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sieur uu tel, dira le Tiinoii du temps, en parlant de la célébrité parlassièredu jour, est un immense orateur qui parie onze colonnes du Moniteur à l'heure. — C'est très-joli, assurément, lui répondra quelque érudit versé dans la connaissance des annales parlementaires, omis ils ont eu mieux que cela en civilisation, vers le milieu du dix- neuvième siècle, un petit homme, pas plus haut que çà, qui s'appelait Adolphe Thiers, et qui parlait douze colonnes sans cracher. »
Mais M. Thiers n'a pas créé que le palais des Singes au jardin favori du peuple. La reconnaissance publique inscrira encore son nom sur ces magniliques cages de verre sous lesquelles vivent enchâssées les forets vierges du Brésil et de l'Inde, et qui auront été les premiers modèles de ces gigantesques palais de cristal et de ces grandioses jardins d'hiver où nos enfants se promèneront sous cloche. Le peuple n'oublie jamais qui s'est occupé de ses plaisirs; il associera dans sa gratitude le nom du petit homme aux grands noms des La Brosse, des Colbert, des Daubenton, des Buffon,des Cuvier, des Geoffroy Saint- Hilaire, dont les efforts persévérants ont doté la capitale du monde civilisé de son plus bel ornement. A propos de Colbert et du jardin des Plantes, j'ai trouvé dans l'excellent ouvrage que vient de publier M. Pierre Clément sur la vie du grand ministre, une touchante anecdocte. C'est un mouvement d'indignation superbe de monsieur le contrôleur général qui, ayant appris que des employés de l'établissement s'étaient permis de planter des chasselas pour leur compte dans un terrain destiné aux cultures scientifiques, se rend sur les lieux une pioche à la main et déracine les ceps usurpateurs. Trouvez-moi donc un homme d'État de ce temps-ci qui oserait porter la pioche dans un jardin usurpé par un grand personnage quelconque sur le domaine public, et uu hoinme d'État capable
d'instituer une chambre de justice pour vérifier la fortune des écumeurs de bourse.
Le vulgaire peut s'amuser des Ours, des Lions et des Panthères noires; moi qui sais les passions et les besoins de ces espèces, je passe en gémissant sur leur captivité .'Donnez-moi de l'air et du jeu à ces puissantes machines, si vous voulez que je reconnaisse en elles les moules que le Créateur a pétris. Qu'on les enferme comme les Lionceaux d'Algérie dans un parc où elles puissent se mouvoir et s'étendre au soleil ou se plonger dans l'onde; qu'on élargisse l'espace, ou si l'espace manque, qu'on supprime la représentation des félins en loge grillée.
L'empereur Napoléon qui comprenait toutes les grandes pensées, qui chassa les économistes et les moralistes de l'Institut et voulut retirer la banque et le roulage au commerce, l'empereur Napoléon avait admirablement compris, comme Louis XIV et Geoffroy-Saint-Hilaire, cette importante question du jardin des Plantes. Le vainqueur des Pyramides, qui était destiné à subir si cruellement les tortures de la captivité avait souffert aussi de l'emprisonnement cellulaire des hôtes du jardin des Plantes, et sa munificence leur avait voté en espoir une plus large hospitalité. D'après ses plans, l'emplacement du jardin des Plantes devait s'étendre jusque par delà les rivages fangeux de laBièvre et embrasser une surface dix fois plus étendue que celle d'aujourd'hui. Alors il y eût eu d'immenses parcs grillés pour les bêtes féroces, des prairies pour les Cerfs, les Antilopes et les Gazelles, des cascades pour le Saumon et la Truite, des lacs dormants pour le Crocodile et pour l'Hippopotame. Les accapareurs de blés, dont la coalition amena les désastres de la campagne de Russie, firent avorter tous ces vastes projets en même temps. Je ne vois pas une page néfaste de notre histoire nationale sur laquelle ne soit écrit un nom d'accapareur.
Mais qu'est-ce encore que ces merveilles écloses dans le cer-
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veau de l'Empereur, merveilles déjà rêvées par Alexandre le Grand, il y a beaucoup de siècles, en comparaison des jardins des plantes que l'Harmonie réalisera quelque jour, plus tôt qu'on ne s'y attend, je vous en préviens tous? Un hasard heureux m'a lait tomber entre les mains le plan d'un jardin des plantes d'une capitale d'Heptarchat en Saturne. La crainte de provoquer l'incrédulité de mes lecteurs et aussi le besoin de renfermer ma pensée dans un nombre limité de colonnes, m'empêchent de révéler les détails de cet établissement fabuleux, mais c'est à n'en pas croire son imagination elle-même, quand on en vient à comparer les féeries monumentales qui s'exécutent là haut avec les mesquineries et les pyramides d'ici-bas. J'en rougis pour ce globe. Un jardin des Plantes de là-haut, c'est tout bonnement un petit monde en raccourci, en miniature, où tous les climats, toutes les zones et toutes leurs productions diverses sont rassemblées, organisées et divisées d'après l'ordre sériaire distributeur de l'harmonie. Quand je serai Grand Animalier de France, ce qui est ma vocation, ou pour me servir d'une expression plus propre, la destinée proportionnelle à mes attractions, je veux essayer de reproduire sur une petite échelle le jardin des Plantes que j'ai vu en Saturne. Comme la capitale de la France aura été, à cette époque, transportée à Poissy, près du confluent de l'Oise et de la Seine, et hors des méandres de ce dernier fleuve, c'est le coteau d'Andrezy que je choisirai pour sujet de mon expérimentation.
Au pied de la colline s'étendra un bassin immense divisé en d'innombrables compartiments d'eau salée et d'eau douce, où seront réunis tous les habitants des ondes que je ferai servir suivant leurs goûts et leurs tempéraments. Il y aura le bassin des Baleines, le lac des Crocodiles et celui des Hippopotames et celui des Castors, tous chauffés à la température voulue par les besoins hygiéniques de chaque espèce. Sur les rivages de l'im-
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raense plaine liquide, folâtreront dans les vertes prairies toutes les variétés de ruminants, depuis la Girafe jusqu'aux Gazelles microscopiques du Cap, depuis l'Aurochs jusqu'au Bélier, et dans chaque parc destiné à telle ou telle espèce, lleuriront les arbres et les herbes qui sont le fond de sa nourriture sur sa terre natale. Ainsi des Félins, des Plantigrades, des Solipèdes, des Éléphants et des Singes. Une température artificielle et constante, entretenue par des procédés météorologiques à moi connus, entretiendra sur le sommet du mont des neiges éternelles, pour procurer à l'Ours blanc, au Chamois, à l'Élan et aux Hennés un milieu qui les console de la patrie absente, et la montagne et tous ses alentours seront taillés sur le patron de notre globe lui-même, et il y aura une Europe, une Asie, une Afrique, une Amérique et une Océanie, et le voyageur, au moyen de cet universel géorama, pourra parcourir en quelques heures toutes les contrées de la terre, et voir, comme le sage Ulysse, les mœurs et les villes de beaucoup; et par mes soins un enfant d'alors apprendra plus d'histoire naturelle et de géographie en huit jours que les plus fortes tètes de Civilisation n'en apprennent en trente ans par les moyens connus. Or, si le palais des Singes a sulïi pour mener à bon i)ort le nom de M. Thiers à travers l'océan des âges, jugez quel avenir de gloire est réservé au mien !
Ce qui fait la valeur scieutilique du jardin des Plantes, ce qui constitue son indéniable supériorité sur tous les autres établissements publics de Paris, c'est la réunion, dans un seul lieu, de toutes les productions du globe ; c'est le rapprochement de la création actuelle de toutes les créations qui l'ont précédée; c'est le spectacle de ce monde en petit, qui permet aux habitants de toutes les zones de retrouver là les quadrupèdes, les arbres et les oiseaux <!•' Icm pas s natal.
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Ici, la science a réussi à acclimater les plantes et les animaux de la région equatoriaie. Priez le directeur des serres de vous laisser pénétrer dans l'intérieur de ces grandes maisons de verre, si élégamment construites, et vous allez vous sentir plongé dans l'atmosphère tiède et embaumée des tropiques, au milieu de Tune de ces forêts vierges du Brésil ou de l'Inde que vous avez rêvées. Yoici des arbres en éventail, en escalier, en parasol, en colonnes corinthiennes. Toutes les formes d'architecture primitive, que vous preniez pour des inventions de l'homme, ont leurs modèles sous ces voûtes. Je vous défie de tirer de votre cerveau une conception bizarre ou monstrueuse qui ne trouve à l'instant son original dans cette série de plantes grasses étalées sous vos yeux. Que voulez-vous imaginer de plus bizarre que ces chapelets de couleuvres qui dardent dans toutes les directions, comme des langues de feu, leurs corolles rutilantes, et ces têtes désolées de vieillards aux longs cheveux d'argent, qui semblent pleurer sur des ruines ! A parler franchement, il y a certains contes d'Hoffmann que je n'oserais pas lire à minuit, seul à seul avec ces cactus, sous l'influence des arômes enivrants de la franciscea du Brésil. Assurément que je finirais par comprendre la conversation des nopals, comme l'étudiant Anselme, et par les voir descendre de leurs gradins pour exécuter des polkas fantastiques. Vous savez que ces plantes si bizarres, qui ne se nourrissent que d'air, et dont le tronc est une feuille, déploient, pour la plupart, un luxe de floraison scandaleux, à ce point que je ne connais guère que quelques camélias et une amaryllis qui puissent lutter d'éclat avec les cactus à grandes fleurs. Je vous expliquerai un jour, lorsque je le saurai moi-même, en vertu de quelle anomalie ces hideuses tiges produisent de si belles fleurs. La Civilisation et la Sauvagerie aussi sont hideuses, cependant la Civilisation et la Sauvagerie porteront l'Harmonie. Les cactus épineux et les plantes vénéneuses sont évidemment des emblè-
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mes des sociétés limbiques sous lesquelles nous avons le bonheur de vivre, et des fléaux qui les accompagnent; mais elles doivent caractériser plus spécialement la Sauvagerie inculte et très-peu commode à manier.
Quand la science a eu là ses forêts vierges sous cloche, elle a naturellement éprouvé le désir de posséder aussi les animaux délicats qui en sont l'ornement. Alors, elle a élevé des Crocodiles sous châssis, et des Boas sous couverture. Le public est admis tous les jours à contempler la couverture, mais plus rarement le Serpent. Ces reptiles intéressants, et peu amis de l'homme, sont d'un entretien peu coûteux quant à la nourriture, vu qu'ils se contentent généralement de déjeuner une ou deux fois par an. Il y en a même qui ne mangent pas du tout, et qui ne s'en trouvent pas plus mal. On parle aussi de Tortues de mer et de Phoques qui vivent dans dévastes baquets à lessive, entourés de tout le comfort de l'existence amphibie. Ce joli petit museau qui s'aventure à la fenêtre de son terrier de coton, appartient à la Gerboise, une miniature du Kangourou.
La vraie science est, par grâce d'État, sympathique et bienveillante à tout ce qui veut s'instruire. Presque tout le monde est savant, poli, aflable au jardin des Plantes. La politesse et la complaisance des chefs y déteignent jusque sur les derniers employés. Je ne connais pas là-bas de porte-clefs ou d'arroseur qui ne soit dans le cas d'en remontrer, en fait de civilité puérile et honnête, aux mieux appris de tous les chefs de bureau de nos huit ministères. La suffisance et la morgue, symptômes caractéristiques de la nullité, funestes effets de l'atmosphère épaisse qu'on respire dans les régions ministérielles, sont des maladies inconnues dans celles du Muséum. Entrez chez un professeur quelconque de chimie, de botanique ou de zoologie (une célébrité européenne d'habitude) ; recommandez-vous auprès du jardinier en chef d'un nom politique ou littéraire (iueIcon(|ue; ayez au bras une jolie