‹ L'esprit des bêtes (volume 4)Chapitre 52 sur 63 · LE DAIM · texte numérisé non relu

LE DAIM

Le daim est de moins noble extraction, de moins haute taille que le cerf. Son corps est plus ramassé, sa venaison plus suceulente, ses jambes moins rapides. Des trois espèces de fauve, cellelà était la plus difficile à sauver ; aussi ne figure-t-elle plus que pour mémoire sur la liste des bêtes de France. Il s’en trouve encore quelques uns dans la forêt de Compiègne, dans celle de

Rambouillet, dans le parc du Raincy et dans quelques autres établissements particuliers, mais je doute que sur toute la superficie du territoire national on compte cinq cents daims. Les chiens anglais en ont pour une heure à forcer le daim. Ce courre est loin d'offrir les mêmes émotions et les mêmes péripéties que celui du cerf. Le daim s'éloigne peu du canton où il vit, et ses ruses se démêlent sans peine ; elles se bornent à donner le change et à prendre l’eau le plus souvent possible. Il y a un proverbe de vénerie qui dit: au sanglier la haire, au cerf la bière, pour exprimer que les andouillers du dix-cors font des blessures plus mortelles que les défenses ‘du solitaire ; mais le daim n'a que bien rarement illustré son trépas par l'énergie de son désespoir. L'histoire parle peu de la puissance de ses armes. Le daim est un travailleur de trop bonne composition et qui ne se révolte pas assez contre la barbarie de ses persécuteurs; c’est du sang irlandais ou du sang de Saxon qui coule dans ses veines. Je ne lui pardonne pas de livrer ainsi sans combat sa venaison succulente à tous les agens parasites de la propriété et de l'administration (chiens courants). Je lui pardonne moins encore d'enrichir si généreusement de sa peau la garde-robe du gendarme, pierre angulaire de la société actuelle. La lâcheté des victimes est la meilleure justification des bourreaux.

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