L'INDESTRUCTIBLE VIE
Tous s'y attendaient. Le débat fut rapide et comme de pure forme. La majorité, dont la haine seule semblait être assez forte pour cimenter les morceaux incohérents, avait son siège fait. Les congrégations enseignantes réclamaient le droit à la vie : on ne prit pas la peine de les examiner une à une, d'écouter leur défense ; on affirma qu'un débat plus haut dominait les vertus ou les démérites individuels, que deux esprits étaient en lutte et que le plus fort devait écraser le plus faible; au nom des droits de l'esprit laïque, les demandes d'autorisation furent toutes rejetées. Ce n'était pas là, nous affirmait-on, l'assassinat d'une
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liberté mais l'exécution nécessaire d'une puissance hostile et dangereuse.
... Le libéralisme apparaît vraiment comme une situation instable de l'esprit humain puisque ceux-là mêmes dont toute la force semblait être de s'insurger contre les vieux dogmatismes, à peine en possession d'un pouvoir mal assuré, se hâtent de fabriquer de nouveaux dogmes et de proclamer eux aussi que l'erreur n'a pas de droit et que la société doit sauvegarder avant tout son unité morale.
Le Syllabus est donc bien l'expression nécessaire de la pensée humaine,puisque ce sont ceux qui le stigmatisent comme un symbole d'oppression qui sont les premiers à le refaire maladroitement à leur profit, y ajoutant je ne sais quelle hypocrisie honteuse et cruelle et imposant à une société civile une charte religieuse, inavouable jusqu'au jour où l'on osera reconnaître ouvertement qu'il y a contre le catholicisme une philosophie, une morale, une religion d'État.
L'homme est d'ailleurs naturellement intolérant : on lui fera malaisément comprendre qu'il na pas le droit de s'opposer à ce qu'il
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juge mauvais, d'imposerce qu'il croitbonetjene vois g uère que la force divine du Christ qui ait été, à travers l'histoire, assez puissante pour séparer le spirituel du temporel et pour briser les chaînes de l'universel et nécessaire cléricalisme1.
Rien donc ne doit étonner, car tout est logique, — sinon le lamentable aveuglement de gouvernants qui appauvrissent, comme à plaisir, la nation dont ils ont la charge, de ses meilleurs et traditionnels trésors sans s'apercevoir qu'ils poursuivent une œuvre impossible en voulant édifier leur irréligieuse religion avec des nuées et en s'essayant à satisfaire les aspirations chrétiennes qui sont celles de notre démocratie avec le néant d'un athéisme vide.
Au demeurant, ce qui est plus grave encore que l'attentat lui-même commis contre nos religieux par une majorité sectaire, c'est que cet attentat ait pu être commis sans soulever des colères vengeresses, c'est que Ton ait pu, même un seul instant, songer à le commettre.
1. Nous employons ici, bien entendu, le mot de cléricalisme dans son acception vulgaire : pour la masse de nos contemporains, le cléricalisme, c'est la confus ion des pouvoirs spirituel et temporel
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Que l'on essaye de restreindre les libertés ouvrières, de violenter les syndicats : d'ellesmêmes les barricades se dresseront. Que l'on spolie toutes les fortunes privées, que l'on enlève au petit bourgeois son titre de rente, au paysan son champ, et pas un gouvernement ne restera trois jours debout. Mais que l'on chasse ignominieusement de pauvres femmes innocentes, coupables seulement de valoir mieux et de s'être plus dévouées que d'autres, que l'on s'insurge ouvertement contre les Droits de l'homme, que l'on mette hors la loi de paisibles citoyens accusés seulement de délits d'opinion, s'il ne s'agit que des religieux, le pays ne sera ému que superficiellement, et, sans approuver peut-être, retombera dans son inconsciente quiétude, laissant faire ceux qui se disent les sauveurs de laRépublique.
... Hélas! c'est justement là ce qui nous peine jusqu'au fond du cœur, nous qui savons quelles vertus rares et bonnes, quelle fidélité, quelle endurance se cachent dans ces ordres religieux, jetés aujourd'hui, comme autrefois le Christ au prétoire, à la dérision des foules ignorantes et trompées... Et voilà que nous sentons aussi que, chez nous, les moines,