‹ L'esprit des bs (volume 2)Chapitre 6 sur 19 · II · texte numérisé non relu

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barbare qu'on lui inilige, tant la preuve qu'on lui donne de la haute estime qu'on fait de son talent en lui brûlant les yeux a de consolation pour son orgueil d'artiste. Que je n'oublie pas de mentionner d'ailleurs cette circonstance intéressante que le Pinson .estde^sa nature sujetàs'(/"eî<{//r/'... comme tant d'autres artistes. Un malheur bien plus redouté du Pinson que la perte de la ^ue, ou plutôt le seul malheur qu'il redoute, est la perte de la voix. Aussi le rhume de cerveau le plus bénin l'inquiète-t-il beaucoup plus que l'ophthalmie la plus grave.

J'ai assiste quelquefois dans nos cités industrielles du Nord à ces combats de chant dont je parlais tout à l'heure. Aucun spectacle ne m'a plus vivement ému , aucun ne m'a donné autant à rétléchir sur l'incroyable puissance du levier de la dominante passionnelle. 11 m'a été impossible depuis lors d'entendre une ariette de Pinson sans éprouver immédiatement le besoin de m'attendrir sur le sort des martyrs de la gloire.

Le jour et le lieu du combat ont été fixés et annoncés par voie d'affiche. L'heure venue , on place les deux rivaux aveugles à six pas l'un de l'autre dans leur cage , et l'assemblée attend dans le plus profond silence le début des hostilités. Bien entendu que les signes d'approbation et d'iraprobation sont rigoureusement interdits dans ces représentations où il faut laisser croire aux acteurs qu'ils sont là tous deux seul à seul en face de la nature. .Un des deux champions ne tarde pas à entonner son champ de guerre qui est aussitôt repris par l'autre , et la réplique de suivre la riposte, seconde pour seconde. A partir de ce premier coup de gosier la lutte est engagée , et elle tiendra jusqu'à ce que l'un des deux athlètes soit à bout de poumons. Le prix est à celui qui a le dernier mot. Dois-je dire (jue trop souvent, hélas! ce prix si glorieux, objet de tant d'efforts, cause de tant de veilles, est dérobé au plus digne par l'astuce et la fraude, et que la tricherie, qui est essor fatal decabaliste en phase civilisée , déshonore la lice du chant , comme celles de la Course et de la Bourse , et que le Pinchonneux qui fait chanter ne se montre pas toujours plus délicat que le membre du Jockey-Club qui fait courir sur le choix des moyens de vaincre. Le procédé de gabegie le plus en

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vogue auprès des Pinchonneux félons est celui qui consiste à appendre secrètement une cage do Pinsonne dans le voisinage du Pinson ennemi quelques jours avant la bataille. Le chanteur , qui ne sait pas le besoin qu'il aurait de réserver ses moyens , et tout entier au désir do plaire à la nouvelle venue , s'égosille; l'amoureux tue en lui le soldat, et l'heure du combat le trouve complètement énervé. Alors tous ceux qui avaient spéculé sur son antique vaillance sont voles comme dans un bois. J'ai besoin de me voiler la face, quand je voi.s l'homme, mon semblai>le, exploiter la bonne foi d'un oiseau par d'aussi igaobles licelle.s et dans un pareil but.

Tout le monde connaît cette courte phrase musicale du Pinson composée d'uue sorte de prélude fugue suivi d'un trait iinal légèrement syncopé et que le patois lorrain traduit de cette façon: « Fi fi les laboureux , j'vivions ben sans eux. » Or, il v a de ces Pinsons aveugles qui la répètent huit cents fois d'une haleine! Mais un virtuose de cette force trouve facilement preneur à cent et cent vingt francs.

Il arrive quelquefois que le vaincu tombe de fatigue sur place et ne se relève plus; et quelquefois aussi que le vainqueur qui n'a distancé le vaincu que d'une note, s'affaisse sous son triomphe et périt sous l'effort comme le soldat de Marathon.

On a vu des Pinsons vainqueurs en cent batailles renoncer à l'art pour jamais.... d'autres plus sensibles encore, mourir de douleur et de honte, à la suite d'un premier échec.

Ainsi , l'infortuné Raoul , le chevaleresque amant de l'infortunée Valentine , vainqueur en cent batailles aussi et chargé de couronnes , ne put se faire à l'idée d'abandonner au nouveau favori Arnold le théâtre brillant de sa gloire , pour aller cueillir d'autres palmes sur une scène étrangère et sous un plus beau ciel.... et ses regrets furent plus forts que son àme et rompirent les liens qui la retenaient à son corps.

L'adage vulgaire a beau dire , l'oiseau qui prend ainsi son art au sérieux n'est pas un oiseau gai.

Mais je m'aperçois que je suis entré sans le vouloir au fond de

l'histoire passionnelle et analogique du Pinson, et que j'ai laissé courir ma jjlumc à l'intérêt palpitant du sujet. Alors achevons cette histoire , puisque nous l'avons commencée.

Le Pinson est un oiseau éminemment cauteleux qui ne saurait se passer de la société ni des applaudissements de l'homme, mais qui sait parfaitement que tout n'est pas profit dans ses relations. De là sa défiance légitime. Aucune femelle d'oiseaux ne fabrique un nid avec plus d'art que la Pinsonne, et surtout ne s'entend à le cacher comme elle.

Ce nid est un chef-d'œuvre d'élégance et de dextérité, et à l'examiner de tout près , on comprend que beaucoup de connaisseurs le regardent comme un travail plus achevé et plus merveilleux encore que celui du Chardonneret. Non pas que les deux objets d'art diflerent quant au fini et à la délicatesse de la main d'oeuvre , en ce qui concerne l'intérieur , uii les mêmes éléments précieux, la laine, le crin, la plume ont été façonnés en corbeilles d'amour avec la même supériorité de part et d'autre. La différence est toute dans le mode d'exécution du revêtement extérieur de l'édifice; et il est certain que la Pinsonne dépense en cette opération plus de talent que la Chardonnerette, étant poussée à mieux faire par son caractère soupçonneux. Celle-ci , en effet, qui ne lit rien dans sou cœur qui lui fasse douter de l'innocence d'autrui , et qui ne pourra jamais comprendre que l'homme lui veuille du mal , ne s'occupe que de la question d'art lorsqu'elle bâtit son nid. Partant elle ne songe guère à en dérober la vue aux regards du passant; mais attendez que la Pinsonne futée qui sait que penser de la malice et de la perfidie humaines , commette de ces imprudences. Il ne lui suffit pas à celle-là que sa progéniture adorée repose sur la couche la plus molle, dcins le berceau le plus splendide, sa tendresse maternelle a besoin de lui assurer la sécurité avant tout.

Dans ce but, l'ingénieuse femelle commence par choisir pour emplacement de sa bâtisse quelque enfourchure de maîtresse branche, sur un pommier moussu, un poirier ou un chêne. Elle en pose les assises dans la concavité du lieu-, et à mesure que la bâtisse s'élève , elle en couvre la muraille extérieure d'un

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placage de mousse jaunâtre ou de lichen argenté qu'elle détache du tronc même de l'arbre où elle a établi ses pénates. Elle pratique cette soudure de l'écorce du nid et de celle de la tige avec tant d'habileté et elle donne si bien aux deux surfaces par cet ajustement le cachet du même âge , qu'il est presque impossible de ne pas voir dans l'une la continuation de l'autre. On cite l'histoire d'une pinsonne condamnée par d'impérieuses circonstances à faire son nid sur un platane, et qui réussit à plaquer ce nid en mosaïque composée de fragments d'écorce de cet arbre, .l'ai su certainement dans ma vie plus de cent et deux cents nids de Pinsons que je n'ai jamais touchés de l'œil. J'en découvris un une fois, à l'aide d'une échelle, qu'on avait eu l'impudence de venir me bâtir sous le nez à nu et à plat sur une basse branche de pommier quasi-morte et archi-moussue , à six pieds de terre tout au plus et à six pas de ma fenêtre, et qui n'était protégé contre la curiosité du public que par un simple rideau de toile d'araignée ou de chenille. Personne cependant ne sut le nid que moi, vérité presque invraisemblable et à laquelle ne voudront jamais croire ceux qui savent combien le secret d'un nid est pénible à porter.

Au lieu de procéder ainsi , la chardonnerettc confiante attache négligemment son nid à l'extrémité des hautes tiges et laisse la laine déborder la mousse extérieure, comme pour mieux attirer les regards du passant. Yoyez maintenant comme cette différence caractérielle des deux espèces qui se révèle à l'analogiste dans une simple différence d'ornementation d'une façade, va ressortir plus manifestement encore de la comparaison des autres habitudes.

Le temps de l'incubation venu, le Chardonneret ose à peine s'éloigner de sa couveuse, va lui chercher à manger dans. le voisinage et choisit pour lui parler d'amour la cime même de l'arbre où son nid est perché. Le Pinson cauteleux se garde bien d'imiter ces exemples ; il a plusieurs tribunes et chacune d'elles est un poste d'observation distant de cinquante pas au moins de son mystérieux domicile. Ses roulades dépistent au lieu de renseieuer.

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Aussitôt que les jeunes Chardonnerets sont éclos, on voit le père et la mère s'empresser autour d'eux avec un grand tapage , heureux d'informer un chacun par leurs cris d'alléç;resse de la joie qui leur arrive. Survienne au milieu de cette folle ivresse le maraudeur en quête de larcin; qu'il cherche et il trouvera. On est plus réservé et plus discret dans l'autre espèce; on garde pour soi ses secrets de famille, et le père et la mère prennent de longs détours pour rentrer à leur nid qu'ils abordent en silence. Et à peine les petits sont-ils en âge de comprendre, qu'on leur apprend le sens de certains cris d'alarme qui doivent les prévenir de l'approche de l'ennemi , homme ou chouette, avec la manière de se conduire en pareille occurrence. Singulier apprentissage d'insouciance et de gaieté !

La saison des amours passée, le Chardonneret fidèle à ses antécédents donne en étourdi dans tous les pièges tendus à sa crédulité. Le vieux Pinson toujours en garde contre son premier mouvement , observe avant de répondre à la voix qui l'appelle, aperçoit la nappe insidieuse et s'esquive au plus vite, engageant vivement ceux de sa bande à faire comme lui. Mais s'il n'accepte pas toujours une invitation à déjeuner à l'automne, en revanche il ne refuse jamais un cartel au printemps. En cette occasion , sa prudence n'a plus voix au conseil ; il est à qui veut le prendre, puisqu'il n'est plus à lui.

Par la richesse de son titre caractériel et par son amour passionné de l'art , le Pinson est encore un des ennemis nés de l'oiseau de nuit, symbole de la superstition et de l'obscurantisme. C'est dire qu'il répond avec fureur à l'appeau de la touïte (chouette) et donne à la pipée. 11 est beau à voir en cette passe , l'œil en feu , la crête menaçante , sommant de sa voix terrible l'ennemi de se montrer et le traitant de lâche, d'assassin de ténèbres... Le Pinson adore aussi la vendange en sa qualité de musicien.

Le Pinson est un bel oiseau surtout dans son costume de noces, car bien qu'il ne mue qu'une fois l'an, vers la fin de septembre, le soleil et l'amour s'unissent pour transfigurer glorieusement son plumage au printemps, .\lors sa poitrine s'em-

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pourpre de la ron2;e couleur du vin; sa calotte bleu cendré prend une teinte plus sombre, son bec du jaune pâle transite a l'ardoise.

Le Pinson nourrit ses petits de papillons, de chenilles et dô menus scarabées. Les alliances qu'on a quelquefois essaye de lui faire contracter avec la Serine n'ont pas encore réussi, les parents ne pouvant s'entendre sur le genre de nourriture à don-, ner à la jeune famille. On a fait couver dts œufs de pinson à la Serine ; elle les a amenés à éclosion , mais les nouveaux-nés n'ont pu vivre, faute de nourriture animale.

Les Pinsons se réunissent en troupes assez nombreuses vers l'arrière-saison et se mettent habituellement en route pour les contrées méridionales à la suite des pluie.? de l'equinoxe ; mais leurs voyages ont plutôt l'air d'une partie de plaisir que d'une émigration véritable. Ils cheminent à petites journées, et stationnent fréquemment dans.les vignes , dans les vergers et dans les champs voisins de la demeure de l'homme. Rarement les voiton dépasser les frontières naturelles du Midi de la France. Les natifs de cette région y sont complètement sédentaires. On dit que les femelles des Pinsons passent avant les mâles , mais j'ai peur que cette opinion que je sais accréditée parmi les ornithologistes ne soit encore une erreur, provenant de ce qu'après la mue d'automne le costume des mâles difl'ère peu de celui des femelles.

A la pipée , quand nous étions petits , les anciens nous laissaient facilement les Pinsons pour notre part , et nous permettaient d'exercer sur ces maigres sujets nos jeunes talents culinaires. Ils tremblaient un peu plus de nous voir gâter les Rouges-gorges... Ce qui ne doit pas être une note très-favorable pour la chair des premiers.

Si l'on avait donné le Pinson à baptiser aux Peaux rouges des grands lacs , probablement qu'ils l'auraient appelé le Gosier courageux.

Le Pinson d'âudenne. Nom de famille absurde, surchargé d'un mensonge , car cet oiseau vient de la Scandinavie et non pas de la forêt d'.\rdenne et il n'a jamais niché en France où il

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n'est que de passage deux mois de l'an, de la Toussaint à Noël. 11 descend par grands vols dans nos provinces de l'Kst, pénètre jusqu'au cœur du Languedoc, y fait un séjour d'une quinzaine et puis tout à coup disparaît, sans qu'on sache bien par où il passe. On dit que dans leur pays ces oiseaux chantent des airs de bravoure magnifiques ; ceux que j'ai tenus en cage n'ont jamais justifié ce renom de talent que leurs compatriotes leur ont fait. On ajoute que leur nid bâti sur les sapins est comme celui des nôtres une merveille d'art et qu'ils aiment la semence de pin et les bourgeons des arbres comme leurs cousins de France. J'adhère facilement à cette opinion. On ne raconte rien par malheur des joutes de larynx de ces chanteurs du Nord , et ce doit être un oubli de l'histoire, attendu qu'il est impossible qu'il ne se passe pas dans le sein de cette famille au printemps quelque chose d'analogue à ce qui se voit chez nous dans celle des Pinsons.

Le Pinson du Nord qui arrive en ligne droite du pays des barbares dont il a conservé la touche dans sa mise et dans son langage, est plus facile à séduire que le nôtre, élevé en plein milieu de civilisation. On en prend des nuées aux filets , on en fait au fusil des abattis terribles. Leur chair finit par devenir mangeable, quand elle s'est corrigée par un mois de séjour en France, du principe d'amertume qu'elle tenait de la fréquentation de l'arbre vert.

Je connais peu d'oiseaux dont le plumage emploie autant de nuances et varie aussi fréquemment que celui du Pinson du Nord où le roux orangé, le noir luisant , le jaune d'or, le blanc pur s'amalgament et s'embrouillent dans un fâcheux désordre qui n'est pas un eflet de l'art. Poitrail roux , ventre blanc, calotte et manteau de velours noir, queue idem sillonnée dans son milieu de filets blancs et bordée d'une frange de môme nuance; le bec jaune l'hiver, bleu l'été avec la pointe noire dans l'une et l'autre saison. Au demeurant un moule d'assez riche prestance.

Le Pinson des nek.es. Nivcrolle, mieux nommé que le précédent; car il habite la région des neiges éternelles, en société du

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Chamois , de l'Accenteur et du Lagopède , et ses chansons d'amour sont les dernières qui troublent le silence des champs de la mort. Douce voi\ , humble costume , capuchon gris , le bec et les pieds noirs , le mauteau brun , la robe blanche , les pennes secondaires aussi et la queue, hormis les deux rectrices médianes qui sont noires. Le Pinson de neige réside pendant l'été aux dernières limites du règne végétal; il en descend l'hiver pour chercher sa vie dans les plaines. Sa demeure est en France aux cimes escarpées des monts de l'Isère et des llautes-Alpes, au voisinage de la Grande Chartreuse. Il se retrouve au nord des deux continents, en société du Lagopède et aux latitudes dont la température correspond à celle des régions élevées qu'il habite chez nous. Mon pauvre ami Bellot l'avait rencontré sur les bords de la mer de glace où il a trouvé la mort, et lui avait parlé. Le Niverolle se nourrit là du peu de semences et d'insectes à qui le froid permet de se développer en ces mornes solitudes, papillons, graines alpestres , amandes d'arbres verts. Il fait son nid dans les crevasses des rocs avec la mousse des arbres et la bourre laineuse dont la robe des chamois se dépouille au printemps.

Le Moineau franc. Pierrot, Pierrette. Moineau, du grec monos , moine , solitaire... probablement parce que cette espèce se plaît au sein des cités populeuses et recherche le bruit et la société. J'aimerais mieux l'ancien nom passereau, du mot latin passer, dérivé de l'infinitif pati qui veut dire subir, pour indiquer une nature passionnée, ardente, victime de son tempérament orageux.

J'envie sincèrement le talent des ornithologistes de renom qui réussissent à faire tenir en douze lignes, comme Temmynck, l'histoire du Moineau franc

Une histoire qui raconte les causes de lagrandeur et de la décadence de cent peuples, qui apporte des solutions inédites à la plupart des grands problèmes politiques et religieux qui ont agité le monde pendant cinquante siècles , qui soulève en passant plus de questions de climatologie, de météorologie, d'économie sociale

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et agricole, queleSirocco et leMistralne soulèvent de tourbillons de poussière parmi les craus et les steppes fumeuses de la Mauritanie et de la Provence altéi ées ! . . . Je me sers à dessein de cette comparaison ambitieuse etL^ ■i;èrement hyperbolique pour appeler l'atteVition du lecteur sur deux fléaux atmosphéricjues qui ne sont pas étrangers au sujet que je traite.

Douze lignes, c'est à peu près la place qu'il me faudraitàmoi, rien que pour écrire le sommaire des questions capitales qui se rattachent intimement à celle du Moineau franc!

Ne pouvant les aborder toutes, pour des raisons qu'il e?t inutile de déduire, je me bornerai à considérer l'histoire du Moineau franc dans ses rapports avec celle de la domination arabe et avec l'état actuel des malheureuses contrées d'Asie, d'Afrique, d'Europe sur lesquelles cette domination a pesé.

Je commence par relever l'oubli si impardonnable commis par tous les historiens modernes, dont pas un n'a jugé à propos de constater scientifiquement l'inlluence que la peur du Moineau franc exerça si longtemps sur les conseils des nations de l'ancien continent. Car cette peur fut universelle, et il n'est même pas bien sûr que les peuples les plus avancés de l'Europe en soient, à l'heure qu'il est , complètement guéris. Je lisais naguère encore dans un recueil de statistique fort peu édifiant : qu'on ne pouvait évaluer à moins de dix millions de francs ou de dix millions d'hectolitres , je ne sais plus lequel , la quantité de froment dont le Moineau faisait tort chaque année à la France. Or je ne mets pas en doute que cette assertion absurde n'ait trouvé de nombreux croyants. Vous avez beau dire au badaud que pour quelechilTre du dommage fût juste, il faudrait posséder d'abord un moyen sur de calculer le blé que peut manger un moineau dans un jour et ensuite défalquer du total acquis par cette voie la somme des millions d'hectolitres sauvés de la dent du ver blanc et des autres vermines par la garde du Moineau Iranc; le badaud plein de foi dans la statisliciue brute ne tient compte de vos~ raisonnements. Rappelons encore que les Economistes, une secte d'origine anglaise, supplièrent un jour le gouvernement de leur pays de mettre à prix la tète du Moineau franc dans l'intérêt do

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l'agriculture, et que le gouvernement eut la faiblesse d'accéder à cette proposition dont il ne tarda pas à reconnaître la sottise. Je ne désire voir mettre à prix la tète de personne, mais je ne puis m'empêcher de dire que je connais une secte dont les principes ont été p4us funestes au travailleur agricole que tous les moineaux francs du monde et dont il eût été beaucoup plus urgent et plus sage de débarrasser le pays.

L'histoiï-e ancienne, c'est justice à lui rendre, comprit mieux la haute portée de la question que la moderne. Diodore de Sicile affirme positivement que le Moineau franc a chassé le Mède de sa patrie.

Mais de toutes les races dont la peur du Moineau a bouleversé la cervelle, aucune n'a apporté dans la persécution qu'elle a fait subir à l'espèce plus d'acharnement , de fanatisme et de ténacité que celle des enfants d'Ismaël.

Elle a déclaré la guerre au Moineau franc, guerre sainte ! Elle a fait de la question une question d'être ou de n'être pas.

La haine qu'elle portait au Moineau s'est étendue à l'arbre qui lui servait de domicile, et elle a voué la forêt et la verdure à la destruction. « Si l'arbre avait pu se plaindre, il aurait dit à l'assassin brutal : pourquoi t'en prendre à moi du mal dont je ne suis pas l'auteur? » Mais l'arbre ne parle pas et il a laissé faire.

Jetez les yeux sur cette nappe immense de contrées comprises dans la plus riche des zones de l'ancien continent, depuis les rives de l'Indus jusqu'à celles duTage et delà Durance, en passant par la Perse, la Mésopotamie, l'Arabie, la Syrie, l'Egypte, les États barbaresques; partout le même spectacle attristera vos regards : la plaine aride et nue remplaçant les Edens et les jardins des Hespérides, partout la lèpre du désert dévorant l'oasis sur les pas de l'Arabe. Le Dieu de Mahomet a dit à ses tidèles de ne pas laisser au Moineau une br;inche où reposer sa tête, et les fidèles exécutent à la lettre les ordres de leur Dieu , à l'instar des Huns d'Attila qui se croient aussi commissionnés d'en haut pour punir les crimes de la terre et qui ne veulent pas que l'herbe repousse là où leurs chevaux ont passé.

La tradition orientale avait placé le Paradis terrestre au lieu

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OÙ jaillissaient les sources des Quatre Fleuves, en un coin fortuné quelconque de la Mésopotamie ; l'Arabe a mis un jour le pied sur ce sol plantureux et soudain les fleuves ont tari , les sables vitrifiés qui brûlent le regard ont enseveli sous leurs flots la prairie Verdoyante et ses tapis de fleurs; le souille empesté du Khamsin a remplacé dans l'air les brises parfumées des orangers médiques et des lilasde Perse; et ces vallées si belles au sortir des mains de Dieu, si belles et si amies de l'homme qu'elles lui furent assignées pour son premier séjour , ces délices de la terre sont devenues les champs de l'abomination de la désolation , les arènes du brigandage, les officines des exterminateurs, les foyers d'infection permanente et universelle du globe.

Amsi en est-il advenu de toutes les terres promises de la légende antique , du Chanaan , de la Babylonie, de la Syrie, de l'Arabie Heureuse ; ainsi de l'Egypte des Pharaons et des Ptolémées , de la Numidie et de la Mauritanie de Salluste , où la tradition de l'Occident avait logé aussi un autre Paradis, certain jardin des Hespérides où croissaient des pommes d'or (oranges de Blida) gardées par des dragons aux langues flamboyantes. L'Arabe qui a peur du Moineau, l'Arabe au mauvais œil, est venu là, porté par la conquête, et le Sirocco , le Simoun , la peste et la misère y ont fait élection de domicile avec lui. Il a jeté le sort aux forêts et aux sources, et le désert s'est fait aux lieux où florirent jadis trois cents métropoles populeuses ; et les greniers du monde romain n'ont pu bientôt suffire à nourrir chétivement les quelques tribus de bandits nomades demeurés les seuls maîtres d'un sol déshonoré.

La preuve que c'est bien la peur du Moineau franc , cette peur et rien de plus qui a converti en déserts les plus riches contrées de l'ancien monde, des rives de l'Indusaux colonnes d'Hercule, la preuve que le ravage a bien été conduit par les mains de l'Arabe, c'est que les deux seuls pays d'Europe où ce peuple ait mis le pied ont subi la même métamorphose que l'Algérie, l'Egypte et la Mésopotamie. Je parle de l'Espagne et de la France des Maures.

Lisez dans les auteurs anciens et même dans Fénélon les mer-

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veilles de la fertilité de la Bétique et les récits authentiques du bonheur paradisia(iuc dont jouissaient au temps jadis les populations innombrables de la péninsule ibérique , le plus riche de tous les pays d'Europe en forêts et en fleuves. Puis comparez cette Espa{i;ne d'autrefois, si humide et si verdoyante, terre de lait et de miel , avec l'Espagne de nos jours , si pauvre , si nue , si dépeuplée, si aride, brûlante l'été, glacée l'hiver; et demandez à votre raison la cause d'aussi fâcheux changements. Votre raison , si elle ose remonter aux vraies sources , ne vous répondra qu'un seul mot, un seul nom qui dit tout, l'Arabe... l'Arabe et sa peur du Moineau. Attendu que cette peur est une épidémie contagieuse, et que de l'esprit du musulman vainqueur elle a passé dans celui du chrétien vaincu , qui alors n'a plus eu de cesse qu'il n'eût rasé à blanc les monts dont l'épaisse chevelure protégeait les vallées contre les assauts redoublés des vents du Midi et du Nord et y entretenait une perpétuelle fraîcheur. La Sierra une fois achauvie , et le tabac à fumer et l'Amérique aidant , la ressemblance des vallées de la Bétique à celles de la Médie et de 1 Arabie Heureuse n'a pas tardé à s'opérer. Le Sirocco et la Bise se sont partagé fraternellement le règne de l'atmosphère et s'y sont entendus pour faire se succéder aussi régulièrement que possible les deux extrêmes de chaud et de froid ; et de si boa accord ont agi tous ces éléments de ruine , que l'infortunée péninsule en est devenue ce qu'elle est , c'est-à-dire la contrée la plus inhospitalière et la plus déchue de sa splendeur native , inhabitable faute d'eau et de moyens d'y faire la cuisine. Les voyageurs assurent qu'aux royaumes de Murcie , de Malaga , d'Alicante , qui passaient autrefois pour la fleur des jardins de la riche Bétique , les jardiniers d'aujourd'hui attendent quelquefois cinq ans qu'il leur tombe du ciel une goutte d'eau pour faire lever leurs choux. II n'y a pas jusqu'à l'Amérique espagnole elle-même , vierge du Moineau franc , où l'aridité et le désert n'aient vaincu par la main des vainqueurs. Et je ne vois pas de terme à l'envahissement indéfini de cette misère et de cette sécheresse, puisque l'exécration du Moineau franc qui les a engendrées n'a fait que croître dans le cœur du peuple espa-

gnol, au fur et à mesure de la dégradation du sol de sa patrie. On dit qu'au temps du bannissement des Maures, qui suivit de très-près la prise de Grenade, un des derniers bannis, avant de mettre le pied sur le pont du navire qui fallait transporter aux places marocaines , prit un Moineau franc dans sa main et le lança contre l'Espagne, le chargeant du soin de sa vengeance. La vengeance s'est accomplie, hélas! La pauvre Espagne se meurt d'un préjugé arabe , en chantant dans son agonie ses triomphes sur le Maure !

L'Arabe arrêté raide dans son vol vers le Nord par la hache de Charles-Martel , et forcé de rétrograder vers le Midi , eut à peine le temps de fonder quelques établissements éphémères aux bords de la Garonne , du Rhùne , de la Durance, etc. Mais si courte cependant qu'ait été sa domination sur ces rives fertiles, elle a sulli pour inculquer le préjugé mortel au crédule indigène de ces contrées naïves. Et la guerre aux forêts et aux sources y est née comme en Espagne de la peur du Moineau franc, et l'ulcère malin de la craus et de la garrigue y a petit à petit dévoré la prairie , et les cimes des monts frontières , démantelées de leurs fortilications naturelles , ont livré la vallée aux outrages du mistral. Je n'achève pas la description de ces scènes monotones , le gibier disparu , la vigne déshonorée , la culture de l'olivier et de l'oranger réduite à des proportions ridicules, et les anciens Paradis de la Gaule, l'Occitanie et la Province romaine transformés en pays sauvages comme l'heureuse Bétique et les rives embaumées du Tage. J'ai besoin d'éloigner de mes yeux ce tableau ailligeant sur lequel j'ai déjà précédemment versé tant de regrets et de larmes.

Ainsi la grandeur du désert raconte celle de la question du Moineau franc , et aussi le souffle brûlant du simoun , et l'haleine glacée du mistral , et peut-être même la lune rousse , lléau d'origine moderne , et les intempéries outrées... Ainsi la peur du Moineau franc est caractéristique de phase patriarcale et vice de sang chez la race arabe , race vouée de toute éternité à la routine, à la fainéantise, au brigandage , à la polygamie ! Que vous semble , en présence de ces considérations si larges

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et si neuves , des prétentions de ces savants d'académies uivcses qui vous donnent eiïronténicnt pour de vraies histoires du Califat, de la France, de i'Espai',ne, ou encore pour de vrais traités de climatologie ou d'économie agricole , de gros livres où il n'est pas dit un mot du Moineau franc! Il est juste de convenir pourtant que la haine de l'Arahe pour le Moineau franc n'est pas tout à fait sans motifs. Seulement ces motifs accusent plus la paresse de l'homme que la voracité de l'oiseau.

Je n'apprends rien de nouveau à personne en rappelant que les Arabes , comme tous les patriarcaux , vivent sous un régime de communauté où la terre n'a point de maître. Là, chaque membre de la tribu reçoit chaque année de la régence communale le droit d'ensemencer une certaine quantité de terrain dont l'étendue est proportionnelle aux besoins de sa famille. Or, l'Arabe, qui considère le travail comme un acte déshonorant et qui aime mieux se laisser mourir de faim que se déshonorer , se borne naturellement à cultiver le moins qu'il peut ; et il résulte de sa paresse que tous les Moineaux du canton , étant forcés de s'abattre sur les minces parcelles cultivées au temps de la moisson , y causent un dommage notable. Le remède à appliquer à ce mal est fort simple. Il consiste à décupler l'étendue des terrains cultivés , et non à raser les forêts. Par le moyen du produit décuple, en eflét, le dommage est réduit des neuf dixièmes et devient insensible; ou plutôt la part de grain que le Moineau dérobe peut être considérée comme celle qui lui revient de droit dans la récolte, à titre de conservateur et de gardien d'icelle.

Du reste, si l'Histoire et la Science ont manqué au Moineau franc dans les âges modernes et se sont manquées à elles-mêmes, la Poésie, la Science et la Littérature antiques l'ont noblement relevé de ce dédain injuste. Le Moineau de Lesbie est l'honneur éternel de la littérature du grand siècle de Rome; la Déesse des amours attelle des moineaux à son char; la Mythologie et l'Écriture Sainte requièrent en une foule d'occasions -le témoignage de l'espèce.

Pline démontre fort bien d'abord et par de? calculs très-

iU ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

savants que Vénus a bien fait de prendre pour attelage un couple de moineaux francs. Seulement le grand naturaliste montre un peu d'ignorance en affirmant que, dans cette espèce, le mâle succombe habituellement avant la lin de l'année qui l'a vu naître , épiiisé par les voluptés et les douleurs rhumatismales goutteuses. Je soupçonne également Scaliger et Aldrovande d'avoir exagéré ses prouesses amoureuses. Le moineau vit quatre ans et plus en liberté, et j'en ai connu personnellement un qui vécut sept ans, moitié libre, moitié captif; ce qui prouve que cette question de longévité est encore à revoir. Disons d'ailleurs qu'un moineau qui ne vivrait que quatre ans, aurait pendant ce temps élevé dix à douze familles et que l'on a toujours suffisamment vécu lorsqu'on arrive au bout d'une carrière aussi honorablement remplie. Considérons, en outre , que le Moineau franc vit plus vite que la plupart des autres oiseaux , absorbant dans un temps égal une quantité d'oxygène bien plus considérable. Or l'absorption de l'oxygène est à proprement parler l'acte qui constitue la vie, puisque c'est l'acte qui donne au sang sa chaleur et aux artères leur jeu qui mesure le temps.

Les anciens supposaient que l'Épervier avait découvert l'intensité de la chaleur interne du Moineau franc et que cet oiseau de proie avait l'habitude de prendre tous les soirs un Moineau franc l'hiver et de le tenir toute la nuit contre sa poitrine en guise de chaufferette, le laissant échapper au matin sans lui faire aucun mal. Les oiseaux de proie de nos jours paraissent moins versés dans la thermométrie.

Si le Moineau franc a les passions très-vives , ce que je ne conteste pas, du moins est-il juste de reconnaître que jamais l'ardeur de ses sens ne l'entraîne à enfreindre ses devoirs conjugaux. Il meurt où il s'attache , triple mérite à lui. La belle gloire aux cœurs froids de demeurer fidèles!

Les livres saints , ai-jc dit , rendent justice au moineau. Le Psalmiste chante sa piété et celle de l'hirondelle qui choisit comme lui pour élever ses petits la maison du Seigneur. LeZmtique veut que le lépreux guéri oflVe à Dieu une paire de Moineaux francs, en témoignage de purification et de retour à la

SÉDlPÉbES. U'J

santé. Le luthérien Holem établit entre la dévotion de cet oiseau et celle d'un certain cvèquc catholique un rapprochement qui n'est pas favorable au prélat, « car le moineau, dit l'hérétique, se réveille avant l'aurore pour chanter les louanges du Trèslïaut, tandis que vous, monseigneur, il faut vous arracher de force au sommeil pour vous faire dire votre messe et bien longtemps après que le soleil est levé. »

Hérodote, le père de l'histoire profane, fait jouir le Moineau franc de l'amitié des dieux, comme David et Moïse. Il raconte qu'un industriel qui faisait le commerce des oiseaux, était occupé un jour à dénicher les Moineaux francs d'un temple de Lydie, lorsque soudain une voix menaçante sortit du fond du sanctuaire et causa un tel cfl'roi au ra\isscur qu'il descendit de son échelle la tête la première et se lit beaucoup de mal. Pline , qui croit comme moi que le Moineau franc est l'ami de l'homme, cite à l'appui de notre opinion le fait de ce pierrot qui, poursuivi par unémérillon, s'insinua vivement dans le paletot de Xénocrate. Nous avons pour nous encore le fameux jugement de l'Aréopage dont je n'abuserai pas. Mais de tous les écrivains de l'antiquité , Plutarque est celui (|ui a le mieux compris le caractère et la portée d'esprit du Moineau franc. L'illustre auteur de la vie des hommes célèbres avoue avec candeur dans la vie de Sylla que ce fut un moineau qui prédit le premier la venue de la guerre civile qui devait inonder Rome de sang. Un jour que les Pères Conscrits délibéraient sur un sujet très-grave dans la chapelle de Bellone, un pierrot s'offrit tout à coup aux regards de l'assemblée, tenant en son bec une cigale , — une cigale dont il ht deux parts, l'une qu'il donna aux Pères Conscrits, l'autre qu'il emporta dans les champs. Ce qui annonçait clairement (c'est l'histoire qui parle) qu'il y aurait prochainement bataille entre les cigales (propriétaires fonciers) et les moineaux francs (citadins)... Or l'événement ne tarda pas à justiher la parabole anatomique du prophète.

Ainsi dès le tenips le plus brillant de la république romaine et bien avant Plutarque, le Moineau franc symbolisait l'habitant des cités.

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