‹ L'esprit des bêtesChapitre 37 sur 50 · LE BLAIREAU · texte numérisé non relu

LE BLAIREAU

Il existe mille raisons pour faire ranger le Blaireau dans la catégorie des bêtes puantes. Il est pourvu de la poche membraneuse ; c’est une mauvaise bete, amie des demeures sombres, plus vorace et presque aussi rusée que le Renard, plus carnivore que l’Ours, mais douée, comme celui-ci d’un goût très-prononcé pour les fruits et le miel. C’est un pillard acharné du maïs et du raisin, qui se lève fort tard et se couche de grand matin, et qui engloutit en quelques heures, en raison de son omnivoracité et de l’ampleur prodigieuse de ses intestins, une masse incroyable d’aliments. Tout fait ventre au Blaireau, poulets, grenouilles, mulots, fruits, céréales Le* "" »'<” » » «». P* «» «.sr.nl délit, un jj

sition, et le carnet de l’agent de change qui rentre de la Bourse, après avoir acheté des actions de toutes couleurs, peuvent seuls donner une idée de la panse du Blaireau, au retour d’une expédition nocturne.

Ce méchant quadrupède à pattes courtes et à large abdomen qui prélève des dépouillés op;mes sur la noble industrie du vigneron et du laboureur cet omnivore quasi-insatiable, qui s’endort quand il est repu, et dont l’oisivete s etaye sur la rapine, est l’image parfaite de ces parasites commerciaux qui s arrondissent, eux et leur bourse, aux dépens de tous les travailleurs. La dépouille du Blaireau s’utilise pour les harnais de l’attelage pour 1rs ustensiles de la toilette et pour le pinceau des artistes. Sa graisse* s’emploie comme remède contre les douleurs rhumatismales. Cela veut dire que 1 industrie agricole, les beaux-arts et le bien être général ont énormément à gagner à la destruction du parasitisme commercial. Le’ban-

quier continue à n’être pas heureux dans ses analogies. Il y a dans les insectes, comme on sait, l’araignée et le ténia qui lui font du tort.

Le Blaireau, rentrant de bonne heure au terrier et ne s’oubliant jamais au dehors comme le Renard, ignorerait complètement les désagréments do la chasse, si l’homme ne parvenait quelquefois à lui fermer l’entrée de son repaire. L’opération est facile quand le terrier n’a que quelques bouches, ce qui est rare. Il suffit, pour la pratiquer avec succès, de se rendre à minuit sur 1a. marnière, la carrière ou la roche où la bête a creusé ses galeries souterraines, de fermer hermétiquement chaque gueule avec une bonne bourrée d’épines qu’on enfonce solidement et qu’on recouvre de terre. Les instruments dont il faut se munir pour ce travail sont la serpe et la pioche. L’opération doit se faire avec le plus de silence et de rapidité possibles, afin que l’animal qui rôde dans les environs ne se doute pas de la mystification qu’on lui prépare, et ne songe pas à aller chercher un refuge à quelques lieues de là. Quand l’affaire a été bien conduite, le Blaireau, qui veut rentrer à son domicile un peu avant le jour et qui trouve porte close, n’essaye pas de forcer la consigne ; mais comme il est trop tard pour se dépayser, il remet son voyage à la nuit suivante, choisit dans le voisinage le fourré le plus épais, et s’y blottit pour passer le jour. Malheureusement pour lui, sa retraite est bientôt découverte, car sa piste est presque aussi forte que celle du Renard, et le chasseur qui en veut à sa peau ne manquera pas de l’attaquer à la pointe du jour. Le Blaireau, qui n’est pas taillé pour la course, ne peut prendre d’avance sur les chiens, ce qui fait que cette chasse ressemble à un hallali perpétuel. Cependant si la bête ne sait pas courir, elle sait mordre, et j’ai vu des chiens vigoureux et de la plus haute taille tenus en respect par le Blaireau, et quitter la partie plutôt que de s’exposer aux atteintes de ses crochets terribles. J’en ai vu d’autres, plus courageux, payer leur audace généreuse de la perte d’une patte ; mais le fusil a bientôt raison de la mauvaise bête. Des bouledogues, dressés à la chasse du Blaireau, n’en auraient pas pour un quart d’heure à le porter bas. Ce n’est pas une chasse.

On peut encore attaquer le Blaireau chez lui, si mieux on n’aime le prendre au piège. L’attaque du terrier du Blaireau est un siège dans toutes les formes, dans lequel il faut creuser des parallèles, -des tranchées et quelquefois faire jouer la mine. On envoie contre l’animal des chiens terriers qui l’attaquent courageusement et dont les aboiements indiquent aux sapeurs la direction à suivre. La bête oppose à ses assaillants une résistance désespérée et fait souvent payer cher la victoire aux vainqueurs. Le Biaireau a l’instinct de faire le mort, comme le Renard, pour saisir sa belle de se venger.

Irx*.

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