CHAPITRE IT
La France européenne, son climat, ses habitants, son mobilier zoologique.
La France est un pays favorisé du ciel. C’est la patrie des nobles veneurs et des nobles penseurs, la patrie de la femme reine, des vins délicieux et du gibier exquis. En aucun autre pays du globe Dieu n'a semé plus de chants, de trésors et de fleurs. Esprit, femmes, vins, gibier de France, sont titrés d’un arôme supérieur, ont un bouquet à eux qui ne permet pas qu'on les confonde avec les femmes et les vins des autres crus et des autres contrées.
La France est la contrée la plus chaude du globe, à latitude égale. La ligne isotherme qui passe par Paris situé sous le quarante-neuvième degré, passe par Philadelphie, qui gît sous le quarantième, c'est-à-dire environ à la même distance de l'équateur que Naples. La latitude de Paris où mürissent en plein champ le raisin et la pêche, est celle de Quebec où gèle le mercure. La température #oyenne de la France est la même que celle de l'Angleterre ; mais le raisin ni la pêche ne veulent vivre en Angleterre. C’est un peu la faute aussi de la population anglaise, population vouée au négoce et au mercantilisme, et qui a prohibé dans son île les rayons du soleil. pour favoriser la consommation de la houille nationale. Le soleil des Anglais n'est qu'une lanterne sourde.
L’admirable disposition de la superficie du territoire français explique ces faveurs de latempérature. De hautes chaînes de mon-
tagnes s’élevant graduellement du nord au midi, y partagent le sol en une vaste série de bassins abrités et profonds, presque toujours ouverts au sud et fermés à la bise. Ces chaînes, dont quel- | ques-unes sont couronnées de neiges éternelles, donnent naissance à des cours d’eau sans nombre, à des fleuves magnifiques qui descendent lentement la pente douce de leur lit, arrosent et fertilisent les vallées, s’abouchent, s’anastomosent et courent parallèlement l’un à l’autre pour relier par des voies de communication naturelles toutes les parties du territoire, et faciliter l'échange de tous les produits du sol entre les habitants des diverses zones. Car il y a véritablement trois zones dans cette France exiguë, que traverse en cinq heures, dans toute son étendue, la grande hirondelle noire. Il y a la zone tropicale, où mûrissent à ciel ouvert l'orange et la grenade; où fleurissent aux versants du midi toutes les fleurs des tropiques; la zone du littoral méditerranéen, les bassins du Var et du Tech, où les frimas sont encore inconnus, où l’atmosphère limpide a la teinte azurée du ciel de la Sicile et distri bue avec une prodigalité aussi constante les jours splendides et les nuits étoilées. Il y a la zone du milieu, où croissent la vigne, le murier, le maïs et les autres céréales; puis enfin celle du nord, où ne mûrit plus le raisin, mais où mürissent encore le houblon et la pomme, pour que chaque division naturelle de cette terre bénie eût sa liqueur enivrante. Quelquefois les productions des trois zones s’assembleront sous le même regard et s’étageront l’une sur l’autre en gradins, du pied au sommet de la même montagne aux rivages de la mer bleue : en bas l'olivier, l'arbre à liége; un peu plus haut le mürier, le noyer et le chêne; puis le châtaignier, puis le hêtre, puis le sapin, puis les arbustes aux feuilles sombres et luisantes, confinant à la région des neiges éternelles où le sol ne vit plus. Au pied du mont l'ortolan, la canepetière, la caille ; plus haut la perdrix grise, la grive, la bécasse; plus haut encore la perdrix rouge, le ganga; puis, en montant toujours, la bartavelle, le coq de bruyère, la gelinote ; enfin, sur les limites de la région des neiges, le lagopède, compatriote de l'aigle, du bouquetin et du chamois. Les anciens avaient oublié de placer le jardin des Hespérides dans l’une de ces oasis du midi de la France où croît l'arbre aux pommes d’or et qu'Esculape aujourd'hui assigne pour séjour aux poitrines débiles et aux tempéra-
ments épuisés, Les poètes modernes ont réparé l'oubli des poètes de la mythologie grecque : « Si vellet Deus in terris habitare, Biterris,» disent-ils. Ge globe, en effet, n’a pas de plus doux elimat que celui des villes de Béziers, Perpignan , Hyères, Antibes.
Heureuse contrée, riche demeure de l’homme, si l’homme qui a mission de créer après Dieu et de parer sa demeure eût su tirer parti des largesses de la nature ! Mais l’homme civilisé, cet ennemi acharné de son propre bonheur, n’a pas agi ainsi. [l a porté avec furie la hache dans les forêts des monts qui couvraient les cimes des hautes chaînes, et cardaient les vents de l'orage et tamisaient en douce et fécondante rosée la vapeur de la nue. Il a dénudé toutes les hauteurs et ouvert au souffle dévastateur de l'ouragan et du mistral les passes des vallées. et les nuages, noirs de tempêtes, ne rencontrant désormais sur les crètes qu'ils rasent que des pointes aiguës de roc pour déchirer leurs flancs, les nuages ont crevé sur les collines, et leurs cataractes furibondes ont raviné les pentes et amoncelé dans les plaines les terres des coteaux effondrés. La gelée a brülé la vigne, le mistral a acculé l'olivier et l’arbre aux pommes d’or aux plages abritées de la mer du midi. Et chaque année quelque nouveau sinistre a frappé les cultures : hier l’inondation, l’ouragan ou la trombe; aujourd'ui la sécheresse ou le mal contagieux du troupeau ou de larécolte… et la hideuse famine, la rouge pourvoyeuse d’échafaud, est revenue s'asseoir au foyer du laboureur de la contrée bénie, Honte éternelle à lui et à ses gouvernants !
Une noble terre pourtant et que Dieu avait chérie entre toutes et qu’il avait destinée à être le tombeau de toute barbarie, la terre où dorment depuis tant de siècles les ossements des Huns et des Arabes; une terre où Dieu avait placé le cœur de l'humanité, le foyer de vie intellectuelle où devaient répondre tous les cris de souffrance, toutes les malédictions des peuples opprimés ; et d’où devait jaillir jusqu'aux extrémités du monde, comme le sang régénérateur des artères, l’idée régénératrice de liberté et de fraternité... la Terre du bon Dieu en un mot, la commune patrie de tous les autres peuples, où toute cause juste était sûre de trouver des martyrs, tout proscrit un refuge ! Noble France dont les nationalités expirantes invoquaient naguère}encore le
nom vengeur sous la hache du bourrreau, disant : Dieu est trop haut et la France est trop loin.
Noble pays et noble le peuple qui lhabite ; peuple Franc que ‘le monde ancien salua dès sa première apparition sur la scène de Fhistoire du titre de peuple sauveur de l'unité chrétienne, et de bouclier de Dieu. Car bien avant que le farouche Sicambre n'ait courbé le front sous la bénédiction de l’humble serviteur du Christ, l’'extermination des hordes d’Attila, le fléau de Dieu, a déjà proclamé la bravoure du héros franc et la puissance de son bras invincible. Déjà la vierge libératrice et sainte dont la douce auréole doit colorer de si poétiques reflets toute page héroïque de nos annales, a fait irruption dans la légende.
Une grande nation, si généreuse, si répulsive par nature à Vignoble trafic qui force l’homme à mentir, qu'il lui a fallu faire venir de Juda et de Genève d’infimes mercenaires faconnés à la fourbe pour tenir ses boutiques ! qu’elle a été obligée de tirer de l'étranger sa tribu d’écumeurs de bourse, comme elle en avait tiré déjà sa tribu de ramoneurs ! Une grande et sainte nation, la seule de qui l'esprit de nationalité soit absent; je veux direl’esprit de barbarie antique, la haine de l'étranger, l'amour exclusif du canton. Ah ! que tous les thuriféraires du veau d'or, que tous les croupiers du juif roi déplorent l’inaptitude des gens de mon pays aux choses du commerce et leur défaut d’égoïsme national ; moi je revendique ces vices comme les plus beaux titres de gloire de la France, commeles signes les plus manifestes de la supériorité de ma nation sur les autres. Bon, pour les peuples de proie, l’esprit d'ardente nationalité! Bon pour l'Anglais qui ne doit voir en dehors de l'Angleterre que peuples à rançonner, de se mirer dans son patriotisme d’insulaire ! L’Anglais est un juif roux qui a déclaré comme celui-ci la guerre à tous les peuples du monde et dont la fortune ne peut se faire que de la ruine de tous les autres peuples. Mais c'est précisément parce qu'il en est ainsi pour les peuples juifs qu'il en doit être autrement pour le peuple français, peuple chrétien. Quand l'Anglais ivre s’écrie dans son stupide orgueil : da vigne ne croit pas dans notre ile et nous buvons le vin de toutes les nations ! il faut que le Français réponde : « Si Dieu nous a donné la vigne, c’est qu’il a voulu faire de nousles échansons du globe ; prenons la coupe de la communion frater-
nelle et versons le vin à toutes les nations. » Quand le barbare rouge, le marchand d’opium prend pour devise chacun pour soi, le génie de la France doit écrire sur son drapeau : {ous pour chacun, chacun pour tous!
J'admire ce Hollandais, ce Genevois, ces Anglais, tous les juifs soi-disant chrétiens, se targuant de leur supériorité dans l'ignoble industrie commerciale où la victoire est assurée au plus fourbe. Il y a bien là de quoi se vanter.
Honte et misère des temps ! On dit que l’odieuse devise de la nationalité britannique, l’immonde chacun pour soi a osé se produire un jour en pleine assemblée législative française ! Rien ne m'étonne, hélas! de gens qui vendent leurs votes de député, après avoir acheté ceux de leurs électeurs avec l'argent de l’État, c’est-àdire avec des bureaux de tabac ou des places de percepteur.… Des tripoteurs d’actions de chemins de fer en puissance de juif, sont capables de tout. Après cela, c’est peut-être moi qui ai tort de trouver mauvais qu’un spéculateur qui a acheté un lot d’électeurs à une foire quelconque de la Creuze ou du Finistère, puisse s'en défaire quelque part avec prime. «La spéculation qui consiste à revendre cher ce qu'on a acheté bon marché est éminemment légitime. C'est l'âme du commerce !! » a dit Sylvain Dumon de Lot-et-Garonne, un jurisconsulte éminent, un personnage consulaire, le même qui remplaça jadis au ministère des travaux publics Jean-Baptiste Teste, le père du peuple.
On n’a jamais chassé, on n’a jamais su chasser qu'en France. On chassaille en Angleterre, en Russie, en Allemagne. Quand l'étranger veut parler de la grande chasse, du courre, il dit la chasse francaise.
Pourquoi la cause des libertés populaires fut-elle si long-temps unie en France à la cause de la royauté ? Pourquoi les libertés communales naissent-elles sur les rives de l'Oise, au cœur du pays le plus giboyeux de France, sous l'ombre protectrice des maisons royales ? Parce que tous les grands rois de France sont chasseurs et que la passion de la vénerie est dans leur cœur comme l'amour de la gloire et la galanterie. Cherchons bien dans cette longue liste de rois qui tient quatorze siècles, et nous verrons que les noms les plus éclatants, les plus chargés de gratitude pôpulaire, sont des noms de rois chasseurs, à commencer par le bon roiDa-
gobert qui éprouvait tant de peine à se séparer de ses chiens, jusqu'à l’infortuné Louis XVI, si digne d’un meilleur sort. C’est Charles Martel, le marteleur des Sarrasins ; c’est Pépin-lé-Bref qui fait voler la tête d’un lion d'un seul coup de cimeterre; c’est Charlemagne, le grand empereur d’occident, le vainqueur des Saxons, des Lombards et des Avares. Tous ces héros dont la puissante main arrête le débordement des barbares, dont la lourde framée pile comme verre les rapides cavaliers d’Altila et d’Abdérame, ont préludé à ces jeux par la chasse à l’aurochs dans les sombres forêts d’Austrasie. Les chroniques du temps en font foi. Les héros carlovingiens n’habitent pendant la paix que leurs domaines de chasse, Héristal, Aix-la-Chapelle. Le Grand empereur, ainsi nommé parce que son pied avait douze pouces de long et servit, pour cette cause, de mesure linéaire à son peuple sous le nom de pied de roi, le grand empereur aimait aussi passionnément la chasse que la guerre. Un de ses caprices était de se faire acompagner dans ses expéditions dangereuses par la belle Hildegarde, la plus chérie de ses épouses, la plus habile aussi à planter un fer de lance dans le col du bison charnu. D’autres fois, c’est l'escadron entier de ses nombreuses filles qui vole autour de lui, la lance jau poing, huit vigoureuses et gentes écuyères qui ont servi depuis de type aux Bradamantes, aux Marphises et aux Clorindes et dontle burin, la poésie, la musique ont consacré la gràce, la bravoure et la légèreté. Le dernier des héros de cette race glorieuse meurt à la chasse, frappé d’un coup de boutoir dans laine comme le bel Adonis. Chasseurs sont les héros qui figurent aux Croisades et qui rapportent en France le faisan, le paon et la fauconnerie. Louis XI, le roi de France qui fit le plüs pour le peuple, fut aussile premier des chasseurs de son temps. Si la haute noblesse, s'appuyant sur le traître Bourguignon, suscite contre lui la guerre du bien public, c’est parce que le roi a voulu dépouiller cette noblesse de son privilège de chasse, écrasant pour le laboureur; car là où le seigneur a doit, la bête et l'oiseau ont droit, dit le code féodal. Louis XI demanda à être inhumé à Cléry dans un tombeau de cuivre, en costume de chasseur, le cornet au côté ; et la poésie cynégétique lui doit une fanfare pour quatrième tête. Louis’ XII, François I‘, héros galants et troubadours, l’un qui ne croit pas les boulets de canon assez osés pour toucher un roi de
106 ZOOLOGIE PASSIONNELIE.
France, Vautre qui use trois épées en une seule bataille, Louis XH et François [°T sont des veneurs du plus haut litre. Les écrivains ne tarissent pas sur les nobles qualités du bon roi Louis XIE: François [e' tient dans l’histoire de France plus de place à lui seul que dix rois. La chasse à son rayon lumineux parmi tous ceux qui s’échappent du phare brillant de la Renaissance. À cette noble époque se rattache l'introduction du guépard, tigre chasseur, dans la vénerie française, auxiliaire oublié depuis. La branche des Valois porte dignement le glorieux héritage cynégétique de son chef. L’amour sous Henri IT ressuscite le culte de Diane et bâtit de nouvelles merveilles du monde à sa divinité ; et la Diane de France inspire les sculpteurs et les architectes d’Anet aussi heureusement que la Diane d'Ionie avait inspiré ceux d'Ephèse. Catherine de Médicis, si heureuse de faire un beau coup d’arquebuse, quand l’occasion se présente, disent les chro= niqueurs, Catherine de Médicis et son fils Charles IX, si indignement calomniés par l’histoire, pour avoir empêché les grands seigneurs protestants de se partager la France et de réduire le peuple français en ilotisme, comme ont fait des Irlandais les grands seigneurs protestants d'Angleterre, Catherine et Charles IX rehaussent d’un éclat sans pareil les nobles déduits de la vénerie. Le fils consacre les loisirs du trône à méditer et à écrire sur l'importante matière ; la mère rend la pratique de la chasse à courre et de la chasse au vol obligatoire pour les beautés du Louvre ; et cette obligation salutaire enfante le charmant essaim d’amazones, si redoutable par la puissance de ses armes, si connu dans l'histoire de la galanterie française sous le nom mérité d’escadron volant dé la reine. C’est au roi veneur Charles IX, ainsi que nous l'avons déjà dit, que Jacques du Fouilloux, gentilhomme poitevin, dédie son célèbre Traité de vénerie, chef-d'œuvre d'observation et de science que toutes les nalions nous envient et dans lequel lesplus savants de nos jours trouvent encore à apprendre. Henri IV, le seul roi, dit-on, dont le peuple ait gardé lamémoire, n'a qu'une passion: la chasse. après celles de la gloire, des femmes et du jeu. Louis XIIT, qui laissa s'exécuter tant de grandes choses sous son règne, tient le veneur dans sa plus haute estime, pleure sur la fauconnerie qui se meurt et élève à la dignité de connétable de France le jeune Albert de Luynes, pour le récompenser de son
adresse à dresser la pie-grièche au vol du moineau franc. Sale nove attribue une fanfare pour renard à ce prince qu'on aurait pu surnommer /e juste, à raison de la justesse de son coup d'œil, étant le premier prince français qui se soit servi de l’arquebuse pour tirer au vol. Apollon et ses muses, Vénus, Diane et l'Amour ont ceint d’une poétique couronne le front du grand roi à qui ne manque aucune gloire, qui fit plus pour la liberté et l'indivisibilité de Ja nation française qu'aucun de ceux qui l'ont suivi et pour qui fut confectionné le premier fusil double à pierre. Hélas ! au veneur intelligent qui avait élevé le courre du lièvre au rang de délassement royal, au créateur magnifique des merveilles de Marly et de Versailles, s'arrêtent les splendeurs de la monarchie et de la vénerie françaises. Tout dépérit aux mains de son successeur indigne qui s'allie avec l'Angleterre, comme s'il pouvait y avoir alliance entre l'oiseau de jour et l'oiseau de nuit. Et le respect du peuple pour l'autorité royale disparait avec la gloire de la vénerie française ; le roi de France à ouvert au chien anglais l'accès de son royaume. Sombres forêts de la Gaule, xoilez votre face majestueuse de vos plus sombres brouillards pour ne pas être témoins de la profanation qui s'avance. Tressez en mailles impénétrables vos rameaux épineux pour arrêter lirruption du /ox hund; car les jours de Fabomination et de la désolation prédits par les Encyclopédistes sont venus. L'anglomanie , poison subtil, à fait brèche dans nos lois, dans nos mœurs, dans notre costume, et elle ne s'arrêtera pas devant vos mystérieuses profondeurs. La hache révolutionnaire qui vogue de conserve avec l’idée anglaise et qui se plait à trancher les vieux troncs comme les vieilles dynasties, la hache révolutionnaire va ouvrir en vosflancs d’affreux vides. Geignez, échos des monts, que les clameurs retentissantes de la meute indigène ne réveilleront plus. Ils ont, pour remplacer nos races de Saintonge, de Poitou, de Lorraine, nos chiens blancs au large poitrail, à l'odorat subtil, à la gorge sonore. ils ont une race muette et rapide issue de lévriers et qui force le cerf en une heure ! Ils ont réduit des trois quarts là durée du plaisir pour augmenter d'autant la durée de l'ennui; et ils appellent cela économiser Le temps ! Maudit sois-tu, à Minotaure à l’eau de rose du Pare aux Cerfs et du grand Trianon! Maudit sois-tu, traître à la royau-
té, à la France, à la chasse, qui dotas ma patrie du fox hund, qui fis dégénérer la chasse en boucherie etles royales amours en ignobles débauches! Maudit sois-tu, avilisseur du trône, qui dressas de ta main régicide l’échafaud de tes petits-fils !
Las ! la vengeance du ciel ne s’est pas fait attendre. On dit que le chien anglais touchait à peine le sol français de sa patte empestée, que le mal affreux connu sous le nom de maladie des chiens se déclarait pour la première fois en France et y faisait périr les deux tiers de l’espèce. Et l'invasion du fléau est couchée sur les registres des dates néfastes de notre histoire, à côté de celle du honteux traité de 1763, ce traité de 1815 du dernier siècle qui fit perdre à la France l'Inde, l'Amérique et sa marine, tout enfin plus l’honneur. Oh ! ces idées anglaises, ces mensonges odieux, ces abîmes de corruption et de vénalité qui s'appellent le fox hund et le représentatif, le droit de faire la loi, basé sur la richesse !.… Oh! quand le sentiment de patriotisme et d’indignation qui m'oppresse à la vue des scandales du jour, débordera-t-il à la fois de toutes les poitrines, demandant qu'on expulse de ma patrie ces idoles étrangères, pour la rendre au culte de la vraie chasse et de la vraie liberté... pour restituer à l'intelligence et à la probité le pas sur les écus.. pour arracher le Pouvoir;protecteur de la société à la tyrannie du Capital ! Il est grand temps que la métamorphose s'opère, je ne le cache pas.
Car en terre classique de la chasse qui s’appelle la France, les veneurs d'aujourd'hui portent la livrée rouge, la livrée de l'Anglais, la même que nos ministres ! Le principal lieu de réunion de la jeunesse dorée, dorée au procédé Ruolz, s'appelle le joc— key's-club !.… On y boit de la bière, on y fume, on y boxe ;.. on y vole. et les princes comme de simples officiers d'ordonnance du roi. On y parle une langue particulière, dite la langue du sport ou du turf, en français langage d'écurie. Les merveilleux de Za fashion où du fashion ont introduit la cravache avec le tabac et le grog dans leurs petits soupers d’où la femme est exclue... Les roués du jour, les coquins, comme euxmêmes s’intitulent, des quarts ou des demi-quarts d'agent de change en faillite, au lieu de se faire ruiner par les danseuses , comme c'était de bon ton jadis, trouvent plus noble de vivre au crochet de ces dames; ils ne rossent plus le guet, mais leurs
femmes légitimes. Je vous déclare encore une fois qu’il est im— possible que ces infamies-là durent long-temps.…..
Ainsi done encore une gloire perdue pour la France que la chasse ! Gloire perdue malgré les bénédictions du ciel qui varia si richement les climats, les accidents et les productions du sol de la France, pour que tous les quadrupèdes et tous les oiseaux de l’Europe y trouvassent une patrie. Vainement Dieu avait placé cette contrée à cheval sur trois mers et au centre du continent pour en faire l'étape principale des oiseaux voyageurs dans leurs migrations périodiques du nord au midi et retour. Vainement Dieu avait ordonné à l’outarde, à la bécasse, à l’ortolan, au bec-figue, à la caille, à la grive et à tous les oiseaux des marécages et des rivières du nord de faire séjour en France deux fois l'an... les oiseaux ont obéi; mais, malgré leur obéissance, la masse du peuple français ignore encore complètement la bécasse, l'ortolan et la caille, comme elle ignore hélas ! la simple viande de boucherie, et le vin naturel et le pain de froment. Gouvernement de mon pays, voilà encore une ignorance dont vous répondrez devant Dieu. Ah! c’est pitié, sur mon honneur, que de voir gaspiller ainsi tant de trésors, et le civilisé ne vaut pas que le ciel s'occupe de lui !
La chasse, hélas ! fut long-temps en France, comme partout, une institution féodale et guerrière destinée à faire faire l’apprentissage de la tuerie humaine aux jeunes mâles de la caste oppressive, et à procurer à leurs papas, pendant la paix, un moyen honnête de s’entretenir lamain. Onsait que le passe-temps favori des Spartiates, peuple de caste, consistait dans le tir à l’ilote. Ces Spartiates étaient aux malheureux habitants de Laconie ce que sont les Normands d'Angleterre au Saxon et à l'Irlandais. Les Spartiates enivraient leurs ilotes pour inspirer à leurs enfants le dégoût de l'ivresse ; les Normands abrutissent aussi l’Irlandais et le Saxon pour les rendre plus gouvernables. Il paraît, d’après ce que j'ai entendu dire dans mes classes, que ce peuple Spartiate était excessivement vertueux et excessivement moral, quoique non moins distingué par son amour du brigandage, sa barbarie et sa férocité. Je n'ai jamais pu le souffrir, pour mon compte, ni en version ni en thème. Je me rappelle même qu'un de mes bonheurs au collége, où j'en ai eu très-peu, était de tirer sur le Spar-
tiate à vers latins ramés (distique), pendant que mes jeunes con— disciples célébraient en pompeux hexamètres ses ancêtres, ses vertus, sesrapines et son amour du brouet noir, qui était, par parenthèse, une manière de civet pas mal conditionné. La chasse était un privilège de caste avant 89, mais le privilège était noblementexercé. La révolution de 89, en détruisant le privilège, a malheureusement ouvert la voie à la destruction du gibier. Toute la législation de la chasse est aujourd’hui à refaire.
La chasse actuelle, comme toute industrie de régime subversif (sauvage, barbare, incivilisé), est affligée de sept fléaux limbi— ques, qui s'appellent éndigence, fourberie, oppression, carnage, intempéries outrées, maladies provoquées, cercle vicieux, sept fléaux qui pivotent sur l’égoisme général et sur la duplicité d'actions. Rien de plus pauvre et de plus dépeuplé, en effet, que nos campagnes et nos forêts de France. Où sont le bison et l’aurochs, l'élan, le renne, le daim, le cerf, l'ours, le sanglier, le bouquetin ? Où sont l’outarde, la canepetière, la bartavelle? Partout le lièvre et la perdrix se comptent. La caille, fatiguée de la guerre d'extermination que lui font les populations d'Europe, se décide quelquefois à quitter le continent pour des lustres entiers. Je sais des plaines en France où l’alouette ne chante plus, de grands bois où le rossignol, le rouge-gorge et la fauvette ne nichent pas tous les ans. Le domaine du bec-figue et celui de lortolan se rétrécissent tous les jours, en même temps que celui de la vigne, du figuier et de l'olivier. La bécassine et la marouette fuient devant l’assainissement déplorable des marais; le canard et la sarcelle cherchent des eaux vives plus hospitalières que celles de
‘la Somme et de la Seine. La France, le beau pays favorisé du ciel et destiné par la diversité de ses températures et la délicatesse de ses fruits à servir de demeure de prédilection à toutes les espèces succulentes, la France est devenue, pour toutes les créatures du Seigneur, un affreux coupe-gorge où les plus hardis voyageurs ne s'aventurent qu'en tremblant. C’est triste, Je né connais, dans toute la ville de Paris, cité de sept lieues de tour et pourvue de monuments sans nombre, que quatre ou cinq misérables colonies d’hirondelles !
Or, les insectes, débarrassés de [a surveillance des petits oiseaux, des pics et des mésanges, ont rongé la moelle des grands arbres
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