ET AUTRES ÉPREUVES INTERIEURES
ii*p.,sect. XXIV. CHAPITRE PREMIER. ii»p.,chap.xix.
Des tentations.
Ce n'est pas après les gens delà maison que les chiens aboient , c'est après les étrangers. De même, le démon se met peu en peine de solliciter au mal ceux qui sont à lui; c'est aux autres qu'il s'adresse. Quand il presse, quand il tourmente une âme, on peut être sur, généralement parlant , qu'elle lui est étrangère , qu'elle est son ennemie. Plus la tentation est violente, plus elle dénote de vertu dans la personne attaquée. Le tenta-
leur ne dirige de puissants efforts que contre les plus capables d'opposer une forte résistance.
Si nous savions faire un bon usage des tentations, disait le Bienheureux , nous les souhaiterions en quelque sorte , nous les provoquerions presque , plutôt que de les redouter; mais, parce que de tristes chutes nous ont fait connaître à la fois notre faiblesse et notre lâcheté, nous avons bien raison de dire: Et ne nous induisez pas en tentation (*).
Si, au moins, à la déflance de nous-mêmes, déflance malheureusement trop j uslifiée , nous joignions une grande conGance en Dieu , plus fort pour nous faire triompher de la tentation que nous ne sommes faibles pour y succomber, notre courage irait grandissant, à mesure que diminueraient nos appréhensions. Nous dirions avec le prophète : C'est par vous. Seigneur, que nous serons délivrés de la tentation ; par vous que nous sunnonterons tous les obstacles du salut (2). Avec vous, 7ious marcherotis sans crainte sur l'aspic, sur le basilic; nous foulerons aux pieds le lion et le dragon i^).
Comme les grandes tentations nous font connaître la grandeur de notre courage et celle de notre fidélité à Dieu , elles nous apprennent de même à manier les armes spirituelles de notre milice, comme dit saint Paul,
(1) Malt. VI, 13.
(2)Psal. XVII, 30.
(3)Psal. xc, 13.
contre les allaqucs de nos ennemis invisibles 0). C'est alors que noire ame, couverte du bouclier de la grâce, leur parait terrible comme une armée rangée en bataille (2). C'est alors que nous faisons de plus grands progrès dans la vertu.
Il y a des personnes qui croient tout perdu parce qu'elles ont des pensées de blaspbème, d'impiété. Elles s'imaginent alors qu'elles n'ont plus ni religion ni foi. Cependant, tant que ces pensées déplaisent, elles ne peuvent nuire. Ce sont des vents impétueux dont les secousses affermissent l'arbre au lieu de l'ébranler. II faut en dire autant des tentations d'impureté, et de toutes les autres, quelles qu'elles soient. La maxime est générale. Parce que vous étiez agréable à Dieu, dit l'ange à Tobie , il a été nécessaire que vous fussiez éprouvé par la tentatioîi (3).
CAMUS, rHADITTlP TI COLLOT,
XVll*p.,sect. XXI. L,nArllI\Ci 11. XVll'p., ch. IX.
Quelques avis au sujet des lentalions.
Faute de discerner si la tentation est devant ou dans notre cœur, nous nous troublons, nous souffrons. Il est donc bien important de savoir faire ce discernement.
(1) Il Cor. X, 4.
(2) Canl. XV , 3.
(5) Tob XII, 13.
— Quels en sont les moyens ?
— Le principal est de voir si la tentation vous plaît ou si elle vous déplaît. Si le péché ne peut nuire, quand il déplaît, à plus forte raison en est-il de même pour la tentation. « Remarquez ceci , dit le Bienheureux : pen- » dant que la tentation vous déplaira , il n'y a rien à » craindre; car, pourquoi vous déplaît-elle, sinon par- » ce que vous ne la voulez pas (i) ? »
— Mais si je m'amuse longtemps avec elle , soit par inadvertance, soit par engourdissement, soit par lâcheté à la repousser, à la combattre, n'ya-t-il pas alors une complaisance coupable ?
— Le mal d'une tentation ne se mesure pas par sa durée ; elle pourrait être aussi longue que la vie : pourvu qu'elle déplaise , elle ne se change point en péché , c'est le contraire qui arrive ; non -seulement ce déplaisir nous préserve du venin de la tentation , il est de plus un acte de vertu , digne de récompense.
— Mais je crains de m'y être plu.
— Cette crainte prouve qu'elle vous a déplu ; on ne craint pas ce qu'on agrée ; on ne s'effarouche que de ce qui paraît un mal. Si donc vous avez eu assez de présence d'esprit pour considérer la tentation comme vous portant au mal , elle n'a pu vous agréer.
— Toujours est-ce mal faire de s'amuser avec elle.
— Si cet amusement ou cette délectation précède le
(1) Liv. IV, ép.46.
plein usage de la raison, il n'en faut tenir aucun compte, puisque le consentement de la volonté n'a pas rendu la délectation coupable.
— Mais à quoi peut -on connaître ce consentement ?
— Il est difficile de le dire d'une manière positive et précise ; et c'est le cas de s'écrier avec le prophète : Qui est celui qui coiinaît ses péchés? Purifiez-moi , mon Dieu, de mes fautes cachées (i). L'auteur sacré parle dans cet endroit de celles de ses fautes qu'il ne pouvait bien discerner. Mais voici , sur ce sujet , ce que pensait le Bienheureux. Lorsque vous douterez, disait-il, si vous avez consenti au mal , interprétez toujours ce doute dans le sens négatif. La raison en est que , pour commettre un péché, il faut le consentement de la volonté. Or , quand votre conscience ne vous reproche pas de l'avoir donné , croyez que vous n'avez pas consenti , et demeurez tranquille.
« Savez-vous ce que Dieu fait en la tentation? Il per- » met que le malin forgeron de semblables besognes » les nous vienne présenter à vendre , afin que par le » mépris que nous en ferons, nous puissions témoigner » notre affection aux choses divines. Et, pour cela, ma » chère sœur, ma très chère fille, faut-il s'inquiéter? » faut-il changer de posture ? 0 Dieu , nenny ; c'est le )) diable qui va partout autour de notre esprit, furetant
(l)Psal. xviii,13.
» et brouillant pour voir s'il pourrait trouver quelque » porte ouverte. Il faisait comme cela avec Job, avec » saint Antoine, avec sainte Catherine de Sienne, et » avec une infinité de bonnes âmes que je connais , et » avec la mienne qui ne vaut rien, et que je ne connais j> pas. Eh quoi! pour tout cela , ma bonne fille, faut-il » se fâcher ? Laissez-le morfondre et tenez toutes les » avenues bien fermées, il se lassera enfin ; ou, s'il ne se )) lasse pas. Dieu lui fera lever le siège; c'est bon signe » qu'il fasse tant de bruit autour de la volonté , c'est » signe qu'il n'est pas dedans. » (Liv. iv, épit. h(j.)
CAMUS, rUADlTPU llî COLLOT,
xvni» p.,sect. XXVI. LiiiAriinn m. xvni*p.,ch. xv.
Des menues tentations.
Quand le tentateur nous voit si bien établis dans la grâce , que l'ombre même du péché nous fait peur , il s'abstient de livrer inutilement de grands combats ; il se borne à de légères escarmouches. Il suscite alors une foule de menues tentations , dans le dessein d'inquiéter une âme , de lui rendre moins agréable la pratique de la vertu , et de la lui faire prendre en dégoût.
Dans ce genre de combat , ce n'est point aux armes qu'il faut courir pour se défendre , c'est au mépris. On se met en défense contre les loups et les autres bêtes
féroces; on ne s'arme point de toutes pièces pour repousser les mouches qui nous font la guerre en été.
Une personne était tourmentée de pensées contre la foi. Ces pensées étaient incessantes et de toutes sortes, malgré ses efforts pour les éloigner , et elles la jetaient daAs une noire mélancolie. Le Bienheureux lui écrivit en ces termes : « Vos tentations contre la foi sont re- » venues, et encore que vous ne leur répliquiez pas un » seul mot, elles vous pressent. Vous ne leur ré- » pliquez pas : voilà qui est bien , ma fille ; mais vous » y pensez trop , mais vous les craignez trop , mais )> vous les appréhendez trop ; elles ne vous feraient nul j> mal sans cela. Vous êtes trop sensible aux tenta- » tions. Vous aimez la foi , et ne voudriez pas qu'une » seule pensée vous vînt au contraire, et tout aussitôt » qu'une seule vous touche , vous vous en attristez et » troublez. Vous êtes trop jalouse de cette pureté de )) foi ; il vous semble que tout la gâte. Non , non , ma » fille , laissez courir le vent , et ne pensez pas que le » frisillis des feuilles soit le cliquetis des armes. Der- » nièrement, j'étais auprès de ruches d'abeilles; quel- » ques mouches se mirent sur mon visage , je voulus y w porter la main et les ôter. Non , me dit un paysan , » n'ayez point peur, et ne les touchez pas , et elles ne » vous piqueront nullement. Si vous les touchez , elles » vous mordront. Je le crus , et pas une ne me mor- » dit. Croyez- moi, ne craignez point ces tentations, )> ne les louchez point , elles ne vous offenseront (blés-
» seront) point. Passez outre et ne vous y amusez » point (0. »
J'ajoute à cette pensée que le mépris vaut mieux que le combat pour vaincre les tentations et mettre en fuite le tentateur. Le mépris des tentations suppose une grande confiance en Dieu , qui ne manque jamais 'de combattre pour nous, lorsque nous l'en prions. Quant au tentateur, tel est son orgueil qu'il ne saurait souffrir le mépris ; et , comme il poursuit ceux qui le redoutent, de même il fuit ceux qui dédaignent de s'occuper de ses attaques. Souvenons-nous qu'il ne peut nous vaincre que par nous , lorsque nous lui donnons la main , en consentant à ses illusions.
CAMUS, r'ITADIT'RI? J\T COLLOT,
IVp.,sect. XXXVII. LillArlinii lY. IV*p.,chap. XXVII.
Des grandes tentations. — Exemple.
La prédestination est un abîme où se perd la sagesse humaine. Aussi, parmi toutes les tentations qui éprouvent notre foi , celles qui ont rapport à ce mystère sont-elles des plus terribles? Dieu, qui destinait le Bienheureux à la conduite des âmes , permit qu'il en fit l'expérience , afin de lui apprendre à compatir aux faiblesses des faibles.
Il achevait ses études à Paris, à l'âge de seize ans. Il
(1) Liv. IV, épit. 47.
se crut alors du nombre des réprouvés. Cette tentation le frappa tellement , qu'il en perdit le repos et l'appélit. Il devint pâle , languissant , indifférent à tout , d'une effrayante mélancolie ; il dépérissait chaque jour à vue d'œil; tout faisait craindre une mort prochaine. Son précepteur lui demandait souvent la cause du mal qui le minait; mais le démon qui tenait le jeune homme dans cette affreuse illusion, était mweiy et lui inspirait un silence obstiné. Bien que, fidèle à Dieu, il repoussât , sans s'en rendre compte , les traits de l'ennemi , il était cependant privé de toute suavité du divin amour. Le calme, les douceurs qu'il avait goûtés avant cet orage , lui revenaient à la mémoire , et rendaient ses angoisses plus accablantes. C'était donc en vain, se disait-il , que j'espérais boire à longs traits et m'enivrer un jour au torrent des voluptés célestes. 0 tabernacles magnifiques de la maison de Dieu, je ne vous verrai donc jamais ! Jamais je n'habiterai dans les délicieuses demeures du Roi des rois ! Il passa deux mois dans cette cruelle agonie. Le jour entendait ses douloureux gémissements ; la nuit cachait dans ses ombres les larmes dont il arrosait son lit.
Enfin , poussé par une inspiration divine , il entra un jour dans une église (Saint-Elienne-des-Grès) où , quelque temps auparavant, il avait voué à Dieu sa chasteté. Le premier objet qui le frappa fut un tableau de la Sainte Vierge. Cette vue réveilla sa confiance, et, se mettant à genoux devant cette image, il pria la Mère des
miséricordes d'être son avocate auprès de Dieu ^ et d'obtenir que , puisqu'il était assez malheureux, pour être destiné à le haïr éternellement, il put ait moins l'aimer de tout son cœur pendant la vie. Il récita dans cette circonstance le Memorare de saint Bernard.
11 ne l'eût pas plus tôt achevé , qu'il ressentit l'effet de la puissante bonté de la Mère de Dieu. A l'instant même ses illusions se dissipèrent , l'ennemi prit la fuite, le jeune homme recouvra la tranquillité de l'esprit et la paix du cœur.
Ce combat et cette victoire , ou plutôt cette épreuve et cette délivrance , le rendirent si adroit dans le maniement des armes spirituelles , qu'il donnait à tous ceux qui lui manifestaient quelques tentations , des conseils pleins de sagesse pour en triompher. Il voulait que , dans les grandes tentations surtout , on eût recours à la Sainte Vierge.
CAMVS, PHADITDT V COLLOT,
iii»p., sect. xxxviii. i^nariinr- v, iii'p.,ch. xx.
Des scrupules : leur source principale.
Le Bienheureux disait que les scrupules avaient leur racine dans l'orgueil le plus fin. Il l'appelait fin , parce que cette espèce d'orgueil est si délié , si subtil , qu'il échappe à la connaissance de ceux même dans lesquels
il se trouve. Voyez le scrupuleux , ajoulait-il : il ne saurait se résoudre à acquiescer au jugement des gens éclairés dans les voies de Dieu; il veut toujours que son opinion prévale ; lui seul , selon son avis , est dans le vrai. Faut-il s'étonner, après cela, de son trouble, de ses inquiétudes? S'il voulait renoncer à ses idées, la paix régnerait dans son âme. Mais, puisqu'il refuse de porter jusque-là l'abnégation , n'est-il pas juste qu'il souffre de son attachement excessif à luimême? Plaindrait-on un malade qui ne voudrait point faire usage, bien qu'il le put, de remèdes propres à diminuer ses douleurs , à le guérir ? Plaindrait-on de ses souffrances , un homme affamé qui , en présence d'aliments à sa disposition , s'obstinerait à mourir de faim ?
Si le Saint-Esprit , dans les divines Ecritures , compare la désobéissance à l'idolâtrie , que faut-il dire de l'indociHté des scrupuleux ? Eux , si idolâtres de leurs propres sentiments , si esclaves de leurs opinions , si attachés à leurs idées ! Eux qui , sans égard pour les lumières, la sagesse et le zèle de ceux qui les conduisent, s'opiniâtrent à croire qu'on se trompe, qu'on ne les comprend pas , qu'ils s'expliquent mal ou qu'on les flatte; en un mot, qui ne veulent pas soumettre leur jugement à ceux qui ont grâce et mission pour les éclairer. Ou ils ont perdu en partie leur liberté, ou leur obstination est bien coupable et leur deviendra funeste.
CAMUSt /^ U A L) I TD 1? \TI COLLOT,
XVI' p., sect. XLIV. CnArllnti Vl. XIV*p., ch. XXII.
Des aridités spirituelles.
Les enfants courent après les douceurs et les demandent à grands cris ; ils préfèrent les petites friandises aux aliments solides et plus nourrissants. Ils n'ont pas encore assez de raison pour voir combien ceux-ci sont plus propres à fortifier et à soutenir la santé. C'est l'image de ces âmes attachées à elles-mêmes et peu fermes dans la piété , qui ne désirent que la manne des consolations intérieures. L'aridité se fait-elle sentir? Les voilà languissantes, lâches, à charge à ellesmêmes et aux autres ; leurs pensées les inquiètent ; elles se tourmentent; elles ne font plus aucun progrès dans les voies de Dieu.
« Il ne faut pas faire ainsi , dit le Bienheureux ; au » contraire , plus Dieu nous prive de consolations, plus » nous devons travailler pour lui témoigner notre fidé- » lité. Un seul acte, fait avec sécheresse d'esprit, vaut » mieux que plusieurs faits avec une grande tendresse, » parce qu'il se fait avec un amour plus fort , quoiqu'il » ne soit pas si tendre ni si agréable (^). »
Un vaillant soldat brave de sang-froid les périls et les hasards; il n'a pas besoin, pour s'y précipiter, de
(1) Enlret. vu.
ces moyens artiflciels par lesquels on anime le vulgaire des combattants , du bruit des tambours , du son des fifres , des trompettes , de cris sauvages ; il ne lui faut que la fermeté de son courage pour le porter au-devant de l'ennemi , comme pour lui faire supporter avec joie les fatigues et les privations de la guerre. De même une âme forte dans les choses de Dieu , ne s*abat point dans les sécheresses , dans les dégoûts. Servir Dieu pour les consolations qu'il donne , c'est aimer mieux les consolations de Dieu que le Dieu des consolations. Fuir la croix , c'est n'être pas digne de compter parmi les disciples du Dieu de la croix.
CAMI7S, I^II \ DïTm? \7TT COLLOT,
xviii'p., sect. XII. LiilArllnCi Vil. xviii* p., ch. ix.
Des peines intérienres. — Suite.
Days le cours ordinaire de la nature, les beaux jours, dit-on, sont plus rares que les autres; de même, dans la vie spirituelle, les sécheresses, les obscurités, sont plus fréquentes que les consolations et les lumières. David était dans un de ces jours d'épreuve , lorsqu'il s'écriait: Rendez-moi, Seigneur, la joie du salut , et affermissez-moi dans votre esprit (^). Mais c'est dans ces détresses intérieures , comme sous l'étreinte d'un pressoir, que coule le plus pur vin du saint amour;
(1) Ps. L, i3.
c'est là que la patience unie à la charité opère son ^ œuvre la plus parfaite (*). ^
Plusieurs personnes s'imaginent alors que Dieu est courroucé contre elles. Quand la conscience ne leur adresse aucun reproche, qu'elles se tranquillisent. Dieu n'a-t-il pas dit qu'il est avec nous dans la tribulation ? N'est-on pas indigne de suivre Jésus-Christ , si l'on ne porte pas la croix ? La croix n'est-elle pas la marque des élus ?
A la naissance de l'enfant Jésus , tandis que les bergers écoutaient avec ravissement le chant mélodieux des esprits célestes , Marie et Joseph , dans l'étable de Bethléem, n'entendaient que les cris plaintifs du divin Enfant. Cependant, qui ne préférerait la condition de ceux-ci à la condition de ceux-là? Qui n'aimerait mieux être avec Jésus , Marie et Joseph , dans l'étable , qu'avec les bergers au milieu des joies et des concerts angéliques?
Saint Pierre, dans son extase du Thabor, s'écpiait : // fait bon ici; faisons y trois tentes (2). C'est ainsi, disait le Bienheureux , que l'âme fidèle aime, sur le Calvaire, Jésus défiguré, parmi les ténèbres, le sang, les clous , les épines , les horreurs de la mort ; et , dans sa joie , au milieu de ces abandonnements et de ces souffrances, elle dit aussi de» tout son cœur: Fai-*
(1) Jac. 1, 4.
(2) Luc. IX , 35.
sons ici trois demeures : une pour Jésus , la seconde pour sa sainte Mère , la troisième pour le disciple bienaimé.
cAMos, fHAPlTRF VITT collot.
xvr p.. seci. VI. ^n/\fiini!. vin. xvi'p.ch. m.
Des désolations inléricures. — Suite.
Il y a des âmes qui ne connaissent et ne veulent connaître d'autre dévotion, que la dévotion sensible. Elles n'aiment le pain du ciel que s'il est tendre et délicat.
Le Bienheureux n'était point de ce nombre; il aimait au contraire les aftlictions intérieures, il les préférait aux délices. Comme le meilleur poisson, disait-il, est celui qui se nourrit dans l'eau salée de la mer , de même les meilleures âmes, les âmes les plus solidement vertueuses, sont celles qui trouvent la paix de Dieu dans ramertume très amère des désolations du cœur.
A une personne qui se plaignait un jour à lui de la privation des goûts spirituels dans ses exercices de piété, il répondit par ces paroles : « L'amour de Dieu )) ne consiste pas en consolation ni en tendresse; au- » trement Notre Seigneur n'eût pas aimé son Père, » lorsqu'il était triste jusqu'à la mort, et qu'il criait : » Mon Dieu j mon DieUj pourquoi m'avez-vons aban-
» donné (i)? C'était alors toutefois qu'il faisait le plus » grand acte d'amour qu'il est possible d'imagiuer (2). » Une autre fois, dans ce langage plein d'images simples et de comparaisons naïves qui lui était si familier , il disait que, « les confitures sèches n'étaient pas » moins agréables que les liquides, ni le rôti moins )) friand que le bouilli ; que les roses sèches avaient » plus d'odeur que les fraîches et les humides , et que » les bons estomacs se nourrissaient mieux de vian- » des fortes que de celles qui sont de trop facile di- » gestion. »
CAMUS, ru \DITRr TY COLLOT,
XVIII* p., sect. IV. LiniirilUli lA.. XVIII'p., ch. II.
De la tristesse.
La béatitude de l'autre vie est appelé joie dans les divines Ecritures, et c'est aussi dans la joie que consiste la félicité de la vie présente ; mais non dans la joie de l'hypocrite^ de laquelle l'Esprit-Saint a dit qu'elle n'est que d'un moment (^); ni dans celle des méchants, dont il est écrit, qu'ils passent leurs jours dans les délices, et qu'en un instant ils descendent aux enfers. Les larmes sont au bout de la fausse joie (4).
(1) Malt. XXV, 21.
(2) Liv. m, ép. 61.
(3) Job. XX, 5.
(4) Prov. XIV, 13,
La véritable joie ne vient que de la paix intérieure, et cette paix ne vient elle-même que d'une bonne conscience , appelé par l'Esprit-Saint, un festin continuel (*). Aussi, est-ce cette joie du Seigneur et dans le Seigneur, accompagnée ou plutôt produite par la charité, que l'Apôtre recommande avec tant d'instance (-).
Cette doctrine était celle du Bienheureux , et sa vie présentait une image de la félicité qu'elle donne aux âmes sur la terre. Un grand serviteur de Dieu disait de lui, qu'il possédait une paix inaltérable. Il était l'ennemi du trouble et de la tristesse. Voici comment il en parle à une personne qui s'y laissait aller : w De- 3> meurez fort en paix et repaissez votre cœur de la » suavité de l'amour céleste, sans lequel nos cœurs » sont sans vie, et notre vie sans bonheur. Ne vous » relâchez (abandonnez) nullement à la tristesse, enne- » mie de la dévotion. De quoi se doit attrister une » fille , servante de Celui qui fera à jamais notre joie? » Rien que le péché ne nous doit déplaire et fâcher, » et, au bout de ce déplaisir du péché, il faut encore » que la joie et consolation sainte soient attachées (3). » Aussi David, ce grand pénitent, cet homme selon le cœur de Dieu, après avoir arrosé son lit et mêlé son breuvage de ses larmes , demandait-il au Seigneur les joies de son amour.
(1) Prov. XV, 15.
(2) Philipp. IV, 4. •
(3) Liv. III, épit. 73.
CAMUS, PU \ DITP 17 Y COLXOT,
xviii*p.,sect. XII. L.nAriint!i a. iviii'p., ch. viii.
De la crainte de la mort.
Nous appelons trépassés ceux qui sont morts, comme si nous voulions dire qu'ils ont passé à une meilleure vie. En effet, le séjour que nous passons sur la terre, et auquel nous donnons le nom de vie, est plutôt une mort qu'une vie, puisque chaque moment nous mène au tombeau. De là ce mot d'un ancien : Nous mourons tous les jours, parce que chaque jour nous dérobe une portion de notre vie. De là ces paroles de l'Ecriture : *Nous sommes sur la terre comme l'eau des fleuves qui coulent toujours sans jamais retourner vers leurs sources. Tous les hommes sont condamnés à mourir, et le Sauveur lui-même a voulu subir cet arrêt.
L'appréhension des jugements qui suivront la mort, peut jeter l'àme dans d'étranges frayeurs, quand on laisse derrière soi de nombreuses fautes. Mais nous avons, pour nous rassurer, les espérances de la foi, et les oracles des livres saints. L'homme ne peut commettre plus de péchés que Dieu ne saurait en pardonner. Qui oserait comparer la grandeur de ses crimes avec l'immensité de cette miséricorde inflnie, qui les oublie, lorsqu'on s'en repent pour sou amour?
Voici comment le Bienheureux consolait une âme frappée de la crainte de la mort et de la terreur des ju-
gcmenls de Dieu. « Oh ! celle mort est hideuse, il est « bien vrai ; mais la vie qui est au delà et que Dieu nous » donnera est bien fort désirable ; aussi ne faut-il )> nullement entrer en défiance; car, bien que nous » soyons misérables, nous ne le sommes cependant » pas à beaucoup près autant que Dieu est miséricor- )> dieux à ceux qui ont volonté de l'aimer, et qui ont » mis en lui leurs espérances. Quand le bienheureux » cardinal Borromée était sur le point de mourir, il »> fit apporter l'image de Notre -Seigneur mort, afin d'a- » doucir sa mort par celle de son Sauveur. C'est le » meilleur remède contre l'appréhension de notre tréî) pas, que la pensée de Celui qui est notre vie, et de » ne jamais penser à l'un qu'on n'ajoute la pensée de » l'autre ('). »
Il est vrai que la vue de nos péchés doit nous tenir toujours dans la crainte et dans le repentir; mais on ne doit pas en demeurer là, il faut passer outre et appeler au secours de notre âme, la foi, l'espérance et l'amour de l'infinie bonté. S'arrêter à la crainte, sans passer à la confiance, ce serait mettre en oubli ces consolantes paroles du roi-prophète : Celui qui se confie en Dieu sera comme la montagne de Sion que rien ne peut ébraîiler (2); c'est appeler ces pensées affligeantes qui tourmentent le cœur, dit Job (^)-
(1) Liv. IV, épît. 29.
(2) Ps. XII, 4,5.
(5) Job. xvii, 11.