‹ L'esprit des bs (volume 3)Chapitre 11 sur 34 · I.K PÉLICAN. :m · texte numérisé non relu

I.K PÉLICAN. :m

prince dans toutes ses expéditions militaires. Seulement il est fâcheux d'être obligé de convenir qu'aucun des princes qui régnèrent sur la France n'ait jamais songea disputer à la maison d'Autriche l'honneur d'une semblable amitié. La nature pourtant n'avait pas refusé le Pélican à la France ; il y était même autre- Ibis très-commun sur le cours de tous ses grands fleuves. 11 a cessé d'y nicher et d'y apparaître à des époques régulières depuis l'invention de l'arquebuse, et on ne l'y rencontre plus aujourd'hui que par hasard. Quelques chasseurs de marais ont bien pu en revoir sur les grands étangs de la Lorraine, de la Bresse ou du Languedoc, ou bien encore il a pu reparaître sur nos rivières par l'aventure de quelcjne débordement d'été ; mais qu'on en ait tué cinq à six depuis cinquante ans sur l'Isère, sur la Saône ou le Rhin, c'est tout le bout du monde, et le Pélican est encore une de ces magnifiques espèces dont il faut que ma patrie fasse son deuil. Le Pélican de France a depuis deux cents ans et plus transporté ses pénates aux rives du Danube, d'où bientôt le chassera la vapeur et où l'indigène barbare ne l'approche déjà plus que pour l'assassiner. Aux termes de mon programme j'avais donc le droit de fermer au Pélican l'entrée de cette galerie; mais l'illustration historique attachée à sou nom par la fable et l'Ancien-Testament ne m'a pas permis de le repousser par une telle fin de non recevoir. Et d'ailleurs il y a autour du Pélican une grave question de personne et d'identité à vider, et l'analogie passionnelle n'a pas le droit de s'abstenir en d'aussi graves débats.

« Je suis devenu semblable au Pélican de la solitude, chante le roi David en un quart d'heure d'abrutissement suprême, etfai été fait comme le nycticorax sous le toit... Similis factus sum pelccano solitudinis et factus sum sicut nycticorax in tecto. » Poésie touchante, poésie sublime, mais trop faite pour donner de la tablature aux commentateurs du saint livre et aux âmes pieuses

;;i(t ORMTMOLOGIt; PASSIONNELU:.

Car le l*élicaii et le Nycticorax du psalmiste n'ont jamais été que des rébus, et des rébus de la plus dangereuse espèce et qui ont épuisé la science de tous les devins de la Judée, de la Chaldéc et de l'Egypte.

La version la plus accréditée est celle qui traduit le substantit pélican par le substantif onocrotale, mot à mot, qui sonne comme un âne. Mais cette traduction, hélas ! n'a fait que déplacer la difliculté et ne l'a pas résolue. Quel est l'oiseau qui sonne comme un àne et signe onocrotate ! Est-ce le Pivert, un oiseau gros comme un 3Ierle ? ou le Héron, un oiseau de trois pieds de haut? car chacune de ces deux espèces revendique avec acharnement l'honneur de la comparaison biblique et chacune a pour elle de fanatiques partisans. A l'heure qu'il est, le procès n'est pas encore jugé

L'analogie appelée à se prononcer décide... Que le Pélican de la Bible n'a aucune espèce de rapport ni avec le véritable Pélican blanc qui n'a jamais inspiré la tristesse, ni avec le Héron du Nil, oiseau très-taciturne..., et que l'Onocrotate des Saintes-Écritures n'est autre que le Pivert, oiseau dont le cri monotone, assez semblable au braiement de l'âne, retentit en effet trop souvent dans la solitude. L'analogie appuie son opinion sur la signification étymologique du substantif pelecanos qui voudrait dire perce bois^ ronge bois (du 2,vgq, pelecao, je ronge). On sait que la passion du Pivert est de tourner, de cogner et de piocher après le tronc des arbres et même d'y tailler de vastes appartements pour lui et pour les siens, taudis que ces divers genres d'exercice sont complètement interdits au Héron, et surtout au Pélican de nos jours qui est, je le répète, un oiseau très-jovial.

Ainsi le doute ne saurait subsister plus longtemps à l'égard (lu vérilable sens des paroles du saint roi. Lisez au psaume 102 : « Je suis devenu semblable au Pivert de la solitude. »

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