CHAPITRE P
Excellence de l'amour de Dieu.
Puisque la souveraine béatitude des élus est d'aimer [Dieu, et que l'amour dont on l'aime dans le ciel est le jméme, quanta son espèce, que celui dont on l'aime sur la terre, on ne peut douter que la souveraine félicité de la vie présente, comme celle de la vie future , ne I consiste dans l'amour de Dieu. Dans le ciel , voir Dieu et l'aimer sont deux choses inséparables. On ne peut ' voir un si grand bien sans l'aimer nécessairement , mais * d'une nécessité si heureuse, qu'au lieu d'étouffer la liberté, elle la perfectionne. Ici-bas, comme on ne le voit que par ses ouvrages et par la foi , l'amour qu'on ; lui porte n'est point invariable , et , pour comble de malheur, on peut le perdre , et il se perd trop souvent par le péché mortel. Toutefois, il a cet avantage sur l'amour qui règne dans le ciel , qu'il peut augmenter de jour en jour, suivant la mesure des bonnes œuvres et des vertus que nous pratiquons.
Le divin amour était tout pour le Bienheureux. Sans
(1) Cor.
lui , il n'eût pas regardé le ciel comme un séjour de félicité , et , avec lui , il eût jugé l'enfer digne de nos désirs. « Pour moi , écrivait-il à une de ses religieuses , » je n'ai rien su penser ce matin qu'à cette éternité de y> biens qui nous attend , mais sans laquelle tout me » semblerait peu ou rien , si ce n'était cet amour inva- » riable et toujours actuel de ce grand Dieu , qui y x> règne toujours. Mon Dieu , ma chère Mère , que » j'admire la contrariété qui est en moi , d'avoir des » sentiments si purs , et des actions si impures. Car, » vraiment, il me serait avis (il me paraîtrait) que le » paradis serait emmy (au milieu des) toutes les peines » de l'enfer, si l'amour de Dieu y pouvait être ; et si » le feu d'enfer était un feu d'amour, il me semble que » ses tourments seraient désirables. Je voyais ce matin » tous les contentements célestes être un vrai rien » auprès de ce régnant amour. Mais d'où m'arrive-t-il » que je n'aime pas bien , puisque , dès maintenant , » je puis bien aimer ? Oh î ma fille , prions , travail- » Ions, humilions- nous, invoquons cet amour sur » nous. »
C'est , en effet , en priant , en travaillant , en s'humiliant et en le demandant instamment à Dieu , qu'on en obtient l'accroissement. Ce que Dieu désire le plus de nous donner, c'est son amour. Que ne désironsnous aussi vivement de le recevoir qu'il voudrait s'en montrer prodigue.
BtHOO^Mai
Tlf p.secVxiI. CH APURE II. Vlll'p.,ch.'x.
La passion de Noire Seigneur, motif puissant d^aimer Dieu.
Suivant le Bienheureux, il n'y a pas de plus pressant aiguillon , pour nous faire avancer dans le saint amour, que la considération des souffrances et de la mort de noire divin Sauveur. C'était là, disait-il , le plus doux et le plus fort de tous les motifs de l'amour divin.
Et, quand on lui demandait comment il pouvait joindre ainsi la douceur et la force? de la même manière, répondait-il, que l'Apôtre lorsqu'il dit que « la charité » de Dieu nous presse (^ ; » de la même manière que TEsprit-Saint, lorsqu'il nous apprend dans le Cantique des cantiques , « que l'amour est fort comme la mort , » et âpre au combat comme l'enfer (-). » L'amour, ajoutait-il , est la douceur des douceurs , il ôte aux choses les plus amères toute leur amertume. Voyez néanmoins comme il est comparé à ce qui est fort jusqu'à la violence, la mort et l'enfer. La raison, c'est que, comme il n'y a rien de si fort que sa douceur, il n'y a rien aussi de plus doux, de plus aimable que sa force.
Il n'y a rien de plus doux que l'huile et le miel ; sont-ils bouillants, il n'y a point d'ardeur pareille. Rien
(l)iCor. V, 14.
(2) Gant. Yui, 6.
aussi de plus doux que l'abeille ; mais est-elle irritée , rien de plus pénétrant que son aiguillon.
Dans les plaies de Jésus en croix se trouve le rayon de miel de la plus forte charité. Gomme la mort de notre divin Rédempteur est le plus haut effet de son amour pour nous, elle doit être de même le plus fort des motifs de notre amour pour lui. 0 Seigneur, s'écriait saint Bernard , que la force et la douceur de votre amour cruciûant absorbent mon cœur! Puissé-je, ô Rédempteur de mon âme, mourir pour l'amour de votre amour, vous qui avez daigné mourir pour l'amour de mon amour !
C'est de cet excès d'amour, qui ôta la vie à l'amant de nos âmes sur le Calvaire, que parlaient Moïse et Elie, témoins de la transfiguration sur le Thabor. Ils nous apprenaient par là que , même dans la gloire céleste , dont celle de la transfiguration n'était qu'un fliible échantillon , après la considération de la bonté de Dieu contemplée dans son essence et aimée pour elle-même, il n'y a pas de motif plus puissant pour faire aimer le Sauveur que le souvenir de ses douleurs et de sa mort. C'est dans ce souvenir que les anges et les saints chantent ce cantique : « L'agneau qui a été mis à mort est » digne de recevoir vertu , divinité , sagesse , force , » honneur, gloire et bénédiction (0. »
(1) Apoc. V, 2.
,x.^"sect'.x. CHAPITRE II K ixTcî'i".
Désirer èlre haïs pour Dieu, et haïr d'êlre aimés autrement que pour lai.
Notre saint voulait qu'on désirât être haï pour Dieu, suivant ce mot de l'Evangile : « Vous serez bienheu-
> reux quand les hommes vous haïront et diront de vous toute sorte de mal à cause de moi (i) ; réjouis -
) sez-vous alors, parce que votre récompense est grande
> dans le ciel (-). Bienheureux ceux qui souffrent per- )) séculion pour la justice (^). Il ne faut pas s'étonner si » le monde vous hait , car il m'a haï le premier, parce » que mon royaume n'est pas de ce monde W. Si vous » étiez de ce monde , le monde vous aimerait ; car » vous seriez des siens. » C'est ainsi qu'il faut aimer à être haï.
Il faut aussi haïr d'être aimé autrement qu'en Dieu et pour Dieu :
l'* Parce qu'il est à craindre que l'amitié, quand elle est purement humaine, quelque honnête et légitime qu'elle soit dans son origine, ne dégénère, ne devienne vicieuse , principalement entre personnes des deux sexes ;
(1) Malt. III, 11.
(2) Luc VI, 22.
(3) Malt. V, 10.
(4) Joan. XV, 18, 19.
2° Parce que vouloir être aimé autrement qu'en Dieu, c'est une espèce de larcin ; c'est vouloir dérober à Dieu une portion du cœur de ceux dont nous désirons l'amitié, lequel pourtant lui est dû tout entier, et n'est pas trop grand pour l'aimer comme il doit être aimé;
5** Parce que c'est blesser la sainte jalousie de Dieu, qui ne peut souffrir de rival dans le cœur de sa créature. Il veut être aimé sans partage; l'amour qu'il exige doit être tout et dominer en souverain , autrement il est nul , il n'est rien;
li° Parce que c'est une vanité grossière , un orgueil insensé de se croire assez de mérite pour avoir droit à l'amour de quelqu'un.
« Oh! que bienheureux, dit notre saint, sont ceux )^ qui n'ont rien d'aimable, car ils sont assurés que » l'amour qu'on leur porte est excellent , puisqu'il est » tout en Dieu (0. »
0 Dieu , ôlez-nous du monde , ou ôtez le monde de nous. Arrachez notre cœur du monde , ou arrachez le monde de notre cœur. Tout ce qui n'est pas Dieu, n'est rien ou très peu de chose. « Que voulons-nous sur la » terre et dans le ciel , sinon Dieu (-) ? »
(1) Eniret. viii.
(^2) Ps. Lxxii, ^25.
xviii'p, sect. Liv. CHAPITRE III. xvin''p.,ch.'x\x.
La vraie charilé, principft du mérite de nos œuvres, second motif de l'amour
de Dieu.
Comme la priulence est la mesure des vraies vertus morales acquises, de même la charité est celle des vraies vertus infuses vives et méritoires. La règle de celles-là, c'est la droiture de la raison humaine; la règle de cellesci, c'est la droiture de la raison divine : raison divine qui est à la fois la volonté de Dieu , reine de toute volonté sanctifiée, et la raison de toute vraie raison. Telle est la doctrine du docteur angélique et de tous les théologiens.
Oh ! si les chrétiens réglaient leurs actions sur ce niveau , que l'on verrait hien en eux une autre sainteté que celle dont ils présentent les apparences ! La charité feinte ne tiendrait pas dans plusieurs la place de la véritable charité.
De petites actions faites avec beaucoup de charité , ont un tout autre prix que de plus grandes faites avec ' peu d'aittour. Notre Bienheureux exprimait ainsi ce sentiment : u Je sais que les petits ennuis sont plus fà- » cheux à cause de leur multitude et importunité que I » les grands , et les domestiques que les étrangers ; » mais je sais que la victoire en est souvent plus
5> agréable à Dieu que plusieurs autres , qui , aux yeux » du monde, semblent de plus grand mérite (*). »
Il voulait que Ton estimât les vertus par l'amour de Dieu, plutôt que par leur excellence naturelle. Ce qu'il dit de l'oraison, dans une de ses lettres, doit être entendu de toute autre vertu : « Il faut , ce sont ses pa- )) rôles , aimer l'oraison , mais il la faut aimer pour » l'amour de Dieu. Or, qui l'aime pour l'amour de « Dieu, n'en veut qu'autant que Dieu lui en veut don- » ner, et Dieu n'en veut donner qu'autant que l'obéis- :» sance le permet. » C'est ainsi qu'il fait dériver de l'amour de Dieu le prix de la prière ; et , dans son Tbéotime, il veut que celui de l'obéissance se tire du même amour. « Certes, dit-il, en aimant nous obéis- » sons, comme en obéissant nous aimons; mais si cette » obéissance est excellemment aimable, c'est parce « qu elle tend à l'excellence de l'amour : et sa perfec- )î tion dépend, non de ce qu'en aimant nous obéissons, « mais de ce qu'en obéissant nous aimons. De sorte w que, tout ainsi que Dieu est également la dernière » fin de tout ce qui est bon , comme il en est la pre- » mière source , de même l'amour qui est l'origine de » toute bonne affection, en est pareillement la dernière )) fin et perfection (-. . >»
Le prince des apôtres a dit : « Surtout , ayez une
(1) L. 5. — Ep. 46.
(2) Théot. , 1. il, ch. 9.
» charité persévêranle les uns pour les autres; car la » charité couvre beaucoup de péchés (^). » Que chacun se comporte donc dans ses actions , selon la dispensation de la grâce céleste. « Si quelqu'un parle, qu'il pa- « raisse que Dieu parle par sa bouche. Si quelqu'un » agit , que ce soit par la vertu de Dieu , aûn qu'en » toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, au- » quel appartient la gloire et l'empire dans les siècles » des siècles. Amen (2). «
CAUrs, r'HADlTRF TV COLLOT.
xiv«p., seci. XXVI. i^n^riinij iv. xivp.,ch. viii.
L'amour de Diea fait le prix de dos œa?res.
L'amour de Dieu, dans la pensée du Bienheureux, était comme un poids dans la balance de nos œuvres : plus il y en a dans nos actions, plus elles sont pré° cieuses. Il n'en est pas d'elles comme des pièces d'or, dont les plus pesantes ont le plus de prix ; elles ressemblent à la flamme , qui est d'autant plus pure qu'elle est moins matérielle.
Mesurer la bonté des actions vertueuses sur leur excellence naturelle, sur leur difficulté ou leur éclat, c'est une erreur ; leur véritable excellence vient de la erâce et non de la nature.
(J) 1 Pet. IV, 8.
(2) Ib. V. n.
Il est vrai cependant que du côté de la gloire accidentelle, la dignité ou la difficulté d'une action bonne faite avec la grâce , mérite quelque considération ; aux yeux des hommes, elle a plus de valeur, plus d'éclat; ils l'apprécient davantage, ils lui donnent de plus grands éloges. Mais, quant à la gloire essentielle, elle l'emprunte à la charité, sur laquelle seule elle se mesure.
On blâmait un jour, en présence de notre Saint , l'institut de la Visitation, dont on trouvait les règles trop douces. Il ne répondit que par ces paroles : « Qui plus » aimera sera plus aimé, et qui sera plus aimé sera )> plus glorifié. » Et encore : « Le prix est donné à l'a- » mour. » Sans la charité, toutes les vertus sont imparfaites et incapables de nous mener au ciel.
CAMIS, rilADTTRr V COLLOT,
xiii'p., sect. XXV. Lrll-irlinEi >, xin'p.,ch. ix.
En qooi consiste l'amour de la charité.
Le Bienheureux faisait consister l'amour de Dieu dans la préférence de Dieu même et de sa volonté sur toutes choses.
La plus forte preuve que Ton est en état de grâce, est de n'avoir aucune volonté contraire à celle de Dieu. Avoir une volonté qui lui soit opposée, c'est préférer à Dieu quelque chose, et dès lors perdre la charité qui cesse d'être quand elle cesse de régner.
Nous ne devons rieu aimer à l'égal de Dieu. Celuilà, dit saiul Augustin, aime Dieu moins qu'il ne doit, qui aime avee lui quelque eliose autrement que pour l'amour de lui. Ce serait une erreur de conclure de là que Dieu doit être l'unique objet de notre amour, et que l'on ne peut rien aimer que lui. Dieu veut au contraire, et il l'a commandé, que nous nous aimions nousmêmes ainsi que notre prochain. Mais ce qui est vicieux, c'est d'aimer quelque cîiose plus que Dieu on autant que Dieu. Un pareil amour est incompatible avec la charité. Quand elle domine dans un cœur, toutes les créatures sont jx)ur lui, devant le Créateur, comme les étoiles en présence du soleil ; elles s'éclipsent.
CAXl s , /^U \ DIT!) 1? \71 COLLOT,
X« p., secu XVI. LllArlinti Yl. X'p., ch. IX.
Exemple.
Toutes les actions, toutes les intentions du saint prélat, n'avaient d'autre but que le pur amour de Dieu. Aussi est-ce le plus haut degré de la perfection chrétienne en cette vie et dans l'autre, et la chercher ailleurs, ce serait se tromper.
Deux preuves de ce que j'avance.
M Plaise à l'immense bonté de Dieu , écrivait un » jour le Bienheureux dans une de ses lettres , que » son amour soit notre grand amour. Hélas ! mais » quand sera-ce qu'il nous consumera , et quand con-
w sumera-t-il notre vie, pour nous faire entièrement » mourir à nous-mêmes et entièrement vivre à lui! » Oh! qu'à lui seul soit à jamais honneur, gloire et » bénédiction! »
La seconde preuve est celle-ci.
« Certes, disait-il, dans une certaine circonstance, à 5> une personne de confiance de laquelle nous le tenons, » si je connaissais un seul filet d'atfection en mon âme, » qui ne fût de Dieu , en Dieu ou pour Dieu , je m'en )> déferais aussitôt; et j'aimerais mieux n'être point du » tout, que de n'être point tout à Dieu et sans réserve. )) Si je savais la moindre partie en moi qui ne fut point » marquée de la marque de Jésus -Christ, je m'en des- » saisirais incontinent, et la rejetterais en la manière )) que l'Ecriture nous enseigne, qu'il faut arracher l'œil » et couper la main ou le pied qui nous scandalisent. »
Tout ce qui n'était point Dieu, à Dieu, en Dieu, pour Dieu et selon Dieu, non-seulement n'était rien pour lui, mais de plus lui était en horreur. Il avait toujours devant les yeux ce mot de notre divin Maître : « Qui n'est point pour moi, est contre moi(0. » De là cette maxime souvent répétée par lui, que, pour augmenter l'amour de Dieu, il faut en accroître le désir, et que, pour en accroître le désir, il faut diminuer les autres désirs.
(Voir ce qu'il enseigne sur ce sujet dans son Traité de V amour de Dieu j Hv. 12 , chap. 2 et 3.)
(1) Luc. XI, 23.
CAMITS COLLOT
xm-etXViVp.. CHAPITRE VII. XIII* et XVli* p.,
«ect. XII et XXXIII. ch. iVetXIU.
De la mesure de Tamour de Dieu.
Si l'on demande quelle est la mesure de l'amour de Dieu , saint Bernard répond que sa mesure est d'être sans mesure, parce que, son objet étant infini, il ne peut et ne doit lui-même avoir aucune borne (^).
Notre Bienbeureux appelait làcbes et paresseux ces esprits qui mettent des limites à leur amour, et se renferment dans certains devoirs au delà desquels ils ne veulent pas s'étendre, comme s'ils voulaient renfermer l'esprit de Dieu dans leurs mains.
Dieu est plus grand que notre cœur. Quelle folle entreprise que de vouloir le resserrer dans un si petit espace (2)! Si l'amour de Jésus-Gbrist a été porté jusqu'à l'excès, quelle honte pour nous de l'aimer avec mesure (5) ? Si la mer et l'enfer ne disent jamais c'est assez, que doit dire le saint amour, dont les flammes, suivant le Cantique, sont plus ardentes que celles de l'enfer (*)?
Notre Saint dit à ce sujet une parole remarquable :
(1) L. de diligendo Deo, c. 1.
(2) JoaD. III, 20.
(5) JoaD. XIII, 1.
(4) Gant, vin, t. 6.
« Demeurer longtemps dans le même état, cela est im- » possible. Ne pas gagner, c'est perdre dans le com- » merce; ne pas monter, c'est descendre sur cette » échelle ; ne pas vaincre, c'est être vaincu dans ce com- » bat. Notre vie se passe au milieu d'ennemis qui nous » font la guerre : si nous ne résistons pas, nous péris- » sons ; pour résister, il faut surmonter, et, pour sur- » monter, remporter la victoire; la victoire est suivie » du triomphe et de la couronne. >> Saint Bernard confirme ce sentiment. Ne pas avancer, dit-il, c'est reculer. Nous voguons sur un fleuve rapide , où sont entraînés par le courant tous ceux qui cessent de ramer (*).
Souffrir ou mourir était la devise de sainte Thérèse. L'amour divin avait si étroitement attaché à la croix cette fidèle servante de Jésus crucifié , qu'elle ne voulait vivre qu'afin de souffrir pour son amour. Le seraphique saint François était dans la même disposition d'esprit. Il croyait que Dieu l'avait oublié, et il s'en plaignait amoureusement lorsqu'il avait passé quelques jours sans douleurs; pour lui, la douleur était une visite de Dieu ; il regardait la pauvreté comme sa maîtresse et la souffrance comme sa sœur.
La devise de saint François de Sales était : Ou mourir ou aimer; mourir et aimer. « Mourir à tout autre » amour pour vivre à celui de Jésus, afin que nous ne
(1) Ep. cccxLi ad monachos S. Bertini, n. 1. Ed. Bon.
^' mourions pas éternellement; mais afin que vivant en >' voire amour éternel, ô Sauveur de nos âmes, nous >> chantions éternellement : Vive Jésus , j'aime Jésus. ' Vive Jésus que j'aime! J'aime Jésus qui vit et règne > dans les siècles des siècles. Amen(i). » Il dit ailleurs: » Je désire de mourir ou d'aimer Dieu. Ou la mort , ou » l'amour ; car la vie qui est sans cet amour est tout à » fait pire que la mort (-). »
xivp, sect. I, CHAPITRE VIII. xivp.,ch!i.
De l'amour de complaisance.
P Aimer Dieu d'un amour de complaisance, c'est l'aimer d'un amour tout à fait désintéressé, et qui se rapporte entièrement à sa gloire. Si nous voulons que Dieu trouve ses délices en nous, nous devons trouver les nôtres à penser qu'il est Dieu, que sa bonté est infinie, et qu'il est impossible de rien ajouter à ses perfections.
Voici comment notre Bienheureux s'en explique : « L'âme, dit-il, qui est en l'exercice de l'amour de com- » plaisance, crie perpétuellement en son sacré silence : II >> me suffit que Dieu soit Dieu, que sa bonté soit infinie, }) que sa perfection soit immense ; que je meure ou que
(l)Théot.,I. XII, V. 13.
(2) L. m., ép. 62.
» je vive, il importe peu pour moi, puisque mon cher » bienaimé vit éternellement d'une vie triomphante. » La mort même ne peut attrister le cœur qui fait que » son souverain amour est vivant. C'est assez pour » l'âme qui aime, que celui qu'elle aime plus que soi- » même soit comblé de biens éternels, puisqu'elle vit » plus en celui qu'elle aime, qu'en celui qu'elle anime, » ou plutôt qu'elle ne vit pas elle-même, mais son bien- » aimé en elle U). » A
La vraie complaisance en Dieu consiste donc à se plaire en Dieu pour Dieu, à prendre plaisir au plaisir de Dieu, sans penser si cela nous plaît. En unissant ainsi notre plaisir au plaisir de Dieu, nous aimons Dieu d'un amour de complaisance. C'est là la nature de cet amour, c'est la notion de son essence. %
CAMtJSy /^IJ A TiïT'D 17 T"V^ COLLOT,
xivp.,sect. II. t.nArllnr:i lA. xiv p., ch. ii.
De ramonr de bienveillance.
Aimer Dieu d'un amour de bienveillance, c'est lui vouloir, lui désirer du bien. Mais est-il possible de vouloir du bien à Dieu? Ne possède-t-il pas tous les biens? Il faut distinguer en Dieu deux sortes de bien : le bien intérieur qui consiste dans ses perfections infinies ; ce bien, c'est son essence, c'est lui-même. Le bien exté-
(1) Théol., liv. V, c. III.
rieur, qui est à lui, mais qui u'est pas lui; il consiste clans le culte, l'honneur, le service, la gloire que les créatures doivent lui rendre comme à leur dernière fin.
Ce bien extérieur, nous pouvons le vouloir à Dieu et le lui procurer: l'' en faisant nos bonnes œuvres lavec l'intention de le bénir, de l'honorer, si nous évi- |tons en même temps tout ce qui pourrait ternir sa gloire ; î2° en excitant le prochain à le servir, à louer ses grandeurs, à l'exemple du prophète-roi, qui disait : Glorifiez avec moi le Seigneur, et exaltons ensemble son saint nom (0; 3" en nous opposant au mal qui pourrait offenser Dieu, soit en le prévenant, soit en l'arrêtant dans son cours, ce qui s'appelle zèle, zèle dont les ardeurs consumaient David, témoin de F 'oubli où les hommes avaient laissé tomber la loi de Dieu (2). Ce sont là autant d'actes d'amour de bienveillance.
L'amour de bienveillance peut aussi s'exercer envers Dieu quant au bien inflni qu'il possède, c'est-à-dire quant à ses propres perfections.
I Nous l'aimons ainsi, V lorsque nous nous réjouis- ■ sons de ce qu'il est ce qu'il est; 2** lorsque, dans des mouvements extraordinaires d'amour, on lui souhaite ce même bien par des suppositions impossibles, telle que celle attribuée à saint Augustin et rapportée par le Bien-
(1) Psal. xxxiii, 4.
(2) Psal. cxYiii, 139.
heureux en ces termes : « Eh ! Seigneur , je suis Au- ! » guslin et vous êtes Dieu; mais si ce qui n'est pas et j) ne peut être, était; si j'étais Dieu et que vous fussiez » Augustin, je voudrais, en changeant de quaUté avec , j> vous, devenir Augustin afin que vous fussiez Dieu (i);» 3° en nous réjouissant de ce que nous sommes dans l'impuissance de former même des vœux de choses dont il ne soit pas en possession par l'essence de son être. 0 Saint, saint, saint. Seigneur des armées; le ciel et la terre sont remplis de votre gloire. Louanges à Dieu au plus haut des cieux î
CAMCS. rWAUlTRr V COLLOT,
IIl'p.,sect. xx^. LiilArlinri A. m* p., ch. XVI.
De régalilé du saint amour,
« Le vrai signe que nous n'aimons que Dieu en » toutes choses, disait notre Bienheureux, c'est de l'ai- » mer également en toutes choses. Etant toujours égal » à lui-même, l'inégalité de notre amour envers lui ne » peut tirer son origine que de la considération de quel- » que chose qui n'est pas lui. »
Il serait à souhaiter que cette sentence fût écrite aux endroits les plus apparents de toutes les maisons et à la tête de tous les livres spirituels , afin qu'on l'eût tou-
(1) Théot., 1. V, cix.
yours devant les yeux et qu'on la pratiquât avec plus de perfeclion.
C'est la vraie pierre de touche pour connaître si la
Icharité est vraie ou fausse. Oh! si notre âme était arri-
Tée à ce point, nous pourrions dire que, semblahle à
' Tarchc de Noé, elle repose au faite des plus hautes mon-
ignes, sur les collines les plus élevées de la piété.
Tout alors nous serait égal : la vie, la mort, la santé, la maladie, la pauvreté, les richesses ; les événements de celle vie ne pourraient nous agiter; nous regarderions toutes ces choses dans les conseils de Dieu, de • Dieu également aimable, soit qu'il châtie, soit qu'il caresse. Sa justice et sa miséricorde sont l'une et l'autre ! filles de sa bonté. Nous reconnaîtrions que sa main, 'lorsqu'elle frappe, comme celle du médecin lorsqu'il opère, ne blesse que pour guérir. Nous verrions que ses foudres se changent en une pluie bienfaisante réservée à l'héritage des élus. « Bienheureux ceux qui >' pleurent, car ils seront consolés (i). »
L'àme du grand Apôtre était dans cet état, lorsqu'il défiait toutes les créatures de le séparer de l'amour de Jésus-Christ (2).
(1) Matt. V, 5.
(2) Rom. VII, 35.
CAMUS, rïIADTTRP Yl COLLOT ,
IV* p.. sect. VII. v^nAriin£i ai. xviir p. , ch. vu.
Désirer d'aimer Dieu est ud grand pas vers cet amour.
Aimer en général , c'est vouloir un bien soit absent, soit présent. Si le bien est absent, l'amour est un désir; s'il est présent, l'amour, c'est la joie que donne sa possession. Celui qui trouve son bonheur à aimer, le trouve aussi à désirer, et plus on aime ce qu'on désire, plus on désire de l'aimer.
Désirer d'aimer Dieu , c'est donc un grand pas vers cet amour; et, après qu'on l'aime, désirer de l'aimer encore davantage, est un excellent moyen pour y faire du progrès. C'est là ce désir des pauvres que Dieu exauce si volontiers, cette préparation de leurs coeurs, qu'il regarde d'un œil de complaisance, ce vœu des bonnes âmes auquel il ne refuse jamais rien. Qui bien aime, bien désire; qui bien désire, bien cherche; qui bien cherche, bien trouve; et qui trouve la grâce trouve la vie dans le Seigneur.
Voici, sur ce sujet, une belle sentence de notre Bienheureux, u II ne faut rien, disait -il, demander à j> Dieu plus instamment que le pur et le saint amour » de notre Sauveur. Oh ! qu'il nous faut désirer cet » amour, qu'il nous faut aimer ce désir ! La raison veut » que nous désirions d'aimer ce qui ne peut jamais être » assez aimé , et que nous aimions à désirer ce qui ne » saurait être assez désiré. »
CAMUS, /^U A DITIÎT^ Yïî COLLOT,
ix*p., ch. IV. LillArlllxti AH. V* p., ch. iv.
le désir d'aimer Dieu, marque de la grâce sanctiflanle dans une âme.
Une des grandes peines des âmes pieuses est d'ignorer si elles sont vraiment dans la grâce de Dieu ; car nul ne sait avec une certitude entière, à moins d'une révélation spéciale, s'il est digne d'amour onde haine (^). Cependant, suivant le Docteur angélique , il y a des marques à l'aide desquelles on peut juger avec confiance qu'on est en grâce avec Dieu (2).
La première est de ne reconnaître dans sa conscience aucun péché mortel , dont on n'ait pas cherché à se puriûer par le sacrement de pénitence.
La seconde, de trouver en Dieu ses délices, de prendre plaisir à tout ce qui lui est agréable et qui regarde son service. Celui-là sans doute plait à Dieu à qui Dieu plait, et plait à tel point qu'il s'efforce de ne l'offenser jamais. « J'aime ceux qui m'aiment , a dit le Sei- » gneur (^). »
La troisième, de ne faire aucune estime des créatures en comparaison du Créateur, ce que l'Evangile exprime par le mot de haine : Celui^ dit Jésus-Christ, qui ne hait
(1) Eccli. IX, 1.
(2) Prlm. Secund. q, 112, a, 5.
(3) Prov. viii, 17.
2)as son père^ sa mère et sa propre vie, ne peut être mon disciple (1).
A ces marques qui sont excellentes , notre saint eu , ajoutait deux autres non moins dignes d'attention , et plus propres peut-être à rassurer les âmes qui sont dans cette inquiétude.
L'une est de faire un examen exact de son intérieur, afin de voir si on est dans la ferme résolution de n'offenser jamais Dieu mortellement. Quand telle est la disposition d'une âme, elle peut se reposer avec sécurité; car c'est en cela que consiste notre grande union à la volonté de Dieu, qui ne se propose, pour nous, que le salut.
L'autre marque du Bienheureux était un ferme et constant désir d'aimer Dieu. Par désir constant et ferme, il entendait un désir vrai et non de vaines paroles , une volonté efficace et persévérante , et non de faibles velléités qui ne produisent point d'effet et qui s'évanouissent en un moment.
CAMUS, r^ll \ DîTCC YTIT COLLOT,
XVII'p., sect. X. LinArllIxrlj Alll. XVU'p.ch.IV.
Autre marque de l'amour de Dieu : souffrir volontiers pour lui.
Mon filsj dit le Sage , si vous voulez servir Dieu, préparez votre âme à la tentation (-). Celui qui na pas été
(1) Luc X, 8.
(2) Eccli. II, 1.
ieiité, que sait-il (0? C'est par les tribulations qu'il faut se frayer le chemin à la bienheureuse éternité i'^) . Le Fils de Dieu n'est entré dans sa gloire que par la souffrance; n'espérons pas être du nombre de ses disciples, si nous ne voulons pas porter notre croix. Si nous ne sou/frons avec Jésus-Christ, nous ne régnerons point avec lui {">).
« Il faut , disait notre Saint , immoler souvent notre )i cœur à l'amour de Jésus sur l'autel même de la croix, » puisqu'il y immola le sien pour l'amour de nous. La » croix est la porte royale pour entrer dans le temple » de la sainteté, laquelle ne se trouve point ailleurs. »
Aimer Dieu parmi les prospérités est un bon amour, pourvu qu'on n'aime pas les prospérités autant ou plus que Dieu; car Dieu ne veut avoir dans notre cœur aucun rival. Ainsi, pour aimer Dieu comme il faut dans les prospérités, il faut rapporter à l'amour de Dieu les prospérités mêmes qu'il ne nous envoie que pour être par nous mieux servi et mieux glorifié.
Le chemin est bien plus court et bien moins embarrassé par les adversités et les croix ; on y est moins exposé à prendre le change et à s'arrêter à la créature, au lieu d'aller au Créateur. L'amour de Dieu dans la souffrance, n'a jamais pour objet la souffrance même.
(1) Eccli. XXXIV, 9.
(2) Act. XIV, 21 .
(3) Tim. 11,12.
qui n'a rien d'agréable que la seule main de Dieu d'où elle vient.
Dans la prospérité , l'amour de Dieu s'épure difficilement de toute complaisance dans la prospérité même ; dans l'adversité au contraire, c'est un vin qui n'a point de lie; on s'attache alors par une charité parfaitement pure à Jésus crucifié. La marque la plus certaine d'un amour vrai, solide, c'est de souffrir avec joie pour l'objet aimé : et mourir pour lui c'est la preuve du plus haut degré d'amour.
CAMUS, r'TIVDlTDT VIV COLLOT,
r'P.sect.xxix. LHAFlinb AlV. i" p., th. x\v.
Aimer Dicn de tout son cffor cl le prochain pour Dieu, c'est loule la perfeclion cbrélienne. (Suite.)
Je n'entends parler que de perfection , disait quelquefois le Bienheureux, et je vois fort peu de personnes parfaites. Chacun se fait une perfection à sa mode; les uns la font consister dans la simplicité des vêtements , d'autres dans la frugalité et l'abstinence , ceux-ci dans l'aumône, ceux-là dans la fréquentation des sacrements, plusieurs dans l'oraison , un grand nombre dans la contemplation passive, quelques-uns dans ces grâces extraordinaires que l'on appelle gratuitement données, telles, par exemple, que le don des miracles ou de prophétie ; mais tous se trompent, ils prennent les moyens pour la fin , ou les effets pour la cause.
Pour moi , ajoutait le Bienheureux , je ne connais d'autre perfection que d'aimer Dieu de tout son cœur et le prochain comme soi-même. Toute autre perfection sans celle-là , est une fausse perfection. La charité est le seul lien qui nous unit à Dieu et au prochain comme il faut. Cette union est le terme de nos destinées : c'est pour nous la fin de toute consommation , et la consommation de toute fin. On se trompe en cherchant ailleurs la perfection.
Les vertus les plus excellentes en elles-mêmes ne sont rien sans la charité : ni la foi, alors même qu'elle transporterait les montagnes et pénétrerait tous les mystères, ni la prophétie, ni le don des langues, ni la distrihulion de tous les hiens aux pauvres , ni le martyre, tout cela ne sert de rien sans la charité. Vivre sans la charité, c'est être mort; sans elle toutes les œuvres, quoique excellentes en apparence, sont stériles, c'est-à-dire de nulle valeur pour le salut éternel ; elles ne méritent point le ciel.
Les austérités , l'oraison et les autres exercices de vertu sont de bons moyens pour avancer dans la perfection , pourvu qu'ils soient pratiqués dans l'état et par le motif de la charité ; mais il ne faut pas mettre la perfection dans ces moyens , elle n'est que dans la Un où ils conduisent.
l"p.,sect. XXX. CHAPITRE X\ . r«p.,ch. x'xvi.
La cbarilé est à la fois la perfection et le plus sûr moyen pour y arriver.
(Suite.)
« La charité , disait encore le Bienheureux , est une )> vertu admirable ; elle est moyen et fin tout ensemble ; 35 elle est le chemin et le terme ; elle est la voie pour 3> aller à elle-même, c'est-à-dire pour faire du progrès » dans la perfection. » Je veux vous montrer une voie encore plus excellente W, dit saint Paul , et aussitôt il décrit la charité.
Sans elle, nul n'arrive à la fin souveraine et dernière qui est Dieu : voilà comment elle est la voie; sans elle, il n'y a pas de vraie vertu : voilà comment elle est la vérité ; c'est par elle que nous passons de la mort du péché à la vie de la grâce; c'est ainsi qu'elle est la vie. Elle est encore la vie, parce que c'est elle qui anime, vivifie la foi, l'espérance, toutes les vertus. Gomme Tàme est la vie du corps, ainsi la charité est la vie de l'àme et sa perfection.
Développant davantage sa pensée, tout le secret, disait-il, pour arriver à l'amour de Dieu de tout son cœur, c'est de l'aimer. Gomme on apprend à étudier en étudiant, à parler en parlant, à courir en courant,
(1) iCor. xii,21.
à travailler eu travaillant, on apprend de même à aimer Dieu et le prochain en les aimant. Il n'y a pas d'autre méthode.
Le bon moyen pour aimer Dieu, c'est donc de l'aimer toujours davantage. Avancez dans cette voie, et ne regardez jamais en arrière. Que les apprentis commencent, et, à force d'aimer, ils deviendront maîtres. Que les plus avancés avancent encore , avancent toujours , et sans cesse la charité deviendra plus ardente et pli! s pure dans leurs cœurs. Qu'ils ne se croient jamais arrivés au but ; la charité , dans cette vie , peut grandir jusqu'au dernier moment. Qu'ils disent à toute heure avec David : Cest maintenant que je commence; ou avec le grand saint François : Quand commencerons-nous à aimer Dieu de tout notre cœur, et à chérir le prochain comme nous-mêmes!
CAML's. CHAPITRE XVf. x.p''ch.'*xyn.-
Des consolations intérieures que donne l'amour de Dieu. — Exemple.
Si l'àme juste est éprouvée sur la terre , Dieu lui réserve aussi de bien douces consolations dans ses peines. Si vous saviez , disait un jour le Bienheureux à une personne de confiance , comment Dieu traite mon cœur, vous en remercieriez pour moi sa bonté. Il m'a dit souvent la même chose en d'autres termes. Il m'a répété plusieurs fois ces paroles :
Oh ! que le Dieu d'Israël est bon à ceux qui ont le cœur droit (*) ! puisqu'il l'est à ceux qui en ont un aussi misérable , aussi peu attentif à ses grâces , aussi penché vers la terre que le mien ! Que son esprit est doux aux âmes qui r aiment et qui le recherchent de tout leur pouvoir (-) / Son nom est comme une huile de parfum qu'on a répandue (^). Il ne faut pas s'étonner si tant d'âmes fortes le suivent avec une promptitude si ardente, une joie si vive. Oh! que l'onction de Dieu nous apprend de grandes choses, et que ses clartés sont délicieuses î
Je tremble quelquefois, disait encore le saint prélat, que Dieu ne me donne mon paradis en ce monde. Je ne sais, à proprement parler, ce que c'est que l'adversité : je ne connus jamais la pauvreté ; les souffrances que j'ai parfois ressenties méritent à peine ce nom ; les calomnies sont des ombres de croix qui se dissipent en un moment sans laisser de traces. Déplus, Dieu me donne en abondance des biens temporels et spirituels ; j'en suis comblé et néanmoins je demeure insensible ! je vis dans une monstrueuse ingratitude î De grâce , aidez-moi à remercier Dieu. Aidez-moi, par vos prières, à éviter l'affreux malheur de voir ce présent si doux suivi d'un avenir malheureux. Dieu connaît ma faiblesse, c'est pourquoi il me traite comme un enfant, en ne me donnant que des douceurs. Oh! quand me fera-