I.E PKI.ICAN
les savants appeileiit de longues distances, des distances de 30 à 40 lieues, ne sont pour les oiseaux de la vitesse du Pélican que de mesquines enjambées. Un Pélican qui s'éloigne de 40 lieues de son nid ne le perd pas même de vue une seconde, il lui semble toujours planer dessus. Les savants devraient bien s'habituer, quand ils parlent des bètes, à parler un langage intelligible à celles-ci.
L'antiquité juive et romaine qui a beaucoup erré sur le texte du Pélican a'également oublié de résoudre le problème et même d'en donner une solution satisfaisante. Les uns ont dit que le Pélican était un gros mangeur atteint d'une fringale constitutionnelle et à qui les aliments ne prolitaient pas, ce qui était cause qu'il était forcé d'en tenir une immense provision en réserve. Les autres prenant le contre pied de cette donnée, ont fait du Pélican un gastrosophe sensuel, aimant le poisson fait et surtout cuit à point. La poche, dans cette variante, devient une sorte de vestibule ou de premier estomac dans lequel le poisson subit une première marinade. Lorsqu'il est sullisamment attendri, l'oiseau l'avale et le soumet à une coction complète dans la chaudière de son second estomac; après quoi il le rejette au dehors, se le ressert et le déguste avec volupté, ayant grand soin de laisser de côté les arêtes et les écailles. Je déclare qu'il m'est souverainement impossible de digérer cette version.
La seule et unique solution, la solution naturelle est celle-ci : Le Pélican a reçu une poche pour emmagasiner son poisson, parce qu'il n'est pas destiné à travailler pour lui seul. Or, comme la puissance de son vol et sa force musculaire le mettent à l'abri des attaques des parasites vulgaires, j'en conclus que le Pélican ne peut travailler en qualité de compagnon que pour l'homme. Vainement les princes de la science zooîogique et les navigateurs à courte vue me soutiendront-ils que l'association de l'homme et du Pélican pour la pèche est un mythe; je ne m'em-
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barrasse pas de ces objections puériles. La meilleure preuve de la sociabilité du Pélican est sa passion pour la musi(jue, passion commune à tous les amis de l'bomme, à la carpe comme au lézard.
Ainsi l'avaient compris, du reste, dans les temps primitifs, une foule de gens simples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique, lesquelS;, avant que le raisonnement n'eût usé leur instinct, avaient parfaitement deviné les intentions secrètes du créateur à l'endroit du Pélican et s'étaient ingéniés à tirer parti tle ses merveilleuses facultés pour la pèche fluviatile. L'espèce est toujours répandue sur les trois quarts de la surface du globe, et il n'est qu'un seul peuple, hélas ! qui ait continué à associer le Pélican à son labeur, et encore le fait est-il nié !
Cependant l'éducation du Pélican n'est pas plus difficile que celle du Faucon et du Cormoran; elle est plus facile cent fois que celle de la Loutre, dont le concours est probablement moins lucratif et moins avantageux. L'oiseau pécheur, une fois apprivoisé, il suffit de lui boucler le col par un système de compression quelconque, comme on fait pour le Cormoran dont on veut réfréner la convoitise; tandis que pour obtenir le concours absolu de la Loutre, il faut commencer par lui inculquer le mépris du poisson et l'amour du gigot de mouton. Il est vrai que si la Loutre est difficile à dresser et de rude entretien, elle est caressante et causeuse, et qu'elle rachète bien des petits travers par l'amabilité.
L'histoire fait mention du reste de mille traits qui attestent la sociabilité du Pélican, la puissante sympathie qui l'attire vers l'homme et la durée de ses affections. Qu'on ouvre le premier alraanach venu d'il y a cinquante ans, on y lira l'histoire du Pélican qui vécut pendant seize lustres dans l'intimité de l'empereur Maximilion et des siens, accompagnant fidèlement ce