DE L OISEAU DE EKANCE
de soie pour intercepter les particules les plus impalpables de la poussière embrasée que le sirocco chasse dans l'air, et qui pénètre dans les appartements les mieux clos à travers les carreaux des vitres. Dieu a fait don au chameau d'un estomac à plusieurs compartiments pour que l'une des poches de cet estomac lui servit de réservoir de liquide en même temps qu'il lui a planté une bosse sur le dos, en manière de magasin decomestibles pour les en-cas de jeûne. Et de même que le chameau boit dans son estomac quand il est pressé par la soif, de même il mange sa bosse quand il est pressé par la faim.
Bien entendu que cette expression de manger s'applique ici à une autre opération que celle de la manducation ordinaire qui procède parla mastication, la déglutition et l'ingestion du bol alimentaire dans l'alambic stomacal. L'absorption de la bosse s'accomplit au moyen du procédé que les physiologistes appellent résorption^ et qui se comprend parfaitement lorsqu'on dit d'un financier devenu maigre que sa graisse a fondu. La bosse du chameau est un magasin de graisse qui fond littéralement dans certaines circonstances au bénéfice du reste du corps, et qui profite du premier retour d'abondance pour reprendre ses dimensions primitives.
Le même phénomène s'observe chez le bison des prairies de rOrégon et de la Californie, obligé, lui aussi, d'encaisser des provisions de richesse intérieure pour braver les rigueurs de la rude saison, où l'herbe disparaît parfois pendant des mois.entiers sous d'épaisses couches de neige qui se solidifient peu à peu sous la pression du froid, et finissent par retenir l'infortuné quadrupède emprisonné dans un étau de glace.
L'ours n'a été avantagé d'une bosse à l'instar du chameau et du bison que parce qu'il a été condamné à dormir,
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c'est-à-dire à vivre sans travailler pendant une partie de la mauvaise saison.
On me demande pourquoi les loirs, qui sont si gras au mois d'octobre et qui passent aussi la majeure partie de l'hiver dans un sommeil léthargique, amassent néanmoins des provisions de noisettes pour les mauvais jours. L'anomalie s'explique d'une façon toute naturelle. Les loirs ne sont pas bètes à travailler en pure perte comme tant de pauvres diables que je sais. Si l'automne leur a été propice et qu'ils aient eu la chance d'emmagasiner quelques provisions, ils interrompent leur somme pour se mettre à table, puis, le repas pris, se rendorment. Si leur gardemanger est vide, ils en sont quittes pour ne pas se réveiller et pour mettre philosophiquement en pratique l'adage écrit par eux : Qui dort dîne.
Je n'ai jamais entendu citer la bosse du chameau, pas plus que celle de l'ours, comme mets de saveur princière et dignes de figurer dans la série des éprouvettes gastrosophiques. Ce doit être un oubli des cuisines civilisées et barbares, oubli contre lequel l'analogie m'ordonne de protester à haute voix.
Peut-être n'a-t-il manqué à la bosse du chameau et à celle de l'ours qu'un Cooper pour les immortaliser ! Où en serait, hélas ! la gloire d'Achille, fils de Pelée, sans Homère,... ou celle du preux Roland, neveu de Charlemagne, sans l'archevêque Turpinl...
L'ordre du jour appelle la classification.