‹ L'esprit des bs (volume 3)Chapitre 4 sur 34 · SKUIUI'KI'KS. ICI · texte numérisé non relu

SKUIUI'KI'KS. ICI

me repentirais d'avoir ri à la lecture du don Quichotte, dont je ue rirais plus aujourd'hui. Mais toujours j'aimerai et j'admirerai l'Arioste, qui ne m'a jamais fait rire aux dépens du champion de la vérité et de la justice. 0 bienheureux chevaliers d'une époque impossible, qui parcouriez si aisément les distances les plus prodigieuses, qui voyagiez de la France au Catay, sans avoir à vous inquiéter le moindrement de ces viles questions de passeport, de blanchissage et de carte à payer qui tiennent tant de place dans l'existence moderne.. Beaux paladinsqui n'aviez (|u'à laisser flotter la bride sur le cou de vos n»onlurcs jiour tomber sûrement dans quelque île enchantée, dans un jardin d'Âlcinc émaillé de femmes roses, d'oiseaux bleus, de fleurs comme ou n'en voit guère... Enfants perdus de la fantaisie, qui viviez sans souci du lendemain ni du jour, nourris, logés, couchés aux frais de la princesse, — comme j'étais fait pour vous aimer et vous comprendre, pour vivre et mourir avec vous !

Le Faucon pèlerin est le plus fameux de tous les oiseaux de vol à la descente, comme le (ierfaut est le meilleur à la montée. La femelle vole tout ce qu'il est permis à un oiseau de voler, depuis la Caille jusqu'à l'Âutruchc, et, par exemple, l'Outarde, la Grue, l'Oie sauvage, le Canard, la Canepetière, la Perdrix, le Coq de bruyère, le Faisan, la Bécasse, le Lièvre et le Lapin, etc., etc.; puis, dans un autre ordre d'idées, le Jean-Ie-blanc, le Milan, le Balbuzard, l'Oiseau Saint-Martin, la Buse, l'Épervier, la Cresserelle, le Hobereau, le Chat-Huant, le Corbeau, la Pie, etc., etc. De compagnie avec l'Autour, elle planant dans les airs, l'Autour rasant le sol , elle exécute des razzias de Perdrix fabuleuses. Alliée à l'JÈpervier, elle occasionne à la Pie et à la Corneille des désagréments infinis. Le Pèlerin ou Tiercelet, qui ue peut aborder qu'avec une extrême difficulté les grands rùles, se distingue surtout dans le vol du Pigeon, de la Poule d'eau, de l'Hirondelle de mer, du Yaiineau, du Pluvier, de la

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Perdrix et de la Cresserelle. On l'a vu quelquefois, lie sachant plus à qui s'en prendre, donner chasse au Coucou, à l'Engoulevent, à la Chauve-souris elle-même pour s'entretenir la main.

Le Faucon pèlerin est tellement passionné pour la chasse, qu'il lui arrive souvent de rendre la liberté à l'oiseau qu'il a pris et de lui donner champ pour le revoler de nouveau, et quand il l'a manqué de ce second vol, il ne se repent pas de sa générosité. Pareil au tireur généreux qui rougirait de tuer un lièvre au gîte, le Faucon pèlerin ne se décide qu'avec une extrême répugnance à saisir une proie arrêtée; mais souvent il la coudoie de l'aile et la force à partir pour lui laisser au moins une chance de salut. J'ai dit que l'Hirondelle en agissait de même avec une foule de moucherons qu'elle pourrait happer sur les murs, mais qu'elle aime mieux saisir au vol. Toutes ces petites délicatesses de procédés se retrouvent dans les habitudes militaires des Français.

Le Faucon pèlerin s'instruit et se dresse avec une facilité remarquable, comme le conscrit français. On en a vu qui avaient terminé leurs études en quinze jours. Il est malheureusement aussi sujet, comme les héros de France, à deux infirmités déplorables, le duel et le rhumatisme. Les châtiments les plus sévères, la peine capitale même, n'ont jamais pu faire renoncer les Faucons à ce fatal préjugé du point d'honneur qui fait tous les jours parmi eux tant de victimes. Le Faucon se fie plus à son épée qu'à son bon droit et ii ses juges, et il donne d'excellentes raisons pour justifierson opinion et ses actes. Dans le fait, quand on considère de près la sottise des hommes, il est difficile de ne pas être un peu de l'avis du Faucon.

Le Pèlerin craint la neige, peu^-êtrc par souvenance des désastres de la campagne de Russie.

Le nom de Pèlerin \cut dire qui fait de longs voyages. Ce Faucon se rencontre en elTet dans presque tous les pays de la

Terre, et les traversées de mille lieues sont ses moindres |)rou)enades.

11 aire dans les roches du Midi plus fréquemment que dans celles du Nord. Toutefois, Temmynck a grand tort d'affirmer qu'il est très-rare dons les pays en plaine et rpron no le rencontre jamais dans les contrées marécageuses. Ce sont, au contraire, les contrées marécageuses du nord de la France, les rives de la Somme et de l'Oise, fécondes en Bécassines et en Canards, qui sont chez nous ses demeures favorites; car le Pèlerin adore le Canard sauvage et la Sarcelle, et il en fait une consommation elVroyable; il est donc bien forcé de fréquenter les lieux où se plaisent ces espèces.

Mais j'ai plus que les simples données du bon sens pour infirmer l'assertion de Temmynck. relativement à la prétendue répugnance du Faucon Pèlerin pour les pays de plaino, et d'abord mon expérience personnelle qui la contredit formellement, puis i'opinion de M. Crespon de Nismes, qui a rencontré maintes fois le Pèlerin sur les rives basses et marécageuses de nos grands étangs du Midi , et encore le témoignage précis de vingt huttiers du Nord, entre autres celui de M. Ernest Bonjour de Ribemont, un illustre chasseur de Canards devant Dieu, qui joint à la passion de la hutte un amour éclairé de l'ornithologie, et possède une des plus riches collections d'oiseaux de France que je connaisse, Le muséum de M. Ernest Bonjour abonde en Pèlerins de tout âge et de tout sexe, tués sur les rives de l'Oise et dans les plaines nues adjacentes ; et il n est pas, dans le pays, d'observateur un peu subtil qui n'ait assisté nombre de fois au spectacle de l'attaque du Canard et de la Sarcelle par le Pèlerin, voire de rOic sauvage; car le Pèlerin a barre sur tous les rémipèdes; il lie rOie sans grande peine, et s'il a l'air de respecter le Cygne, ce n'est pas qu'il le craigne, mais seulement qu'il le trouve gênant à emporter. Or, à quoi bon tenter une épreuve périlleuse,

liJ «tilMillULuOlt l'AbMUN.NLLLi:.

sans chances de profit personnel. Encore passe si Ton travaillait pour un maître, pour une maîtresse surtout.

Enfin je fus moi-même un jour de ce dernier hiver (mars iSbo), témoin oculaire d'un fait qui tranche la question. La scène s'est j)asséesur ces mômes rives de l'Oise, au lieu dit de Ribcmont. Nous revenions bredouille de la hutte Bonjour, une hutte modèle et mouU plaisante, aurait dit Rabelais, et monastique ment assortis (Ir harnais de (jucrre et de (jueule. Une bande de Canards sillonnait la région des nues à une hauteur prodigieu.'^e. « En voilà qui ne sont pas pour nous, » dit le vénérable du groupe; mais il avait à i»eine formulé ses regrets, que soudain la bande se disloque comme sous l'explosion de la foudre et que ses membres cpars , piquent du haut du ciel sur le sol une tête verticale. « Faucon en vue » crie l'ornithologiste, et braquant sa lunette vers les profondeurs de l'espace, il distingue au zénith un point noir immobile, invisible à l'œil nu. C'était un Pèlerin qui planait. Mais les chasseurs avisés se dispersent aussitôt et courent avec leurs chiens à la recherche des Canards qui viennent de s'abattre dans les buissons voisins. On les trouve, on les tire à l'arrêt comme des Cailles ; car le Canard qui se voit ou qui se croit bloque par le Faucon, éprouve une frayeur si grande, que ses moyens en sont totalement paralysés et qu'il n'essaye pas même de fuir devant l'homme ou son chien. Ainsi le malheureux bourgeois à qui ses mystificateurs habituels ont fait peur du Faucou de l'anarchie,, se jette tête baissée dans la gueule insatiable de l'ogre du despotisme; et non moins fin que Gribouille, qui se fourrait dans l'eau de crainte d'être mouillé, commence par lui livrer sa vie, sa liberté, sa bourse, tous les biens qu'il tremblait que l'anarchie ne lui prît.

Donc s'il est un fait bien certain et bien démontre dans ce monde, c'est que le Faucon pèlerin fréquente les contrées marécageuses et les pays de plaine, malgré la défense de Tcminyiick.

SKKhIl'KWKS. H. 5

Le couple ue se sépare pas à la tin de l'éducation des entants, ainsi que la chose se pratique dans plusieurs espèces. Le père et la merc continuent de l'aire ménage ensemble et chassent de compagnie.

Le Faucon pèlerin est l'emblème du preux chasseur aussi bien que du chevalier errant; car ca^ deux professions n'en sont qu'une, et je les confonds dans mon estime. Chasseurs de haut litre et chevaliers errants ne pcu\cnt avoir qu'une seule ambition en ce monde, celle de débarrasser leur patrie de tous les oiseaux de nuit, de tous les Aigles, de tous les Vautours, de tous les Renards, de toutes les Fouines, de tous les Kats et de toutes les N ipèrcs dont elle est infestée.

Ft puisque la mission de tous le>> chevaliers et de tous les chasseurs est la même, l'histoire du Faucon pèlerin doit être celle de tousses frères d'armes. Disons donc le F'aucon tout court pour donner plus d'intérêt au récit qui va suivre, et généralisons.

Puisque le Faucon est le plus vaillant et le plus rapide de tous les oiseaux de bataille, ce doit être l'emblème de la bravoure chevaleresque qui s'est persounitiée de touttem|)s dans le héros français. C'est pourquoi je regrette que la France guerrière n'ait pas choisi le Faucon pour emblème, de préférence à l'Aigle qui est un type inférieur.

L'Aigle est l'emblème du Romain et de l'Anglais qui combattent surtout pour étendre leur domination et qui s'attaquent avec bonheur aux races inférieures, aux espèces-victimes.

Le Faucon, chevalier intrépide, toujours armé pour la bonne cause, méprise ces triomphes faciles. Il ne regarde point au nombre de ses ennemis ni à la supériorité de leurs armes, et la grandeur du péril ne fait qu'enllammer son courage. Ogre ou Géant, Aigle, Milan, Héron, tyran des airs, des forêts ou des eaux, toutduità sa vaillance, tout ennemi lui est bon, Il l'attaque de

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haute lutte dans les champs clos de l'air, le lie, lui lait mordre la poussière. Il semble plus désireux de bien mourir que de mal vivre, et ne réclame jamais pour prix de la victoire de la veille, que l'honneur de combattre aux premiers rangs le lendemain.

Ainsi faisaient nos pères au début de ce siècle, entassant prodiges sur prodiges dans leur lutte titanesque contre la coalition des despotes, et fatiguant vingt ans la victoire à les suivre, le tout pour conquérir un peu de gloire et le renom de héros invincibles.

Les autres oiseaux disent, parlant de l'impétuosité irrésistible du Faucon dans l'attaque, la furia francese, je me trompe, la furie fauconienne.

Le Faucon a reçu en partage les dons les plus précieux de l'esprit et du corps, la grâce et l'élégance des formes, le génie du calcul et de la combinaison stratégique, une délicatesse de goiU exquise, une iinesse de vue incomparable, une ardeur de dé- Vouement à l'état permanent de paroxysme. La nature, qui ne Ta pas armé chevalier pour rien, a proportionné la puissance et la solidité de son armure à la rudesse des assauts qu'il aurait à Jivrer, des chocs qu'il aurait à subir. Aussi ses dagues cannelées et rétractiles sont-elles de plus fine trempe (|ue la meilleure lame de Tolède. Son bec flenté, crochu et court, pèse comme la massue et tranche comme la hache.

L'aile du Faucon est le modèle le plus achevé que nous Mvons de la rame aérienne. C'est peut-être celui de ses chefsd'œuvre où le souverain artiste a marié avec le plus d'impertinence la force à la légèreté. L'Aigle et le Vautour à l'envergure immense s'élèvent plus haut que le Faucon dans les régions du ciel , mais ils ne tiennent pas contre le vent, faute de rémiges assez pointues pour les garer de la dérive. Le Faucon, mieux gréé, pique droit dans la rafale et se berce dans l'ouragan.

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La race française aussi a reçu quel(iues dons lioiireux en partage, notamment l'esprit, la bravoure, la grâce, la i^aieté insoucieuse, le bon goût, l'atticisme , l'urbanité exquise, l'amour de toutes les élégances, etc. , etc. Ce n'est pas elle qui a imagine le couvre-chef disgracieux qu'on nomme chapeau rond et qui fut dans l'origine un fragment de tuyau de pocle. Ce produit est de création britanni(|ue ou tout au moins américaine. En revanche, tout ce (|ui se fait de joli et de délicieux en matière de parure féminine est d'invention française. L'Amérique et l'Orient sont les provinces de l'Europe , mais l'Jùirope est la jjrovince de la France. Toute femme un peu adorable est plus ou moins parisienne; tout étranger ijui pense et qui sait vivre convient qu'on ne vit qu'à Paris. Russe , Italien , Anglais peuvent être les noms de baptême de ces penseurs d'élite , leur nom de famille est Frau* yais. Pendant tout le temps que dura l'exposition universelle de Londres, on ne circulait plus dans Paris , ou s'y étoulVait, on s'y portait, et il est, des aujourd'hui, avère (jue sur les deux cent cinquante mille maris français qui ont \ms dcsgpasseports pour la Grande-Bretagne, deux cent vingt mille au moins ont eu le bon esprit de passer leur congé conjugal eu deçà de la Manche. Même dans l'intérieur du Palais de Cristal, les gens d'esprit n'avaient d'yeux (jue pour les chefs-d'œuvre de l'industrie française, qui avait eu le bon goût de se faire attendre et de n'entrer qu'à la dernière heure en sa loge , à la façon des coquettes bien apprises.

C'est qu'il est des laces, hélas ! comme la race britannique, chez lesquelles les vertus sont pires que les vices; c'est le contraire chez la race française, où les défauts sont plus aimables et plus charmants que les qualités, où l'esprit national est de n'en pas avoir.

Le beau pays de France tient moins de place sur la carte du globe que l'empire britannique , mais quel plus vaste espace il

110 UUMTllUl.UGlL l'ASSln.NM'LLh;.

occupe daus l'histoire de l'avenir et dans le cœur de rhuuiauile ! Mt sa grandeur est de celles que n'ébranlent pas les vicissitudes (le la fortune , car elle est l'ondée sur la puissance de l'attractioD et de la sympathie universelles ; car la France n'est pas seulement la terre des délices pour les heureux du jour, c'est la terre ]>romisc de l'exil , l'asile toujours ouvert aux malheureux proscrits; c'est la commune patrie des libres et des l'orts armés pour la défense du droit. Et les autres nations n'ont pas même à la maudire dans les écarts les plus désordonnés de sa politique conquérante , par la raison (jue la France se rétrécit de ses succès, au rebours de l'Autriche qui s'agrandit de ses revers. Dieu a voulu, en ellet, que chaque victoire de la France lui rognât un bout de frontière pour la dégoûter des batailles et pour lui montrer que ce n'était pas par les armes qu'il l'avait appelée à subjuguer le monde.

La Rome de^ Scipions, la Rome des Césars, a tenu aussi plus de place que l'Athènes de Phidias, de Sophocle et de Démosthène sur ^ carte d'autrefois , mais Rome a sombré comme un fragile esquif sous le premier souffle de l'ouragan de la barbarie Scandinave , et rien n'est resté d'elle que ses aflreux traités de chicane, tandis que la gloire d'Athènes va toujours grandissant, Albion V aristocratique a régné , elle a l'air de régner encore par la grâce du coton et celle des bouches à feu de ses citadelles flottantes, dominatrices des mers; mais demain la tourmente peut briser comme verre ces colosses de bois . peuplés par la contrainte, et semer de leurs riches épaves les Ilots émancipés... car l'Aigle, je vous le répète , ne tient pas contre le vent. Il y a encore une Angleterre et j'en bénis le ciel, mais les lords ne sont plus.

Or, la France a subi en moins de soixante ans dix révolutions successives, plus deux invasions de barbares. Tous les Cosaques du Midi et du Nord, Cosaques de la Tamise, de la Sprée , du

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Don el <1(* l'Isl(.-r ont rampé dans ses capitales , pille ses inomiinents, ses trésors, ses tonneaux. La conjuration des éléments, des frimats, des pestes, des famines s'est mise de la partie pour aider à sa ruine et s'est alliée contre elle à la conjuration des despotes. Klle a eu le mal du traître, plus pernicieux et plu.s redoutable que les despotes et les éléments conjurés; le mal de l'émigré moins français que le russe, plus insolent et plus avide que lui. Elle a eu le mal de la peur, le plus honteux et le plus dangereux de tous. .Sottises du droit divin . terreur rouge , terreur blanche; régnes de caporaux, d'avocats, de sacristains... tous les fléaux de la terre et du ciel se sont l'un après l'autre , quelquefois tous ensemble , attachés à ses flancs. Un de ses chefs, :i lui seul, l'avait saignée une fois de trois milliards d'argent et de trois millions d'hommes, et les bourreaux des peuples, prolitant de son épuisement , s'étaient jetés dessus et l'avaient terrassée, espérant, pour le coup, que c'en était fait d'elle. Stupide illusion! le lendemain de sa chute, la captive enchaînée avait grisé la geôle et vaincu ses vainqueurs, et d'un seul tour de main, détordant ses entraves, elle se redressait dans sa gloire, plus forte , plus rayonnante et plus indomptée que jamais.

Et toutes les nations lurent écrit dans ses regards célestes que jamais les clefs du goupillon , du sabre et du rabat ne prévaudraient contre elle.

Comme il n'y a, parmi les oiseaux de guerre, que le Faucon pour faire le Saint-Esprit au milieu de l'orage , il n'y a , parmi les grands États que la France pour tenir coup aux plus violents ébranlements de la politique et se jouer de la tourmente.

.l'ai lu partout et partout entendu citer comme exemple de la rapidité prodigieuse du Faucon, l'histoire du Sacre appartenant au roi Henri II , qui sdcorta un beau matin à la suite d'une Canepetière dans les plaines de Fontainebleau, et fut repris le lendemain , jour de la Notre-Dame de Mars, sur un rocher de l'ile de

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Malte où il avait passé la nuit. Un autre qui appartenait au duc de Guise, le lils du Balafré, étant monté eu essor (trop haut) dans la plaine de Paris , fut repris à quelques heures de là à (élèves en Allem;igne et rapporté à son propriétaire. Un troisième revint aussi de Lisbonne ou de Madrid à l'Ile de Ténériffe en quelques tours d'aiguille. Le temps où le Faucon est le plus Bujet à ces fugues est le temps des amours. La vitesse moyenne du Faucon est de quarante à cinquante lieues à l'heure ; le Martinet fait mieux que cela.

Le courage et l'intelligence du Faucon sont à l'avenant de sa vitesse. Le Faucon qui combat sous les yeux de sa maîtresse abat tout ce qu'on veut qu'il abatte. L'Alphanet, charmant Faucon rose de la taille du Faisan , terrasse la Gazelle et n'hésiterait probablement pas à donner sur la Giralïe. L'homme a oublié de dresser le Faucon au vol du Lion , du Rhinocéros et du Tigre , où il eût réussi. J'affirme qu'il n'est pas d'animal si terrible qui puisse résister à la ligue offensive du Chien et du Faucon, d'autant que le Faucoû est de toutes les bêtes celle qui comprend le mieux les immenses avantages de l'association intégrale. Nonseulement les Faucons des diflerentes races s'unissent entre eux pour la bataille, Gerfauts, Sacres, Laniers, Faucons pèlerins, Autours, Alèthes, Alphanets, mais tous se lient d'amitié avec l'Homme, le Chien et le Cheval, et ces liaisons affectueuses, nées de la confraternité des armes et des goûts, ont parfois engendré de touchantes anecdotes.

C'est par l'association que le Sacre et le Gerfaut, plus petits que l'Aigle, sont venus à bout d'abattre ce tyran sanguinaire (jui se jouait de la justice et méprisait les dieux. Grande leçon pour les peuples !

Le vol du Milan, du Héron, du Cliat-huant et de tous les grands oiseaux exige le concours de plusieurs Faucons, et le succès de la chasse dépend de leur entente cordiale.

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Il l'autau moins trois Faucons, (loiiauls, l'clcriiis ou Sacres pour lier le Héron , sans compter un Chien qui le lève. Il y a le Hausse-pied qui attaque le Héron reposé et le force à prendre l'essor, le Teneur qui le narde et le Jomfjts.'^rin- qui l'assomme. Chacun combat à sonranii, mais veille au salut de ses frères d'armes. Un jour que le roi Louis XI1[ volait le Hi ron sous les murs de Paris, il arriva que le Hausse-pied reçut une blessure grave à l'attaque; ce que voyant le second Faucon ou Teneur, il entra en un ii;rand courroux, jurant de venger sur l'heure son camarade, et donna à phndj si fitricnscment nu Héron, qu'il lui emporta la tète dont le roi se trouva privé de son droit.

L'alliance du Faucon et de l'Autour est mortelle à la Perdrix. L'histoire des amitiés du Chien et de l'Oiseau de chasse fourmille de traits piquants.

ITh Bra([ue de caractère rassis avait été commis à la surveillance d'un Alphanet de o;rand mérite, mais diflicile à vivre, capricieux, boudeur et découchant parfois. Au bout de quelques jours, les deux bêtes s'étaient prises l'une pour l'autre d'une aiïection si vive qu'on ne les pouvait plus séparer. La première fois que l' Alphanet lit sa tète et annonça l'intention de passer la nuit à la belle étoile , le Braque commença par épuiser toute son éloquence pour tâcher de le ramènera des principes d'hygiène et de morale plus sains; puis, voyant sa peine inutile , il finit par s'établir en rond au pied de l'arbre que le mauvais coucheur avait choisi pour domicile, et veilla toute la nuit sur lui. Le jour venu, la bête intelligente se rendit au château pour y chercher le garde et l'amena lui-même sur les lieux , désignant de la voix et du geste l'arbre touffu où le vaurien se tenait caché.

D'Esparron possédait un Lévrier turc parfaitement élevé qui se faisait un plaisir de ramasser tous les Perdreaux que les Faucons avaient abattus , puis de leur tordre le cou et de les restituer ensuite à ceux-ci avec une courtoisie exquise. Lé môme fut

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lo lieros d'une histoirp amusante et qui ne, me paraît pas déplacée en CCS lignes.

Il venait de prendre un Lièvre , des vignerons le lui volent. (La scène se passait en Provence.) Il s'en retourne vers son maître, tout penaud, la queue basse et lui raconte l'escroquerie dont il a été victime. Le maître se dirige aussitôt vers les voleurs, leur transmet le récit de la béte et conclut énergiquement à ce que le lièvre dérobé soit rendu sur le champ à celui qui l'a pris. Là-dessus , dénégations unanimes des inculpés qui déclinent bruyamment la responsabilité du larcin et protestent à l'envi contre les aliirmations du Lévrier. Alors celui-ci, révolté de tant d'hypocrisie et d'audace , furieux surtout de voir sa loyauté méconnue, désigne le coupable en se jetant sur lui et lui enlevant un riche morceau du rable en matière de représailles , puis pour achever de confondre les imposteurs , il marche droit à la place où le Lièvre a été enseveli , le déterre et le rapporte lentement à son maître à la barbe des larrons , honteux et consternés. Ce qui prouve, ajoute le narrateur, témoin oculaire de l'histoire, que les bétes ont quelquefois plus d'esprit qu'on ne pense.

11 est certain que le Lévrier turc de d'Esparron ne méritait pas d'être traité de cloaque d'infamie, pas plus que Castagno et mille autres , et notamment cette pauvre Levrette qui , ayant perdu son Levron , lui donna la sépulture de ses propres mains, et passa plusieurs jours et plusieurs nuits sur sa tombe pour la protéger contre les profanations des Loups et des Vautours.

Quant à la fidélité du Faucon, je ne suis embarrassé que du nombre des preuves à choisir dans une foule d'écrits, d'annales, de légendes populaires où il est redit à satiété que le Faucon tombe malade lorsqu'il change de maître , et surtout de maîtresse; qu'il languit de l'indifférence et de l'oubli de celle-ci , et meurt de son absence. Que je cite seulement, en témoignage de la constance et de la moralité du Faucon , la touchante niésa-

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V(MUuri' arrivée du temps îles croisades a un (iliaherl (|iiel»(iin|iie des Haiites-P\ renées.

De retour en sa patrie , après un séjour de dix ans en Pales tine où il avait subi de graves avaries et laissé quelques os, l'infortune chevalier trappe le soir à la porte de son castcl. Mais il s'annonce vainement connue le maître du logis; personne ne veut le reconnaître. Son épouse volage , qui s'est empressée de convoler en secondes noces, sur le bruit de sa mort , est la première à le ([ualilier d'intrigant ; ses anciens serviteurs le balouent et l'outragent ; ses dogues mûmes lui montrent les dents. Une seule \oix ose s'élever au milieu de ce chœur de malédictions pour reconnaître l'identité du propriétaire légitime, un seul ami ose témoigner au chîUelain délabré sa joie de le revoir : c'est son (lerfaut lidèle...

Légende tout aussi poétique et aussi touchante que celles du sage Ulysse, d'Imogiae et de Lénore, qui ont l'ourni tant de sujets d'épopées , de romances et d'opéras-comiqucs.

La vénération des anciens et des modernes pour le Faucon va si loin, qu on attribue à ses os la précieuse propriété d'attirer l'or et à ses pennes roussies le pouvoir de chasser la fièvre et le démon. L'expérience moderne n'a ijue très-partiellement conlirmé ces idées d'un autre âge. Elle a démontré que le Faucon jouissait à un très-haut degré de la propriété d'attirer l'or... mais seulement hors de la bourse de son maître. Or, cette propriété n'est pas spéciale à l'oiseau de chasse, elle lui est commune avec le Chien et le Cheval , et une foule d'autres objets de plaisir et de luxe.

Le Faucon , qui tient constamment le dessus , est un emblème vivant de force et de victoire. Les prêtres de Memphis portaient une aile de Faucon de chaciue côté de la tète , et l'Écriture- Sainte compare le Faucon habitant de la nue à l'homme pieux adonné à la contemplation du ciel.

I?) OHMTHOIOfilE F'ASSIONNEILF,

J'ai déjà dit (|ue la doférence passionnée du Tieicolet pour sa femelle était le fond de toutes les vertus de la race fauconnienne. De liiértie toutes les brillantes qualités qui distinguent la race frailçaise, sa délicatesse de goût, son urbanité si vantée lui sont venues de son respect pour la femme. La chevalerie est née en France , puisque la galanterie est l'àme de la chevalerie.

La déférence du Tiercelet pour sa femelle est motivée sur la reconnaissance de la supériorité incontestable de celle-ci au moral et au physique. La même cause a produit les mêmes effets en France, où le sexe féminin l'a toujours emporté considérablement sur l'autre par les charmes de l'esprit et les agréments extérieurs, où la plus resplendissante de toutes les figures chevaleresques est une figure de vierge.

Seulement, comme les bètes ne se contredisent jamais et sont plus logiciennes que les hommes, les Faucons ne se bornent pas à honorer leurs femelles de vains titres et à dorer la chaîne de leurs esclaves ; ils concèdent de bonne grâce à celles qu'ils saluent leurs maîtresses tous les avantages et privilèges afférents à ce titre. Ainsi, ce n'est plus là-haut comme chez nous le mari qui donne son nom à la mariée : c'est lui qui le reçoit au contraire, et ce nom est tout naturellement orné d'un diminutif, comme il convient à un individu d'une taille exiguë et d'un sexe inférieur. Sacre et Lanier, noms génériques de l'espèce, seront les noms des femelles. Le màlc s'appellera Sarrot et A^nerct.

On pense aussi dans ce haut monde que les femelles, à qui ont été assignées les tribulations de la maternité et les fonctions pénibles d'institutrices primaires des générations nouvelles , ont reçu de la nature une assez lourde charge pour avoir droit à l'exemption de tous les autres services et travaux répugnants. Et les mâles des Faucons ont noblement basé sur cette considé-

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ration de juslico (li>lribuli\e leur iT}i;le do roiidiiiU' c'uiijiif^alc . coiniiie pour donner une le»;on de di;ïiii(c et d liunianitc ii tant de likhes humains (jui n'ont pas honte (h; \ivre de hi (h)t ou du travail de leurs lemines.

Rien n'est curieux ;i observer comme les évolutions amoureuses du Tiercelet de Faucon pendant (pie sa femelle couve, (l'est de l'aire aux champs un va-et-vient perpétuel. Ln remelie. alitée par la lièvre de l'incubation , ayant besoin (lue (pu'bpi'un chasse et travaille |)ourelle, le Tiercelet se multiplie pour se maintenir à la hauteur de sa tAche et réussit à s'acquitter avec honneur de ce surcroit de besogne. Ijitendcz ces clameurs aiguL's qu'il jette dans l'air a la sortie du domicile conju};al : c'est la promesse (pi'il l'ait à la dame de céans de rentrer le plus tôt possible chargé de riches dépouilles. Ainsi disait tous les matins Hector à Andromaque, un peu avant de grimper sur les murs d'ilion. I*arole donnée. |)arole tenue : voici le Tiercelet de retour, le cœur joyeux, les mains pleines. Toutefois, avant de déposer sa capture aux pieds de sa souveraine , il éprouve le besoin de chanter son triomphe, comme le bon travailleur la tin de son travail , et il s'amuse à tenter dans les airs des ascensions verticales et des descentes en parachute pour récréer celle qui le regarde du spectacle et du bruit de ses évolutions. Le jour ou il devient père et où l'éclosion des petits rend la liberté à leur mère, sa joie devient du délire ; il faut qu'il aille crier sa gloire à tous les carrefours du ciel; il en est fatigant.

Les Faucons savent vaincre et chanter leurs conquêtes , à l'instar du guerrier français, héros et troubadour, .l'abuse peutêtre ici de la métaphore voltairienne en employant l'infinitif c/ianter. Clamer ou glapir vaudrait mieux.

Les Faucons adorent les odeurs agréables , comme les Vau tours la puanteur des cadavres. On les accuse d'une vive antipathie pour l'ail et le tabac de caporal. Les fauconniers d'autre-

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lois expliquaient l'allection toute particulièro îles hmcons \un\i les jolies femmes, par leur communauté de goiit pour les parfums.

Le Faucon est peut-être le premier des animaux (jui se soit rallié à l'homme et qui lui ait olTert spontanément son concours pour l'assujettissement des espèces rebelles. Le Faucon est le beau idéal du forceur, c'est le Lévrier de l'air, mais le Lévrier ailé, joij<nant à une vélocité sextuple l'esprit de ruse du Braque . la bravoure du Limier, la lidélité du Caniche... ajoulerai-je , hélas ! possédant toutes les vertus du Chien , plus la pureté des mœurs... Car le Faucon est éminemment monogame, et le récit des souiïrances du vaillant Amadis de (laule, qui brûla dix ans pour Oriane d'une tlarame non moins res|)ectueuse qu'ardente, paraît n'être qu'un épisode tiré de l'histoire amoureuse du Sacre ou du Gerfaut.

Je remarque à ce propos que la pureté des mœurs du Faucon se reflète dans le style de ses historioi>;raphes, comme le cynisme du Chien, hélas ! dans le style des plus illustres veneurs. Autant Dufouilloux et les auteurs de nos fanfares de chasse sont obscènes, autant d'Esparron et ses collègues se montrent réservés, farouches même, à l'endroit de l'amour.

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-Vlais Diane alioniiiio une clioso si \ile... Sisiedc raiiiininorie.

On sait la fonction harmoniciue du Chien (|ui a tiré l'homme de l'anthropophagie et de la sauvagerie en lui donnant le troupeau. Cette fonction est de garder le Mouton, la Chèvre, le Ud'uf, le Cheval, l'Âne, contre les entreprises '/c iou.^ coiix dim race , et de poursuivre avec acharnement les espèces rebelles à l'autorité du maître qu'il a le premier reconnue.

si.aiui'i;hi>. \r,

l.ii llli^>iu!l litiniiuiui|UL' du Faucon u'esi pas autre : l*rotej:ei" les troupeaux de l'erdrix, de Faisans, de Coqs de bruyère, de (îailles, de Canepetières , d'Oies, do Canards, etc., etc. , ruii/)-'' la rapacité de tous coii.v fie sfi rac, Ai;;les, (îrands-ducs , Milans , etc. , et abattre les insoumis , ilchrlhui' sn/icr/jos.

Pour que le Chien pût remplir honorablement les hautes et pénibles fonctions (|ui lui étaient assignées par l'ordre ^jrovidentiel , pour qu'il pût à la lois tenir tctc au Chacal . au Loup, au Sanjilier, àlOurs, etc., etc., mater le Taureau. rFlalon, le Bou(pielin, le Moullloii, etc., etc., eurej;imeiitcr et l'aire marcher au pas les espèces soumises, il fallait que la nature armât le Chien d une triple cuirasse de ruse, de souplesse et de force. C'est précisément ce qu'elle a fait. Le Lévrier, le père d(; tous les Chiens du monde, est le plus rapide et lopins intelligent de tous les quadrupèdes chasseurs, et ses crochets redoutables ont la ténacité des mâchoires de l'etau.

De même , pour que le Faucon pût tenir en respect l'Aigle , le Jean-le-lilanc et le Grand-duc , la nature l'a pourvu dv. moyens de locomotion et de coï'rcition supérieurs, ailes aigiies, bec denté , serres tranchantes. Le ï'aucon est le plus vite de tous les oiseaux de guerre.

Donc , que personne ne fasse un crime au Faucon et au Lévrier de leur humeur belliqueuse et de leurs instincts carnassiers, sans faire en même temps l'éloge le plus pompeux de leurs rares vertus.

(-ar ces deux nobles races ont été dans leur alTection pour 1 homme, jusqu'à lui faire le sacrilicc de leurs penchants et do, leurs appétits naturels. Le Chien a renonce à la chair de Mouton cru qu'il estime, le Faucon à celle de la Perdrix qu'il adore, pour assurer au maître le monopole de la jouissance du troupeau et du gibier, inépuisable fonds d'alimentation et de plaisir. Si le Faucon et le Chien se pillent encore entre eux, se battent et

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