ET A
créature le reconnaisse pour son maitre à ce signe? L'histoire at-elle un seul exemple à citer que jamais zèbre ou buffle dénaturé ait échangé son père ou sa mère, ou son fils, contre une gourde d’eau-de-vie.. pour que l'homme, coupable de ces erimes, soit en droit d'accuser ces quadrupèdes de désobéissance criminelle aux lois de Dieu! Commençons par agir en rois, avant d'exiger qu'on nous respecte à ce titre, et, quand nous dépassons la brute en nos fureurs, ne trouvons pas étrange que la brute, plus sensée que nous, nous méprise et répudie notre joug. Le moufflon a comme le zèbre le droit de s’insurger contre la tyrannie du civilisé ; mais de ses répulsions légitimes contre les humains des sociétés limbiques, je me garde bien de préjuger de ses dispositions futures pour les humains de l’ère d’harmonie, Le zèbre, l'hémione , le quagga et le daw , porteurs nés de la cavalerie enfantine, ne peuvent être requis de droit pour le service de l'homme, qu'après l'émancipation préalable de l'enfant et de la femme. Attendons, pour juger de la douceur ou de l’indomptabilité de leur caractère, que cette émancipation préalable ait eu lieu. Tout le monde sait parfaitement aujourd'hui que si la femme n’eût pas régné en maitresse absolue sous les ombrages du jardin royal de la capitale de la France, jamais le farouche ramier des bois n’eût songé à déserter le refuge des forêts solitaires, pour fixer ses pénates aux dômes parfumés des tilleuls et des marronniers des Tuileries.
Ce qui est vrai du mouflon l’est également du bouquetin, du chamoïis, de la perdrix et du canard sauvage. Toutes ces espèces-là sont demeurées dans l'amour de l'homme, tant que l’homme n’a pas abusé de leur noble confiance. Elles se sont retirées de lui à mesure des progrès de sa méchanceté sanguinaire. Elles lui reviendront avec l’adoucissement de ses mœurs et le règne de la femme. En bonne administration aujourd'hui et dans la prévision de ce futur retour , le meurtre du bouquetin, du chamois, du mouflon, devrait être interdit sous les peines les plus sévères; car la triple espèce va périr, si la génération actuelle ne s'arrête dans ses voies d’extermination. Or, le bouquetin, le mouflon, le chamois, sont les troupeaux de la région des nuages, la parure et la vie des glaciers et de l’abime que ne peut féconder la main de l'homme, et les générations actuelles n'ont pas le droit d’anéantir,
au détriment des générations futures, le fonds d'une propriété dont Dieu ne leur avait accordé que l’usufruit !