QUADRUPÈDES MAMMIFÈRES DE FRANCE
Les quadrupèdes mammifères de France sont au nombre de 62 environ, compris dans six séries, ornées de leurs groupes naturels et de transition ou ambigus, dans l’ordre ci-après : Porteurs (bêtes de somme) ; Ruminants ; Chasseurs (carnassiers) ; Proboscidiens ; Rongeurs, Cheiroptères. Les civilisés comptent six familles : Pachydermes, solipèdes, ruminants, carnassiers, rongeurs et insectivores. J'ai supprimé de mon autorité privée le pachyderme et l’insectivore, pour en faire une seule famille, celle des proboscidiens.
La série des Porteurs est celle que les savants appellent la famille des Solipèdes. Le solipède n'est pas, à mon avis, une des plus heureuses appellations du génie scientifique. Puisque tout le monde était convenu que quadrupède voudrait dire une bête à quatre pieds, il était évident que solipède ne pourrait jamais si gnifier qu'une bête à #n seul pied. Alors je ne comprends pas bien comment l'idée a pu venir aux savants de créer une série de quadrupèdes solipèdes, c’est-à-dire de bêtes à quatre pieds qui n'en ont qu'un seul. La science civilisée n’évite pas assez ces rapprochements bizarres et qui font rire d’elle.
Il en est de même de ce nom barbare de pachyderme donné au sanglier ainsi qu'à l'éléphant. Pourquoi cela pachyderme ? Parce que l'éléphant et le sanglier ont tous les deux le cuir trèsépais, me répond-on ; — sans doute, mais est-ce qu’il n’y a pas entre l'éléphant et le sanglier un trait d'union plus proéminent ? Est-ce que chacune de ces espèces n’a pas un organe plus apparent et plus caractéristique que l'épaisseur de la peau et qui prouve mieux la parenté d’origine... un groin, une trompe, par
exemple. Eh bien! je dis que ce développement formidable de l'appareil olfactif, qui va me révéler les passions pivotales de ces bêtes, est le véritable signe qui doit les rallier. Alors je décore la série du nom de ce commun organe , et je l'appelle la série des proboscidiens où perteurs de trompe. Et comme je sais la signification du groin par l’analogie , j'ai l'agrément de savoir à l’a vance que j'ai affaire à la tribu des êtres les plus sensuels, les plus laids et les plus voraces de la création, à la série des goinfres par excellence. Qui se douterait maintenant que cette création si peu raffinée provient en majeure partie des arômes du soleil ! C'est comme cela pourtant. e
La série des porteurs français ne renferme que deux genres, le cheval et l'âne. Le mulet ne constitue pas une espèce, puisqu'il ne se reproduit pas. Les chevaux nains de Corse et des Landes constituent de véritables variétés, puisqu'ils sont les productions d’une autre planète que Saturne, générateur du cheval. Deux genres, trois variétés.
La série des Ruminants que j'aurais voulu baptüiser série des nourrisseurs où des vicelimes, du sort que la eruauté de l'homme et des autres animaux carnivores lui assigne, a été ainsi nommée par les civilisés de la faculté que possèdent les animaux de cette famille de remâcher leurs aliments (ruminer). Elle se bi furque en deux principaux groupes dits des cornus et des bran: chus. Je ne puis accepter la dénomination de solipède pour le cheval, ni celle de pachyderme pour le sanglier, mais je ne demande pas mieux que de m’arranger de celle de ruminant pour le bœuf et ses congénères.
Le groupe des ruminants cornus prend son nom de son armure de tête, vulgairement nommée corne, qui lui sert à la fois de parure et de défense. Cette corne est persistante, ce qui la distingue de larmure des ruminants branchus. On rencontre quelquefois néanmoins de bonnes familles de ruminants domestiques, qui par déférence pour leur maitre à qui déplaisait la corne, s’en sont débarrassés. Ce groupe ne compte plus aujourd'hui en France que sept variétés, dont trois domestiques, le taureau, maxi de la vache et père du veau ; le bouc, mari de la chèvre et père du cabri ; le bélier, mari de la brebis et père de l'agneau. Le bœuf et le mouton ne sont pas des espèces parti-
culières, au contraire ; ils ne sont que les oncles des veaux et des agneaux dont les taureaux et les béliers sont les pères. Quatre espèces vivent encore à l'état sauvage : le bouquetin des Pyrénées, souche du bouc domestique ; le moufflon de Corse, souche du bélier ; le chamoïis et l’isard, qui ont peut-être bien aussi de vieux liens de parenté avec la chèvre. Absents pour cause de destruction, le bison et l'aurochs.
Le groupe des ruminants branchus reçoit son nom de son armure de tête comme celui des cornus, Cette armure a été appelée bois parce qu'elle semble végéter et se ramifier eomme une branche. Elle est caduque, c'est-à-dire qu’elle tombe et repousse tous les ans à une époque fixe. Le groupe des branchus de France a, comme celui des cornus, de grandes pertes à déplorer. I regrette l'élan et le renne et ne comprend plus aujourd'hui que trois espèces, le cerf, le daim et le chevreuil. Encore le cerf et Le daim ne figurent-ils que pour mémoire dans le catalogue du mobilier zoologique de la France. Je viens d'apprendre, par la lecture du mémoire intéressant de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, que F'acclimatation du cer f-cochon de Inde était déjà une question résolue.
Il y aura à tenir compte d’une troisième division, celle des genres d'ambigu, des Ruminants sans bois n1 cornes, le dromadaire, la vigogne, etc., lorsque ces espèces auront été naturalisées en France. Mais n'oublions pas de mentionner la tentative infructueuse de l’empereur Napoléon pour naturaliser le dromadaire dans le département des Landes. Le dromadaire est emblème d’esclavage patriareal. C'est la grande raison qui me fait douter & priori qu'il réussisse jamais à s’acclimater sur le sol de la France, terre d'Evangile et de liberté, à moins que la race juive, qui n'a pas encore déserté le patriarcat, ne s'implante décidément sur ce sol en souveraine absolue, comme a fait la race franque. Probablement que beaucoup d'écrivains politiques qui ont écrit sur les dangers de l’inféodation des voies de commuuication aux juifs n'ont pas prévu le danger que je signale comme une fatale conséquence de la concession des chemins de fer aux com pagnies privées.
Nombre des espèces actuelles de la série des victimes ou des A A EL AR NS 5 8e alain cuit Medio
La série des quadrupèdes chasseurs où carnivores, vivant exclusivement de chair, de proie ou de rapine, se décompose en trois groupes principaux et se rallie aux autres séries par deux groupes ambigus.
Premier groupe, dit des forceurs, ou des chasseurs proprement dits, animaux doués d’un odorat puissant, d’un jarret d'acier et d'une intelligence supérieure, et qui s'associent pour chasser. Trois espèces : chien, loup, renard.
Groupe des Félins ou des quetleurs, bêtes paresseuses , chassant isolément , s’approchant de leur proie en rampant, la surprenant, mais ne la forçant pas. Trois espèces, le lynx, le chat sauvage et le chat domestique. Ces deux dernières espèces n’en font qu'une seule à bien dire, les individus des deux famiiles ayant toujours conservé entre eux des relations intimes. Je répète que je ne doute nullement que le chat cervier du nord ait vécu autrefois dans nos forêts, ainsi que le glouton. Deux guetteurs.
Groupe des égorgeurs ou des buveurs de sang (mustéliens), animaux reconnaissables à leur museau pointu, à leur étroit corsage, à leur odeur fétide ; les plus féroces et les plus sanguinaires de tous les animaux, préférant le sang à la chair. Les égorgeurs égorgent pour le plaisir d’égorger, et s’enivrent avec délice du sang de leurs victimes qu'ils saignent à la jugulaire, en véritables praticiens. Huit espèces, dont une seule domestiquée, martre, fouine, putois, vison, furet, belette, hermine et herminette.
Un genre ambigu, le chasseur de poisson, la loutre, animal amphibie destiné à suppléer le chien de pêche. Espèce unique.
Enfin le groupe des ambigus Dormeurs où des Paresseux, chasseurs assez friands de chair, mais qui s’accommodent tout aussi bien de fruits et de miel et qui dorment sur leur graisse une grande partie de la froide saison. Deux espèces, l'ours et le blaireau. Les civilisés dans leurs nomenclatures appellent ce genre-là des plantigrades, qui marchent sur Les plantes, pour les distinguer des digitigrades (chien, chat), qui marchent sur les doigts. J’aitrouvé cette distinction insuffisante comme celle de mustéliens qui veut dire un rat allongé. Égorgeur ou buveur de sang vaut mieux sans contredit. Nombre total des espèces de la série des chasseurs, .:.. .. . RUSSES
Sériedes proboscidiens où des goinfres. Omnivores hideux doués d'une voracité et d’une sensualité sans égale, préférant la nourriture animale, mais faisant ventre de tout. Caractère distinctif de la famille : le groin, signe de luxure, d’avarice et d’immondicité. D'où le nom de proboscidiens.
Cinq groupes: sanglier-porc, hérisson , taupe (2 variétés) , desman, musaraigne (3 espèces).
Nombre total des espèces de la série. . . . . . . . . . . 9
Série des Rongeurs. Je conserverai volontiers à la série des Rongeurs le nom qu'elle tient de la science civilisée, bien que celui de Ravageurs en dise plus. C’est la famille naturelle qui compte le plus d'espèces en France: elle renferme trois groupes principaux et se rallie à toutes les autres séries par une foule d’ambigus. Les deux caractères distinctifs du Rongeur sont de porter à chaque mâchoire deux dents incisives d’une longueur démesurée, puis d’avoir le train de derrière beaucoup plus élevé que celui de devant. En outre, chez la plupart des espèces, les pattes de devant qui sont de beaucoup plus courtes que celles de derrière, tendent à se rapprocher par leurs fonctions de la main des quadrumanes. Le premier groupe des Rongeurs, le plus intéressant de tous à beaucoup près, est celui qui renferme les deux espèces du lièvre et du lapin, deux autres tribus de victimes. Le deuxième groupe est celui des grimpeurs vivant sur les arbres, rongeurs frugivores doués pour la plupart de l'instinct de prévoyance, enfouissant des provisions pour l'hiver ou bien s'engourdisssant par le froid : l’écureuil, le loir, le lérot, le muscardin. Le troisième groupe, dit des cannibales, comprend les Rongeurs vivant sous terre, émigrant à des époques fixes et se dévorant avec bonheur les uns les autres, à l'instar des Barbares : Six espèces : le hamster, surmulot (rat de Montfaucon), ratbrun, souris, campagnol (mulot). Le rat d’eau, qui n’a point de membrane à la patte, constitue cependant une espèce particulière.
La série des Rongeurs se rattache à celle des carnassiers dormeurs (blaireau) par la marmotte; à celle des carnassiers pêcheurs par le castor. Le cabiai, rongeur sans queue, est ambigu entre le rat et le lapin, entre les herbivores et les omnivores... Nombre total des espèces de la série des Rongeursr.. . . 15
Reste enfin la grande tribu des Cheiroptères ou des chauves-
souris, ambiguë des mammifères aux oiseaux, et qui comprend au moins une dizaine d'espèces, Vespertilions ; Oreillards, Rhinolophes , Noctule, Sérotine, Pipistrelle, Barbastrelle, ete.
Total général des quadrupèdes mammifères de France. , . 62
Pour procéder avec ordre et clarté en notre travail, nous diviserons en quatre principaux chapitres l'histoire des soixantedeux quadrupèdes mammifères de France. Le premier de ces chapitres sera consacré à l’histoire des animaux ra/liés à l'homme, auxiliaires où domestiques. Le second traitera des bêtes qui ne se chassent pas; le troisième des bêtes qui se tuent mais ne se chassent guère ; le quatrième enfin du courre , c’est-à-dire des bêtes qui se forcent et ne se tuent pas.