‹ L'esprit de saint François de SalesChapitre 25 sur 34 · SECOND MOYEN : LES SACREMENTS · texte numérisé non relu

SECOND MOYEN : LES SACREMENTS

II p^î'S: ïix CHAPITRE IV. xrJ'lchJrt

et XX

De la pénitence et de l'eucharislie.

Le Bienheureux regardait ces deux sacremenls comme les deux pôles de la vie chrétienne. Par le premier, disait-il, nous renonçons au péché, nous détruisons les vices, nous surmontons les tentations, nous nous dépouillons du vieil homme ; par le second , nous nous revêtons de Jésus-Christ, l'homme nouveau , nous marchons dans la voie de la justice et de la sainteté ,. avançant ainsi chaque jour vers la montagne sainte , c'est-à-dire vers la perfection.

Saint Bernard voulait que ses religieux attribuassent au fréquent usage de l'Eucharistie toutes les victoires qu'ils remportaient sur les passions , tous les progrès qu'ils faisaient dans le bien (i). Le Bienheureux approuvait la pensée du saint docteur et la partageait. Il disait que chercher des prétextes pour se dispenser de communier souvent, c'est ressembler aux conviés de la parabole , dont les excuses , quoiqu'en apparence assez

(1) Sermo 1 in cœnâ Domini, n. o.

recevables, ne laissèrent pas d'irriter contre eux le père de famille.

Les uns disent qu'ils ne sont pas assez parfaits pour approcher fréquemment de la sainte table ; mais comment le deviendront ils , s'ils s'éloignent de la source de la perfection? D'autres prétendent qu'ils sont trop fragiles; mais l'Eucharistie est le pain qui fortifie. D'autres s'excusent sur leurs infirmités spirituelles; mais là ils trouveraient à la fois le remède et la médecine. D'autres mettent en avant leur indignité; mais l'Eglise ne fait-elle pas dire aux plus saints : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toiti^)? Ceux-ci se disent accablés d'affaires; mais ne trouve-ton pas dans l'Eucharistie celui qui a fait cette douce invitation : Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine et surchargés , et je vous soulagerai (2) ? Ceux-là craignent , s'ils communiaient fréquemment , de s'exposer à la damnation; mais ne s'y exposent-ils pas bien plus, d'une manière indirecte, en communiant rarement? Enfin , il y en a qui refusent de communier souvent , par humilité, disent-ils; mais c'est une humilité presque toujours fausse, semblable à celle d'Achaz, qui s'opposait à la gloire de Dieu , en feignant de craindre de le tenter (^). On n'apprend bien, d'ailleurs, à faire une chose qu'en la faisant. Pour bien apprendre à bien

(1) Ma«. VIII, 8.

(2) Malt. II, 28.

(3) Is. Vil, 12.

recevoir Jésus-Christ dans la communion , il faut l'y recevoir.

xi*p,,sect. xvni. CHAPITRE V.

Douceur de la confession.

L'ennemi du salut , pour nous faire tomber dans le mal et nous empêcher de nous relever, se sert ordinairement d'un stratagème. Par ses fascinations, il dérobe à nos yeux la laideur du péché, lorsqu'il sollicite à le commettre; mais est-il commis, il en exagère la honte, afin d'ôter au pécheur le courage de l'accuser et d'en obtenir le pardon. L'esprit de Dieu, au contraire, après en avoir montré la malice avant la chute , fait connaître combien il est honorable pour le coupable, et glorieux pour Dieu, de rompre les liens criminels dont on est enchaîné.

Accuser son péché devant Dieu, c'est l'excuser, en le mettant sous l'ombre des ailes de sa miséricorde. Mais l'excuser, c'est l'aggraver , de telle sorte que cette excuse est ordinairement pire que le mal. Aussi David demande-t-il à Dieu de mettre à sa bouche une garde, afin de ne point chercher d'excuses à ses péchés (*). Pécher, c'est une chose malheureusement trop ordinaire à la faiblesse de l'homme ; mais excuser sa

(1) Ps. CXI, 3 et 4.

faute, la soutenir, se glorifier d'avoir mal fait, c'est être arrivé au plus profond de l'abime du mal.

La confession franche et repentante de ses péchés apaise Dieu, et arrête le bras de sa vengeance. Achab, les Ninivites, David et tant d'autres illustres personnages en sont des exemples frappants. De plus, elle honore le Seigneur et comble l'àme de joie. « Le scorpion, » dit le Bienheureux dans sa Philolhée, est vénéneux en » nous piquant; mais étant réduit en huile, c'est un » grand médicament contre sa propre piqûre. Le péché » n'est honteux que quand nous le faisons; mais étant » converti en confession et pénitence, il est honorable et » salutaire. La contrition et confession sont si belles et » de si bonne odeur, qu'elles effacent la laideur et dissi- » pent la puanteur du péché. Simon le lépreux disaitque » Madeleine était pécheresse ; mais Notre Seigneur dit » que non, et ne parle plus, sinon des parfums qu'elle » répandit et de la grandeur de sa charité. Si nous i> sommes bien humbles , Philothée, notre péché nous » déplaira infiniment, parce que Dieu en est offensé; » mais l'accusation de notre péché nous sera douce » et agréable, parce que Dieu en est honoré (*). »

(1) Pan. I, chap. 19.

CAMUS. rHAPlTPP VI COLLOT,

XVII'p., sect. XXV. l^nArlinii Vl. XVIl»p.,ch. XI.

De la sainte communioD. — Suite.

Les sentiments du Bienheureux au sujet de la sainte communion , étaient tellement tempérés par le divin amour, que la crainte respectueuse ne diminuait point la conflance, ni la conflance le respect. Le Sauveur, disait-il, ne peut être considéré dans un mystère plus aimable, plus ravissant. Il aurait voulu qu'on s'anéantit, en recevant la sainte Eucharistie, de la même manière que le Sauveur s'anéantit pour se communiquer à

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