‹ L'esprit des bsChapitre 19 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la classification ornithologique. — Critique des systèmes existants.

La France ne nourrit que trois cent soixante espèces d'oiseaux, chiffre qui ne représente pas même le vingtième des espèces répandues sur le globe. Or il semblerait au premier aperçu que la distribution hiérarchique des termes d'une aussi minime fraction dût offrir moins de difficultés que la classification de l'ensemble; mais c'est le contraire qui est vrai. L'ornithologie française possède, en effet, malgré la pauvreté de son mobilier, un échantillon de la plupart des types essentiels de la volatilie, ce qui fait que le travail de la classification locale diffère peu en somme de celui de la classification générale, et permet à peine de réaliser quelques économies de noms propres dans le détail; et encore ce chétif avantage se trouve-t-il largement réduit par l'obligation où se trouve le classificateur de signaler les lacunes de chaque série et de chaque ordre. Aussi, me suis-je décidé celte fois à en finir avec les difficultés du sujet, en traçant le tableau général de la classification ornithologique du globe, à propos des oiseaux de France. Bien entendu pourtant que je me bornerai à la distribution des étiquettes et des numéros d'ordre quant à ce qui est des espèces exotiques, et que je

consacrerai exclusivement les discours de mon texte aux oiseaux de ma patrie.

J'ai dit ailleurs les vrais principes de la classification transcendentale, passionnelle et universelle. Rappelons les en quelques lignes, pour le cas très-possible où quelque mémoire légère les aurait oubliés.

Les animaux de tous les règnes sont, à l'instar des végétaux et des minéraux, des moules particuliers de la passion humaine, des verbes inférieurs de Dieu destinés à annoncer le verbe typique supérieur de la création actuelle, qui est Thoinme. Cette dernière phrase est malheureusement de celles que je suis condamné à répéter à satiété et jusqu'à ce qu'elle soit passée à l'état de lieu commun .

J'ai dit que puisque les choses étaient ainsi, le seul moyen rationnel et scientifique de distribuer l'harmonie dans les rangs d'un règne quelconque consistait à dresser l'échelle passionnelle des êtres inférieurs en regard de l'échelle passionnelle de l'homme, puis à classer chaque espèce dans le cadre correspondant indiqué par son étiquette analogique.

Puis j'ai exposé les raisons qui s'opposaient à l'application immédiate de cette méthode supérieure, et d'abord l'absence complète du tableau échelonné des huit cent dix caractères humains en majeur et en mineur...; et chacun a compris la difficulté que j'ai signalée en cette occasion, à savoir de tirer une copie d'un tableau qui n'existait pas.

Je le répète donc, si je n'ai pas cherché à dresser ce tableau du clavier passionnel humain, c'est que j'ai parfaitement compris que l'œuvre était au-dessus des forces d'un homme seul, et qu'elle exigeait le travail collectif d'un grand nombre d'académies morales et médicales pendant un grand nombre de lustres, plus le con-

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cours du triple génie de Molière, de Geoffroy - Saint- Hilaire et de Charles Fourier.

Et je me suis retiré d'autant plus volontiers de la lice, que je tenais de bonne source que la découverte de la loi de classification universelle ou de l'unitarisation des sciences était contemporaine des derniers jours des sociétés maudites, et que c'était en quelque façon l'arche d'alliance qui annonçait la réconciliation de l'homme avec Dieu. Alors, considérant l'esprit d'obscurantisme et de malice de ceux de mon époque, je me suis dit que les jours de la classilication universelle n'étaient pas venus encore, et je me suis fait une raison.

D'ailleurs, s'il était au-dessus des forces d'un homme seul de dresser le tableau du clavier passionnel humain , et par suite de classer toutes les bêtes analogiquement, c'est-à-dire par rapport au tijpe supérieur, rien n'empêchait cet homme de bon vouloir de classer ces êtres méthodiquement par rapport « eux-mêmes. Si le travail de la classification analogique et universelle était une tâche herculéenne, celui de la classification spéciale pouvait n'être qu'une œuvre simplement difficile, mais non pas hors de la portée d'une intelligence saine. Et même la formule du Gerfaut, qui relève de la méthode passionnelle, et qui distribue les espèces par rang de galanterie, m'en disait tout autant que j'avais besoin d'en savoir pour déterminer les bases d'une classification méthodique acceptable.

11 est certain, en effet, que du moment que la question de la classification devient une simple question de préséance et d'étiquette, la principale diificulté de l'opération disparait, puisqu'il suffit des yeux du corps pour voir qui tient la tête dans une cérémonie.

Mais avant d'exposer la méthode nouvelle, il nous faut

îJiO ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

lui l'aire place nette, et commencer par conséquent par déblayer le terrain scientifique des systèmes de classification ornithologique dont il est encombré.

L'ornithologie abonde, comme toutes les autres branches de la zoologie, en systèmes de classification plus ou moins ingénieux, plus ou moins décousus, et il suffit de citer les noms des Linnseus, des Geoffroy Saint-Hilaire, des Butfon, des Cuvier, des Blainville, des Brisson, des Swainson, des Gray, des Temmynck, desLatham, des Vieillot, des Charles Bonaparte, pour démontrer que ni le génie, ni le talent, ni l'amour enthousiaste de la science n'ont manqué en aucun temps à l'étude de cette science, A chacun des noms illustres que je viens de passer en revue s'attache, en effet, un système de classification ornithologique; mais aucun de ces systèmes n'est né viable, et tous sans exception sont viciés de simplisme. Ce vice de constitution , je l'ai répété assez de fois, est le fruit de l'ignorance des lois de l'analogie passionnelle, qui est, à proprement parler, la boussole scientifique , et comme a dit Raspail, le plus bel apanage de l'intelligence humaine.

GeoflVoy Saint-Hilaire, qui tablait sur l'unité du règne et sur l'unité de composition, et qui a écrit un grand traité sur la Théorie des Analogues, était bien muni de cette boussole qui guide si sûrement le navigateur à travers les ténèbres, mais nous savons quelle influence néfaste lui voila en partie la manière de s'en servir. Ne revenons pas, s'il est possible, sur ce texte affligeant.

Buffon a bien écrit :

« L'Etre suprême n'a voulu employer qu'une idée et la varier en même temps de toutes les manières possibles, afin que l'homme pût admirer également et la magnificence de l'exécution et la simplicité du dessein. »

Buffon est dans le vrai jusqu'au cou, c'est-à-dire d;ins

1»F. F.A CLASSIFICATION ORNITHOLOiiloUK, î241

l'analogie, comme (reoffroy Saint-Ililaire, comme Newton lui-même, comme vingt autres ; mais tous ignorent que la véritable théorie des analogues a pour base la science du clavier passionnel humain. Voilà le mal. Du reste, j'ai entendu un professeur éminent du Jardin-des- Plantes, le propre fils de Geoffroy Saint-lIilaire, déplorer publiquement, dans son cours, l'imperfection et le décousu de toutes les méthodes en vigueur, et inviter ses nombreux auditeurs à sortir de la voie battue pour tâcher de trouver mieux. Je serais heureux et fier d'avoir été le premier à répondre à cet appel d'une façon distinguée.

C'eût été perdre mon temps sans profit pour personne que de m'attaclier à. faire ressortir les défectuosités de chacun des systèmes de nomenclature ornithologique adoptés jusqu'ici par la science. Il y a de ces erreurs qu'il est plus généreux et plus sage d'enterrer dans l'oubli cjue de faire revivre par les plus justes critiques. Mais si la générosité interdit de frapper le système couché par terre, elle n'enjoint aucunement d'honorer d'un semblable respect l'erreur officielle triomphante ; au contraire. Ainsi devais-je , par exemple , le silence au système de Buffon tombé en désuétude, et la vérité à celui de Georges Cuvier, universellement adopté par l'enseignement public.

Georges Cuvier, que je révère comme une des gloires de ma patrie et comme le créateur de la paléontologie, n'a pas mon estime comme penseur ni comme classificateur. Sa faiblesse , sous ces deux derniers points de vue, se démontre par le seul fait de son opposition à Geoffroy Saint-ÎIilaire. Un homme qui reconnaît quatre plans et quatre types dans le règne animal, où il n'y a qu'un seul plan et qu'un seul type, et qui voit la variété de composition là où il y a unité, est un homme jugé pour la science. C'est en vain que les honneurs académiques et

les princes des prêtres auront été pour le contradicteur de l'unité durant le cours de son existence dorée, la justice de la postérité ne ratifiera pas cet engouement déplorable, et cette justice même lui sera d'autant plus sévère, que la faveur de ses contemporains lui aura été plus partiale.

On sait l'importance de la lutte que soutinrent, pendant un quart de siècle , Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire , ces deux illustres champions de la foi et du doute , de la Genèse et du Sens Commun, et que cette lutte, qui se dénoua comme toujours par la défaite de la foi et de la (tcnèse, tint fixés, pendant tout ce temps, les regards du monde pensant. «Vous connaissez les nouvelles de France, disait, le 31 juillet 1830, Gœthe à l'un de ses amis ; le volcan a fait éruption.» — «C'est une triste histoire, répond l'autre, et au point où en sont les choses, on doit s'attendre à l'expulsion de la famille royale. » — «Et que diable nous radotez- vous là? reprend l'auteur de Faust, il s'agit parbleu bien de trônes, de dynastie et de révolutions politiques. Je vous parle de la dernière séance de l'Académie des sciences de Paris et du dernier mémoire de Geoffroy Saint-llilaire. C'est là qu'est le fait important, la révolution véritable, la révolution de l'esprit humain. »

La critique de la classification de Cuvier, ou, pour mieux dire, de la classification universitaire et officielle, peut se faire en un trait de plume. On sait que celte méthode, ou plutôt ce système, divise le règne des oiseaux en cinq ou six ordres principaux :Rapaces, Passereaux, Grimpeurs, Gallinacés, Echassiers, Pahiiipèdes. Or, il y a un de ces ordres, celui des Passereaux, qui part du corljeau ou des environs, pour aboutir au roitelet, en passant par le pinson et par la tourterelle. Pour donner une idée de l'esprit de suite qui a présidé à cette méthode, il suffit de

T»F. I-A i.lASSIFir.ATloN ORNITHOLOGKjLE. !2io

faiie observer que le corbeau est l'image de l'homme de loi, rapace et croasseur ; que le roitelet est celle du furetage enfantin ; que la tourterelle symbolise les amants ardentissimcs; le pinson, l'artiste jaloux ! Linnaeus, qui fut tant blâmé et avec tant de raison pour avoir marié, dans une de ses divisions botaniques, les iridées et les graminées, sous prétexte que les plantes de ces deux familles, qui n'ont entre elles aucun lien de parenté, portaient le même nombre d'étamines , Linnaeus , s'il eût connu la théorie des emblèmes passionnels, eût été probablement scandalisé lui-même de cette alliance monstrueuse du procureur et de l'artiste.

Je conçois qu'on range dans un môme ordre, dans celui des j}ercheurs, par exemple, ou des monogames ^ des oiseaux comme le corbeau et la tourterelle, qui ont Ta commune habitude àe percher et de se marier; mais je ne comprends pas qu'un titre comme celui de passereau, qui ne veut rien dire du tout, puisse servir de commun dénominateur à deux espèces aussi éloignées l'une de l'autre par leurs principes politiques , leurs appétits et leurs mœurs.

La méthode officielle ne comprend pas, malheureusement, que des anomalies de ce genre : elle a un pied dans \e passionnel, un autre dans le matériel ; ce qui l'expose à trébucher à chaque pas, et la fait ressembler à un système de numération bizarre dans lequel seraient confondus le chiffre arabe et le chiffre romain. Ainsi, elle a baptisé les oiseaux de proie Rapaces. Rapaces, c'est très-bien, j'accepte votre substantif; mais je fais observer que cette désignation, qui serait parfaitement admissible dans la classification passionnelle, puisqu'elle indique une dominante caractérielle, est tout à fait déplacée dans une classification où les oiseaux des bois s'appellent passereaux,

et les oiseaux d'eau pabnij)èdes. Choisissez entre le passionnel et le matériel, je ne vous en empêche pas, mais une fois votre choix fait, tenez-vous-y, par grâce. Une nomenclature qui aurait la moindre prétention à l'unité ne tolérerait jamais un semblable amalgame. La série qui distribue l'harmonie exclut toute promiscuité.

Si donc la classification de Guvier a des admirateurs et des adhérents fanatiques, je déclare humblement que je ne suis pas du nombre ; même ma franchise brutale irait volontiers jusqu'à baptiser cette chose-là de son nom véritable, qui est pour moi chaos. Et l'on sait que de tous les chaos, hélas ! le pire est le chaos systématique , le chaos organisé, le chaos qui singe l'ordre, comme qui dirait le pouvoir bureaucratique en France.

Dès qu'une méthode de classification réputée la meilleure en est encore le, c'est-à-dire à diviser un règne en cinq ou six ordres qu'on appelle des Rapaces^ des Passereaux, des Gallinacés, desEchassiers, des Palmipèdes, etc., on peut se faire idée des autres, des méthodes inférieures. Soyons charitables envers elles, et ne les accablons pas de notre raillerie. Examinons plutôt comme thèse de critique supérieure, quels étaient, en dehors des éléments de la méthode passionnelle, les caractères génériques matériels les plus aptes à servir de base à une classification ornitho-. logique acceptable.

Ces caractères génériques en dehors de la Dominante passionnelle sont au nombre de cinq :

L'élément ou le milieu habituel de l'oiseau;

Le genre de nourriture ;

La forme du bec ;

Celle de l'aile ;

Celle du pied.

Passons attentivement chacun de ces systèmes en re-

DE LA CJ.ASSUR.ATlOiN OKiM'l'liOLOClK»UE. '2,io

vue, atin de pouvoir choisir à bon escient, et soyons sûrs d'avance que si nous avons eu la main heureuse, l'analogie passionnelle s'empressera de ratifier notre choix.

Dans le premier système de classification, celui qui a pour base l'élément habituel , les oiseaux se divisent d'eux-mêmes en cinq grandes séries naturelles, ornées de leurs séries ambigiics ou de transition. Il y a :

1" Les oiseaux de haut vol, qui habitent la région des nues et qui planent ;

^' Les oiseaux des bois, dont l'existence est attachée aux arbres, et qui ne planent pas, ma.is perc/ient;

3° Les oiseaux des champs, qui courent^ et ne planent ni ne perchent;

4° Les oiseaux de rivage ou de marais, qui barbotent, et ne perchent ni ne planent;

o° Enfin les oiseaux d'eau, qui nagent, et ne perchent, ne planent ni ne courent.

Donc, cinq graiides divisions ou Ordres : Planeurs, Percheurs - Grimpeurs, Coureurs, Barboteurs et Nageurs,

Mettez si vous voulez , par respect pour l'ordre de primogéniture, les derniers en place des premiers : Nageurs, Barboteurs, etc.

La science n'a pas osé accepter cette méthode naïve, naturelle et simple à la fois, et dont le mérite avait frappé dans tous les temps et partout l'homme du peuple et le chasseur. Les instituts ont l'horreur née du simple, et cette répulsion a pour note complémentaire la passion de l'amphigourique. C'est un double vice qui leur est entré dans le sang à la suite de deux préjugés fâcheux, et qui les fera mourir.

La nomenclature tirée de l'élément habituel était d'autant plus acceptable pour les académies que rien ne les

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empochait de concilier l'ordre naturel des choses avec leur monomanie d'archaïsme. S'il était absolument impossible au savant de se passer de latin pour sa nomenclature, il se trouvait ici parfaitement à son aise pour en fourrer partout. Ainsi il eût pu choisir, pour les oiseaux de haut vol, entre l'ordre des planeurs et celui des mibicoles; pour les oiseaux des bois, entre branchiers et sijlvico/es ; pour les oiseaux des plaines, entre coureurs et arvicoies; pour ceux de marais, entre barboteurs et paludicoles ou luticole^ ; pour les oiseaux d'eau eniin, entre nageurs et undicoies !

Même latitude pour les amateurs exclusifs de l'idiome d'Homère qui auraient pu préférer le nom de tachydromes à celui de cursores, ou celui de macroskèles à celui de longipèdes. J'admire que l'Académie des sciences soit demeurée insensible à tant de jolis mots !

Mais la nomenclature ci-dessus, malgré les avantages de sa simplicité extrême, eût péché par la confusion, ce qui est cause que je n'en ai pas voulu. Ainsi l'ordre des planeurs eût dû rallier forcément la cicogne, le martinet et l'aigle, et renfermer dans le même ordre le héron avec le gerfaut, son ennemi intime; car la cicogne, le héron et le martinet sont des oiseaux qui planent. Et chaque grande division eût été viciée fatalement de disparates non moins choquantes. D'ailleurs le nombre cinq est un nombre essentiellement inharmonique et impropre à toute combinaison sérielle. J'aurais rejeté la méthode pour cette seule raison.

Mais si je repousse l'élément habituel comme type insuffisant de division primordiale, je l'accepte volontiers comme type de division secondaire, et réclame d'avance le droit de m'en servir quand j'en aurai besoin.

Après la méthode basée sur l'élément ou le milieu ha-

DE LA CLASSIFICATION OHNirilOLOGlOLE. 247

bituel, venait celle basée sur le genre de nouiTitiire, et d'après laquelle le règne des oiseaux semblerait devoir se diviser en six grands ordres : — carnivores, ou mangeurs de chair; — piscivores, mangeurs de poissons ; — insectivores, d'insectes ; — frugivores, de fruits ; — granivores, de grains ; — mellivores, de miel .

C'était bien là à peu près la véritable division naturelle d'après le genre de nourriture. Malheureusement ce caractère est si fugitif, si vague, si propre à engendrer les méprises et les alliances contre nature, qu'il présente une base encore moins solide que le premier. Dans quel ordre ranger, par exemple, les espèces comme le milan et le pygargue, comme le héron et la cicogne, qui sont tout à la fois piscivores et carnivores? Lequel des deux titres, de baccivores ou d'insectivores, donner aux becs-fins et aux merles, qui vivent d'insectes dans la saison du printemps et de baies après l'été ?

Vieillot, l'un des ornithologistes modernes les plus éminents, a essayé de parer aux vices de la méthode et de répondre aux objections de la critique en portant le nombre des grandes familles de six à douze dans l'ordre ci-après : Carnivores, — Frugivores, — Baccivores, — Omnivores, — Mellisuges, — Insectivores, — Granivorespassereaux, — Granivores-gallinacés, — Vermivores, — Reptilivores, — Piscivores, — Herbivores.

Il est évident que cette augmentation du nombre des familles a diminué les chances de confusion et de méprise ; mais ces deux inconvénients n'en persistent pas moins.

Et d'abord il parait étrange que l'auteur ait fait suivre immédiatement la famille des carnivores de celle des frugivores, au lieu de lui donner pour cortège immédiat celle des reptilivores, qui mangent avec une égale avidité

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les rats, les serpents et les grenouilles. La distinction entre les baccivores et les frugivores est subtile ; les baies sont des fruits à pulpe molle , mais ce sont de véritables fruits.

Voici ensuite que l'application de la méthode alimentaire réunit forcément dans le même ordre, le pygargue, le balbuzard, la cigogne noire, le manchot, le grèbe et le martin pêcheur, qui vivent de poissons, sinon le classificateur, pour éviter le reproche d'alliance monstrueuse, sera obligé de retirer au balbuzard et au pygargue leur titre légitime de piscivores et de les river à la série des carnivores.

Le cygne et l'autruche, qui vivent d'herbes tous les deux, ne peuvent pas être raisonnablement colloques sous la même étiquette. Cependant si l'auteur recule devant cet accouplement bizarre, que devient sa méthode?

Les loriots et les merles, qui vivent de vers au printemps, de cerises pendant l'été, seront-ils frugivores, vermivores ou baccivores?

Mêmes questions pour la fauvette, le rouge-queue, le rossignol, qui passent de la nourriture animale à la nourriture végétale d'une saison et d'une heure à l'autre.

Les gallinacés mangent de tout, baies, fruits, insectes, grains, vers : pourquoi ne pas les classer parmi les omnivores? pourquoi surtout faire deux grandes familles d'une famille naturelle si compacte et si bien unie?

Je demande encore quelle place sera donnée à la mésange, qui vit de chènevis, de chair morte et d'insectes? Mais je sens que cette série de questions n'est pas près de finir, et je m'arrête.

Il ne faut, du reste, qu'un mot pour tuer ce système. Les poissons et les mollusques sont venus au monde avant les oiseaux et les fruits ; donc personne n'a le droit de

IJE LA CLASSU-ICAllON onNlTHOLO(;iQUE. 249

mettre les carnivores et les frugivores avant les piscivores.

A tant faire que de prendre le genre de nourriture pour caractère générique, mieux valait spécifier ce caractère par la forme du bec, qui est un organe complexe indiquant à la fois la nature des aliments dont se nourrit l'oiseau et la nature de ses fonctions industrielles.

La classification de Vieillot, malgré ses imperfections et ses incohérences, est encore préférable, selon moi, à celle de Cuvier. Au moins le caractère générique est-il acceptable. L'esprit d'ailleurs se repose avec confiance dans ce nombre sacramentel douze, pivot d'arithmétique passionnelle et triple garantie d'ordre, de précision, d'harmonie. Ensuite presque tous les nom.s employés par Vieillot signifient quelque chose. Ce qui est cause que la science les a généralement adoptés. Elle a bien fait, et je ferai comme elle ; car le genre de la nourriture est un caractère trop important pour qu'on le néglige, et il peut même se rencontrer mille cas où le moyen séparatif qu'il présente soit le plus facile à saisir.

La classification de Vieillot a encore pour elle de se prêter facilement à l'homologie. L'homologie est la correspondance parallélique des divisions d'un règne quelconque avec celles d'un autre. C'est une espèce de preuve par neuf de la rationalité d'une méthode de classification. 11 en sera parlé quelques pages plus bas.

Après le genre de nourriture se présentait, comme type de classification, la forme du bec, organe qui, chez la plupart des oiseaux, cumule la fonction de la main avec celle de la bouche, et joue par conséquent le rôle le plus important dans l'économie domestique. Le bec, ainsi que je viens de le dire, n'indique pas seulement d'une façon claire et catégorique l'industrie spéciale de chaque genre,

:2.^0 OKMTHULOGIE PASSIONNELLE.

il lui donne de plus sa physionomie particulière. Mais ici se représentent avec plus de force encore les objections que j'ai fait valoir à Fenconlre des systèmes précédents. La science elle-même n'a consenti à admettre la forme du bec que comme caractère de division secondaire. Les termes de Curvirostres^ Rectirostres, Denti?-ost?'€s, Sen'irostres, Tenuirostres, etc., etc., expriment parfaitement la forme du bec, mais ne sulfisent pas évidemment pour distinguer les espèces. L'aigle, le goéland et le coq domestique sont tous trois curvirostres, c'est-à-dire qu'ils ont le bec recourbé. Or, jamais nomenclateur, si complaisant qu'on le suppose, n'aura assurément l'idée bizarre de loger ces trois têtes sous le même bonnet. Maintenant si vous distinguez entre les diverses courbures de ce bec, les nuances deviennent difficiles à saisir, et le but que vous cherchez est manqué. Réservons donc le caractère générique du bec pour les divisions de deuxième ou de troisième ordre, comme nous avons fait pour le genre de nourriture et l'élément habituel.

L'aile, qui est l'attribut spécial de l'oiseau et l'agent pivotai de sa locomotion, semblerait à priori devoir constituer ce caractère générique supérieur destiné à servir de base à la classification ornithologique la plus naturelle. L'esprit philosophique, qui ne peut s'élever encore à la hauteur de la classification passionnelle, marche au devant d'une méthode qui classe les oiseaux d'après la puissance de leur vol. Il y a là, en effet, les éléments d'une sériation rationnelle. Ainsi M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui est un esprit éminemment synthétique, et à qui je ne connais d'autre défaut comme professeur que de pousser trop loin l'indulgence pour les erreurs des maîtres; M. Isidore Geotfroy Saint-Hilaire, dis-je, a établi d'après la forme de l'aile une classification ornithologique

PE LA CLASSIFICATION ORNITHOLOGIQL'K. 25i

qui eût pu être parfaite si l'auteur eût osé la mener jusqu'au bout, et si, après avoir admirablement débuté en faisant de l'ordre véritable, il ne se fût rallié presque immédiatement au désordre en adoptant par déférence la classification de Cuvier. Je ne saurais trop vivement déplorer cet excès de modestie de la part du célèbre professeur qui soutient avec tant de distinction l'éclat du nom qu'il porte. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a dépensé certainement, à recrépir et à étançonner le vieil édifice de la classification oificielle, plus de talent, de science et d'efforts qu'il ne lui en eût fallu pour bâtir de toutes pièces un édifice neuf et solide, d'une distribution méthodique et savante, supérieure à tout ce qu'on aurait vu jusque-là.

M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire commence par diviser le règne des oiseaux en trois grands ordres, Alipennés, Riidipennes, Impennes. Les alipennes sont les oiseaux qui ont des ailes et qui volent : cet ordre comprend à lui tout seul les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des espèces; les rudipennes sont des oiseaux qui n'ont que des moignons d'ailes, comme l'autruche , le nandou, le casoar, l'aptérix, etc.; les impennes, enfin, sont des oiseaux qui, comme le manchot et deux ou trois autres genres voisins, portent des nageoires en place d'ailes.

Ainsi voilà du premier coup le tableau général qui se dessine. Point de confusion à craindre entre des ordres si parfaitement tranchés. Eliminons les rudipennes et les impennes, dont la monographie nous demandera peu de place, et taillons nos divisions secondaires dans l'ordre pivotai des alipennes, en prenant pour caractère de classification cet attribut de l'aile véritable que nous avons brodée sur le champ de notre étendard. Voici que nous avons déjà les ailes aiguës et les ailes suraiguës, les ailes obtu-

2o2 ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

ses ou arrondies, les ailes démesurées^ les ailes rudimentaires, et que nous allons pouvoir utiliser la fameuse distinction d'Huber entre les voiliers et les rameurs. L'atfaire est parfaitement engrenée ; mais quel obstacle imprévu nous arrête dès les premiers pas? Je crois le deviner, hélas! L'intention du savant professeur était bien de s'engager jusqu'au bout dans la voie qu'il avait entrevue; mais il aurait fallu pour cela passer sur le corps à la classification officielle, outrager dans sa tombe le génie de Cuvier, et Ton sait par expérience que l'irascible susceptibilité des maîtres en zoologie persiste au-delà du tombeau, et qu'il s'échappe même quelquefois de leur cercueil des prosopopées formidables à l'adresse des impies qui troublent le repos de leurs cendres. Alors le professeur a reculé devant le sacrilège, et il a pactisé avec la méthode sorbonnienne, espérant que l'idée progressive dont il était l'apôtre voyagerait plus sûrement sous le passe-port de l'erreur accréditée que sous celui de la vérité méconnue... Et au-dessous de la division cardinale des alipennes, nous avons vu reparaître la division inévitable des cinq ordres de Cuvier et de ses complices, Rapaces, Passereaux, Gallinacés et le reste ; et la science de l'ornithologie, qui semblait pour un moment vouloir relever la tète, s'est replongée jusqu'à nouvel ordre dans le chaos.

Maintenant il y a à dire contre la méthode de classitication d'après la forme de l'aile, que cette méthode est plus spécieuse encore que rationnelle, et que ses prémisses donnent plus d'espoir que ses conséquences n'en peuvent réaliser.

Le premier tort de cette méthode est de scinder violemment les familles naturelles et de porter le trouble dans les catégories, en ralliant par un seul caractère des groupes et des espèces séparés de tous les autres côtés par d'in-

DR LA C.LASSIFICATTOX ORMTHOLO(;iOIK. 'Ûo'A

comraensurables distances. Si nous admettons en effet la forme de l'aile pour caractère de ralliement ou de séparation des espèces, voici que du premier coup l'oiseau-mouclie prime l'aigle ; car l'aile de l'oiseau-mouche est plus aiguë que celle de l'aigle : elle est taillée en forme de faux comme celle du faucon, et il faut de toute nécessité que l'oiseau miniature, qui vit du miel des fleurs, prenne rang avec le martinet, la frégate et les oiseaux de mer dans l'illustre série des rameurs, tandis que l'aigle devra être relégué à un échelon inférieur. Par la même raison, le canard s'en ira prendre la tète des palmipèdes et distancera le cygne, et ainsi de mille autres.

La méthode aliforme a cet autre inconvénient encore, de ne pas différencier à première vue les espèces, et d'exiger de longues inspections et de longues comparaisons de détail avant de permettre au classificateur d'avoir une opinion. C'est un vice radical qui suliit pour démontrer d'avance que ce système de classification n'est pas parfait.

Je ne saurais parler de la méthode aliforme récemment établie par M. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire sans mentionner une méthode bien autrement ingénieuse et quasianalogique, exposée plutôt que développée par le même professeur en son cours du Muséum, il y a une quinzaine d'années. Cédant à la pression de la synthèse passionnelle ou de l'esprit d'unité qui agite les grandes intelligences, le père avait signalé de nombreux rapprochements entre les dominantes caractérielles et les similitudes organiques de certaines familles d'oiseaux et de mammifères. Dominé par la même influence, le fils entrevit dans cette comparaison les éléments d'une méthode de classification ornithologique beaucoup plus intéressante que les anciennes, et sniiout beaucoup plus expéditive, réduisant la tâche du

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classificateur à calquer la nomenclature des oiseaux sur celle des quadrupèdes. On doit apercevoir d'ici quelques détails heureux du nouveau système de classement que j'ai baptisé tout à l'heure du nom d'homologie.

Ainsi le noble gerfaut, le rapide lévrier de l'air, qui met son intelligence et ses ailes au service de l'honmie, occupait dans l'ordre des oiseaux la place correspondante à celle occupée par le chien de chasse dans l'ordre des quadrupèdes. Rapaces et Carnassiers, hiboux et chats, vautours et hyènes, s'arrangeaient dans leur case respective de manière à se faire vis-à-vis. La riche et plantureuse tribu des gallinacés et celle des ruminants, qui se disputent l'honneur de servir de fond à la nourriture quotidienne de riiomme;, siégeaient dans une position analogue à la même hauteur de gradins. L'autruche et ses plus proches parents reflétaient les Pachydermes ; le canard, l'animal immonde qui fait graisse de tout; lesConirostres, les rongeurs ; les perroquets, les singes ; etc., etc.

L'auteur oubliait de faire figurer au tableau comparatif quelques ordres importants, mais ce n'était là qu'un détail, et le tableau tel quel était rempli de charme, parce que l'analogie avait passé parla. Un oubli bien plus grave à reprocher au maître était de n'avoir pas songé à refondre le moule original avant d'en tirer une copie. Je veux dire qu'il eût été opportun de démolir de fond en comble et de refaire la classification des mainmiières avant de rien calquer dessus. Ce n'est certes pas moi qui refuserai jamais mes éloges enthousiastes aux tentateurs audacieux que je vois disposés à se lancer à corps perdu dans la bonne voie; mais c'est précisément en raison même de l'estime et de la sympathie ardente que je porte aux esprits de cette trempe, que je souffre de les voir s'exposer à des déconvenues inévitables en courant après un but chimérique.

liE LA CLASSU<ICATION ORNirHOLOGIyUE, î^35

Il est évident qu'ici le savant professeur du Muséum était arrivé aussi près que possible de la vraie classification, et qu'il ne lui a manqué pour la saisir de ses deux mains qu'une chose : de se souvenir que le type supérieur ou humain est l'unique terme de comparaison entre les règnes inférieurs, et que deux individus de règnes différents, comme l'oiseau et le quadrupède, par exemple, ne peuvent se ressembler qu'à travers la ressemblance de l'homme.

c( Ceci est mon principe absolu et ma loi, a dit l'Analogie à ses fidèles, et vous n'en observerez pas d'autre. )>

M. de Blainville, qui était doué aussi à un degré éminent de l'esprit de synthèse, a failli pour une autre cause dans son entreprise de classification ornithologique. S'appuyant sur la loi de l'antagonisme naturel, qui existe entre ^l'appareil de locomotion pédestre et celui de la locomotion aérienne, et considérant que les os du sternum sont d'autant plus développés que ceux du bassin le sont moins, l'illustre académicien avait indiqué la structure du premier de ces os comme type généalogique de classement, et je ne nie pas que ce système n'eût pu fournir de précieux éléments à la nomenclature supérieure. Malheureusement la fidélité aux principes religieux et politiques fut plus forte chez le savant que la fidélité aux principes de la nature, et cet antagonisme entrava déplorablement l'essor de son génie. Un Zoïle sans pudeur ne manquerait pas cette occasion de faire remarquer que ces accidents-là s'expliquent d'une façon fort simple, attendu que c'est l'attachement aux opinions politiques régnantes et non rattachement aux lois de la nature qui donne les emplois richement rétribués; mais Dieu me garde de me faire l'écho de pareilles médisances et d'offenser jamais par le moindre propos la gloire des défunts.

Restait donc la méthode basée sur la forme du pied, à

i2oO ORMTHOLOGIF. PASSIONNELLE.

laquelle je me suis rallié pour une ioule d'excellents motifs, mais surtout en raison de son affinité palpable avec la méthode supérieure ( lisez la méthode passionnelle ).

Le pied, à raison de l'harmonie admirable qui existe dans tous les règnes de l'animalité entre le système de la marche et les autres systèmes de l'organisme, constitue le caractère externe le plus générique, c'est-à-dire le plus propre à servir de type pivotai à une classification méthodique. C'est, en effet, le caractère qui réunit au plus haut degré les deux attributs de la spécialité et de la généralité. Il est plus important que l'aile, puisque l'appareil de la locomotion terrestre est indispensable à toutes, et que son absence ne peut se concilier avec l'idée de vie. A ce seul titre, le pied constituait donc une base de classification supérieure à toute autre.

Maintenant les plus simples observations démontrent qu'il y a correspondance étroite et directe entre la forme du pied de l'oiseau et ses divers systèmes de voilure et de nutrition ; c'est-à-dire entre la forme du pied et celle do l'aile et du bec. La forme du pied résumait donc l'ensemble de tous les avantages spéciaux que pouvait présenter chacun des caractères génériques que nous avons précédemment analysés. Or, cette faculté d'amplexion synthétique dévolue à certains caractères physiques est le cachet indéniable de leur préexcellence comme types de classement.

Cette correspondance de la forme du pied avec celle des autres organes extérieurs n'est d'ailleurs qu'une des conséquences premières des deux grands principes religieux de la justice distributive et de l'économie de ressorts. C'est pourquoi la raison analogique était tenue d'opter à priori pour la méthode pédiforme.

Le principe de la justice distributive exige que l'impor-

DE LA CLASSIFICATION ORNITHOLOGKjlJE. 257

tance du pied de l'oiseau augmente ou diminue en raison de la faiblesse ou de la puissance de son vol. En conséquence, l'Autruclie, dont le vaste corps est porté par de véritables jambes de chameau, et qui court plus rapidement que tous les quadrupèdes, a dû se passer d'ailes, et ainsi de tous les coureurs rapidissimes. Ainsi également du manchot ou du pingouin, qui plongent et qui nagent mieux que bien des poissons.

Par contre, le martinet de nos églises, l'oiseau-mouche du Brésil , et la frégate de la zone torride, qui sont les mieux ailés de tous les navigateurs de l'air, ont si peu de pieds, que cet appareil ne peut leur être d'aucune utilité pour la marche. Et que l'on ne m'objecte pas ici que la règle n'est pas générale, et que les faucons et les aigles, qui possèdent aussi une envergure prodigieuse, n'en ont pas moins été munis de pieds vigoureux et utiles. Utiles, l'expression est juste, mais non pas quant à la marche, car tous les oiseaux de proie sont très-mauvais marcheurs, et le pied des faucons et des aigles est une main véritable, un organe de préhension et non de locomotion. Le pied n'a pas perdu de son importance, c'est vrai, mais il a changé de fonctions. N'oublions pas, du reste, que les oiseaux dont nous parlons ici sont les tyrans de l'air, et appartiennent à ces espèces dominantes pour lesquelles la nature a tout fait. Yoilà pour les rapports de la forme du pied avec celle de l'aile.

Même loi, même constance de rapports entre le pied et le bec. Qui dit forme du bec dit genre de nourriture, et qui dit nourriture dit milieu habituel. Dans cet ordre des oiseaux de proie que nous venons de toucher, l'adoncité et le tranchant des ongles sont en raison directe de l'adoncité et du tranchant du bec. Le vautour, moins féroce que l'aigle, et qui ne demande ses festins qu'aux

'i>;)S (ir.xniroLoriTK vASsioNXF.rj.E.

cadavres, a les ongles quasi-reclilignes, et ces ongles ont été taillés dans le même moule que son bec. Maintenant le faucon, qui est mieux armé que l'aigle pour la chasse, a les ongles plus crochus et le bec plus arqué que ce prétendu roi des oiseaux, qui ne semble armé que pour la boucherie. Il y a du faucon à l'aigle toute la distance qui sépare le chasseur du soldat.

Je crois inutile de démontrer que la forme du bec indique le genre de nourriture, et le genre de milieu où vivent les espèces. Il tombe, en effet, sous le sens que le long bec mou de la bécassine n'est pas fait pour casser des noix comme celui du gros-bec, et que l'oiseau porteur d'une sonde destinée à fouiller la vase doit hanter de préférence les marais, les terres molles.

La forme du pied raconte donc aussi explicitement que le genre de nourriture la nature du milieu habituel de l'oiseau; mais le pied ne ment pas comme le bec. Prenez l'aigle, le goëland et le coq par les pieds au lieu de les prendre par la tète, vous ne confondrez pas.

Je sais que cette loi générale des rapports constants entre ces divers organes présente de nombreuses exceptions, offre même des lacunes, mais je ne suis pas comptable de ces dernières, et je ferai remarquer en passant, quant à l'exception, que ce mot n'a aucune valeur dans le langage analogique. Exception, pour l'observateur judicieux, veut dire transition^ et rien de plus. Les moules de transition, que j'appelle ambigus de leur nom véritable, ont été créés pour servir de trait d'union entre deux groupes voisins ou deux séries voisines, et pour faire leur devoir, il faut absolument qu'ils fassent exception. Ainsi ne l'oublions plus désormais, l'exception est le lien de l'harmonie externe, et non, comme le pense le vulgaire, une révolte contre l'harmonie interne de la série. J'ajoute

DE 1,A C.LASSIirCAl roN (IF.MI ll(tl,0(iInlK. 'Û^Q

que Fambigu possède un double privilège qui doit nous le rendre cher, celui d'être essentiellement utile ou agréable à l'homme, comme il sera prouvé plus tard par la comparaison des rôtis les plus délicats.

Une chose fort remarquable, c'est que la science officielle elle-même semblait avoir compris les avantages de la méthode pédiforme, puisqu'elle l'avait appliquée avec quelque succès à la nomenclature de certaines familles, chez les oiseaux et chez les mammifères. Je me permettrai même de regretter à cette occasion que la science n'ait pas eu le bon esprit de l'appliquer à toutes ; car il est évident pour moi que si les nomenclatures ornithologiques olficielles sont demeurées entachées de confusion et d'arbitraire, le mal provient principalement de ce que leurs auteurs, à qui le pied de l'oiseau avait commencé à servir de til d'Ariane, n'ont pas su dévider la pelote jusqu'au bout et s'arrêter à tous les nœuds formés par la nature dans la longueur de ce til; attendu que les divisions formées par ces nœuds séparatifs indiquent précisément les séries, les groupes et les genres. La preuve qu'il n'y avait ici qu'à regarder pour voir, c'est que la science y a vu parfaitement toutes les fois qu'elle s'est donné la peine d'ouvrir les yeux, et que la critique la plus malveillante trouverait fort peu à reprendre à la distribution naturelle des séries organisées par elle, là où la forme du pied lui a servi de type de sériation. Il y a, comme on voit, entre la science empirique des Instituts et la science analogique cette différence fort remarquable, que la première est un phare à éclipses, et la seconde un phare à illumination continue.

La science s'est même approchée si près de la lumière' dans sa classification des quadrupèdes qu'elle a failli

En effet, sur les neuf divisions que comporte, je crois, la distribution actuelle de ce règne, il en est quelques-unes qui reposent sur la marche ou, ce qui revient au même, sur la disposition du pied [digitigrades, plantigrades, solipèdes); et Ton voit figurer au plus haut degré de cette échelle les Quadrumanes (genre singe) et les Bimanes (genre homme). C'est-à-dire que les savants ont mis sans le vouloir quelques bètes à leur place, et déclaré implicitement que l'espèce occupe dans la série une position d'autant plus élevée que la forme de son pied est plus complexe, et que la forme supérieure de ce pied est la main. Or, telle est précisément la gradation que la méthode que j'ai adoptée va m'obliger de suivre pour le règne des oiseaux.

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