de vivre pauvrement de ce qui me reste. Je n'eus jamais de carrosse à moi , ni le moyen d'en avoir un.

— Ce carrosse si magnifique dans lequel je vous vois tous les jours n'est donc pas à vous ?

— Non vraiment , reprit l'Evéque , et vous avez raison de le dire magnifique; vous auriez même pu l'appeler majestueux , car il appartient à Sa Majesté. C'est un de ceux que le roi a mis à la disposition des personnes qui , comme moi , sont à la suite des princes de Savoie. Vous pouvez le reconnaître à la livrée du roi , portée par celui qui le conduit.

— Cela me soulage , repartit le protestant , et je vous en aime davantage. Vous êtes donc pauvre , à ce que je vois?

— Je ne me plains pas de ma pauvreté, puisque j'ai suffisamment de quoi vivre d'une manière convenable. Quand, d'ailleurs, je sentirais les privations du besoin, j'aurais tort de me plaindre de ce que Jésus-Christ a choisi pour son partage. Il a vécu , il est mort dans les bras de la pauvreté. — Au reste, ces honneurs, je ne les ai point recherchés par ambition. La maison d'où je lire mon origine étant dépendante de la maison de Savoie , j'ai cru que c'était pour moi un devoir d'accompagner M. le cardinal de Savoie dans ce voyage , pour assister aux solennités de l'alliance que venait contracter le prince de Piémont, son frère, avec la France, en épousant Madame, sœur de Sa Majesté.

Le protestant se retira satisfait , et vouant au Bienheureux une estime désormais inaltérable.

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