PREMIER MOYEN : LA LECTURE SPIRITUELLE
xi-S^S.xv CHAPITRE PREMIER. xvv'^lh^u
et XVII.
De la lecture spirituelle.
Le Bienheureux recommandait la lecture spirituelle comme une nourriture sainte toujours prèle , et qui ne peut jamais nous manquer. On n'a pas toujours avec soi des prédicateurs, des directeurs spirituels; les livres sont toujours présents. Aussi souhaitait-il qu'on s'en procurât , et qu'on ne passât aucun jour sans en faire usage. Il voulait qu'on les lût avec respect et dévotion , comme s'ils étaient des lettres écrites du ciel et par les saints pour nous en montrer le chemin , et nous donner le courage d'y aller.
Comment la lecture spirituelle ne serait-elle pas utile? Ces morts qui parlent si pieusement dans leurs écrils ont été, pour la plupart, pendant leur vie, les interprètes des volontés de Dieu , les organes de ses divins oracles, les distributeurs, parmi les fldèles, d'un pain de vie que nous retrouvons dans leurs pieux ouvrages. Par leurs écrils , ils font pour nous ce qu'ils faisaient pour leurs contemporains par l'éloquence de leurs discours.
Le saint Prélat conseillait particulièrement la lecture de la vie des saints ; c'était , disait-il , l'Evangile en action. Dans la vie des saints, il y a plusieurs de leurs actions qui sont imitables en tout; d'autres, en partie; d'autres , en quelque façon ; d'autres enfln qui ne produisent dans l'esprit que de l'admiration , et ne laissent aucun espoir de les imiter. Toutes , néanmoins , produisent , dans ceux qui les lisent avec humilité , un grandgoùtde piété, et le désir de glorifler, autant qu'on le peut. Dieu dans ses saints, et les saints dans Dieu.
Il en est de cette lecture comme de la manne qui avait tel goût qu'on le désirait. Quoique les traits de l'esprit de Dieu dans les âmes soient aussi différents que ceux des visages, il est vrai cependant que leurs actions, quelles qu'elles soient, nous fournissent de quoi imiter, ou du moins de quoi admirer la grâce, qui a fait en eux et par eux de si grandes choses. El quand il ne nous resterait que celle admiration , ne serait-ce pas toujours un excellent fruit de cette lecture?
cAMts, rirvPiTnr ti collot ,
Vl*p.,secl. XVI. \^llrll lll\Li 11. VI' p. , chap. IX.
Ce qu'il faut faire pour lire ulilemenl.
Pour lire utilement, il ne fiuit lire qu'un livre à la fois, et encore faut-il le lire d'un bout à l'autre. Ce n'est pas seulement l'utile qui doit engagera lire ainsi, c'est aussi l'agréable. En lisant de cette sorte, comme le voyageur se délasse en même temps qu'il s'instruit, lorsqu'en marcbant il découvre de nouveaux objets, de nouvelles perspectives , de même le lecteur , en avançant dans son livre, goûte le plaisir d'ajouter à ses connaissances par la découverte de nouvelles pensées ou de rapports d'idées qu'il n'avait point encore aperçus.
Ceux qui n'ont pas de lecture arrêtée et suivie, et qui tantôt prennent un livre , tantôt un autre , se dégoûtent bientôt de tous , et la lecture, cet aliment de l'esprit et du cœur, ce doux cbarme de la vie, se cliange pour eux en un exercice fatigant , qu'ils abandonnent. Le Bienheureux appelait la lecture, l'huile de la lampe de l'oraison.
On dit que, pour conserver bonne la santé, il faut ne manger qu'une sorte de viande dans chaque repas, et que la variété des mets raltère. Il faut dire la même chose de la nourriture spirituelle que l'on tire de la lecture. La multiplicité des livres, si on les ht à la fois et sans ordre, est plus nuisible qu'utile.
Le saint Prélat aimait beaucoup celte sentence de l'auteur de l'Imitation : « J'ai cherché le repos partout, » et je ne l'ai trouvé que dans un petit coin , avec un » petit livre. » « Pour bien étudier, disait-il en consé- » quence, il ne faut lire qu'un livre; ceux qui passent » légèrement sur plusieurs ne font jamais d'études ap- » profondies. » C'est pourquoi il conseillait de se borner au choix d'un bon livre ; et, s'il était possible , d'un livre petit , facile à porter, de le lire souvent et surtout d'en mettre les maximes en pratique.
Quant à lui, le Combat spirituel éimi son livre favori. Il m'a dit plusieurs fois qu'il l'avait porté sur lui plus de dix-huit ans , et que , tous les jours , il en avait lu quelques chapitres , au moins quelques pages. Il recommandait la lecture de ce livre , qu'il appelait tout aimable , tout praticable.
CAMUS, rnADITDU TTI COLLOT ,
IV* p., sect. XV. IjflArllnEi 111. VI» p., ch. XiV.
Les meilleurs livres profanes sont peu propres à inspirer l'esprit du chrislianisme.
Je citais un jour au Bienheureux ce passage de Sénèque : « Il y a de la grandeur d'àme à se servir de » vMsselle de terre avec autant de satisfaction que si » elle était d'argent; mais il y en a davantage à faire « usage de vases d'argent sans y attacher plus de prix » que s'ils étaient de terre. »
Le philosophe a raison , me répondil-il ; car , dans le premier cas , la vanité pourrait encore se mêler au mépris de ces choses matérielles , et en être même le raoliC unique; mais , dans le second cas , on se montre tout à fait au-dessus de l'estime des richesses, puisqu'on n'en fait pas plus de cas que de la poussière.
Comme je continuais à louer ce philosophe , prétendant que ses maximes approchaient fort près de celles de l'Evangile ,
— Oui , me dit-il , elles en approchent quant à la lettre , nullement quant à l'esprit.
— Comment cela , répliquai-je?
— Parce que, reprit-il, l'esprit de l'Evangile ne tend qu'à nous dépouiller de nous-mêmes pour nous revêtir de Jésus-Christ, à nous dégager des sentiments de la nature pour nous faire dépendre entièrement de la :gràce; au lieu que ce philosophe rappelle toujours l'homme à soi. Il ne veut pas que son sage tire d'ailleurs sa félicité , ce qui est le pousser manifestement dans les voies de l'orgueil. Le sage chrétien doit être petit à ses propres yeux , et tellement petit , qu'il s'estime un vrai néant. Ce philosophe, au contraire, fait de son sage un homme qui se place au-dessus de toutes choses , qui se croit maître de l'univers , et l'artisan de sa fortune. Quelle monstrueuse présomption! Quelle différence entre ses maximes et celles de l'Evangile !