I.ii UlLMTHOLOGlfc: PASSIONNELLE
des insectes. Ce régime est surtout de rigueur dans les huit premiers jours qui suivent la naissance, et parait indispensable pour l'aciliter l'éruption des plumes. Ces insectes sont généralement des papillons, des chenilles, de petits scarabées. Cependant le Moineau franc ne craint pas de s'attaquer au hanneton, et il en immole de vastes hécatombes. C'est i)ourquoi j'ai eu raison de dire que l'espèce servait dix fois plus l'agriculture par la grande destruction qu'elle fait des ennemis des arbres et des moissons, qu'elle ne lui nuisait par sa passion pour l'orge et le ble tendre. Et attendu que cette passion n'a pour se satisfaire qu'une douzaine de jours par année , les calomniateurs qui ont écrit que le Moineau franc mangeait deux boisseaux de blé pendant ces douze jours, sans compter ce qu'il en gaspillait, ont dit une sottise grosse comme eux.
Les Moineaux francs sont richement titrés en familisme, et il n'est pas une àme sensible qui n'ait été émue au doux spectacle des soins alfectueux, de la |)rotection et des caresses dont le père et la mère entourent leurs petits longtemps encore après qu'ils sont sortis du nid. La passion des enfants est si universelle et si développée dans l'espèce, que des millions de jeunes en sont annuellement victimes. Mettez à la portée d'un Moineau de deux mois un Moineau de quinze jours enfermé sous une mue et faites (|ue le captif réclame le secours de l'assistance publique, le libre n'hésitera jamais à pénétrer dans l'enceinte perlide pour apporter la becquée à l'autre et faire de la charité maternelle un apprentissage qui lui coûtera la vie; car le Moineau de grain jeune âge est tout à fait mangeable, et sa capture paie l'oiseleur de ses frais. Ici comme chez le Pinson, il a fallu attaquer la dominante passionnelle de l'espèce pour triompher de sa detiance naturelle.
Ainsi donc, et à bien prendre, il n'y aurait à articuler contre le Moineau franc qu'un seul ii;rief sérieux, celui qui est relatif à ses opinions sur le droit de propriété, et à ses démêlés fréquents avec les hirondelles. Et encore a-t-il à faire valoir de nombreuses circonstances atténuantes à l'encontre de ces deux accusations. Il dit, quant à la seconde, (pie les méchants procédés
SEDU'liDIiS. \'à'ô
dont il use envers l'Hirondelle de fenêtre ne sont (juc les représailles légitimes des extorsions, des expropriations et des avanies de tout genre que lui fait subir journellement le Martinet, la grande Hirondelle des tours, sa hète noire, qui ne se gêne pas non plus pour expulser le Moineau franc de son domicile et pour lui voler ses matelas en gros et en détail. Quant à la première, il excipe de la contagion de l'exemple des mœurs civilisées qu'il a constamment sous les yeux et qui lui représentent sans variante aucune l'inlortune travailleur exploité, rançonné , exproprié par la paresse et le parasitisme. Ce qui m'étonne , moi , en eflet , ce n'est pas que le Moineau franc des grandes capitales ait emprunté quelques vices à l'homme , c'est que son cœur soit demeuré aussi pur et sa fidélité à ses serments aussi inébranlable au sein de ces bourbiers immondes où se développent avec tant d'énergie tous les genres de putréfaction jnorale, la soif du gain, le mépris des sentiments tendres, l'inlidélité amoureuse, l'apostasie et la vénalité..
A ceux de mes lecteurs qui seraient tentés de se plaindre de la longueur exagérée de cette notice, je réponds (|ue l'écrivain consciencieux n'est pas maître de son sujet, et que j'avais besoin d'acquitter une dette de reconnaissance contractée il y a bien des années envers le Moineau franc... le pauvre Moineau franc, ce soufl're-dou leur-né de l'inexpérience enfantine, qui fut avec le lapin blanc mon unique reconfort, mes uniques amours au collège , au temps non regretté où le pion ennemi m'enseii-nait avec tant de succès à maudire le travail, la grammaire et' l'autorité.
Le Friqlet. Paisse, Minchot, Cendrille, Moineau des champs, (ya'on aurait dû appeler Moineau de puits , parce qu'il aime à nicher dans la sombre profondeur de ces édifices. Un peu plus i'oux et un peu plus petit que l'autre, sans tache noire sur la gorge. Son nom de Paisse lui vient dû passer ; celui de Friquet de l'habitude qu'il a de frétiller sans cesse. 11 aime mieux les champs que les villes, les trous d'arbres que les trous de murs. C'est l'ennemi le plus terrible de la cigale qu'il atteint dans les
airs à de grandes hauteurs. Il ne diflère pas plus du Moineau franc par les mœurs que par le costume, et ne vaut pas une histoire à part. En l'empêchant beaucoup de dormir et en lui répétant tous les soirs deux ou trois monosyllabes, on le force à les retenir , mais il a la mémoire courte et manque fréquemment de parole.
Les Moineaux qu'on appelle Cisalpins et Espagnols, ne sont pas des espèces distinctes , mais de simples variétés du Moineau franc dont le soleil du Midi a culotté le teint.
La Soulcie. Moineau de bois. Cette espèce, assez rare et assez insignifiante, est un peu plus grande que le Moineau domestique; elle habite exclusivement les forêts où elle niche comme les Mésanges dans les trous des vieux arbres. La Soulcie vit parfaitement et se marie môme en captivité. Ses allures, ses façons d'agir en cage semblent calquées sur celles du Moineau franc. Le mâle monte la garde tout le jour sur le goulot du pot de moineau cloué à la muraille qu'on lui a assigné pour domicile et où sa femelle couve. Il force tous les autres oiseaux de la volière à se tenir à distance respectueuse de ses foyers, et fond avec impétuosité sur quiconque viole sa consigne. Les blessures qu'il fait sont terribles. J'ai vu de pauvres Chardonnerets et de pauvres pinsons se retirer piteusement de ces batailles, éclopés pour le reste de leurs jours. Comme la Soulcie ne chante pas et peut se manger à la rigueur, il y a mieux à faire avec elle que de la conserver. Sa robe est parfaitement semblable à celle du Proyer ou de l'Alouette, si ce n'est qu'on y remarque à la partie supérieure de la poitrine un bel écusson de couleur jaune, en signe de la tendresse que l'espèce porte à ses petits. La Soulcie est sédentaire dans tous les pays chauds de l'Europe, et voyageuse ailleurs. Je n'en ai pris que deux ou trois en ma vie à la pipée ou à la tendue, en huit ans de pratique féroce de cette attravante industrie.
SÉDIPÉI'ES. \51
Groupe des Bruanls. Neuf espèces.
Le groupe des Bruants se distingue de celui des Fringillcs et de celui des Alouettes qui l'enceignent par des caractères séparatifs faciles à déterminer. Les Bruants nichent à terre, portent le pouce très-long et sont excellents à la broche pour se distinguer des Fringillcs. Ils chantent mal et perchent beaucoup pour se distinguer des Alouettes. Leur palais est en outre orné d'une protulierance osseuse sut genen's , qui leur sert de signe de reconnaissance certaine parmi toutes les espèces. Le nom de Bruant, qu'on leur a donné, ne vaut guère mieux que celui de Fringillcs ou d'Alouettes. S'il est pris du bruit de leur vol, il ne trace pas une ligne de démarcation sensible entre ce groupe et le précédent dont la plupart des espèces , le Friquet notamment , ont le départ bruyant et émotionnant de la Perdrix, du Faisan et de la Bécasse. Les savants ont métamorphosé ce méchant nom français en une dénomination latine tirée du grec, Emberyza qui veut dire je ne sais plus quoi. Le bec des Bruant?, fort et conique comme celui des moineaux, s'en distingue complètement par la disposition des mandibule^ qui laissent entre elles une sorte d'hiatus à leur base et dont la supérieure est moins large que l'inféiieure. La queue est fourchue comme dans tous les autres groupes de l'ordre.
Le groupe des Bruants de France comprend neuf espèces dont une, l'Ortolan, est célèbre dans les fastes de la gastrosophie.
Les Bruants nourrissent exclusivement leurs petits avec des insectes. Leurs nids sont bâtis avcQ assez d'art de fenasse légère et de crin, et sont parfaitement cachés. Le Proyer et l'Ortolan sont un peu de passage; les autres sont sédentaires; l'illustration de la famille est toute dans la délicatesse de quelques-uns de ses membres qui aiment mieux lutter à qui mangera le plus qu'à qui chantera le mieux. Les Bruants ne sont ni aussi querelleurs et méfiants que les Fringillcs, ni aussi faciles et confiants que les Alouettes.
Le Bruant dk haie. La VerditTC. Le plus connu et le plus commun de tous les Bruants, ('/est l'oiseau à tùte jaune que l'on désigne dans une foule de pays sous le nom de Yerdier et de Verdière. J'ignore pourquoi on ne l'a pas appelé Tète jaune ou Bruant^doré, plutôt que Verdière et Bruant de haie qui ne lui conviennent guère. Le Bruant de haies niche dans les ados des fossés , dans les berges herbeuses de la Seine , sous les buissons (les bfîis aux environs des plaines , (luelqucfois au milieu des jeunes touiïos de charniille et de hêtre dans les forêts. La paillasse de son nid est faite d'herbes sèches et le matelas de crin. Les œufs sont marbrés de veines rougeàtres comme une carte géographique. Le mâle partage les travaux de l'incubation avec la famille. Le chant de cet oiseau est des plus monotones : Sol , sol , mi... sol, sol, mi... ut... Le Bruant de haie donne à la pipée, et sa chair est mangeable. J'ai même idée que les efforts que l'on tenterait pour en faire un rôti de luxe seraient couronnés de succès, car il aime avec passion la graine de millet et supporte la captivité avec résignation. Sédentaire dans tous les pays de France, il pénètre l'hiver jusque dans les cours des fermes et dans les rues des cités.
Le Bri'ant-zizi. Bruant de haie comme le précédent, dont il ne diiïère que par la couleur de la tète et de la nuque où dominent le brun et le noir. La gorge et la partie supérieure du cou sont teintes de la même nuance; le poitrail. est décoré d'une plaque d'un beau jaune; manteau roux marron; abdomen jaune paie; pieds roses. Le vulgaire prend communément tous les individus de cette espèce pour les fcniplles du Bruant doréi Histoire siins intérêt.
Bruant fou. Bruant de pré. Ortolan de Lorraine. Ainsi nommé parce qu'il se jette comme un écervelé dans toutes les embûches qu'on lui dresse. L'espèce est rare en France, et sa classification a donné lieu à de graves discussions entre les ornithologistes sérieux. Manteau roux zébré de noir; dessus de la tête, cou et poitrine cendre bleuAtre; l'abdomen , le croupion ,
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les lianes blanchâtres. Le Bruant fou habite les régions froides des montagnes d'où il descend en hiver dans les plaines. Mêmes mœurs, même nourriture, même nidification que les précédentes espèces.
Gavoié et Mitilène. Deux espèces de Bruants originaires des montagnes du Danphiné et de la Provence, dont BulTon a parlé pour ne pas en dire grand' chose, et dont il n'y avait en réalité que très-peu de choses à dire, si ce n'est que leur chair dépasse en qualité celle de la plupart des Gros-becs mentionnés en deçà. L'histoire de cliaciue membre de ce groupe est renfermée dans celle de son pivot. Ce pivot est l'Ortolan, devant le nom duquel tous les hommes de goût doivent incliner la tète, en signe de respect, à l'instar de ce colonel d'une légion étrangère qui Ht porter les armes à sa troupe en passant devant le Clos-Vougeot.
L'Ortolan. Du latin hortulanus, habitant des jardins. Dénomination vicieuse, puisque l'oiseau se plaît surtout dans les plaines siliceuses, voisines des vignobles, et ne niche jamais que dans les blés ou dans les vignes. Le nom de Vigneiroun qu'on donne à l'Ortolan dans certaines parties du Languedoc eût été préférable.
L'Ortolan se rapproche beaucoup du Bruant-Zizi pour la couleur et la taille. Sa marque la plus distinctive est dans les deux pennes extérieures de sa queue qui sont blanches, tandis que les autres sont noires; la poitrine, le ventre, l'abdomen sont lavés d'une teinte rouge jaunâtre difficile à définir; les yeux sont cerclés d'une zone jaune encadrée d'une bordure noire et se prolongeant sur la gorge; les parties supérieures de la tête et du cou affectent la nuance olivâtre ; le fond en est strié et moucheté de taches noirâtres; iris brun et pieds roses ; le doigt de derrière très-long et terminé par un ongle court.
L'Ortolan est un oiseau de passage dont les quartiers d'hiver sont au delà des Pyrénées et des Alpes, en Italie et en Espagne, et dont les demeuras d'été sont en Fran£e depuis les rives de l'Adour jusqu'à celles de la Durance, dans la direction de
l'Est, depuis les plages de la Méditerranée jusqu'aux montagnes des Ccvennes, dans la direction du Sud au Nord. L'espèce ne s'élève guère au delà de nos anciennes provinces du Alidi ; le Tarn et la Garonne semblent lui servir de limites dans le pays ouvert. sL'OrtoIan arrive sur les rives du Tarn vers le 10 ou le 12 avril , et recherche de préférence les plaines sèches plantées de vignes. On dit que la plupart de ces voyageurs reviennent se fixer aux lieux où ils ont reçu le jour. Les mâles arrivent les premiers et choisissent leurs places; les femelles qui les suivent s'arrêtent où les mâles chantent; et la possession de chacune d'elles devient le sujet de luttes acharnées qui se terminent par le bannissement du vaincu qui est obligé d'aller tenter ailleurs les chances de la fortune. Chaque couple ayant besoin d'occuper pour sa subsistance un territoire de chasse d'une assez grande étendue, il est rare que les Ortolans établis se logent à moins de 500 mètres de distance l'un de l'autre. La femelle creuse une légère cavité en terre au pied d'un cep en s'y roulant et en s'y trémoussant à la façon des Moineaux et des Poules. Elle matetelasse les parois de cette fossette avec une épaisse couche de feuilles de chiendent desséchées et garnit l'intérieur d'un doux sommier de crin ou de bourre de vache. Elle y dépose quatre ou cinq œufs très-gros relativement au volume de l'espèce. Les petits éclosent au bout de quatorze jours et s'échappent du nid avant l'heure, ce qui rend leur éducation très-pénible. Cette espèce fait deux pontes par an, souvent trois. Tout le temps que l'incubaiion dure, le mâle, perché sur quelque branche morte du voisinage, tient fidèle compagnie à la couveuse par les répétitions sans fin de son chant monotone.
Les père et mère nourrissent leurs petits de chenilles, de grillons, de sauterelles, de petits scarabées, et rendent à cette occasion d'immenses services à la vigne en la purgeant de tous les insectes qui la dévorent. Il est plus que probable que les trois quarts des maladies contagieuses qui ravagent périodiquement nos vignobles de France ont pour cause la guerre sans pitié que les vignerons du Midi ont déclarée à l'Ortolan. Le nid de l'Ortolan est parfaitement caché, et quand la mère entend
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venir le maraudeur de son côté, elle s'en échappe sans bruit , piétine une douzaine de pas et attend que l'ennemi soit sur elle pour partir dans ses jambes, en feignant une mortelle alarme. Celui-ci cherche alors à la place où il est, perd ses peines, se rebute . pendant que l'heureuse mère a rejoint sa couvée par des chemins de traverse, et s'applaudit tout bas du succès de sa ruse.
Les petits Ortolans que leurs parents nourrissent longtemps encore après leur sortie du nid , continuent à séjourner dans le canton jusqu'au jour du départ qui varie de la mi-aoùt à la mi-septembre. Ces oiseaux semblent voyager par familles, car on les voit rarement plus de quatre ou cinq ensemble. C'est vers cette époque de leur émigration que les oiseleurs en font de vastes captures, car l'Ortolan donne dans la nappe avec une facilité sans égale à la voix de l'appelant. Mais il s'en faut du tout au tout que l'Ortolan acquière à l'état libre cet état d'embonpoint dont nous voyons nantis ceux qui nous arrivent à Paris, encaqués par douzaines dans des caisses de millet. L'Ortolan gras est un produit de l'art, c'est-à-dire de création humaine, et je me hâte de dire que cette industrie lucrative et que les Romains connaissaient , exige peu de tajent , de dépense et de soin. Il ne s'agit pour donner à l'Ortolan cette triple ceinture de graisse qui lui confère une si haute valeur commerciale, que de l'abandonner à ses propres instincts, en l'enfermant dans une chambre un peu obscure en compagnie d'une lourde pelotte de farine de millet et d'un vase rempli d'eau. L'oiseau cherchant naturellement à se distraire dans sa triste prison et ne trouvant pour cela d'autre moyen que de manger et de boire, s'acharne à ce travail avec une telle ardeur qu'il ne tarderait pas à crever d'embonpoint si on le laissait faire. Quinze jours de ce régime suffisent généralement pour opérer la métamorphose de l'Ortolan étique en Ortolan obèse et digne d'être servi sur la table des rois.
Il arrive fréquemment que l'Ortolan parvenu au dernier terme de la saturation et de l'obésité est affligé d'un débordement d'excroissances charnues à la face et de nodosités aux join- II. Il
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tures , qui le déshonorent , le dégradent et le font périr avant l'heure de douleurs suraiguës. Emblème du Mondor qui fait son dieu de son ventre, n'a qu'une ambition, celle de mourir gras, et se trouve arrêté tout à coup dans sa marche ascendante vers cette firi glorieuse par la goutte cruelle qui le cloue sur son lit , 1-e condamne à la diète, lui garotte les membres, lui fait subir mille morts avant de l'étouiïer! Superbe sujet d'enseigne pour une boutique de société de tempérance! Admirable matière à mettre en vers français pour un prix Mont\ on !
L'Ortolan de rosfaux. C'est-à-dire habitant des jardins qui habite les étangs. Nous voici retombés avec ce nom dans le système des Poules r/'eou de f/enrts. Bruant de roseaux Vaudrait mieux. Cette espèce très-connue dans tous les pays de marécages , de prairies basses , de tourbières , a quelques rapports de plumage avec le Moineau franc et d'allures avec le Friquet. L'Ortolan de roseaux a la tète et la gorge noires du premier, le manteau roussàtre et l'animation inquiète et perpétuelle du second. Il grimpe après les roseaux comme certaines Fauvettes et vit des graines et des insectes qu'il trouve sur les plantes aquatiques; se rencontre abondamment vers la fin de l'automne dans toutes les oseraies qui bordent nos grands fleuves. Son chant est tristeet monotone ; il le fait quelquefois entendre pendant la nuit.
Quelques ornithologistes croient à l'existence d'une seconde espèce de Bruant de roseaux, (ju'ils appellent Bruants de marais, et dont quelques rares individus feraient apparition de temps à autre sur les rives de no? grands étangs du Midi. Je n'ai pas vu l'oiseau, mais la description qu'on en donne ne permet guère de séparer cette esi)ère prétendue nouvelle de celle dont nous venons de parler. La différence qui existe entre elles deux est moins grande, en effet, ciiie celle ipi'on remarque entre la Perdrix grise ordinaire et la Roquette, entre le Moineau de Paris et celui de Madrid, cpii sont des types originaires de la même souche, légèrement différencies par l'influence de la diversité des milieux. Le soleil dore le teint, la nourriture facile développe 1rs muscles, l'éducation polit le verbe chez les bètes comme che/
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l'homme; mais aucune de ces circonstances n'a pouvoir de scinder lunité typique.
Le Proyer. La plus forte espèce du groupe et la plus intéressante peut-être: car sa fécondité est extrême, et je ne vois pas quelle impossibilité s'oppose à ce que l'homme tire de ses penchants à la jîourmandisele même bcnélice que de ceux de l'ortolan. Notez que le Proyer tout frais pris, vaut au moins ce dernier avant son entrée en epinettc et qu'il est plus gros et plus gras. Ou l'analogie me trompe fort, ou il y a là toute une industrie glorieuse et fructueuse à créer : et ce que je dis du Proyer qui n'a besoin que d'être poussé par l'homme pour rivaliser d'embonpoint avec l'ortolan et la poularde, s'applique à toutes les espèces du groupe des Bruants. Il m'est arrivé bien des fois, dans ma vie de chasseur et de pipeur, d'être réduit à vivre pendant d(!s semaines entières du produit exclusif de mes chasses. Ainsi j'ai vécu suivant les pays et les saisons, de Lièvre, de Sanglier, de (faille, de Rouge-gorge, de Grive. En Algérie, où j'ai été obligé d'alterner de la Bécasse au Proyer, j'ai remarqué que la répétition trop fréquente du Proyer était celle qui me rebutait le moins. On fait aux environs d'Alger, vers l'époque de la Saint- Martin, de grands abattis de Proyer au fusil. En ce temps-là tous les arbres des grandes routes et des places publiques des villages en sont littéralement couverts. Le Proyer dans ce paysla s'appelle le Gros-bec.
Le Proyer est un oiseau tout gris qui tient beaucoup, quant au costume, de la Pierrette et de l'Alouette. Il est très-répandu en France dans tous les pays de plaine, notamme^it en Champagne. Il y arrive de bonne heure au printemps, fait son nid dans les blés ou dans les prairies et émigré vers le midi dès le commencement de septembre. Une grande partie des éraigrants hiverne dans nos provinces méridionales ; le reste traverse la Méditerranée et occupe l'Algérie. Le chant du Proyer est monotone, mais plein d'expression et son vol d'amour est une évolution gracieuse qui annonce l'approche de l'Alouette. L'oiseau, après avoir plusieurs fois répète ses trois note.s du haut du grand arbre de la
route, s'élance vers la terre, les ailes déployées en façon de parachute et les jambes pendantes , et finit par tomber auprès de sa femelle, qui l'écoute et l'admire immobile sur ses œufs.
Le nid du Proyer est fait comme celui du Bruant doré et de rOrtoIcin , d'herbes sèches et de crin. Je l'ai trouvé quelquefois élevé d'un demi-pied au-dessus du sol et logé dans un épais massif de luzerne ou de mélilot. Les petits sont nourris exclusivement d'insectes.
Le Bruant de neige. Les Bruants sont les plus proches voisins des Alouettes. Ils ont comme celles-ci le pouce long et comme elles ils nichent à terre et habitent les grandes plaines ; mais l'ongle de ce pouce est généralement arqué et court, tandis que celui des Alouettes est généralement long et plat. Or voici, pour bien marquer la transition entre les deux groupes voisins, une espèce, le Bruant de neige ou le Bruant de montagne, qui porte l'ongle plat. Le Bruant de neige, ainsi que son nom l'indique, habite les régions les plus froides de l'Europe, la Laponie et les hautes vallées des Alpes norv^égiennes. Il en descend quelquefois pendant l'hiver dans nos plaines. Je l'ai pris une ou deux fois eu Lorraine sur des touffes de chardons disposées pour faire capture de Chardonnerets, de Tarins et d'autres Granivores. C'est un oiseau fort rare, dont le manteau de voyage est presque semblable à celui du Traine-buisson ou Fauvette d'hiver. lia la gorge et la poitrine noires en son costume de noces , les flancs et l'abdomen blanchâtres , la partie supérieure du cou marquée de roux; la queue noire ondée de blanc. Il chante en volant comme le Proyer, en signe de* sa proche parenté avec le genre alouette.
Ici tinit le groupe des Bruants dont les dominantes caractérielles sont le familisme et la gourmandise , et que je crois appelé à un glorieux avenir gastrosophique. Je ferme son histoire par une remarque d'une importance extrême et qui ajoute un trait de séparation de plus entre lui et les précédents. C'est que les Bruants sont les premiers Granivores dans le nid desquels le coucou ponde. On conçoit, en effet, que ce parasite qui est émi-
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nemment, sinon exclusivement insectivore , ne s'avise pas de déposer son œuf dans le nid des seriniens qui nourrissent leurs petits h la bouillie de gruau , nourriture qui ne conviendrait nullement au jeune coucou ; mais on ne voit pas pourquoi la maudite bête ne chargerait pas les Fringilles, qui nourrissent leurs petits d'insectes , du soin d'élever sa famille. Cependant il n'est pas à ma connaissance qu'on ait jamais trouvé un jeune coucou dans un nid de Pinson , de Soulcie ou de Moineau franc, tandis que j'en ai pris personnellement deux ou trois dans des nids de Prover.
Groupe des Alouettes. — SU espca-);.
J'ai besoin de rappeler pour l'acquit de ma conscience que le groupe des Alouettes, qui se trouve placé à l'extrémité de cette série bâtarde de la Granivorie , occupe le rang de groupe pivotai dans la classification naturelle des Chanteurs, qui se moule sur la division de l'échelle vocale en quatre groupes de voix. Les Alouettes, musicalement parlant, appartiennent à la série du contralto. Elles brillent au premier rang de tous les oiseaux de la terre par la beauté de leur chant, l'innocence de leurs mœurs et la délicatesse de leur chair. C'est une famille aimée des dieux et digne de l'estime et de la reconnaissance des mortels.
Les Alouettes font leur nid à terre et couvent l'œuf du Coucou à l'instar des Bruants, ce qui démontre qu'elles nourrissent leurs petits avec des insectes. Elles sont beaucoup moins percheuses que toutes les espèces des groupes voisins ; quelques-unes même comme notre espèce commune ne perchent jamais que dans la saison d'amour. Cette difficulté de percher vient aux Alouettes de la longueur extraordinaire de leur doigt de derrière qui est plat et qui se termine par un ongle de dimension exagérée également rectiligne. Les doigts de devant ne faisant plus crochet avec le pouce, il s'ensuit naturellement que l'oiseau a plus de facilité pour courir sur le sol que pour saisir un rameau et s'en faire un support. Mais la nature a compensé richement cette difficulté de
perchement par une plus grande puissance de vol. Les Alouettes sont munies d'ailes longues, vigoureuses et infatigables, qui leur permettent pour ainsi dire de se reposer dans les airs; elles montent au plus haut des nues et dans une direction quasi-verticale civec une facilité extrême et se maintiennent pendant des heures entières dans ces parages vides, remplissant d'harmonie tous les carrefours du ciel. Leur nid est moins artistement construit que celui des Bruants, et leurs petits le quittent de trèsbonne heure, ce qui est cause que les choupilles en confisquent souvent. Les Alouettes se réunissent en vols nombreux à l'automne, et vagabondent plutôt qu'elles n'cmigrent pendant l'hiver , recherchant particulièrement les pays de plaine et les bords de la mer , sans distinction de zone. Elles vivent d'insectes pendant le printemps et l'été, de grains et de pousses de blé pendant la morte saison, et poudroient presque à la façon des perdrix et des cailles. L'Alouette s'engraisse seule et sans le secours de l'homme. Espèce victime, espèce féconde, vouée à l'extermination , comme le Rouge-gorge , le Pigeon , la Bergeronnette.
On a fait dériver le nom d Alouette, en latin Alauda, des deux mots à lande, do la louange, comme qui dirait l'oiseau chargé de chanter les louanges du Seigneur. Il est fâcheux que cette dénomination , qui dans cesens serait fort juste , fasse mieux en latin qu'en français. J'ai lu je ne sais où que les anciens habitants delà Gaule appelaient \ khwtiiç, Bardalis , d'où l'on a tire le mot barde, nom du rapsode ou trouvère gallois, c'est à dire que pour nos ancêtres l'Alouette était l'oiseau chanteur par excellence. Jaccepte encore cette qualiHcalion glorieuse; car le poëme de l'Alouette est pour moi le plus sublime de tous, et ce (jui me fait supposer que mon opinion est la bonne, c'est qu'elle est partagée par tous les oiseaux amateurs de musique étrangère, qui aiment mieux répéter les chansons de l'Alouette que celles du Rossignol. Il faudrait trouver pour l'Alouette un nom de famille qui voudrait dire : celle qui chante en volant. Le nom de Girole qu'elle a porté jadis répondait évidemment à cette indication,
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L\ Cai.\m)ri:. Cette espèce particulière à nos provinces méridionales et presque inconnue dans nos départements du Milieu et du Nord, est la plus grosse de nos espèces indigènes. Sa taille approche de celle du Mauvis , la petite (irive à ailes rouges. Elle se distingue de notre Alouette commune (Mauviette des restaurants |)ar sa grandeur d'abord , puis par la l'orme de son bec qui est plus haut que large. Elle porte sur le devant du cou une sorte de plastron noir qui tranche éiégammont*ur le tond blanc de la gorge. Poitrail jaunâtre . virgulete de tac hes brunes à la l'açoa des grives, les parties intérieures du corps et de la (|ueue ainsi que les deux rcctrices externes blanches. Manteau cendré roux ou plutôt jaune terreux, unilbrme oblige des lamilles (|ui doivent vivre à terre. Iris brun, pieds roux, vol gracieux, talent nuisical sans pareil. S'accommode parfaitement de la captivité.
La Cai.a.ndkelle. Moule réduit de la preci'dente ; i)lus commun également dans le Midi que dans le Nord et le Milieu de la France. La Calandreîle aime les pays vignobles et émigré en Algérie aux approches du froid. Son séjour au delà des mers est de courte durée. Elle a tout le devant et tout le dessous du corps blancs, la queue d'un brun foncé avec les rémiges externes blanches , le manteau cendre Isabelle, l'iris brun, les pieds roses. C'est cette petite Alouette aux doigts courts qui hle avec tant de rapidité dans les sillons devant le chien, et que les chassereaux tirent souvent à terre pour une caille. Sa voix est mélodieuse, ses thèmes variés, et elle chante comme toutes les Alouettes, en décrivant dans l'air des orbes gracieux.
Le Hausse-col. Espèce remarquable et fort rare qui ne niche pas CQ France et ne s'y fait tuer ou prendre que par une de ces chances extraordinaires (|ui n'arrivent même pas à tous les tendeurs d'alouettes une fois en leur vie. Elle doit son nom à une large tache noire en forme de hausse-col qui lui emboite la gorge. Elle porte également sur la tète une petite huppe de même nuance.
1H8 OHMTHOLOGIE PASSIOiNNELLt;.
Le CocHEvis. L'Alouette huppée des grands chemins, des grèves nues de la Loire, des carrières de Montrouge, l'Alouette qui se perche sur les toits de chaume des villages de la Champagne Pouilleuse, sa patrie d'adoption, et qui cherche sa substance dans le fumier frais de cheval. Habitante des contrées stériles, cette espèce vit maigrement et sa chair n'atteint pas le degré de délicatesse qui fait le malheur et la gloire de toutes ses congénères. En revanftie son chant est des plus délectables, et c'est pour cela probablement que Dieu l'a attachée aux demeures des plus pauvres laboureurs, afin qu'aucun des séjours de l'homme en cette terre ne fût déshérité de la poésie d'amour. Le Cochevis se conduit parfaitement en cage où il peut être employé en guise de réveil-matin par les gens paresseux. Pareil au cantonnier, dans la société duquel il dépense ses plus douces heures , il lient une portion de route départementale ou royale dont il s'éloigne peu , voisinant avec les pinsons et les moineaux des alentours et sachant se contenter d'un petit nombre d'amis.
Le CujELiER. Alouette des bois, Lulu, Alouette de Champagne, etc.; noms impropres, sinon absurdes. Le Cujelier est cette charmante petite alouette à queue cccurtée qui voyage par petites compagnies à l'arrière-saison , disant loulL /oi<// d'une voix flùtée et douce, qui se lève à dix pas de vous dans les chaumes très-ras , se rabat à vingt pas plus loin et semble s'engouffrer dans les entrailles du sol; tant elle disparaît complètement aux regards, si nue que soit la place où elle s'est remisée.
J'ai trouvé quelquefois le nid de cette espèce achevé et habité dès la lin de mars dans nos provinces du Nord. J'ai revu la mère couvant encore au commencement de septembre. C'est dire que cette Alouette est du petit nombre des oiseaux privilégiés, peur qui la saison des amours dure plus de la moitié de l'an. Aussi est-elle des premières qui saluent le retour du soleil au printemps, et des dernières qui renoncent à célébrer sa gloire en automne. Elle chante jusqu'à la venue des grands froids, et son
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chant est une des plus suaves et des plus touchantes mélodies qu'on puisse ouïr. Il est presque semblable à celui des Farlouses et s'entend quelquefois la nuit. L'oiseau se perche souvent à la cime d'un orme ou d'un chêne pour défiler ce chapelet de perles musicales. Plus souvent encore il les sème dans l'espace du haut des airs oii l'attraction passionnelle le force à décrire une circonférence d'amour dont tous les points sont également éloignés d'un point fixe du sol qui est le nid où dort sa couveuse. Cette jolie petite espèce que je propose de baptiser l'Alouette à queue courte, comme on dit la Mésange ou la Bergeronnette à longue queue , ne supporte pas la prison avec la même philosophie que les autres membres de sa famille. Mais à quoi bon la priver de sa liherte pour avoir le plaisir de l'entendre, puisqu'elle vient d'elle-même nicher près de nos demeures pour nous dire gratis tout ce qu'elle sait? Sa chair est excellente, mais heureusement ne fait l'objet d'aucun commerce. Sédentaire ou vagabonde suivant les accidents de la température; très-commune en Poitou, en Anjou, en Touraine, en Orléanais, en Champagne, provinces chères aux tendeurs.
L'Alolette. L'Alouette commune, l'Alouette des champs, la grande Voilière, la Mauviette. Un des plus riches dons que Dieu ait faits à l'homme dans sa munificence. Un gibier délicieux qui chante! qui nous charme pendant sa vie, qui nous délecte après sa mort ! Peu de bons pâtés en ce monde peuvent se vanter d'égaler ceux de Pithiviers et de Chartres pour la légèreté et la délicatesse; mais aucun gosier à coup sur n'est capable de lutter avec celui de l'Alouette pour la richesse et la variété du chant , l'ampleur et le velouté du timbre, la tenue et la portée du son, la souplesse et l'infatigabilité des cordes de la voix. L'Alouette chante une heure d'allilée sans s'interrompre d'une demiseconde, s'élevant verticalement dans les airs jusqu'à des hauteurs de mille mètres et courant des bordées dans la région des nues pour gagner au plus haut, et sans qu'une seule de ses notes se perde dans ce trajet immense. Que tous les Rossignols des
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forêts d'ÂlltMnagm',do Russie et de France, que tous les Merles moqueurs des forêts d'Amérique essaient d'en faire autant !
La gentille alouelle avec son tirelire.
Tirelire, relire et lireliranl lire, ^ Vers la voiilc du ciel ; puis son vol en ce lieu Vire et semble nous dire : Adieu, adieu, adieu.
Je ne connais pas d exemple d'harmonie imitative |)lus heureux ((ue celui que renferment ces vers, où le double caractère du chant de l'Alouette et de ses évolutions aérouauti(jues se trouve si gentiment saisi.
L'Alouette est une des gloires nationales de la France. Ce n'est pas l'analogie qui dit cela, mais un historien éloquent, un poëte, un savant d'une érudition im'mense et chez qui le savoir n'a pas tué le sentiment. Ecoutez comme Michelet, l'auteur de la meilleure histoire romaine (pii existe, a noué indissolublement la gloire de l'Alouette à celle de Jules-César et à celle de la France :
«11 ( Jules-César ] engagea à tout prix les meilleures guerriers gaulois dans ses légions; il en composa uiu' légion tout entière dont les soldais portaient une alouette sur leur cas(iue et qu'on appelait pour celte raistm Valauda. Sous cet emblème tout national de la vigilance matinale et de la vive gaieté, ces intrépides soldats passèrent les Ali)cs enchantant, et jusqu'à Pharsale poursuivirent de leurs défis les taciturnes légions de Pompée. Uyllouette (/OM/oj'ic conduite par \' AUjle romaine, prit Rome pour la seconde fois et s'associa aux triomphes de la guerre civile. »
Ainsi l'Alouette de France s'est emparée deux fois de Rome, la maîtresse du monde !
Combien cileriez-vous d'oiseaux, voire de nations illustres, qui possèdent dans leurs archives historiques beaucoup de pages comme celle-là?
On comprend que je ne me soucie pas d'affadir la saveur du morceau qui précède par mes commentaires insipides.
Pour avoir conquis de si puissantes sympathies dans le cœur des guerriers et des poètes, il fallait que l'Alouette possédât une bien haute valeur personnelle. Elle la possède en effet.
C'est la joie des sillons ; c'est le premier oiseau qui annonce
le printemps, et elle l'aiinonce par un hvnuie de l'ète bien autrement senti (jue le ramage du Rossignol , chantre des nuits obscures et de Iharmonie solitaire, et dont la mélodie sent la lampe. C'est l'humble Alouette des champs qui chante le plus haut sous les cieux la gloire du soleil. Sa dominante passionnelle est l'amour de l'astre éclatant d'où rayonnent la lumière, la chaleur et la vie. Elle célèbre son retour dès la lin de janvier dans nos provinces du Centre. Quand viennent les gelées blanches d'octobre et les matinées sombics où l'astre paresseux fait attendre si longtemps sou lever à la terre, l'Alouette, qui s'eaouie de son immobilité sur le sol t'i oid et humide et aspire à le quitter, s'élance avec joie dans l'espace au devant du premier rayon (|ui émerge de la brume, et elle commence la sériede ses évolutions gracieuses, de ses courses au clocher, de ses chutes et de ses ascensions rapides. Alors le moment est venu pour l'homme de dresser le miroir perlide; car aussitôt que le chatoiement de la glace mobile aura irappé sa vue , l'amoureuse du soleil se précipitera soudain sur l'appareil, non pas pour s'y mirer coquettement , comme disent quelques poètes , mais bien pour y chercher l'image de son astre chéri. Quelquefois elle restera immobile dans l'air au-dessus du miroir, les ailes déployées et les jambes pendantes, dans cette attitude de bonheur extatique particulière à la Colombe, et qui l'a fait prendre dans la rehgion chrétienne pour l'emblème du Saint-Esprit. C'est l'instant que l'apprenti tireur guette pour la manquer. On comprend maintenant pourquoi dans le langage raisonné de l'ornithologie passionnelle, la tribu des Alouettes est dite la tribu des mireurs ou des amoureux du soleil. Une preuve que c'est bien l'image de l'astre roi et non la sienne propre que l'Alouette contemple dans la glace, c'est que le même oiseau ne mire plus en Afrique où l'absence du soleil est toujours de courte durée. La chasse au miroir n'est que la plus jolie et la plus amusante des chasses à l'Alouette; c'est la moins fructueuse, helas!
L'enthousiasme amoureux qui déborde au printemps du cœur de l'Alouette lui apporte un tel surcroît de farces et active si puissamment le jeu de ses ailes, qu'elle n'a plus à se préoccuper
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en cette saison des menaces de l'oiseau de proie. L'Émérillon et le Hobereau, ({ui ne vivent que d'Alouettes à certaines époques , avertis de respecter la trêve de Dieu, se 2;ardent sagement de l'enfreindre et attendent patiemment que l'obésité qui naît de l'accalmie des sens et (jui est un fruit de l'automne, ait alourdi les ailes de la puissante voilière et rendu sa capture plus facile et plus prolitable.
L'Alouette porte le manteau gris, la triste livrée du travail et du travail des champs , le plus noble, le plus utile, le moins rétribué et le plus ingrat de tous. La couleur de sa robe est celle de la terre ; par les temps gris il est à peu près impossible de la distinguer à dix pas. Dieu l'a vêtue de cette robe comme le lièvre pour la dérober à la vue de ses innombrables ennemis. La vie de l'Alouette qui sert de point de mire à l'avidité spoliatrice de tous les exploiteurs , qui donne dans tous les pièges , qui fournit à la rapacité de l'homme et à celle de l'oiseau de proie vingt procédés de chasse également fructueux... la vie de l'Alouette est l'image tidèle de celle du laboureur... dont le travail est en possession de nourrir la paresse des oisifs depuis (jue le monde est monde et de fournir au vautour insatiable de la fiscalité et de l'usure une pâture sans cesse renaissante. Toute l'histoire du passé n'est que celle d'une joute sanglante entre ennemis du travail qui se disputent à qui boira les sueurs du laboureur. .Te sais un pays d'Europe, cher à Bacchus, où l'impôt du vin seul porte seize noms différents.
De même qu'il ne faut à l'Alouette qu'un rayon de soleil pour la remettre en joie , de même il ne faut au laboureur qu'une pluie qui tombe à propos pour lui rendre espoir et courage et le faire se recourber avec une ardeur toute nouvelle sur la bêche ou sur la charrue. Et il est fort heureux que Dieu ait pourvu le cœur de toutes ces pauvres créatures de cette richesse inépuisable de résignation et de g^^ieté qui les caractérise. Car on ne sait pas trop ce que deviendrait la société civilisée, si le petit monde, se laissant aller à un découragement funeste, s'avisait tout à coup de refuser le travail à ceux qui le lui commandent ou seulement d'en exiger un .salaire rémunérateur. Qui chante
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paie, disait en italien un prêtre marié, homme d'État illustre, et comme il avait donc raison; comme le mot s'applique heureusement à l'Alouette !
L'Alouette vit de peu comme le cultivateur et s'accommode de tout. Elle symbolise spécialement le serf attaché à la glèbe. Son ennemi le plus terrible s'appelle le Hobereau, le Gentillàtre, le Boyard. Or l'abolition des privilèges de la féodalité terrienne est le commencement de l'émancipation du travailleur, et l'Alouette aura sa nuit du 4 août comme les autres. Un jour en effet il n'y aura plus d'oiseaux de proie que ceux qui seront absolument nécessaires au service de l'homme, et l'Alouette sera heureuse et le travailleur aussi. Mais quand luiront ces jours?
L'Alouette, quand elle est poursuivie par l'oiseau de proie , cherche son refuge dans le ciel , comme tous les opprimés. C'est un spectacle qui n'est pas rare que celui du vol de l'Alouette par le Hobereau ou par l'Émerillon dans nos pays de plaine vers l'arrière-saison. De même que le chasseur habile, lorsqu'il a à choisir, ne tire que les cailles grasses qu'il distingue facilement à la pesanteur de leur vol , ainsi l'oiseau de proie s'attaque de préférence à l'alouette bien nourrie. Il fond d'abord sur elle avec la rapidité de l'éclair au moment où elle vient de se lever de terre et l'enlève comme une plume, si elle n'est prévenue. Mais si le garde à vous de l'Hirondelle ou de la Bergeronnette arrive à temps à ses oreilles et lui permet d'apercevoir l'ennemi, elle l'évite aisément par une rapide ascension verticale que celui-ci ne peut suivre, emporté dans la direction horizontale par la vigueur de l'élan qu'il s'est donné. Mais il se retourne aussitôt, reprend champ, calcule la hauteur que l'alouette qui monte toujours va atteindre et se lance de nouveau à fond de train. L'alouette esquive encore "par une seconde pointe vers le zénith; mais comme cette ascension perpétuelle la fatigue , comme elle sait qu'il faudra toujours finir par regagner Ja terre , elle profite cette fois du moment où rÉmerillon achève sa lancée, pour se ramasser, se faire lourde et piquer vers le sol une tète désespérée ; et si elle a avisé du haut de la nue un buisson , une touffe d'herbe, elle s'y blottit immobile, car c'est à peine si elle a
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distancé la nîort d'une seconde, et son persécuteur affamé qui l'a suivie dans sa chute , plus rapide que la Bécassine ou la balle deplomb, est déjà sur son dos qui inspecte avidement la place où elle vient de disparaître à ses yeux. Malheur alors à la pauvre échappée si le vent venait à soulever seulement une plume de ses ailes. J'ai vu dans de semblables passes l'Alouette à bout d'efforts se jeter aux pieds de l'homme pour implorer son aide , et il n'est pas de vieux chasseur des plaines de Picardie , de Champaçjne , de Lorraine cl d'ailleurs, à qui il ne soit arrivé cinquante fois comme à moi d'avoir à punir l'imprudence d'un Hobereau ou d'un Emcrillon qui , dans sa préoccupation sanguinaire, avait oublié sa présence. Je conserve à mon avoir et comme souvenir de bonnes actions dont il me sera tenu compte un jour, tous les services de même nature que j'ai été assez heureux de ])ouvoir rendre à une foule d'oiseaux méritants..
La France est un pays favorisé du ciel , mais qui ne rentrera dans la voie de ses destinées véritables , qu'en renonçant à tous les emblèmes de guerre qui l'ont passionnée jusqu'ici pour reprendre celui de la conquête pacifique et du travail glorifié, l'Alouette.
Il y eut en ces dernières années un homme envoyé de Dieu nommé de Lamartine... qui était beau, orateur et poète.... et chez qui la noblesse du cotnir était à l'avenant de ces dons de nature.... et que le peuple français un jour porta sur le pavois. Or, si le lendemain de son avènement au pouvoir, le poète sublime qui avait écrit la Marsp/llaise de la paix, eût osé introduire la poésie dans la politique , décréter l'abolition de la guerre et supprimer l'armée, il eût par ce seul trait de génie et d'audace sauvé le monde et assuré l'impérissable royauté de sa patrie sur toutes les nations. Car ce jour-là le territoire français, désarmé de toute baïonnette, eùi été déclare terre sainte et inviolable par l'acclamation unanime des peuples, dont l'admiration, l'estime et la gratitude l'eussent protégé plus sûrement que tous les engins exterminateurs inventés par le démon du carnage. Et pas une autre armée n'eut pu t(Miir sur le sol d'Europe après la
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disparition de la Iranoaise... et mort l'instrument d'oppression , morte l'oppression elle-même... et les haines nationales éteintes, plus de raisons de se garder chez soi , plus de prétexte à subvention de guerre et à para hélium ; plus d'impôts, plus de garnisaires ; le dernier survivant de la race des Gentils , le douanier , s'évaporait, et j'aurais contemple de mes ultièmes regards la face de 1 Humanité épanoui»-... Et les peuples libérés, au lieu de se ruer de nouveau comme des tous furieux dans l'arène des batailles, seraient pacifiquement occupés aujourd'hui à aimer, à boire, à chanter au poète libérateur, lequel eût laissé dans la mémoire des âges le plus resplendissant de tous les noms humains. Mais je fus le seul, helas! de ce temps à (Mre poète et à voir et à dire que le salut de la Révolution , de la France et du Monde était là et non pas ailleurs; et plusieurs, même à l'heure qu'il est, n'eu sont pas encore bien certains.
Ici se termipe la série des Granivores au bec conique et à la queue fourchue; série d'élite, série charmante qui répète chaque jour par des milliers de voix suaves l'immortelle formule du .Gerfaut.