I:>(i OHMTHOLOCIE l'ASSlU.N.MÎLLE
se déchirent, ce n'est que par jalousie, par un excès d'affection l)Our riiomme ; mais le Braque et le Faucon bien dressés n'attendent pas même que leur maître les vienne débarrasser de leur capture; ils volent au devant de lui avec toutes sortes de démonstrations joyeuses et lui remettent leur Perdrix dans les mains sans faire à celle-ci aucun mal.
Cependant il y a des gens qui ne sont pas touchés comme moi jusqu'aux larmes de ce magnifique accord de volonté et de désintéressement qui fait autant d'honneur à l'homme qu'à la bête. J'en sais même qui admirent le prétendu dévouement du Coq et lui savent gré de son ralliement forcé à l'homme, et qui refusent leur admiration au ralliement volontaire du Chien et du Faucon, qui avaient parfaitement le moyen de se passer de l'homme et n'avaient rien à gagner avec lui. Le Gerfaut se rallie à l'homme pour l'aimer et le servir. Le Coq ne se rapproche de ce dernier que pour trouver près de lui protection et profit.
Et c'en était fait de l'homme, si la Providence ne lui eut procuré dans chaque règne le concours de certains caniasaiers forcews dociles qui lui ont prêté main forte contre les carnamers et les farceurs (/issidents.
Otez à l'Asiatique le Chien et le Faucon , et tous les dissidents, le Lion, le Loup , le Chacal, l'Aigle et le Milan restent les maîtres de la situation qui se prolonge indéfiniment dans les siècles. Les arts et l'industrie pourrissent en germe dans les limbes de la misère et de la sauvagerie éternelles. L'Égyptien se contente de la hutte du Peau-rouge et ne bâtit pas Memphis , ni rAssyh'ea Habylone , ni le Romain Rome , ni le Parisien Paris. La lumière oublie de se faire, et voilà une planète cardinale condamnée à i)erpétuité au chaos !
Otez à l'homme le Chien et le Faucon, et le troupeau de Moutons, don du Chion, s'évapore... Et le Coq domestique lui-
SKUHII'EDES. 1-27
même , désormais livre sans dél'ense aux. injures de tous les carnassiers de la terre et du ciel . s'empresse d'aller rejoindre le (îerf aux larges bois du moyen âge et le Dronte de l'Ile Maurice dans la r^i^'um des mythes.
Ainsi, hors du Limier et du Faucon, point de progrès, point de richesses, point de salut pour l'humanité.
Ainsi , pour (pie le peuple irauçais acconipllt sur la terre sa mission rédemptrice et mit lin au règne de Satan, ce n'était pas assez que ce peuple eût au cd'ur l'amour de la justice et l'horreur des bourreaux; il fallait encore que son verbe fût arme de l'ironie sanglante qui démolit l'erreur et sa main de lu massue d'Hercule qui terrasse les Lions... Et Dieu a pourvu lui-même au triomphe de sa cause, en armant le bras de son champion d une force invincible...
L'histoire et la poésie, du reste, ont enregistre de bonne heure le pacte d'alliance conclu entre le Faucon et l'homme, et(|ui remonte, comme je l'ai dit, aux premiers jours du monde. Je ne sais pas pourquoi M. (luvier a cité (Itésias comme un des premiers auteurs qui aient fait mention de la fauconnerie , car il n'est question que de cela (manière de parler hyperbolique) dans tous les livres de l'anticpiité juive , grecque et romaine.
Lamech, his de Mathusalem , le même qui tua Caïn sans le vouloir, était, à ce qu'on assure, un parlait fauconnier. Or, Caïn ne date pas d'hier.
Moïse s'explique catégoriquement sur la vénerie et sur le vol : Si guis venutione atque aucupio [aucupium , en latin, veut dire chasse au Faucon). Job, antérieur k Moïse , Baruch , qui est venu après lui , mentionnent cette industrie. Les Indiens , les Assyriens , les Mèdes et les Perses pratiquent le vol du Lièvre , de la Grue et du Renard , dès les âges les plus reculés. Le sage Ulysse rapporte du sac de Troie des Faucons parfaitement dressés; En Thrace et en Egypte, on croit que le Faucon fait
12S OHMillUl.OGIL l'AbblU.N.NELlj;.
commerce d'amitié avec l'homme depuis un temps iiiuueiiiorial et (ju'il a toujours chassé les oiseaux dans les filets, moyennant une légère part de prise. On le représente animé pour l'espèci; humaine d'une sorte de sympathie pieuse. Le Faucon s'attendrit à la vue du cadavre de l'homme et lui ferme respectueusement les jeux. Sa fidélité à son maître, mais surtout à sa maîtresse, est proverbiale sur les rives du Nil comme sur celles du Bosphore. On n'a pas d'exemple qu'un Faucon ait quitté le service de son patron sans de graves sujets de mécontentement.
Et cependant de si nombreux mérites, tant de vertus, tant de services, n'ont pas détourné du Faucon les traits de la rancune et du dénigrement. Et j'ai eu la douleur d'entendre l'auteur de la déroute des Césars^ un ami, s'emporter contre le noble oiseau en paroles améres, le traiter de Sacripant, de Sbire, d'égorgeur eu sous-ordre, et me porter le déli de lui expliquer la fonction harmonique de ce moule supérieur; je crois avoir répondu tout à l'heure à ce défi eu termes catégoriques; je crois avoir exposé assez victorieusement cette fonction harmonique qui est la même que celle du chien de chasse; je. crois enfin avoir blanchi à fond le Gerfaut de toutes les iniquités dont les haines politiques ont chargé sa mémoire. Malheureusement le nom du Gerfaut est de ceux qui ont le funeste avantage de rappeler des époques douloureuses et de se rattacher à des institutions détestées ; et je sais trop la persistance et la ténacité des préjugés de caste pour me fiatter d'avoir ramené à la justice par quelques mots de sagesse, cette foule d'honnêtes gens qui ont contrticté l'habitude d'englober le Gerfaut dans l'exécration rationnelle qu'ils ont vouée à la féodalité, et qui n'ont pas même encore pardonné au pauvre Pigeon de colombier ses accointances geu ■ tilhommières d'avant 89.
Hélas oui , c'est chose triste à dire, mais la France de nos jours est remplie juscpitui l)ord d'amants fougueux de l'^galitc
SEHRIl'KUKS. IJO
«|ui, (Iciiis leur sainte haine de toutes les oppressions des vieux régimes, voudraient en elVacer jusqu'au nom dans le souvenir des hommes, et qui gratteraient volontiers les mots de roi, de pape ou de gentilhomme à toutes les pages de l'histoire et à tous les coins de rue ou les a gravés le temps. Or, s'il m'était permis de m'exprimer eu toute franchise à l'endroit de cette susceptibilité extrême, je n'hésiterais pas une seconde à la taxer de maladresse et de puérilité. Je l'appelle une maladresse, parce que la haine des mots laisse supposer la peur des choses ; une puérilité, |)arce (|ue l'histoire ne se hille pas d'un trait de plume. Ainsi beaucoup de serviteurs ardents de la deniocratie ont cru servir sa cause eu forçant le Tigre roijol à se débaptiser et à se nommer le Tigre <ks Vo»(jcs ou le Tigre national. Ils se sont trompes étrangement.
Ces erreurs d'appréciation historique n auraient pas lieu, ces peurs du retour de l'ancien régime ne se mauilesteraient pas, si tout le monde avait comme moi la sagesse de prendre les vieilles institutions gouvernementales du passé pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire pour de véritables maladies de l'enlance de l'huma nité, analogues à la dentition et a la coqueluche, qui ont le privilège de rendre les marmots rageurs , ou bien encore pour des habits de première communion qui ont l'ait leur temps et qui sont devenus ridicules par leur étroitesse pour l'adulte. S'il en était ainsi, chacun s'habituerait à parler de l'aristocratie, de la théocratie et de l'autocratie avec calme et comme il convient de parler des maladies passées et des vieilles culottes, et l'on ne verrait plus de penseur sérieux sauter en l'air au mot de gentilhomme... et l'analogiste chargé de traiter la savante question du Faucon ne se trouverait pas obligé d'assurer son pavillon démocratique par une page ou deux d'explications préalables.
La Fauconnerie n'est pas plus uneinstitutionteodaleque vingt autres genres de chasse. Le Faucon n'est pa^ plus noblequevou?
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et moi ; il n'a ni le droit d'aînesse, ni le licf ; il est brave et intelligent, voilà tout. C'est une race d'élite, et il ny a de ra( es d élite ijue celles qui travaillent. Au compte de la soliduilé de l'orlaiture que la rancune contemporaine voudrait faire endosser au Faucon, toutes les jouissances de ce bas monde Uniraient par rentrer dans la catégorie des institutions l'éodalcs. Car il l'ut une époque où toutes les jouissances de l'esprit, des sens et du cœur, amour, chasse, poésie, bonne chère, étaient lapanage exclu>if des castes privilégiées. Or, pour cette raison singulière, crierons-nous à toutes ces bonnes choses-là : anathème ! Defendrons-nous au Clos-Vougeot et au Chaïubertiu d'approcher de nos lèvres parce que ces nobles vins auront trempé jadis dans plus d'une orgie de chanoine, ou parce que le sol (|ui les porte appartint dans le temps aux bénédictins de Citeaux !
Non, mille l'ois non, nous ne ferons pas ainsi, car un pareil renoncement serait absurde. Le progrès ne consiste i)as à déclamer sans fruit contre les privilèges de l'ancien régime, mais bien à centupler les richesses qui étaient autrefois lapanage exclusif du petit nonibre, pour élargir démesurément la sphère des jouissances physiques et intellectuelles d'un chacun, et pour empêcher qu'il n'y ait des misérables qui portent envie au sort de leur prochain. Le vin de Bourgogne et le Faucon ont été di nnés à l'homme pour qu'il en fît un doux et salutaire usage. Si le moine et le gentilhomme ont fait un mauvais emploi de ces éléments de bonheur, c'est à nous, que l'expérience a instruits, de faire mieux. En tout cas, le Gerfaut ni le Chambertin ne sauraient être réputés solidaires de la perversité des méchants.
Ah ! comme j'ai toujours eu superlement raison dans nies admirations outrées du tout-puissant génie de ces analogi>jtes grecs qui firent naître Minerve, armée de pied en cap ! Et comme je délie quicon(|ue ne s'est pas inspiré à fond du gens de
SEKRll^tDES. 131
ce mythe subiiine de rien comprendre à la qiiestiou du Gerfaut pas plus qu'a celle du Trogrcs indoniii et du Bien et du Mal et de la Chute et du Bonheur et de la Liberté.
Qu'est-ce que le progrès, eu etïet, sinon la marche vers lé mieux. Mais le mieux suppose le plus mal, et si vous admettez l'homme parlait, vous suppriuK z du coup la cause du mouvement social; vous cassez le grand ressort de l'activité animique, scientifique et industrielle. Plus de beau, plus de\rai, plusd'art, partant plus de nobles jouissances. Plus de liberté, puisipie la liberté n'est que le droit d'errer, et que l'homme est redescendu pac le viri! de sa perfection native au niveau de la brute. Plus de bonheur, puisque le bonheur est surtout dans la victoire sur le mal ou bien dans la conscience du devoir accompli. Le mal, ou le péché originel, (jue les mo'isiaques considèrent à tort comme une expiation iiilligée à l'homme par le Très-Haut pour crime de désobéissance, est donc, au contraire, une des conditions fatales de bonheur et de liberté pour tous les êtres supérieurs, c'est-à-dire doués de raison, à preuve que cette même raison ne leur a été octroyée que pour discerner le bien du mal ou la vérité de l'erreur.
Or voyez comme cette argumentation, si logique et si simple, et qui s'impose si impérieusement à l'esprit sans l'aide du miracle, est nettement posée dans le mythe ingénieux de la naissance de Minerve, sur lequel on me reproche de revenir trop souvent. Remarquez que la déepse de la Sagesse ne sort p is du sein de l'onde comme Vénus, mais du cerveau de Jupiter et à la suite d'une violente migraine. Elle n'est pas non plus parée de ses seuls attraits, comme la mère de l'Amour, parce que la mission de celle ci est de ravir les regards des mortels et des dieux, et qu'elle doit se laisser voir pour que son charme opère ; tandis que la Sagesse, qui est née pour combattre l'erreur et pour démontrer des théorèmes, a besoin d'être armée et moins légère-
i;tj UK.MniULUGlE PASSlaN.NELLL.
ment vêtue. La Beauté module en mineur, la Sagesse eu majeur. Le mythe de Minerve armée de l'Égide et de la lance affirme donc à la fois et la fatalité de l'erreur et la nécessité de la lutte.
Mais du moment que la lutte est fatale dans la sphère de l'homiualité, et par conséquent légitime, il faut, nous le savons, que cette fatalité se reflète dans les règnes inférieurs. Du moment que le genre humain fournissait une série d'hercules, ou de héros chasseurs, ou de chevaliers errants investis de la mission de pourfendre les géants, de décoler les ogres, d'étouffer les reptiles, le monde des Oiseaux était tenu d'ofl'rir sa série d'oiseaux de chasse et de guerre, marchant dans une voie parallèle. Ce rôle est échu aux Faucons, grands étouffeurs de monstres. Honorons-les et ne les hlàmons pas d'avoir su le remplir avec honneur et gloire. .le n'exige pas qu'on leur élève des temples comme avait fait l'Egypte en sa reconnaissance; je demande seulement qu'on les traite suivant leurs mérites. (Tout le monde a pu observer que l'image du Faucon était reproduite à chacune des quatre pages de l'obélisque de Luxor).
Les Faucons réprésentent l'aristocratie , c'est très-vrai , mais seulement dans le sens littéral et primitif du mot grec aristos, qui voulait dire jadis le meilleur, le plus éminent par les qualités de l'esprit et les vertus du cœur. Or, nul ne songe à protester, je suppose, contre l'élévation en grade des purs et des capables, et ce n'est pas de la faute des oiseaux que je défends, si des hommes corrompus ont altéré le sens du vocable et l'ont déshonoré en faisant du gouvernement des meilleius, le (jouceraemcnt des priviléyiés du /lascwd, c'est-à-dire des riches et des nobles.
Les illustres Faucons sont tous fils de leurs œuvres. Ils sont eux-mêmes des ancêtres à la façon de Marius et du maréchal L'Jebvre, et n'ont pas besoin d'en a\oir Les grades se gagnent
*EHRlPÉr»FS. in
chez eux par le travail , l'étude et la bravoure déployée sur le champ de bataille. Ils font leur tour de Fnince, à l'instar des vaillants compagnons du devoir. Il ne-disent pas mes titres, mes (foinaiiies, mon air, comme font les Aigles, qui possèdent fiefs et manoirs transmissibles par droit d'atnesse
Mais je ne veux pas insister plus longtemps sur la démonstration de l'injustice des préjuges démocratiques à l'égard du Gerfaut, iniquité qui ressort plus que sufiisamment de l'exposition victorieuse que j'ai donnée tout à l'heure de sa mission harmonique, et plus encore des termes de saformuleimmortelle, qu'une dame reconnaissante a proposé naguère de faire graver en lettres d'or sur la pierre de mon monument. L'analogie, d'ailleurs, et toutes les gloires de la France témoignent de l'excellence des principes faucouiens.
Ainsi j'ai entendu les maîtres de la science gémir sur les Rapaces, à propos de l'inconstance et de la bizarrerie des caprices de la nature qui, contrairement à tous les principes et à toutes ses habitudes, s'est avisée de faire les femelles plus grosses que les mâles dans cet ordre supérieur.
N'eu déplaise aux savants, hélas ! la nature n'est ici ni bizarre ni capricieuse, elle est conséquente et logique, et ce n'est pas le fait de la supériorité de taille dévolue exceptionnellement à la femelle qui est inexplicable ici, mais bien l'embarras de la science devant un rébus aussi simple.
Ne savons-nous pas, en effet, que le Faucon est l'emblème de la chevalerie? Or, en chevalerie, c'est la femme qui règne, qui règne et qui gouverne, qui préside aux tournois, qui ceint l'épée aux preux, qui distribue les prix de grâce et de vaillance. L'amour y est la Dominante et la galanterie la Tonique...
Donc, il fallait de toute nécessité que la femelle tint plus de place que le mâle dans la tribu volatile chargée de symboliser
i:û oRNlTHOlOfilE PASSlONNELl.i:.
rère (le la royauté féminine. Et voilà pourquoi la nature a fait les lemelles des Faucons plus grosses que les mâles.
Avouez frnnchcment qu'il n'y a que Tanalogie passionnelle pour donner sur-le-champ, sans efl'ort, sans douleur, dépareilles solutions.
Le fait que vous ne comprenez pas est exceptionnel , ditesvous ; c'est vrai , mais la chevalerie aussi , mais la beauté, le dévouement, la bravoure désintéressée, la foi aux engagements, et tout ce que nous admirons, et tout ce que nous adorons en phase civilisée sont choses exceptionnelles ; mais la somme de ces exceptions n'en constitue pas moins le monde de l'idéal, le monde des nobles cœurs et des esprits d'élite, le monde des amoureux, des poètes, le seul monde où l'on vive.
Et notez que l'analogie passionnelle sait le secret de la maladie des plantes aussi bien que celui de la maladie des États, et qu'il ne tiendrait qu'à nous de lui faire dire la vraie cause de la consomption qui dévore la vigne... la vigne, plante loyale et sainte, née des plus pures amours du Soleil et de la Terre, ainsi qu'il est prouvé par le parfum du muscat et de la violette qu'exhalent ses produits; la vigne, emblème de franchise et d'expansion amicale, dont l'ollice naturel est de tenir le cœur de l'homme en joie et son corps en santé, et qui se meurt des lauriers de la betterave, et des fraudes et des empoisonnements du commerce anarchique... Mais il e^^t évident que cette question végétale sort de notre sujet. Rentrons-y par un biais habile.
Benjamin Franklin, l'imprimeur, qui fut doué au degré le
plus cminent du génie du progrès, Franklin qui révolutionna
tout, la Science. l'Agriculture, l'Ancien et le Nouveau monde,
Franklin doit à l'analogie ses succès et sa gloire. C'est elle qui
lui révéla les secrets rapports qui existent entre le pétillement
sr-uri!Ph':iJF.s. lis
(|ui s'échappe du l>i\lon de ciro à cacheter c'clKUiiïi' par le frotte nient et le bruit du tonnerre, et c'est de là qu'il partit pour ravir la foudre au ciel et le sceptre aux tyrans. L'invention du paratonnerre, ipii démontrait l'innocuité de la fouilre, appelait l'invention de la télégraphie éleetri(pie, qui devait démontrer plus tard la maniahililé et la docilité du fluide. Maintenant il est cl. iir qu'un moyen rie correspondance qui met l'homme en communication instantanée avec tous les points de son globe, va lui f lire trouver ce globe trop étroit, et qu'il sera forcé, par le vif besoin d'en sortir, d'inventer la correspondance tclescopicpie pour se mettre en relations .«uivies avec les habitants des Planètes, qui lui apprendront l)eauconp de choses, à commencer par l'alphabet de la langue du tourbillon solaire. Cette institution surgira inévitablement de la découverte du métal transparent h laquelle nous touchons, et qui va nous permettre de fabriquer des objectifs d'une dimension impossible, lesquels supprimeront complètement res|)ace et nous laisseront lire dans le fond de nos veines toutes les causes de nos maladies. Tout porte à croire que les observatoires de Jupiter et de Saturne sont munis depuis longtemps de ces appareils gigantesques et n'attendent que le moment d'entrer en correspondance avec nous. Je renonce à décrire l'enthousiasme qui s'emparera de tous les cœurs des Terriens, à la lecture du premier bulletin du Soleil. Quel charme, quel intérêt piquant de nouveauté ofiriront les journaux de cette heureuse époque !
Or, la postérité reconnaissante rattachera l'initiative glorieuse de ces nobles concpiètes de la science au nom de Benjamin Franklin, que l'analogie inspira.
On sait que l'un des plus vifs chagrins du grand homme fut un chagrin analogique, et qu'il emporta au tombeau le regret de n'avoir pu détourner ses concitoyens de choisir le Pygargue à tête blanche pour end)lème de la nationalité américaine (Relire
AM ol^NITHOI.oClK PASSIONNEI.I.K.
au chapitro tlii Coq., premior volume du Muik/c des ()i$eaax, la protestation éloquente de Franklin contre cette erreur inconcevable chez un peuple républicain!. Franklin n'aurait pas protesté contre le choix du Faucon.
La France est justement fière de la gloire militaire de ses iils, mais elle ne sait pas assez d'où provient la supériorité de ses armes, supériorité incontestée depuis 92. La supériorité de l'armée française sur la russe, l'anglaise,, l'allemande provient principalement de ce que sou organisation repose sur les principes de la politique fauconienne, tandis que celle des autres est assise sur la politique aquilienne. J'ai dit que chez les Faucons tous les grades se donnaient au mérite ; c'est tout le contraire chez les Aigles. L'Archiduc Charles, guerrierillustreetmalheureux, qui avait longuement médité sur ce sujet important, et pour cause, avait fini par se convaincre de cette grande vérité.
Savez-vous ce que veut aujourd'hui la nation britannique et quelle mouche la pique ? La mouche qui la pique et qui va la mettre hors des gonds et lui faire accomplir la plus curieuse et la plus inattendue des révolutions de ce siècle, n'est autre que le besoin de passer de la politique de l'Aigle à celle du Faucon.
Je vais plus loin, puisqu'on m'y pousse ; je déclare que la supériorité de la littérature française sur la latine et sur les autres, ne provient que du ralliement énergique et spontané d'icelle aux principes de la poésie fauconienne, dont j'ai cité plus haut quelques extraits. Que dit à ce propos le régent du Parnasse :
Le Inlin dans les mois brave l'honnêteté, Mais le lecteur frantjai.s veut être respecté.
C'est juste, mais je demande pourquoi le lecteur français du
sl£RmPï:itKS. |:jT
temps (le Boileau, veiil (Hre respecte, et pourquoi il l'a été plus que le lecteur français du temps de Rabelais?
Reconnaissons -le sincèrement, c'est que la littérature lauoonienne est née dans l'intervallo, et qiied'Esparron et d'Urfé, et tous les esprits délicats soutenus par le beau sexe, ont rappelé à la pudeur la langue de Rabelais et amené la transition de Brantôme à Madame de Lafayette et à Mademoiselle de Scudéry.
On ne manquera pas de m'objecter qu'il est bien étonnant que l'auteur de VArt poétique, qui vivait vers l'aurore de cette révolution littéraire, n'en ait pas reconnu et signale les causes. Ce qui me paraîtrait plus surprenant, à moi, c'est que l'auteur de la dixième satyre, écrivain froid, correct et rempli de mauvais vouloir pour la femme, eût eu la loyauté de reporter au sexe qu'il abhorrait le mérite d'une réforme qui a plus profité à la gloire de la France que tous les succès de ses armes, et assuré entre autres à sa littérature le monopole de tous les débouchés intellectuels de l'Europe et d'ailleurs.
Maintenant, question d'art ou de littérature, c'est tout un. Une toucliante sympathie, un commerce naturel d'amitié devait naître entre le Gerfaut et la femme de leur commune délicatesse de goût, de leur même passion des parfums, de leur même horreur des bassesses et surtout de la conformité de leur opinion à l'endroit de la prééminence du sexe féminin. L'alliance se fait donc, et alors tout ce qui peinturlure sur toile, sur papier, sur étoffe ou sur verre, aussi bien que tout ce qui rime, s'ingénie à la consacrer par des monuments immortels; et l'on ne voit plus bientôtdans les images de pierre, dans les lais des ménestrels, sur les tapisseries, que gentesdamoiselles chevauchant par monts et par vaux, sur leurs blancs palefrois, l'oiseau de vol au poing. Le Faucon chaperonné fait désormais partie, et partie obligée du costume de la châtelaine. II porte les couleurs de sa dame, et la noble coiffure qui décore son chef a passé par les mains de l'adorée
138 ORNITHOLOGIK PASSlONNELLi:.
maîtresse, comme l'écharpc (la servant d'amour. La statuaire, la peinture ont tiré vingt chefs-d'œuvre du groupe gracieux.
,\insi l'analogie n'est pas seulement TOEtlipe de tous les Sphinx, c'est encore la pierre angulaire, en même temps que la clef de voûte de la science universelle, et les misères des peuples ne finiront que le jour où elle sera devenue l'Egérie des gouvernements.
Ainsi la question du Gerfaut se relie par mille attaches à tous les grands problèmes de la politique économique, agricole et sociale, et rien ne lui est étranger de ce qui concerne l'histoire, la littérature et les arts. Ce qu il fallait démontrer...
Résumons en deux traits et en m;\nière de morale d'apologue cette monographie un peu longue, mais que l'intérêt du sujet ne m'a pas permis d'écourler :
Le Faucon, fds de ses oeuvres et guerrier valeureux, est l'emblème du héros chasseur, le nîème qui domp(e les monstres et bâtit des cités, soit Hercule et Nemrod. Par l'ardeur inaltérable de ses feux, par sa fidélité édifiante et son dévouenicnt énergique aux principes de la supériorité féminine, il personnifie l'Amadis, le Roland, le Don Quichotte, la fleur des pois de la chevalerie.
L'oiseau qui lie les Aigles, les Milans, les Grands-ducs, ne peut avoir (|u'un homologue en zoologie comparée, le Lévrier de noble race d'autrefois qui coiflait le Sanglier, l'Ours, le Loup, le Taureau. La Diane de France, la Diane d'Anct et du Louvre, s'accompagne indilTéremmont du Gerfaut ou du Lévrier.
Le IloBEKEAi;. Le Hobereau n'a jamais mérilé l'injure qu'on lui a lai te en le comparant au gentilhUre de campagne, besoi-
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»npux, lier ot plat. C'est un charmant oiseau, doué du plus heureux naturel, et qui tient du Faucon-pèlerin autanttpiel'Épervier de l'Autour. II est plus petit que rïlpcrvier et se distinp;ue de sou entouraj2,e par des caractères tout à fait spéciaux. II a les ailes plus longues que la queue , le dessus de la tète et des épaules noir comme le Pèlerin, la gorge blanche, le plastron roux comme les cuisses et virguleté de mouchetures noires, le bec bleuâtre, la cire, la paupière et les pieds jaunes. Sa physionomie spirituelle et hardie s'accentue finement d'une paire de favoris noirs qui lui partent de l'œil pour se noyer dans le cou.
Le Hobereau est de sa nature encore plus ami de l'homme que tous ses congénères. Il fait semblant de ne pas croire à la rupture de l'alliance qui fut entre son seigneur et lui. Il vous acconipagne à la chasse en plaine, malgré vous, observe îivcc un intérêt palpitant les évolutions de votre braque en quête d'un râle de genêts ou d'une caille, prend quelquefois la pièce au départ avant que vous ne l'ayez tirée, mais attend plus volontiers néanmoins pour jouer son coup que vous l'ayez manquée. Une preuve remarquable que donne le Hobereau de sa perspicacité est de préférer la compagnie d'un chasseur novice , d'un collégien qui débute, à celle du chasseur expérimenté qui n'use pas de poudre aux moineaux. Il ne cache pas non plus sa prédilection pour les choupillcs qui bourrent et qui s'écartent, et il témoigne de l'éloignement pour le pointer et le braque trop solides à l'arrêt. On prend fréquemment cet oiseau au filet d'Alouettes, ainsi qu'à la pipée, où il accourt à l'appeau de la chouette. Il m'est arrivé plus d'une fois, comme à tout le monde, de me méprendre sur les motifs qui le décidaient à me servir de cortège et de le châtier de son importunitc. Du reste, il y a bien des années que j'avais remarqué la préférence du Hobereau pour les chasseurs dont le plomb arrête peu et dont les chiens n'arrêtent guère. Le Hobereau
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aUeiid rouverture (W la rhasse avec la riK^me iin[)ationco que le chasseur.
Le Hobereau est un des ennemis personnels de l'Alouette, a laquelle il rend l'existence amère vers la saison de l'équinoxe. U se vante aussi de forcer l'Hirondelle, et beaucoup d'ornithologistes l'en ont cru sur parole, parce qu'ils avaient remarque que vson arrivée au printemps et son départ à l'automne coïncidaient avec l'arrivée et le départ des Hirondelles. Mais cette coïncidence n'est pas une preuve à l'appui des prétentions du Hobereau. L'Hirondelle s'en va et s'en revient à peu près comme tout le monde , du moins avec la plupart des petits oiseaux qui servent de pâture aux menus oiseaux de proie. Je n'ai jamais été pour mon compte témoinde l'enlèvement de l'Hirondelle par un rapace quelconque, et parmi les dépouilles d'oiseaux qui tapissent les plaines de la Champagne et de la Lorraine, à certaines époques de l'année, je n'ai jamais reconnu le manteau de l'Hirondelle , bien rcconnaissable cependant. Il est toutefois un cas qui se présente fréquemment et qui peut motiver la forfanterie du Hobereau, c'est quand une gelée prématurée ou tardive surprenant l'Hirondelle, paralyse l'essor de ses ailes et la cloue surnos toits. Alors je ne dis pas qu'un Hobereau sans pitié n'aura pas abusé de l'état de prostration de la paralytique pour tâter de sa chair et en faire des gorges chaudes; mais distinguons, je vous prie, entre l'Hirondelle à^ juste guerre et l'Hirondelle morte de froid.
De tous nos petits oiseaux de proie, le Hobereau est le moins éducable , en dépit de sa familiarité. Le joug de la captivité lui est par trop pesant ; il est de plus mutin, rageur, et veut faire à sa tète. .l'en ai privé plus d'uu et j'ai remarqué chez tous de longues intermittences dans l'amabilité. Le Hobereau, dans l'état de nature, aime à chasser à deux comme le chien et le Faucon. H a une grande habileté dt^ main. H est chasseur et tireur à la fois.
L'Eméiullon. L'Eméiillon, le plus petit de nos oiseaux de proie, a, comme la Crcsserelle, les ailes plus courtes que la queue. Peudant ses premières années, rKmérilion porte une robe gris cendré, illustrée sur le de\ant du corps de mouchetures brunes assez éloignées l'une de l'autre, comme les grivolures de la Grive. Avec l'âge, cette couleur prend une teinte générale plus foncée et plus riche. Le manteau passe au roux sombre, la devanture de la robe au roux rose; la moucheture s'avive et se condense, la virgule brunâtre se métamorphose en point noir. L'Kmérillon se reconnaît aux cinq raies irrégulières qui rubanuent sa large queue et qui sont formées de taches noires isolées. Il a la gorge blanche, le bec bleuâtre, la cire, le tour des yeux, les pieds jaunes.
L'Emérillon est un moule de haut titre. Il loge conmie le Rouge-gorge et l'abeille un grand cœur dans un petit corps; il est vif, intelligent, docile et courageux. Les vieux fauconniers ne tarissent pas en considérations élogieuses sur le nombre de ses mérites et les charmes de son caractère. Il se dresse en huit jours, comme l'Épervier, vole tout ce qu'on veut, chasse avec qui l'on veut, comme l'Épervier, et ne se trouve jamais déplacé nulle part. Il a longtemps volé la Caille, de compte à demi avec l'Épervier, et il n'a pas cru déroger en s' associant avec la Piegrièche pour voler le Moineau-franc et le Roitelet dans les jardins du Louvre, sous le règne de Louis le Juste, ainsi nommé parce qu'il était né sous le signe de la Balance.
On a vu plus d'une fois l'Émérillon abandonné à lui-même, l'Émérillon qui n'est pas gros en tout comme une Caille, attaquer la Perdrix et la prendre, et livrer à la Pie, au Geai et au Choucas des assauts formidables. 11 vole naturellement aussi la Pie-giièche, la Huppe, l'Étourneau, le Merle, la Grive ; mais sou vol de prédilection est celui de l'Alouette. L'Émérillon acte crée et mis au monde pour assister l'homme dans sa
guerre contre l'Âlouetto, comme l'Épcrvier pour l'assister dans sa guerre contre la Caille, et c'est surtout en sa qualité de voleur d'Alouettes que les fauconniers de France iemployaient autrefois.
L'habitude était de donner trois Emérillons à la Pie-grièclie et à la Grive; deux seulement à l'Alouette, au Cochevis, à la Huppe. On adjoignait l'Emérillon à l'Epervier pour le vol de la Caille, du Merle, du Râle d'eau, du Râle de genêts, etc.
Le sultan Mohammed L', qui tenait sept mille hommes au service de ses oiseaux et cent hommes seulement au service de ses chiens, rolloquait iJÈmcrillon dans son estime à côté du Pèlerin et du Sacre. Un des grands bonheurs de ce barbare était de jeter quarante Emérillons à la fois sur ces bandes d'Étourneaux qui se rencontrent dans tous les pays méridionaux de l'Europe, et qui sont si épaisses et si noires qu'elles finissent par faire rideau contre les rayons du soleil.
Si l'on considère que l'Alouette est une des plus rapides voilières de l'air, qu'elle est le seul oiseau qui possède la faculté d'ascension verticale, qu'il lui suffit de s'ajouver (s'aplatir) sur le sol pour échapper à tous les yeux, on comprend les difficultés que présente le vol de l'Alouette, et l'on est tenté de l'assimiler in petto à celui du Héron, qui cherche aussi son salut dans le ciel.
Il y a des pays en France où l'on ne saurait faire un pas vers l'arricre-saison sans être témoin d'un de ces drames dont la répétition a bientôt blasé l'observateur superficiel, mais qui sont toujours pleins de péripéties émouvantes pour le chasseur artiste. Les bois, les champs, les airs sont autant de théâtres de tragédies, d'opéras et de vaudevilles où Dieu, qui est miséricordieux aux pauvres, ne fait pas payer les places, mais où pourtant il n'iidinet que les femmes, les enfants et les riches d'esprit. Les banquiers, qui n'ont jamais été conviésà ces jeux, et pour cause^
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en lïiL'disent elVrontément dans leurs bals. Ils traitent volontiers de vagabonds et de gens sans aveu 1rs spectateurs privilégies de la scène naliirellc dont le plaisir est de bayer aux corneilles, et à i'ofcasion ils les privent de leurs droits polilifpies, par esprit de jalousie. Suivant le banquier, Perroquet de la Pie, il n'y aurait (ju'un seul travail digne de l'homme et qui consisterait à dessiner un alîVeux paraphe au bas d'un ^ale chiiïon de papier dont un pion un peu dillicilc ne voudrait pas pour pensum. Vous ne ferez jamais entendre à celte rare-là i\\ie tracailler cc^t produi/c, et que ce n'est pas produire que noircir d'une signature un n)orccau de papier.
L'Éinérillon eï.t appelé a jouer un jour dans la chasse de l'Alouette le même rôle (pie l'Epervier dans lachîisseaux Palombes; car l'Alouette se prend à la panlière, absolument de la même manière que la Palombe de Pau et le Bizet de Bagnères de Bigorre. Il y a cette seule dilTerence entre les deux chasses, que celle des Alouettes se fait le soir et celle des Palombes le matin.
(unie Astciicii. Drux cspires. tpeiviei, Au(oui.
J'ai réuni dans ce genre nouveau des Astériens deux oiseaux bien connus, 1 Épervier et l'Autour, qui se ressemblent complètement par la couleur du manteau et par les habitudes. J'ai tiré ce nom d'Astérien du mot Asterias (étoile), qui est le nom grec de l'Autour.
Les Astériens ne sont plus des Bameurs^ mais de simples Voiliers, puisque ce n'est plus chez eux la seconde rémige, mais la troisième, qui dépasse les autres en longueur; et bien que cette troisième rémige ne déborde que faiblement la seconde, cette
lii UUMTIIOLOGIE PASSIONNELLE.
seule (lilïerence dans la structure recpective de l'aile suftil pour apporter dans les mœurs et coutumes des deux lamillcs une disparité si notable, que la fauconnerie s'est trouvée obligée de créer pour chacune une école d'enseignement spécial et un langage distinct.
Les Astériens ne chassent pas à la façon du Pèlerin, du Lanier, ni du Sacre, qui tiennent le haut des nues pour inspecter l'espace et tomber d'aplomb sur la proie. Leurs ailes rondes et courtes leur rendent l'ascension trop pénible, et ils ne sont pas gréés pour marcher vent debout. Ils préfèrent pour champ clos le voisinage des forêts, les vallées abritées, et s'accommodent plus volontiers des pays chauds que des froids. Ils rasent les sillons d'un vol sibilant et rapide, battent les buissons comme de vrais chiens d'arrêt, ne craignent pas de poursuivre l'oiseau sous le feuillage et le prennent de côté. Ils ont une habileté de main extrême et se dressent plus facilement encore que les Faucons. Leur aile, malgré sa brévité, est celle qui s'éloigne le moins du type supérieur, et la nature l'a évidemment façonnée pour servir de type intermédiaire entre l'aile des Faucons, qui a pour trait saillant la maximité de la seconde rémige, et celle des Milans et des Aigles, que caractérise la maximité de la quatrième.
La formule du Gerfaut n'est pas moins en honneur chez les Astériens que chez les Faucons. Les Autours et les Éperviersdu sexe masculin sont profondément pénétrés de l'importance suprême de l'éducation (infcricnrc, c'est-à-dire de celle qui s'accomplit dans l'œuf et dans le sein de la mère ; et comme ils savent que la vigueur de la couvée à venir dépend du bien-être physique et moral qui aura été fait à la couveuse pendant la durée de l'incubation, ils s'arrangent pour procurer à celle-ci tout le comfort et toute la sérénité d'esprit dont elle a besoin pour traverser heureusement cette crise. Ce qui est cause qu'on ne
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rencontre pas chez ces races d'élite, comme chez nous, des myriades de crétins , d'idiots et de rachitiques qui déshonorent l'espèce humaine et forcent le Créateur à rougir de son œuvre. L'asservissement de la femme au travail répugnant est peut-être, de tous les grands crimes de la société moderne, celui qui cric le plus haut contre le civilise.
Je ne sais pas pourquoi Tcinmuuk, toujours Temmynck, a écrit qu'il était excessivement dilïicile, pour ne pas dire impossible, d'établir une ligue de démarcation quelconque entre les Autours et les Aigles. Le fait est que les deux familles se ressemblent fort peu. Les Autours ont les ailes très-courtes, les Aigles les ont très-longues ; les Autours rasent le sol , ou se tiennent à la branche pour dissimuler leur présence ; les Aigles croisent au plus haut des nues; les Autours aiment l'homme, les autres le détestent. Quant au volume du corps, à la couleur de la robe, k la forme du bec ou des ongles, la différence est encore plus tranchée. Je commence à être curieux de connaître le caractère de ressemblance qui rai)prochc ces deux familles d'une façon si intime.
L'ÈPERViiiR. L'Épervier est le diminutif de l'Autour. Il a comme lui l'aile ronde et plus courte que la queue, la poitrine rubannée de bandes transversales régulières, composées d'écussons contigus qui se sont accointés avec l'âge. Le dessus des ailes et le dos sont de couleur brun sombre. L'Épervier ne peut être confondu avec aucune espèce voisine; c'est le plus j^ros de ces petits oiseaux de proie que nous rencontrons tous les jours, qui chassent concurremment avec nous la Perdrix, la Caille, l'Alouette, le Pinson et les petits oiseaux, et que nous désignons indistinctement sous les noms vulgaires d'Émouchet, de Tiercelet, de Chassereau, de Hobereau, de Faucher, de Rahail-
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liO OUNITHOLOGIE PASSlONNELLt:.
Jet, etc., etc. Sa grosseur, ([ui égale celle du Pigeon de colombier, est à peu près intermédiaire entre celle de l'Autour, plus fort que nos plus grandes espèces de Pigeons de volière, cl celle de l'ÉmérilIon, aussi petit que la Tourterelle. Indépendamment de l'infériorité de sa taille, l'Épervier est marqué d'un signe qui le distingue complètement de l'Autour, Chez celui-ci, le tarse est court et robuste; chez l'Épervier, il est long et grêle; l'oiseau a presque l'air de s'être hissé sur des échasses, et l'ongle du doigt médian est beaucoup plus long que les autres, comme chez le Balbusard, ce qui lui donne, ainsi qu'à celui-ci, une grande facilité pour saisir et pour retenir sa proie. Cet ongle de l'Épervier est si aigu, et les blessures qu'il fait sont si dangereuses, qu'il est très-difficile de conserver les Cailles et les autres petits oiseaux qu'il vous ra|)])orte vivants et auxquels il s'imagine n'avoir fait aucun mal. On peut lui faire porter des gants pour obvier à ce désagrément.
L'Éperviern' engendre pas le Coucou, comme le bruit en a couru trop longtemps parmi les savants de l'antiquité et ceux du moyen âge. Il lui ressemble légèrement de poitrine et d'allure, mais il en diffère complétemeiit pour le bec et les pieds; même il le mange quelquefois pour prouver qu'aucun lien de sang ne ies unit.
L'Épervier est encore un de ces auxiliaires-nés de l'homme dont la mission semble écrite sur leur physionomie. 11 éprouve une si vive impatience de remplir sa mission, c'est-à-dire de chasser de pair à compagnon avec l'homme, qu'il apprend son métier de servant de chasse en huit jours. Aujourd'hui qu'il a été destitué de son emploi, à la suite des révolutions, il aime encore à suivre le chasseur de très-haut dans la plaine; il l'accompagne souvent des heures entières sans que celui-ci s'en aperçoive, car il a soin de se tenir à une distance respectueuse du fusil qu'il abomine. Il lui arrive même parfois de fondre sur une perdrix
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manquce et de la lier sous les yeux du maladroit tireur, comme pour lui dire : Mais voyez donc un i)cu (|uelles belles parties à deux l'on pourrait faire, si l'on voulait s'entendre.
Si l'on voulait s'entendre, hélas! oui, cela est vrai; car cet ftpervier qui nous parle n'a pas son pareil pour voler la Caille; et le vol de la Caille a été longtemps une des plus llorissantes industries de la Lombardie, le pays des riches plaines. On trouvait là des Eperviers qui n'étaient pas embarrassés de prendre leurs soixante-douze et quatre vingts Cailles en un jour.
Et l'Kpervicr. qui est une nature éminemment intelligente, volait complaisamment, par-dessus le marché, tous les petits oiseaux qui faisaient envie à son maître. Merles, Grives, Piverts. Pinsons, Mésanges et le reste. Il donnait avec bonheur sur la Pie et le Geai, espèces détestables et nuisibles par essence. C'était un vrai chasseur.
Non-seulement l'Épervier vole tout ce qu'on veut, mais il chasse avec qui l'on veut; c'est un charmant caractère. Il ne se croit pas déplacé dans la société du Faucon, plus richement titré que lui, parce qu'il pense sagement qu'un Epervier qui fait ce qu'il peut, fait ce qu'il doit, et qu'il a l'habitude de faire tout ce qu'il peut. De même il ne prend pas de grands airs quand on l'associe avec l'Émérillon, la Cresserelle, le Hobereau, voire avec la Pie-grièche pour voler le Moineau-franc, la Mésange et le Roitelet, parce qu'il considère que les devoirs sont proportionnels aux facultés, et que les facultés sont des dons de nature dont il n'y a pas lieu de tirer vanité. Je voudrais que l'humanité fût pavée de philosophes de cette école, prenant toutes les choses en riant et ne regardant rien comme au-dessus ni comme audessous d'eux.
J'aime surtout l'Épervier de sa haine pour le Chat-huant, emblème de l'inquisiteur, et de son mépris pour la Corneille, emblème du légiste. C'est à l'étalon de ces antipathies que je mesure
fis OKMTHOLOGlb: PASSIONNELLE.
les grands cœurs. Cette haine ardente de l'Épervier pour l'oiseau de nuit lui a bien des fois coûté cher; car le pipeur l'exploite avec succès pour ravir au généreux oiseau la liberté et la vie, et le Hibou profite de son sommeil pour trancher le fil de ses jours.
L'Epervier est brave jusqu'à la témérité ; il attaquera sans hésitation aucune un vol entier de Corbeaux, rien que pour se faire faire place ; il ne craint pas de tenter l'enlèvement de la mute (mouvant) au beau milieu des filets du tendeur au miroir, tentative périlleuse qui ne lui réussit peut-être pas une seule fois sur vingt, et dont la mort punit presque toujours l'insuccès.
Le dédain de l'Européen pour les mérites de l'Kpervier remonte à la même cause et à la même époque que sa rupture avec le Gerfaut, le Pèlerin et l'Autour. Tous les chasseurs de l'Europe occidentale renoncèrent à voler le gibier du moment que le perfectionnement de l'arquebuse les eut armés du moyen d'atteindre l'oiseau dans son vol. On ne jugea pas nécessaire de laisser au Faucon la moitié d'un plaisir qu'on pouvait garder tout entier pour soi seul. Cette déplorable inspiration del'égoïsme eut de funestes résultats pour toutes les contrées de l'Europe où elle prévalut. D'une part, le gibier timide, effrayé de la détonation du salpêtre, finit par se dégoûter de nos plaines bruyantes; de l'autre, l'oiseau de proie, voyant l'homme se rallier à la triste politique du chacun pour soi, l'imita, et, tirant à lui avec une énergie doublée par la rancune, se plut à porter le ravage dans les espèces les plus chères au chasseur. Le Français n'a pas à se féliciter de sa scission avec l'Épervier, qui tire sur ses Pigeons, depuis ce temps, avec une volupté amère, et fait des vides affreux au sein de ses Perdreaux. Et remarquez bien qu'en me servant de l'expression ^/Vey, j'emploie le véritable terme; tar l'Epervier est plus réellement tireur que chasseur. Pour lui, pièce visée est pièce morte; il possède une habileté de main et
une justi'sse de coup d'œil merveilleuses, et il lire le Pigeon et la Bécassine dans une désespérante perfection. Tant pis pour le Français après tout, s'il s'est fait un ennemi terrible d'une béte qui ne demandait qu'à le servir en auxiliaire dévoué.
Dans les contrées de l'Europe orientale et de l'Asie, où l'homme et l'Épervier ont continué de vivre en bonne intelli • gence, la Caille, la Perdrix et le Bizct se trouvent encore en quantité considérable. Dans la Russie et dans la Pologne, c'est l'Épervier qui sert à ramasser les Perdrix que l'on fait hiverner en cage pour les préserver des famines et des gelées de la rude saison, et auxquelles on rend la liberté au printemps. EnMolda • vie, en Yalachie et tout le long des rives du Danube, le vol de la Caille à l'Épervier est encore une chasse populaire. Elle est exercée principalement par les Tchèques ou habitants de la Bohême, qui cumulent ce monopole avec celui de la fabrication des cristaux coloriés.
Une anomalie qui m'a toujours affligé pour l'intelligence de mes compatriotes duBéarn, et lieux circonvoisins, est celle qui frappe l'observateur dans l'agencement des divers appareils qui constituent la palomière et la pantière de la région des Pyrénées.
Ou sait que les gorges de cette région sont les grandes voies d'émigration que suivent chaque année, à l'automne, les Ramiers et les Bizets, qui se rendent de France en Afrique par la péninsule ibérique. La chasse de ces oiseaux se fait dans le Béarn, le Bigorre, le Couserans et le Comminges sur une très-grande échelle (des échelles de 80 pieds de haut). Le filet employé pour cette chasse est la pantière, une nappe complètement semblable, aux dimensions près, à la pantière dont on se sert pour prendre les Bécasses et les Grives, à la sortie ou à l'entrée des bois.
Il faut dire que l'un des principaux appareils nécessaires au