‹ L'esprit des bs (volume 3)Chapitre 12 sur 34 · E PELICAN · texte numérisé non relu

E PELICAN

J'ai donne l'explication du rébus du Nycticorax à l'article lîihorcaii.

Le Pélican ne ligure pas simplement dans les erreurs de l'an tiquité au titre de parangon de tristesse ; une vénérable et ridicule tradition, transmise d'Age en âge par la sculpture, la peinture et l'ignorance, a pour ainsi dire consacré le grand Pélican blanc comme le type le plus pur de l'amour maternel, l'accusant de se percer le flanc pour nourrir ses enfants avec son propre sang. Je sais même plusieurs versions sur la manière dont le Pélican s'y prenait pour consommer le sacrilice, car l'imagination des conteurs s'est donné libre carrière sur ce sujet fantastique.

Les uns, se raccrochant à cette éternelle fable de l'antipathie du Serpent pour toutes les bètes chéries de Dieu, ont écrit que le Serpent ou si mieux l'on aime le Dragon, cet insigne artisan de maléfices, profitait de l'absence du Pélican pour grimper jusqu'à son nid, et que parvenu là, il soufflait sur les petits ou sur les œufs de l'oiseau le venin de son haleine et les asphyxiait... Puisque, la mère de retour, à la vue du désastre, commençait par prendre le deuil pour trois jours, pendant lesquels elle emplissait la solitude de ses gémissements douloureux; après quoi elle se perçait le sein, et de son sang généreux, qui est un puissant antidote, lustrait soigneusement le cadavre de ses nourrissons et finissait par les rappeler à l'existence en leur donnant la sienne.

D'autres affirmaient que les choses ne se passaient pas complètement ainsi, et que l'histoire des maléfices du Serpent, par exemple, était un conte. La pure vérité, au dire de ces sceptiques, était que les petits Pélicans venaient au monde à demimorts, et que cet état de débilité extrême plaçait leurs parents dans la nécessité cruelle de se tirer du sang pour leur en donner

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à l)oirc et les réconl'ortcr. Mais attendu que des saignées cojjieuscs, trop fréquemment renouvelées, finissent par conduire les sujets les plus vigoureux aux portes du tombeau, il arrivait bientôt que ce n'était plus le père et la mère qui étaient obligés de travailler pour nourrir leurs petits, mais bien ceux-ci qui se trouvaient chargés de l'entretien de leurs parents infirmes. Or, suivant qu'ils s'acquittaient plus ou moins bien de ce devoir filial, les grands parents leur tenaient compte plus tard de leur conduite, les récompensant de leur piété ou les châtiant de leur ingratitude.

Quelques-uns de ces écrivains sacrés ont même cru bien faire de prêter frauduleusement au Pélican les mœurs de la Frégate qui pince les oiseaux pécheurs à la nuque pour leur faire dégorger le poisson, à cette fin de le comparer au Christ qui frappe le Diable à la tête pour lui faire lâcher ses victimes et (|ui traite pareillement la mort. Eodem modo Cliristm contere debuit NON caudam,, sed Ipsum caput diaboli, quod est œiema moi's.

II m'est douloureux, comme on pense, d'avoir à citer parmi les auteurs de ces bourdes qui frisent parfois l'impiété, de vénérables Pères de l'Église ayant nom saint Augustin, saint Grégoire, saint Basile, etc. M'expliquera maintenant qui pourra cette incroyable contradiction des esprits de nos jours, qui rougiraient d'accorder la moindre créance à l'autorité de tous ces braves gens de saints en matière de physique ou d'histoire naturelle, sciences pour ainsi dire élémentaires... et qui n'en continuent pas moins à considérer lesdits Pères comme des oracles infaillibles en matière de foi, de théodicée et de métaphysique, sujets bien autrement ardus et propices à l'erreur que la physique et la zoologie. Je demande encore qu'on m'explique pouniuoi, parmi ces pères si forts en théologie, soi-disant, les uns comparent le Pélican au fils de Dieu, qui par sa mort a ra-

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