‹ L'esprit des bêtesChapitre 17 sur 50 · LE BOUQUETIN · texte numérisé non relu

LE BOUQUETIN

Le Bouquetin qu’a chanté Phœbus, Gaston Phœbus, comte de Foix, contemporain de Duguesclin et le plus grand veneur du quatorzième siècle, a déjà disparu des Alpes depuis cent ans et plus, parce que la pittoresque Helvétie est mieux sur le chemin des riches désœuvrés de l’Europe que la chaîne qui sépare l’Espagne de la France. Même cette espèce devait être sur le point de passer à l’état de mythe dans les cantons boisés de Glaris et des Grisons dès le commencement du dix-septième siècle, puisqu’il existe un édit de ce temps-là, de 1613, je crois, qui interdit chez les Grisons la chasse au Bouquetin, sous peine de cinquante écus d’amende. L’interdiction, malheureusement trop tardive, n’a pu guère reculer le dernier jour de l’espèce. Le Bouquetin de l’Helvétie n’est plus, et l’époque n’est pas loin où celui des Pyrénées aura disparu de nos glaciers du Midi, comme l’autre a disparu de nos glaciers de l’Est....; car voici que l’Anglais exterminateur a déjà fondé sur le revers des Pyrénées françaises ses désastreuses colonies d’émigrants, et rien ne subsiste longtemps, et rien ne repousse plus, chamois, perdreaux ni truites, où l’Anglais a passé.

Peut-être retrouverons-nous quelque jour le Bouquetin sur un roc escarpé de la Mingrélie ou de la Crète, oublié de l’Anglais. L’expérience a démontré, du reste, que la Chèvre domestique, abandonnée a elle-même dans une île déserte, ne tarde pas à reprendre l’allure du Bou petin, souche primitive de la race.

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