‹ L'esprit des bs (volume 2)Chapitre 4 sur 19 · PREMIÈRE SÉRIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉRIE

FRl'CI\ OIIES.

Vn groupe, quatre espèces : Exotiques.

Ce mot exotiques est ici pour remplacer néant, qui est la part que la Faune française fournit à la Frugivorie pure.

Il ne tenait qu'à moi assurément de peupler cette première série de deux groupes que j'aurais appelés des Colombiens et des Loxiens , ou des Gros-Becs , attendu que les espèces dont ces deux groupes se composent sont essentiellement, sinon exclusivement frugivores , et que personne ne m'aurait chicané pour le plus ou le moins. Ensuite, comme les Colombiens et les Grosbecs nourrissent également leurs petits au moyen d'une bouillie de graiu qu'ils préparent dans leur estomac et qu'ils transvasent après dans la gorge de leurs nourrissons, par divers procédés, j'aurais pu aisément les unir par le caractère commun, puis les différencier par la comparaison de leur mode de dégorgement. Et non-seulement cette classification de contrebande n'eût soulevé , du côté des savants , aucune objection sérieuse , mais je suis bien sûr qu'elle eût paru plus scientifique et plus naturelle que l'autre, que la vraie, qui a contre elle le désavantage immense de débuter par le vide, et de faire boiter, dès le premier pas, la division c|uaternaire de l'ordre. Mais l'analogiste consciencieux , amant iidèlc de la vérité , ne spécule pas en face du devoir; il dédaigne souverainement les succès que d'autres proclament faciles, parce (ju'ils ne coûtent qu'un mensonge ; et

SEDII'EDES. 41»

il s'inquiète peu que ses séries soient pauvres, pourvu qu'elles soient honnêtes. Sa devise est : Fais ce que dois... C'est la mienne.

J'ai dit quelles impossibilités matériolles ou plutôt quels scrupules m'interdisaient de placer les Colombiens de France parmi les Frugivores purs. Leur })lace n'est pas là, en elTet, mais bien au point de jonction des deuv grands ordres des Coureurs et des Percheurs, station de l'ambiguë, échelle de transition ascendante.

Le titre de Frugivores purs n'appartient qu'aux Colombiens de l'Australie, des Philippines et des Iles de la Sonde. A la suite de ces groupes |)oi)ulcii\ doivent figurer, d'après l'analogie, les Coqs-de-roche, les l^upicoles de l'Amérique équatoriale, ^esPhytotomesde l'Abyssinie, les Manakins de la Guyane, qui donnent la main à nos gros-becs, ou loxiens, par le Jaseur. Ces grosbecs, comme nous le verrons bientôt, bornent la série des Frugivores purs adroite, comme les Colombiens à gauche, et forment le premier anneau de la (Iranivorie.

Groupe tlos Coloinliicns. Deuv ramilles; ciiKi espèces; nombre inliiii de \ariélés.

Nous avons à choisir entre dix caractères , excellents presque tous, pour désigner convenablement ce groupe. Il y a l'aliment spécial, la forme du bec, celle de la queue, l'habitat, les manières galantes , la façon de voler, de nourrir les petits, le titre d'afliour maternel, le nombre des œufs, etc., indépendamment des dénominations consacrées par l'usage. Nous dirons lequel de tous est à notre avis le meilleur, laissant ensuite, suivant notre habitude, chacun libre d'opter.

Le groupe des Colombiens, si pauvre d'espèces types en France, n'en est pas moi'.is un de ceux qui renferment le plus grand nombre d'espèces dans le reste du globe. C'est même probablement celui qui pris en masse donne le chilïre de population le plus considérable. Audubon évalua un jour à plus d'un milliard un vol de pigeons voyageurs qui tenait tout un pan du ciel au-

50 OllMTilOLOGIE PASSIONNELLE.

dessus de sa tète et dont il eut à se plaindre. Bien qu'aucun nuage ne iVit entre le soleil et la terre , les rayons de l'astre étaient coni|)lctcnient éclipsés sur un espace de i)lusieurs milles carrés. Dans la futaie choisie pour le repos du soir, les chênes rompaient sous le poids de la masse qui s'abattait sur leurs branches; le sol blanchissait à vue d'œil sous la neige épaisse du guano. La scène se passait sur les rives de-l'Ohio, et cependant l'Amérique n'est pas la véritable patrie du groupe. L'Australie et les îles de la Sonde sont les contrées qui nourrissent le plus grand nombre d'espèces et surtout les plus belles.

Le chiffre de ces espèces orientales approche de la centaine. On trouve dans le nombre des pigeons a aigrette, gros comme des poulardes et des tourterelles minuscules de la taille d'un moineau franc, avec des ailes couleur de llamme. Il y en a d'autres qui portent des huppes impérieuses, des manteaux de velours gris perle, ocellés de topazes, des coups de poignard dans le sein, etc., toutes espèces charmantes et délicates de chair comme de nururs et de ton.

('./ii'aclores (jélU'r.itix du ^ioii|)<*.

Le groupe des Colombiens est ambigu entre les Vélocipèdes et les Sédipèdes, Coureurs etPercheurs. Presque exclusivement frugivores, ces oiseaux cherchent comme les pulvérateurs leur nourriture à terre et surtout dans les plaines; seulement ils grattent le sol du bec et non des doigts et préfèrent les bains d'eau courante aux bains de poussière qui font les délices de ceux-ci. Quelques espèces glandivores ont le talent de faire tomber les glands du chêne en frappant ces fruits de leurs ailes et ils se précipitent vivement au bas de l'arbre pour les ramasser.

Les Colombiens sont pourvus de longues ailes aiguës propres aux voyages d'outremer , et le besoin de voir du pays est une maladie endémique à l'espèce. Vol sibilant, soutenu, rapide; les pigeons ramiers traversent en moins de dix minutes le détroit de Gibraltar et no le cèdent en vélocité qu'aux faucons, aux hirondelles et aux locomotives. Toutes les espèces se livrent dans

SEUIPliDES. H\

les airs aux évolutions les plus folâtres et les plus capricieuses, et leur départ quand elles prennent l'essor est acconipajiné d'un claquement tout spécial produit par la brusque rencontre de leurs ailes qui se dressent verticalement sous la détente de leurs muscles. Mais autant leurs allures de vol sont faciles et légères, autant sont disgracieuses leurs allures de pied, trop semblables à celles du canard chargé d'un embonpoint extrême et pas assez à celles de la perdrix.

La plupart des ('olond)iens perchent et nichent sur les arbres; une espèce cepemiant jalouse de mar(|uer le caractère do transition qui est le signe hiérarchique du groupe ne se branche jamais et niche dans les cavités des rochers, voire dans les hauts édifices bâtis par la main de l'homme et notamment dans ceux qu'on appelle colomhicra.

Ce caractère d'ambiguïté est si visible que Cuvier n'a pas hésité il ranger les colombes dans son ordre des (iallinacés, déplorable erreur du génie dans laquelle n'était pas tombé Linn;rus (pii avait logé ce groupe dans l'ordre des Percheurs. C'était là en eiïet sa véritable place, car si la similitude des appétits granivores rapproche un moment les deux races , la différence de leurs opinions en matière amoureuse rétablit entre elles la distance. Le pigeon est pour la douceur, la timidité, l'innocence et la pureté des mœurs, le pendant de l'agneau. Or, on sait que penser de la pureté des mœurs du coq et du dindon.

La nature a môme crée une longue série d'espèces ambiguës pour rattacher l'une à l'autre ces deux familles, ce qu'elle n'eût pas fait certainement si la distance qui les sépare n'eût pas été aussi considérable. Ces espèces ambiguës que les savants ont décorées du titre de Colombi-gallines sont étrangères cà l'Europe.

On remarque dans le nombre le Goura couronné des îles de la Sonde , qui peut être considéré comme un des moules les mieux réussis de l'ambiguïté.

Le groupe des Colombiens se distingue de tous ceux qui l'entourent par uue multitude de caractères spéciaux qui fournissent vingt moyens de l'isoler; mais la reine de Cythère en attelant autrefois deux colombes à son char, a dit mieux que tous

:i2 ORMTMOLOGIE PASSIONNELLE.

les savants la gloire de la tribu et sa dominante passionnelle.

Bien inspiré l'ut en elTet le choix de la déesse d'amour; cartons les mâles de cette famille sont des amoureux de très-haut titre, passionnés et fidèles et qui se montrent dans la saison d'amour les plus' fervents observateurs des lois de la galanterie. C'est merveille de voir avec quel luxe de révérences courtoises et de courbettes cérémonieuses l'amant de cette catégorie aborde sa maîtresse. Elle marche, dans sa dignité féminine, fière et majestueuse , et comme il convient à une reine ; lui l'arrête en se précipitant tout à coup au devant de ses pas et commence par l'encenser de trois saints adorateurs, le front profondément incliné vers la terre et comme pour baiser la poussière de ses pieds. Suit la série des évolutions rotatoires, des pirouettes semi-circulaires , des passes et des contre-passes magnétiques exécutées avec une persévérance et une fougue sans égales, dans le but de charmer l'idole, et illustrées de gonflements de gorge et de redressements de col d'un effet indicible. Ces démonstrations éloquentes sont accompagnées, suivant les espèces, de tendres gémissements ou de roucoulements énergiques, ardentes réclames d'amour que rhythme un frémissement voluptueux des ailes. Le moyen de rester froide au contact d'une passion si véhémente, si sincère surtout, et si chaleureusement exprimée. La coquette, essaie bien de retarder sa défaite par tous les artifices vulgaires , et elle réussit à prolonger sa résistance aussi longtemps qu'il faut pour décupler le prix de ses concessions; mais l'incendie finit par l'atteindre à la longue, et alors elle fuit vers les saules, désireuse qu'on l'y suive, et là le pacte des fiançailles se conclut d'un baiser. Car le privilège du baiser, faveur inestimable que la Nature n'accorde qu'à un très-petit nombre d'espèces, est attribut du groupe. Le pacte conjugal suit de près celui des fiançailles; il durera autant que la vie; de part et d'autre on y sera fidèle...

Fidèle! Remarquez cependant que j'ai dit tout à l'heure, r^wo?/rcux fie très-haut titre, et non pas du plus haut titre. C'est qu'il y a mieux, en effet dans le inonde des oiseaux, en fait d'amants fidèles, que les colombiens : il y a l'hirondelle et aussf

SÉDIPÈDES. d3

roiseau-mouche. C'est (|ue la fidélité n'est pas toujours, chez les premiers, à l'abri des orages impétueux des sons, et que parfois on a vu de pauvres tourterelles, victimes de leur bon cœur, s'attendrir trop vivement au récit des malheurs d'infortunés célibataires, et éi)rouver le besoin d'adoucir leurs tourments. Et pour ce manquement à sa foi, la foule des puritains, Buffon à leur tète, ont accablé des termes les plus durs la tourterelle trop sensible, comme s'il ne fallait pas que la sainte corporation des sœurs de charité d'amour eût aussi là-haut son emblème. Donc, il parait démontré que la tourterelle des bois et le pigeon domestique donnent quelquefois, dans le contrat, de légers coups de bec ; tandis ([ue les plus mauvaises langues n'ont pas osé encore accuser l'hirondelle de méfaits de cet ordre. En outre, chez les Colombiens, quand le mariage est dissous par un cas de force majeure, par un de ces accidents funestes auxquels est exposée l'existence des tribus délicates de chair, il est rare que le veuvage du conjoint survivant dure plus d'une saison. Souvent même l'oublieux n'attend pas la fin légale de son deuil pour convoler en secondes noces; scandale inouï dans la famille des hirondelles, où le premier amour dure autant que la vie et où ceux qui se sont juré une fidélité éternelle, n'admettent pas que la mort dégage des serments. Séparée par le sort de tout ce qu'elle aimait, ei brisée par l'épreuve, l'hirondelle survivante ne songe pas même k éluder la sentence du destin ; mais disant adieu pour toujours aux bonheurs de ce monde où rien ne lui est plus, elle s'enveloppe dans son deuil et attend la fin de ses maux. On a vu de ces Artémises et de ces Orpliees inconsolables qui trouvaient que le chagrin ne tuait pas assez vite , traverser les monts et les mers et faire deux mille lieues pour revoir une fois encore le nid de leurs dernières amours et s'y enfermer pour mourir. Je demande que la loi qui protège les bêtes en France contienne un article terrible contre les assassins d'hirondelles.

Or, nous avons déjà dans ces simples détails trois caractères importants , et qui nous mettent parfaitement en mesure de forger trois dénominateurs "scientifiques acceptables pour le groupe

54 oil.MTHOLuClK PASSlON.MiLLE.

des Colombiens. Il y a le privilège du baiser, le mode de salutation, l'idiome amoureux spécial. Choisissez pour parrain celui de CCS trois attributs qui vous agréera le plus; mais la liste de tes attributs exclusifs n'est pas close.

Le mariage, en eiïet, n'est pas chez les pigeons comme chez les humains le tombeau de l'amour. Le père et la mère s'y partagent avec un dévouement passionné les soins de la famille; mais ce partage édifiant de bonheurs et de peines semble aviver bien plutôt qu'amoindrir l'ardente tendresse des époux. Nos amoureux commencent par se mettre à la bâtisse du nid; le mâle va cueillir sur les arbres voisins les brindilles légères qui doivent servir de matériaux à l'édilice , et les apporte à sa femelle, qui fait semblant de les disposer avec art. Cette besogne est trop tôt terminée, par malheur, car ce nid n'est pas tout à lait une merveille architecturale. Il se compose tout simplement de deux ou trois lits de bûchettes entrecroisées et posées à plat sur quelque enfourchurc de grosse branche, une manière de lit de camp , sans aucune addition de matelas ni de paillasse. Il est visible que les artistes qui ont exécuté cette œuvre ont été dérangés dans le cours de leur travail par plusieurs distractions, et qu'ils avaient dans ce moment-là tant de choses plus intéressantes à se dire qu'ils n'ont pas eu le temps de s'occuper des questions de comfort. Mais l'extrême négligence apportée en cette construction est souvent cause de désastres terribles. Que de fois j'ai vu la tempête , dans la saison des nids , emporter comme une plume les deux œufs du ramier et les semer dans l'espace ou jeter en bas de l'arbre sa progéniture confondue ! Si du moins la catastrophe prolitait aux victimes ; mais elle ne profite à personne, pas même, hélas! aux pauvres amoureux de la tribu des prolétaires igenre /lomme] qui s'en vont réjjctant après les tourterelles et après les ramiers vue chaumière et son cœui\ et ([ui ne craignent pas d'entrer en ménage avec leur affection mutuelle pour tout moblier, parfaitement insoucieux des chutes dangereuses au.vquelles leur imprudence expose dans l'avenir les innocents qui naîtront d'eux !

Après la bâtisse du nid, qui ne prend que deux ou trois jours,

SKDIPKDES. .Jo

a| rès la ponte (|iii n'est que de deux œufs et ne dure guère plus, vient le travail de l'incubation. Dans toutes les tribus du groupe des Colombiens, le père jjartage avec la mère cette fonction attributive de la maternité chez l'immense majorité des espèces, et il se montre si lier de cet honneur que la femelle est souvent obligée de le pousser hors du nid par les épaules pour le forcer de lui céder sa place. A peine relevé de garde, le couveur passionné s'élève dans les airs par une pointe verticale, puis s'arrête aussitôt pour déployer toutes ses voiles et l'aire le Saint- Esprit.

Avais-je tort de dire (pie ces habitudes touchantes où se trahit si visiblement la dominante passionnelle du groupe des Colombiens, jointes à l'innocence et à la pureté de leurs mœurs, discordent (piol(|ue peu avec ce que nous savons de l'histoire amoureuse des Éperonnés, vile engeance de goujats qui ne comprennent pas même une jouissance au-delà des brutales satisfactions des appétits charnels, qui n'emploient la plupart du temps que la violence pour triompher de la résistance des poules et n'entrent jamais dans le ménage de celles-ci que pour y mettre tout à sac. J'en suis toujours à me demander, en présence de cette disparate si violente des mœurs et des coutumes des deux groupes, comment il a pu entrer dans l'esprit d'un naturaliste de la taille de Cuvier de faire entrer les pigeons dans son ordre des Gallinacés.

Un nomenclateur ingénieux et fécond en substantifs pittoresques trouverait certainement matière à dénominations heureuses dans chacun de ces deux caractères charmants de la participation au travail de l'incubation par le mâle et de son vol d'amour, évolution gracieuse par-dessus toutes les autres et qui a évideinineut ins])iré aux analogistes de la religion catholique la poétique idée de faire descendre le Saint-Esprit du ciel sous la forme d'une colombe.

Mais le groupe des Colombiens oflre encore deux autres caractères plus simples et moins ambitieux que tous ceux que nous venons de passer eu revue, et cjui se prêtent mieux selon moi aux besoins de notre nomenclature actuelle, nomenclature hon-

5(i OHMTHOLUlilK PASSlO.N.NKLLi:.

grée et prosaïiiuc, basée sur la comparaison d'éléments matériels. Je veux parler de la ponte et du procédé d'abecquement ou de nutrition des jeunes.

Les Cojombiens ne pondent que deux œufs et n'élèvent que deux petits de sexe différent et (jui sont probablement destinés à continuer jusqu'à la lin de leurs jours l'union contractée au berceau. Or les Colombiens étant presque les seuls parmi les percheurs chez qui le nombre deux soit le chiffre invariable de la ponte, il est évident que le titre générique tiré de ce caractère exclusif et constant, et surtout facile à saisir, répond à toutes les exigences de la classilication. Que ceux à qui le nom de Colombiens écorcheles oreilles choisissent donc entre Diovipariemou Gemini pariens qui n'ont pas l'heur de me plaire, je l'avoue sincèrement.

Le procédé d'abecquement excentri([ue et spécialqu'emploient les Colombiens est également de nature à fournir à ce groupe un excellent nom scientifique. Seulement ce procédé est tellement compliqué qu'il devient d'une difficulté extrême d'en tirer une dénomination brève suffisamment explicative. En effet, les pigeons ne nourrissent pas leurs petits à la façon des canaris et des chardonnerets qui dégorgent dans le bec de ceux-ci une bouillie de grain préparée au fond de leur jabot. Ceci est le procédé (rabec(iuement primitif et vulgaire pratiqué par la masse, et qui jouit même d'une certaine vogue chez plusieurs races d'humains, chez celle des Esquimaux entre autres; mais les pigeons l'ont usage d'une méthode complètement inverse, (yest-k-dire que ce ne sont plus les parents qui introduisent leur bec dans celui de leurs nourrissons , mais bien les nourrissons qui introduisent leur bec dans la gorge de leurs nourriciers ; et connue il est naturel que l'introduction d'un corps étranger dans la gorge d'une pauvre b(Me provoque immédiatement chez elle le besoin de l'expulser violemment, il s'ensuit que les malheureux parents sont soumis pendant toute la durée de leurs fonctions nourricières à une série de convulsions stomacales, complètement analogues à celles qui résultent chez nous de l'ingestion de l'émétique, les-

SKUll'KDKS. :il

(juclk'S convulsions multipliées ont précise ment pour elVet de projeter dans le bec entr'ouvert du pigeonneau l'aliment préparé dans le sein maternel. Les petits cris plaintifs qui accompagnent cette ingurgitation laborieuse et la fixation rigoureuse de deux repas par jour, tendraient à faire croire que l'opération ne s'accomplit pas tout à lait sans douleur. De f[uel nom qualifier ce procédé d'abecquement bizarre presque voisin de l'allaitement? car la bouillie préparée par les pères et mères dans les trois premiers Jours qui suivent l'edosion des petits est une substance blanchâtre quasi-liquide, semblable au lait des mammifères. Je ne tiens pas assez au verbe incjurgitor pour en recommander l'emploi en cette circonstance.

J'ai omis de tenir compte de la forme du bec et de celle de la queue et des ailes , comme de la couleur des pieds, parce que les distinctions à tirer de ces caractères ne sont pas sullisamment accusées. Je n'empêche personne d'appeler les Colombiens du nom pastoral de rosipèdes qui est moins barbare à coup sur que celui d'ingurgiteurs ou de diovipariens dont je n'abuserai pas, si j'en use jamais. Je ferai remarquer seulement que rosipède entraîne à prendre la couleur des pieds pour type comparatif dans le cours de la série, et je me suis exprimé précédemment sur l'insulïisance du moyen.

La queue est longue et arrondie chez les Colombiens et se développe volontiers pour jouer l'éventail) tandis qu'elle est fourchue et courte chez les granivores. C'est une dissemblance qu'il est bon de signaler, mais dont il paraît difficile d'extraire le dénominateur demandé.

La chose eût peut-être été plus facile avec la forme du bec qui offre un caractère spécial à la tribu. Ce bec voûte comme celui des perdrix, mais moins arqué cependant et terminé par une légère courbure, a pour signe particulier d'être alTecté d'une boursoufHure des narines «jui le déligure comj)Iétement. La preuve que cette boursouflure qui couvre toute la base du bec, provient d'un vice de sang et constitue une anomalie, c'est que chez certaines espèces de pigeons , chez celles de fabrique humaine notamment, cette affection dégénère facilement en véri-

o.s (HiMIlIOLoGlK PASSIO.N.NELLt:.

table lèpre et produit des becs monstrueux. D'où l'occasion dont je n'ai pas voulu profiter de forger quelque méchant terme générique sentant l'amphithéâtre, comme fumidi ou psori rostre.

Si les Colombiens ne mangent guère d'insectes , en revanche ils en nourrissent un grand nombre, et ce malheur leur est commun avec les hirondelles et aussi avec les pêchers et généralement avec toutes les bctes et avec tous les végétaux qui symbolisent les pures et vives amours, dont le destin en civilisation est de servir de sujet à tous les ragots des portières et de nourrir l'oisiveté de tous les esprits parasites. De là le goût passionné des pigeons pour le sel , spécifique contre la vermine.

L'histoire des Colombiens est semblable à celle des prolétaires qui vivent aussi de rien, et nourrissent beaucoup de parasites. Elle apporte un témoignage précieux à l'appui de deux grandes lois que nous avons souvent formulées dans le cours de ces études.

« Le granivore est ami de riiommc (|ui fait venir les grains. — Le principal caractère de l'ambigu est d'être utile ou agréable à l'homme. »

Le pigeon est en eflét le secoiid oiseau, si ce n'est le premier, qui se soit rallié à l'homme. Toutes les espèces de ce groupe, même les plus farouches, sont amies de riiomnie au fond.

Et de plus elles lui sont à la fois agréables et utiles, peuplant ses colombiers , ses volières et son garde-mangT.

Le groupe des Colombiens se divise en deux familles ou tribus, l'une dite des Pigeons, l'autre des Tourterelles, Roucouleurs et Gémisseurs.

La tribu des Pigeons de France renferme trois espèces premières, dont une, domestiquée, fournit à elle seule une trentaine de variétés. Ces trois espèces sappellent le Ramier, le Colombin, ie Biset.

Ramier. Pigeon sau\;(ge, Pigeon ûii,6 bois. Pigeon des Tuileries , Palombe et Palome du Midi ; le Palumbus du Journal

SKDlPKItES. ."9

des /Jé/j(((s ; i\a\\s. pliir. Palumhos. Horatius Flaccus écrivait Palumbes.

Le Ramier (jue son nom désii;ne sulHsanmient pour perchcur est le plus grand de tous les Pigeons d'Europe. Il habite les forêts, pose son nid en plate-l'orme sur les enfourchures des vieux arbres et fait sa principale nourriture des glands et des faines qu'il avale tout entiers. Il descend dans les plaines, à l'époque de la maturité des vesces et des graine* oléagineuses dont il est très-friand comme tous ses congénères.

Les Hamiers se réunissent en bandas nombreuses vers le milieu de septenibrc et se rejjandent dans les champs récemment débarrassés de leurs récoltes de chanvre, de millet et de sarrasin. Une partie de cette population attend la venue des brouillards pour emigrer vers rAfri(|ue, en franchissant les deux chaînes de montagnes qui enceignent la France au Midi. Le plus ^rand nombre choisit la voie des Pyrénées. La direction des voyageurs est eu ce temps-là du levant au couchant et la masse effectue son passage par les gorges ou fuites des environs de Pau. Les Ramiers voyagent volontiers de grand matin et par la brume pour éviter la rencontre de l'epervier et de l'autour. Ils volent en escadrons serrés, rasant parfois le sol.

Une autre partie hiverne en nos contrées ou elle mange le cœur des colzas et des choux, quand toute autre nourriture lui manque, ce qui arrive naturellement quand la neige couvre la terre où ces oiseaux ne peuvent pas fouiller à l'instar des Perdrix , des Tétras et des Lagopèdes. C'est alors qu'on les voit se mettre à la queue des troupeaux de porcs qui s'en vont déterrant les glands dans les clairs cltèncs de l'Est et se poser sur le dos de ces quadrupèdes.

Depuis que la culture du colza a pris une très-grande extension dans la région septentrionale de la France, le Pigeon ramier y est devenu un des fléaux de l'agriculture et le cultivateur lui fait une guerre impitoyable. La chasse à la palombe que je décrirai quelque jour, et qui est une des plus savantes institutions de ce genre, a été pendant des siècles pour les habitants des Pyrénées-Occidentales l'objet d'une fructueuse in-

ou ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

dustrJe. Le lieu où se pratique cette chasse est dit une palomif're.

La robe du Ranilci' est trop connue pour que j'aie besoin de la décrire en détail. Dessus du corps et de la tète gris cendré, poitrine Hc de vin, larges épaulettes blanches, col chatoyant à, reflet vert doré passant volontiers au bleu tendre, orné d'un croissant blanc sur chacune de ses faces latérales; pieds rouges , iris jaunàtje. La forme du Ramier est des plus élégantes; son vol est soutejiu et rapide , son roucoulement sonore , sa vue aussi perçante que celle de l'aigle ou du canard. C'est un des plus charmants oiseaux de nos climats.

Les plus terribles ennemis du Ramier sont , après l'homme et l'oiseau de proie, le corbeau et la martre qui en veulent à ses œufs, encore plus qu'à ses petits. Quand on considère le nombre prodigieux d'ennemis acharnés à la destruction de cette espèce si peu féconde et qui n'a pour tous moyens de salut que sa vue perçante et son aile rapide, on a quelque peine à s'expliquer le chiffre respectable de sa population. .T'ai oublié de dire que le Ramier qui ne pond que deux œufs, ne faisait qu'une ponte par an.

L'apprivoisement complet des ramiers des Tuileries fait voir que l'humeur farouche et défiante de l'espèce n'est que le résultat naturel des dispositions malveillantes que lui témoigne toujours l'homme. Quand la femme régnera sur le reste du monde, comme elle règne au jardin d'amour de Paris, le Ramier déposera do grand cœur ses appréhensions légitimes et rivalisera en tout lieu de familiarité et de hardiesse avec le moineau franc.

Le ramier pris au nid s'élève facilement. Sa chair est d'un excellent goût, plus substantielle toutefois que délicate. Celle des vieux est trcs-duro, ce qui devrait les faire respecter.

CoLOMBiN. Les naturalistes ont donné un nom insignifiant à une espèce voisine du Ramier, habitant les forêts comme lui, mais plus petite de taille et nicbant dans les trous d'arbre. Cette espèce est celle que les chasseurs des Pyrénées appellent le Riset et qui se prend à la Pantière dans les gorges des Pyrénées orientales. Lvs habitudes du Colombin diffèrent peu de celles

StDlPÉDKS. Cl

du Ramier; seulement il passade meilleure heure et je ne crois pas qu'il hiverne chez nous, n'en ayant jamais vu voler un seul dans la rude saison. Ses vrais quartiers d'hiver sont les plaines de l'Afrique septentrionale depuis l'Egypte jusqu'au Maroc. Il revient de bonne heure au printemps dans son pays natal. L'espèce moins répandue en Franre (pie la j)remière habite surtout les districts forestiers de l'Est. Elle prclère aux fruits des fortHs les grains et les semences des plaines et aussi la rive droite à la rive gauche du Rhin, je veux dire la forêt Noire aux forêts des Vosges et des Ardcnnes.

Quoique voisin du Ramier par la couleur du manteau, les habitudes et les mœurs, le Colombin s'en sépare cependant par plusieurs caractères faciles à saisir, indépendamment de la différence de la taille. Ainsi, le ton général de la robe du Colombin est plus foncé, le rouge vineux de la poitrine est plus accentué ; les reflets métalliques du col jouent l'acier brûlé plus que le cuivre. Enfin l'iris qui est jaunâtre chez celui-là est rouge chez celui-ci. Le vol du Colombin est aussi soutenu et aussi rapide que celui du Ramier, mais sa vue est beaucoup moins perçante, ce qui est cause que la chasse du Riset n'exige pas des procédés aussi savants et aussi compliqués que celle de la Palome. On parle de 2,200 bisets pris dans une seule journée dans une seule pantière des environs de Saint-Girons (Ariége) ; mais le fait s'est passé bien avant la révolution.

RisET. Le Pigeon biset de RuITon ou le Pigeon de roche. Celui-ci passe généralement pour être la souche de toutes nos variétés domestiques , et cette opinion me paraît d'autant plus acceptable que l'espèce-type ne se rencontre plus guère à l'état libre en Europe et que la masse semble avoir fait sa soumission définitive à l'homme.

Le Riset n'habite plus les forêts et ne vit plus des fruits des arbres ; il est exclusivement arvicole et trouve sa nourriture dans nos plaines; il ne perche jamais. Cette différence radicale dans l'habitat et le. régime diététique, suffit pour établir entre le Riset et ses congénères une distinction tranchée. On ne

fi2 ORMTHOUMili: PASSlONNKLI.i:.

pourrait d'aillours confondre cette espèce à la vue qu'avec le (lolomhiii (|ui est «le la même taille et qui porte à peu près le même uniibrme; mais la comparaison du croupion chez les deux espèces ne laisse pas d'occasion à l'erreur. Cette partie du corps toujours'ceudree chez le Colombin est d'un blanc pur chez le Biset. Le Pigeon de roche d'ailleurs niche dans les rochers.

C'est à l'espèce du pigeon de roche (ju'appartiennent toutes ces républiques libres de pigeons qui peuplent les édifices publics des cités, arcs de triomphe, voûtes de ponts, tours de cathédrales, pigeons de Saint-Marc à Venise, du Pont-Neuf à Paris, etc. Les citoyens de ces républiques sont à coup sur, comme les ramiers des Tuileries, les plus heureux de leur race, cumulant tous les avantages de la liberté absolue, avec la sécurité que leur assure le partage du domicile de l'homme. C'est ])our cela que j'approuve fort la sagesse des bisets de colombiers , (pii se sont donnés à l'homme pour n'avoir plus qu'un maître et qu'un seul tribut à payer. Ainsi a fait le coq qui ne s'en est pas trouvé plus mal , à ce que j'imagine et si j'en juge d'après l'accroissenuMit de la taille chez les individus et le chilTre énorme des légions de l'espèce. Ainsi conseillerai-je toujours d'agir aux espèces innocentes trop faibles pour se défendre, et vouées par leur innocence mémo à l'universelle boucherie. Je sais encore .lujourd'hui en France quelques pauvres localités, falaises de l'Océan, roches de Thébaïdes intérieures où vivent à l'état libre, c'est-à-dire sous la menace perpétuelle de l'autour et du braconnier, les maigres et rares débris de la race du biset-type. Quand je vois les périls (jui planent sur la tète de ces derniers amants d'une liberté illusoire, et quand je compare leur sort à celui de leurs frères captifs , je n'ose plus m'attendrir sur l'infortune de ceux-ci ni réclamer pour eux la jouissance absolue de leurs droits naturels. Tristes droits naturels que ceux d'être traqués , forces , plumés vifs et croqués par tous les assassins •le la terre et du ciel. La liberté, hélas î n'est que le pain des forts.

C'est toujours une question histori(|ue, immense et non encore résolue, de savoir à hupielle «les deux races du faucon ou de

SÉDIPEDES. ^\■^

la colombe revient l'iDsigne honneur d'avoir donne le i)remier exemple de ralliement volontaire à l'homme. J'opine aujourd'hui plus que jamais pour la version qui attribue cette gloire à la race de l'oiseau de proie, ayant été depuis peu fortilié dans mon opinion par une table d'un savoir prodigieux qui m'a narré, dans ses moindres détails, l'histoire de la double conquête. 11 appert de ces contidences que non-seulement le faucon s'est rallié à l'homme avant le pigeon de roche, mais que c'est lui qui a donne cette espèce et les autres volailles à l'homme, un peu après que le chien lui eut donné le mouton, le bœuf et le cheval. Indépendamment du témoignage des tables, il y a sur cette question d'antériorité de ralliement, le témoignage de la raison humaine (|ui allirme que le pigeon yranivoïc n'a dû venir à son maître qu'après que celui-ci eut inventé la charrue et l'art de cultiver les (jniim.

Or l'humanité a vécu de la chasse qui est institution pivotale de Sauvagerie, avant de vivre de la moisson et du troupeau qui sont institutions de plein Patriarcat. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres tout entière nralïirmerait le contraire (|ue je ne tiendrais pas le moindre compte de son opinion.

Quant à l'époque de la conclusion du pacte d'amitié entre le biset et l'homme, il y a des dates authentiques. Ainsi l'Orient d'où nous vient toute lumière, constate en ses plus vieux bouquins, unanimes par hasard sur ce chef, l'existence du pigeon domestique, et je ne veux pas remonter plus haut que le déluge et le bonhomme Noë pour préciser le jour de la signature du contrat. Toutes les personnes versées dans la connaissance des Saintes Écritures savent, en effet, que l'illustre navigateur, fatigué de sa longue croisière sur la cime des monts arméniens et craignant pour ses passagers une disette de vivres, fit sortir de l'arche deux oiseaux , le corbeau et le biset, pour voir un peu ce qui se passait au dehors et le lui rapporter. Et il est dit dans le texte que le corbeau ne revient pas, tandis que le pigeon fidèle rentre dans l'arche, tenant dans son bec un rameau d'olivier, pour dire que le printemps s'avance et que le courroux de Jehova commence à se calmer. Je crois fermement que de ce

U ORMTIloLOCli; PASSIONNELLE.

monient-Ià, ralliancc fut entre le hiset et l'homnie, à preuve (|iic peu de temps après, riioiniiie saisit toutes les occasions de témoigner au biset la haute considération dont il l'honore, l'offrant en sacrifice à Dieu, comme la plus agréable de toutes les victim«s.... Un peu plus tard encore, les amoureux des rives de l'Euphrate ou d'ailleurs inventent la poste aux pigeons. Enfin après l'histoire sainte, un de nos plus vieux récits est l'épopée d'Homère. Or le pigeon domestique se trouve dans l'Odyssée aussi bien que dans la Bible, où le coq est encore complètement inconnu. Le coq paraît être contemporain.de Salomon. Mais je m'aperçois que ces détails inutiles empiètent sur l'histoire spéciale du biset, qui demande un volume, et il y a dix excellentes raisons pour que je n'entreprenne pas ce travail. La première, c'est qu'il a été fait, et beaucoup mieux que je ne saurais le faire, par deux savants de haut mérite, MM. Corbié et Boitard.

Je demande seulement la permission de dire le nom des principales espèces de pigeons de volière, pour faire remar(juer à travers les modifications du type-primitif, la persistance du ca-. ractère normal de l'ambiguïté qui est le titre hiérarchique du groupe des Colombiens.

Ces principales variétés dérivant du biset portent les noms qui suivent : Romain, batave, polonais, souabe, suisse, turc, patu, paon, culbuteur, plongeur, tourneur, frisé, capucin, carme, nounaiu, grosse-gorge, cravate, coquille, mondain, cavalier, messager, hirondelle, etc., etc. La parenté qui est entre les Coureurs et les Pigeons , parenté plus ou moins marquée dans toutes ces variétés, apparaît surtout dans les trois dites Paon, patue, à cravate. Le Pigeon à cravate a évidemment emprunté sa parure de col au tétras à fraise d'Amérique ; le Patu la fourrure dont ses tarses sont garnis, aux pieds fourrés du Lagopède. Le Pigeon-paon, ainsi nomme ])arce (|u'il fait la roue, n'est qu'un plagiaire du dinde et de l'oiseau de Junon. La chair rouge et substantielle de tous les j)igeons tient de celle du Lagopède.

.Te ne puis clore cet alinéa, sans protester de toute la puissance de mes convictions contre une des grandes iniquités poli-

SEDlPliUES. m

tiques et sociales de cette époque. Je veux parler de la position inacceptable faite aux pigeons fuyards de France par le code civil et de la persécution administrative qui s'acharne sur eux. Cette protestation s'adresse spécialement à messieurs les préfets, arbitres souverains du sort des pauvres volatiles.

Chose pénible à penser, plus triste encore à dire, le pigeon de colombier, le plus innocent peut-être de tous les voiliers de l'air, est le seul à qui la loi française ait songé à faire expier le crime de ses sympathies politiques. Parce que le droit de posséder un colombier était jadis privilège de noble, le peuple des campagnes, égaré par ses haines pour un passé odieux, a voulu à toute force voir dans l'habitant de la tour féodale un complice et un partisan du régime foudroyé dans la nuit du 4 août ; comme si l'infortuné biset avait jamais été libre d'émettre une opinion quelconque et de choisir entre ses bourreaux; et ils l'ont poursuivi à outrance, mettant sa tête à prix. Bien des institutions démolies par la tempête révolutionnaire de la tin du siècle dernier se sont relevées depuis ; bien des erreurs se sont amnistiées de part et d'autre; bien des rancunes d'ordre se sont calmées de noblesse à roture ; le colombier tout seul attend et ne voit pas venir le jour de la réparation. D'honorables magistrats, de savants jurisconsultes, des orateurs puissants se sont levés durant cet intervalle de soixante ans et plus pour prendre la défense de la perdrix, de la bécasse, du faisan, du chevreuil, pour essayer de soustraire à l'extermination imminente une foule de gibiers des bois et de la plaine, gibiers royaux ou non ; mais aucune voix éloquente n'a osé se faire entendre en faveur du pigeon, victime de l'ignorance administrative autant que des préjugés. Nos annales parlementaires conservent avec amour le souvenir de cette discussion mémorable de la loi du 3 mai , où l'on vit une majorité d'hommes graves , emportée par un louable excès de sollicitude à l'égard de la caille, retirer hardiment cet oiseau vagabond de la catégorie des oiseaux de passage pour le sauver des périls attachés à ce titre. Mais pourquoi , hélas ! pendant que nos législateurs étaient en si belle veine de sagesse, l'idée né leur est-elle pas venue de réviser la législation draco-

fiO . OUMTIIOLOGIE PASSIONNELLE.

niennc (jui pesé sur Je pigeon fuyard, sur le jjigeon fuyard qui orne plus fréquemment que la caille la table du pauvre monde et qui fournit à li culture de l'oignon et à celle du chanvre un auxiliaire si précieux. Funeste effet des pas-ions politiques et des r*éactions aveugles de l'esprit de parti. C'était le travailleur des champs, c'était la production du sol que les réformateurs de 1783 prétendaient protéger d'une façon toute spéciale, en vouant le biset à l'extermination et à la détention perpétuelle, et c'est précisément sur la tète de l'agriculteur et sur celle de ses fils qu'est retom1)é le sang de l'innocent.

Le colombier seigneurialversait à la consommation du peuple avant 1783 un tribut annuel de quatre millions de pigeonneaux dont la majeure partie servait à varier l'ordinaire du ménage des champs. Le ménage des champs a dû faire son deuil du pâté de pigeon et de la crapaudinc. Je ne sais plus à combien de milliers de tonnes s'élevait le jjroduit de la colombine; aujourd'hui ce produit est réduit à zéro et la culture maraîchère cherche en vain à le remplacer, et c'est ainsi que deux sources fécondes de prospérité agricole ont été taries pour la France. J'estime que le peuple français a sacrifié assez longtemps à des haines puériles pour écouter enfin la voix de la raison. Or voici ce que la raison lui souffle par ma bouche :

Les pigeons ne grattent pas la terre avec leurs ongles comme les poules ; ils ne la piochent pas avec leurs becs comme les corbeaux et les pies ; et les seuls grains qu'ils puissent ramasser sur le sol sont ceux qui sont tombés de l'épi ou de la silique par une cause indépendante de leur volonté ou ceux que la herse a oublié d'ensevelir et <pii ont mille chances pour une de ne pas germer.

Par conséquent les pigeons ne peuvent en aucun temps faire (le tort aux semailles. Par conséquent les arrêtés de préfecture qui condamnent les pigeons à rester prisonniers chez eux depuis le l^"" mars jus(iu'au 15 avril au printemps , et depuis le 1" octobre jusqu'au 15 novembre à l'automne, sont des arrêtés mal conçus qui doivent être rapportés ; attendu qu'il est de.notoriété publicpic que le jjjgeon de colombier qui a besoin d'être libre

SÉniPKDES. fi'

pour aimer, abandonne ses œufs et ses petits quand on le tient caplir.

La seule époque où les pigeons puissent occasionner quelques dégâts est celle qui avoisine la moisson, dans les pays surtout où l'on cultive l'escourgeon, les pois et la vesce. Qu'on ferme les colombiers pendant une quinzaine de jours au mois d'août : c'est tout ce qu'exige l'intérêt de la chose publique.

Que si le destin qui pousse on ne sait où les livres faisait tomber celui-ci entre les mains d'un administrateur éclairé et ami de son pays, qu'il médite ce passage et conforme ses actes aux principes y déduits, et il recueillera beaucoup de gloire et de bénédictions.

La chair des pigeonneaux vaut mieux en tout pays que sa réputation; elle est succulente, sapide, favorable à l'âge mur. L'Autour et le Faucon qui sont de fines bouches en font le plus grand cas. On sait d'ailleurs que le pigeon se plaît dans la société des petits pois après sa mort comme pendant sa vie, qu'il se prête à tous les caprices de l'imagination culinaire, qu'il fait bien en pâté, à la daube, à la crapaudine, qu'il est la providence des ménages modestes au printenq)s. Est-il donc besoin de plus de titres pour mériter la reconnaissance du peuple et les égards de l'administration !

On peut citer comme preuve de l'amour maternel qui anime • cette famille un fait fort remarquable en raison de sa rareté et que je n'ai encore retrouvé que chez les hirondelles. C'est que les pigeonneaux nourris par leurs parents sont plus gras qu'ils ne le seront à aucune autre époque de leur vie. Le fait est universel et notoire. Dans certaines contrées des États-Unis d'Amérique, Ohio, Kentucky, Tennessee, etc., les ménagères font provision de graisse de pigeonneaux sauvages qu'elles emploient en guise de saindoux et de beurre pour accommoder leurs ragoûts. Ces pigeonneaux se tuent par centaines de milles en quinze jours. La tuerie a lieu au mois de mai. Je renvoie de nouveau pour le? détails de ces boucheries atroces aux récits d'Audubon qui nous montre des fermiers accourant au NHting-Ploce de vingt lieues à la ronde, munis de leurs énormes charriots pour emporter le gros

des morts et suivis de leurs troupeaux de porcs pour faire ventre des isolés.

, Famille des Tourterelles.

La charmante et poétique famille des Tourterelles n'est représentée en France que par deux seules espèces , l'une sauvage, l'autre privée. Celle-ci a donne naissance à une variété.

Les Tourterelles sont comme les Pigeons, des oiseaux voyageurs munis de longues ailes. Leur arrivée dans nos forêts du Nord n'a guère lieu avant le premier mai ; elles repartent pour l'Afrique dès le milieu d'août; pas une n'hiverne en France. Les Tourterelles sont essentiellement sinon exclusivement granivores, et vivent dans nos champs. Les vesces, la navette, le colza, le chènevis, sont leurs nourritures favorites. Leurs mœurs familiales et conjugales sont les mêmes que celles des Ramiers. Elles nichent comme ceux-ci dans les bois , et ne déploient pas plus de science architecturale dans la construction de leur demeure. Seulement elles ont pris l'excellente habitude de la placer sur des buissons touffus à quelques pieds de terre , et non plus sur des arbres; ce qui garantit leur famille contre de nombreux sinistres. Elles ne font qu'une ponte par an. Les Tourterelles passent isolément et de jour, l'extrême vigueur de leurs ailes leur permettant de braver l'attaque de l'oiseau de proie. On ne les voit jamais réunies en grandes bandes dans l'intérieur des terres, mais seulement dans le voisinage des eûtes maritimes, au moment de l'arrivée ou du départ. J'ai remarqué autrefois en Afrique que ces oiseaux , si farouches et si difficiles à approcher dans nos plaines, déposaient soudainement leur défiance en posant le pied sur le sol algérien , où l'indigène d'alors leur permettait de circuler librement parmi ses tribus et ses villes, sans attenter jamais à leur liberté ni à leur existence. J'aigrand'peur que cet état de choses n'ait changé au détriment de l'innocente espèce , depuis que la civilisation et le fusil de chasse ont envahi le domaine des forbans.

Le vol des Tourterelles semble plus facile encore et plus rapide

SliDlPEDES. 69

que celui des Ramiers; la forme de leur corps est plus svelte et plus élégante, plus féminine, pour tout dire. Leur queue s'épanouit en gracieux éventail toutes les fois qu'elles se posent, soit sur un rameau, soit à terre. Leur gémissement, plus tendre que le roucoulement des Pigeons , ressemble bien plus aussi à une supplique d'amour. La Tourterelle est une suave créature dans toute l'acception du terme , et le nom de Tourtour que lui ont donné les Romains est une des plus heureuses et des plus expressives onomatopées de la langue zoologique.

Tourterelle. La Tourterelle des bois , notre unique espèce indigène, habite tous les pays de France où il y a un bosquet pour lui oiïrir un asile , et un ruisseau d'eau pure pour la désaltérer. Elle aime par-dessus tout les vallées ombreuses et fraîches, voisines des prairies et des champs cultivés. Elle est friande de toutes les graines oléagineuses, de celles de la navette d'été notamment; et l'abus de cette nourriture finit par lui donner vers le mois de septembre un excès d'embonpoint qui lui permet de rivaliser avec la caille pour la délicatesse de la chair. La jeune tourterelle prise au nid s'élève facilement en cage et se marie sans trop de répugnance avec la tourterelle à collier, voire avec les petites variétés de pigeon domestique. Cette union est même féconde ; seulement les métis qui en naissent sont stériles. Toutes les tourterelles nourries en.cage , et auxquelles on ne ménage pas assez le chènevis ou le colza , sont sujettes à périr d'indigestiou et d'obésité.

TouRTi-RELLE A COLLIER. Ccttc espècc , qui est pour le vulgaire le type de la famille, est originaire de la Syrie et de l'Egypte, d'où elle a été importée en Europe à une époque déjà assez ancienne pour qu'il soit difficile de la bien préciser. Elle est remarquable par sa charmante couleur isabelle ou café au lait et par un joli collier noir qui tranche délicatement sur le fond de son manteau. Je ne connais pas dans le monde une seconde créature aussi innocente de mœurs , aussi élégante de forme, aussi douce de regard, aussi caressante pour sa maîtresse que la tourterelle isabelle. Elle a pour pendant la gazelle

dans le règne mammifère. On entend souvent des gens froids , parfaitement insensibles aux harmonies de la nature . se plaindre de la monotonie des soupirs de la tourterelle , comme si c'était pour eux que la tourterelle soupirait, (le reproche de monotonie est souverainement absurde , attendu que c'est le propre des vrais amoureux de répéter toujours la même note, et le propre des vraies amoureuses d'adorer cette même note et d'en être enchantées. En harmonie , tous les séristères d'amour sont peuplés de tourterelles comme les Tuileries de ramiers: et il est lait à toutes ces espèces innocentes une destinée proportionnelle à leurs attractions.

En vertu du principe de zoologie passionnelle qui veut (]ue toute espèce susceptiljle d'être domestiquée débute par virer au blanc, couleur d'unitrisme, la tourterelle isalielle produit en cage une variété blanche. Ainsi la poule blanche et la colombe blanche sont les premières niodific;itions de leurs types primitifs.

La famille des Tourterelles qui ne fournit à la France qu'une espèce indigène est comme celle des pigeons, très-riche en variétés naturelles sur d'autres points du globe. On y trouve des tourterelles lilliputiennes à queue fourchue, d'auires à (jueue pointue, d'autres (pii ne quittent jamais la plaine. Il esl jjroliaiile (pie la plupart Uniront quelque jour par produire et s'acclimater parmi nous.

La coutume d'élever des tourterelles en cage n'est nulle part plus répandue (pie dans les pays d'Outre-Rhin. On a cru très- Joniztemps que cette passion du i)eup!e allemand j)Our ce touchant emblème de tendresse maternelle et de iidelité conjugale reposait sur l'accord des sympathies du cœur. Mais il a bien fallu depuis re\enir de ces illusions poétiques et restituer à la triste coutume son mobile mesquin. Ce mobile, c'est la croyance que les Tourterelles sont plus prédisposées que l'homme aux afléctions nerveuses et notamment au mal caduc, et que ce mal tombe sur elles, quand il entre dans un logis, au lieu de s'attaquer aux maîtres. C'est-à-dire que l'on ne se charge de l'entretien des malheureuses bêtes que pour s'en faire des bon-

SÉI)ll'El)t:S. 71

cliers contre la maladie et qu'on ne les chérit que tout juste assez pour les mettre soufl'rir à sa place. Combien d'autres espèces délicates et nerveuses, telles que le canari, le chardonneret, le bouvreuil , n'ont dû leur popularité qu'à des préjuges de mùme ordre ! Et ailleurs aussi que d'Abigaïls condamnées au supplice de la tourterelle par des mères sans pudeur !...

Exoliqucs.

J'ai dit que les Frugivores purs habitaient généralement en Asie, le grand Archipel oriental ; en Afri(iuc, la Nubie et l'Abyssiuie; en Amérique, les rives de l'Orenoque ou de l'Amazone. Les Frugivores asiatiques, compatriotes des oiseaux de paradas, appartiennent presque tous à la populeuse tribu des Colombiens. Beaucoup d'arbres et de fruits du pays des épiées ont leur Frugivore spécial , et il y a le colombien du poivre comme celui du giroflier.... Les Frugivores d'Afrique s'appellent Phytotimies, nom qui veut dire trancheurs de tiges ^ de la fâcheuse habitude (|u'ont ces oiseaux de faucher les moissons en vert, habitude (|iii leur met à dos tous les cultivateurs. Je sais trop peu de chose sur les mœurs de cette famille inconnue, pour hasarder une théorie relative aux caractères de parenté qui doivent exister entre ses divers membres et les Colombiens , mais on m'apprendrait demain (]ue le nid des Phytotomes est aussi mal bâti que celui des pigeons , que leur ponte est de deux œufs et que le mâle et la femelle se partagent les fonctions de la maternité , que la nouvelle ne me surprendrait aucunement. De même, je ne connais guère plus les mœurs du coq de roche des rives de l'Amazone, mais j'ai sufHsamment vu la bète et la façon dont elle se coilîé et dont elle porte la queue pour affirmer à mes ris(|ues et périls qu'elle est proche parente du; pigeon, parce qu'il y a de ces caractères de parenté physionomique ([ui ne doivent pas tromper.

C'est ainsi , par exemple, que si vous prenez un pigeon blanc patu de la plus belle espèce , et que vous le placiez en regard du Lagopède, vos yeux à une très-petite distance confondront les

deux moules , et que si vous remontez ensuite de cette comparaison des traits du visage à celle des mœurs des deux espèces, vous serez émerveillé de la similitude morale comme de l'autre. L'observation vous fera reconnaître , en effet, dans le Lagopède, le pljus pur et le plus herbivore de tous les pulvcrateurs , une espèce où le màlc dùus la saison d'amour roucoule et fait le Saint-Esprit comme un pigeon ramier.

Cependant le pigeon blanc patu est un produit de l'art, et sous prétexte que ce moule n'existe pas dans la nature , plusieurs pourraient être tentes de nirr la valeur du rapprochement; mais cette nénation n'accuserait de leur part qu'un esprit très-étroit et peu judicieux ; car ces moditications des types primitifs obtenues par la domestication sont les signes qui indiquent les vraies affinités génériques, à l'instar de la monstruosité. Ce qu'on nomme monstruosité dans la langue vulgaire veut dire en langage scientifique temps d'arrêt dans le développement ou fixité anormale attribuée par un accident quelconque à un caractère essentiellement transitoire. Quand l'homme s'empare de cette anomalie et la régularise , quand il l'incarne dans un type nouveau, l'anomalie change de nom et la monstruosité devient une variété. Ainsi la rose double, la pêche de Montreuil , le froment et le pigeon patu ont été des monstruosités avant de s'appeler des conquêtes précieuses de l'homme. J'ai déjà dit que ce privilège de créer des variétés était la part de puissance créatrice que Dieu avait dévolue à l'homme et que l'Art dont on parle tant et dont on sait si peu, était l'exercice même de cette puissance. Je reviens volontiers à cette intéressante question de l'Esthétique que je serais heureux de faire comprendre aux malheureux artistes qui ignorent la plupart du temps ce qu'ils sont , ce qu'ils font , ce qu'ils veulent , et que leur ignorance absolue du but et de la mission de l'art entraîne trop souvent dans une fâcheuse voie. L'Art est le domaine de la création humaine; les artistes sont les gens qui créent, sont les collaborateurs de Dieu. L'art ne consiste pas à imiter la nature, comme aucuns le supposent , mais à faire mieux qu'elle et à corriger ses épreuves. Sa mission est d'incarner l'idéal dont il

SÉniPKI>ES. "^

a prescience et de ftimuler la soif de la féliciU' et de la richesse universelle pour pousser les masses en avant. Pcut-tHre les destinées de l'art s'accompliraient-ellcs plus facilement, si elles étaient ainsi généralement comprises; peut-être verrait-on moins de grands artistes renier la cause du progrès pour se l'aire les plats courtisans de Mécène.

Maintenant, puisque la comparaison du pigeon blanc et du Lagopède a si bien réussi à vous indiquer d'oii le groupe des Colombiens venait, vous ne pouvez faire mieux que d'employer le même procédé pour savoir oii il va. Faites donc la contrepartie de l'expérience, cherchez dans la série des moules naturels des familles voisines celui qui ressemble le plus à la variété du pigeon domestique la plus éloignée du type primitif, par exemple au petit pigeon blanc à fraise rebilîee et à queue retroussée. Vous avez trouvé le Coq de roche de l'Amérique éciuatoriale. Alors concluez hardiment de ce cas de ressemblance fortuit et isolé des deux individus comparés, à la contiguïté certaine des deux familles dont ils l'ont partie.

Je ne suis pas sur que le Coq de roche soit aussi mauvais architecte que le pigeon de roche, ni qu'il ponde deux œufs, ni qu'il soit complètement frugivore comme notre biset domestique; mais je ne crois pas me hasarder beaucoup en aflirmant qu'il en doit être ainsi.... D'autant mieux que j'ai absolument besoin du Coq de roche pour graduer la transition de la Frugivorie à la Granivorie ; la tribu des Coqs de roche donnant la main à celle des Manakins qui confine à celle des Jaseurs de Bohème qui sont les cousins des Gros-becs et des Becs-croisés. J'entends à ce seul nom de Jaseur, prononcé en tel lieu, tout l'Institut frémir, alarmé de mon audace; car il avait plu jusqu'à ce jour à la science, on ne sait pas pourquoi, de coUoquer le Jaseur qui est une espèce innocente et gazouillante, vivant principalement de bourgeons et de semences , parmi les geais et les pies-grièches qui sont des espèces féroces , amies de la chair vive Or les savants qui n'ignorent pas que leurs classifications ofiicielles sont des châteaux de cartes, ont toujours peur qu'on ne souffle dessus.

7i t)KMTllUl.OCilE l'ASSlaN.NliLLE.

Il est il remarquer que la nature, dans son amour des nuances et des transitions insensibles, a refusé à toutes les espèces de la frugivorie la plupart des dons artistiques , le génie de la musique et celui de l'architecture entre autres. La nature, toutefois, a fait beaucoup pour elles, leur donnant le baiser en place de ces dons, et bien avisé serait celui qui soutiendrait qu'elles ont perdu au change. On sait que le cumul des deux dons du baiser et du chant, privilège (piasi-excluslf du genre homme, n'a été concédé dans le règne tout entier des oiseaux (ju'à deux ou trois espèces dites inséparables. Et encore ces espèces jasentelles plutôt qu'elles ne chantent dans la vraie acception du mot.

Un joli problème à résoudre est celui de savoir si le baiser est dans les dons du Coq de roche comme dans ceux du pigeon biset. Quel triomphe pour l'analogie passionnelle , s'il en était

amsi :

Page 1