CHAPITRE HE
Des animaux ralliés à l'homme; les Auxiliaires ; les Domestiques.
L'ambition secrète de tous les animaux est de se rallier à l’homme, leur souverain légitime... et cependant jusqu’à ce jour, le chien est peut-être le seul qui ait eu le courage de son opinion! Toutes les bêtes, à de rares exceptions près, oiseaux et quadrupèdes, désirent sincèrement fraterniser avec l’homme , et c'est tout au plus si, depuis six mille ans, et sur quelques milliers de bêtes, l'homme a su en amener une quarantaine à lui !
Je ne sache pas de condamnation plus sanglante de la phase sociale actuelle que ce simple rapprochement de chiffres. L’impuissance du Civilisé à rallier les bêtes est la démonstration la plus géométrique du caractère subversif de la civilisation.
Je vois tous les jours jeter la pierre au zèbre pour son humeur insociable et farouche, pour son indomptabilité et son horreur invincible du travail. Le zèbre est l'emblème du Sauvage ; il partage ses répugnances profondes pour le travail civilisé et affecte de se tatouer comme lui. J'avoue que je ne comprends pas ces reproches, et que je trouve parfaitement légitimes, au contraire , les répulsions et les mépris du zèbre pour les hommes du temps actuel. Comment! voici un animal qui a recu le jour dans le pays des Hottentots, des Namaquois ou des Amazoulous, les'plus affreuses gens du monde; qui n’a eu sous les yeux pendant toute la du rée de son bel âge que des scènes de carnage et d’anthropophagie propres à soulever le cœur; qui, transporté en Europe par un
concours singulier de circonstances douloureuses, y a été témoin des supplices barbares que l'homme a lhabitude d'infliger aux malheureuses créatures qui ont eu l’imprudence de se fier à lui. cet animal ne s’éprend pas à cette vue d’un subit amour pour l'espèce humaine et ses institutions. et l'espèce humaine s'étonne et traite de stupide l'animal réfractaire ! Pardon, messieurs , pardon , mais ici le plus âne des deux n’est pas celui qu’on pense, et je joins courageusement ma protestation contre le travail répugnant à celles du sauvage et du zèbre; et aussi long-temps que l'association des forces actives de la société n’aura pas affranchi le travailleur de l’oppression du capital, moi aussi je soutien drai que la plus terrible imprécation à adresser à un ennemi est celle du zèbre : Puisses-tu étre réduit à labourer un champ !
Les animaux ralliés à l’homme se divisent en deux catégories : celle des Auxiliaires, qui mettent toutes leurs facultés au service de l’homme, comme le chien et le cheval ; celle des Zomestiqués ou apprivoisés, qui se contentent de vivre sous ses lois, et de lui apporter le tribut de leur toison ou de leur chair. Les Auxiliaires sont au nombre de six en France : le chien, le cheval, l’âne, le taureau, le chat et le furet. Les domestiqués comptent cinq espèces : la chèvre, la brebis, le pore, le lapin, le cabiai.