Discours de S. S. le pape Pie X aux jeunes gens du
LA LIBRE ROUTE
Rome n'entend pas faire artificiellement une arbitraire unité sur le terrain réservé aux libres initiatives ; elle ne songe pas à imposer un chef ni à donner un inadmissible monopole à qui que ce soit : sa sagesse est trop clairvoyante, trop profond son respect des mystérieuses nécessités de la vie des peuples qui s'élabore dans les intimes profondeurs des générations qui se lèvent.
Rien ne nous dispensera de l'effort laborieux, parfois douloureux et pourtant nécessaire, et qui seul réalisera l'unité, non de l'extérieur et par voie d'autorité, mais de l'intérieur même, par l'évidence des services rendus, l'éclat des victoires remportées et l'unanimité morale peu à peu conquise.
Sans doute, une coalition de toutes les forces honnêtes demeure nécessaire pour la lutte politique. Mais qu'il n'y ait de travail vraiment profond qu'en dehors de cette concentration que la guerre liberticide des jacobins sectaires a toutefois rendue nécessaire, tout en demeurant insuffisante à préparer l'avenir, c'est
Sillon dans l'audience du 11 septembre 1904. (Traduction officielle du Vatican.)
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ce qu'on nous a dit formellement à Rome, avec une saisissante netteté d'affirmation.
Nos camarades du Sillon ont été reçus en audience générale par le pape. Puissent-ils par leur présence avoir consolé l'âme du Pontife ! La France officielle a retiré du Vatican son ambassadeur, la France de demain, la jeune démocratie qui a l'avenir devant elle a envoyé les siens au pape.
... Et comme le Pontife souverain sut accueillir avec douceur et tendresse ces pauvres petits démocrates du Sillon, brisant pour eux les exigences protocolaires du Vatican, ser rant contre son cœur la gerbe de blé de France nouée du symbolique ruban rouge, baisant les plis du drapeau tricolore, félicitant les Jeunes Gardes reçus à Saint- Joachim, la veille même, et réclamant sa place dans l'amitié du Sillon : « Laissez-nous vous dire que nous vous aimons et que désormais chacun de vous pourra nous considérer non pas seulement comme un père, mais comme un ami1. »
De telles prévenances ne doivent-elles pas
i. Ibid.
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nous encourager dans la lutte? Montrons donc au pape qu'il a eu raison d'accepter avec amour l'effort de cette jeune génération qui a une invincible foi dans l'avenir de la démocratie en France.
De même qu'après les longs et cruels bouleversements qui écrasèrent la puissance séculaire du vieux monde romain, l'Église christianisa et disciplina les forces vierges que les barbares du Nord jetèrent à la conquête de l'Empire démembré, de même la société nouvelle qui doit sortir des angoisses et des déchirements de l'heure présente trouvera son harmonie et son équilibre définitif, sa vigueur et sa sainteté dans les embrassements de son Christ retrouvé.
Le pape ne peut que répéter la parole du Christ : « C'est au fruit qu'on juge de l'arbre... » Non certes, nous n'avons jamais eu la prétention ridicule et injustifiée de a solliciter une préférence exclusive pour les méthodes propres du Sillon ». Ni l'Église ne pouvait nous l'accorder, ni nous n'avions même intérêt à la désirer. C'est dans le libre consentement du peuple que la république démocratique doit
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trouver sa stabilité et sa force de conquête ; mais si nous en faisons comme un vase d'élection, plein de ces vertus naturelles nécessaires au développement des nations et de ces grâces divines que Dieu ne refuse jamais aux peuples qui lèvent vers lui leurs yeux et leur cœur, nous pouvons être sûrs qu'avec amour et reconnaissance le pape, comme il fit autrefois aux rois très chrétiens, oindra de l'huile sainte la démocratie triomphante, puisque déjà, dans le chaos et le désarroi de l'heure présente, il n'a pas craint de sourire à nos jeunes espérances et de saluer nos rêves. « Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner son Royaume 1 . »
Que nos amis surtout sachent bien que ce n'est pas avec des paroles seulement mais avec des actes qu'il convient de se montrer reconnaissants. Une tâche virile s'impose à eux : pénétrer les masses populaires; comprendre, purifier, élever, réaliser et discipliner les aspirations de la démocratie par la force même de l'éternel christianisme. Ils sont jeunes. Ils sont