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CHAPITRE I

Le monde des Oiseaux, leur politique, leurs lois, leurs mœurs et leurs coutume*. —Raisons de la sympathie des âmes tendres pour l'oiseau.

Les oiseaux aiment beaucoup, quelques-uns aiment toujours. C'est la tribu des créatures privilégiées du Seigneur; car la faveur du ciel se mesure pour chaque être à la puissance qu'il a reçue d'aimer.

Le monde des oiseaux n'est pas seulement celui où l'on aime le plus; c'est le premier où l'on aime ; c'est par lui que le verbe d'amour s'incarne dans l'animalité.

Jusqu'à l'oiseau et dans tous les règnes inférieurs, Insectes, Poissons, Reptiles, les générations se transmettent l'existence sans avoir conscience de leur solidarité. La famille n'est pas ; la mère et le petit s'ignorent et quelquefois se mangent.

Avant l'oiseau , l'espace n'a pour seuls bruits que les grondements de la foudre, les voix de la tempête, les croassements des amphibiens et les sifflements des reptiles.

Mais avec l'oiseau naissent les chants; l'oiseau est le premier-né de l'amour; à lui remontent les premières joies, les premières tendresses, les premières mélodies.

VA comme Dieu ne fait rien à demi , il a eu soin de prodiguer à ses créatures favorites les dons qui font aimer. Tl a répandu à profusion , sur les manteaux du C4olibri ,

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(In Pnoii , (lu I^uadis et du Faisan doré, les rubis, les saphirs, les (îmeraudes, les topazes, les tons les plus brillants et les mieux assortis de la gamme des couleurs. Il a choisi de même, dans la gamme des sons, les notes les plus suaves pour accentuer la voix de l'humble oiseau chanteur. L'oiseau est, après l'homme, la seule créature qui puisse remercier Dieu par ses chansons joyeuses. Mais il faut que le cœur de l'homme et celui de l'oiseau soient contents pour que leur voix chante.

Et comme l'amour est une passion de luxe dont l'épanouissement intégral exige pour conditions premières la richesse, un air chaud, un ciel limpide et bleu. Dieu a doté l'oiseau de la faculté de locomotion rapide qui lui permet d'accompagner le soleil en ses courses et de réaliser l'utopie des printemps éternels. L'hirondelle et la tourterelle, modèles heureux de la tendresse conjugale, ignorent le froid des saisons comme celui du cœur. Une femme de génie a écrit : « Les soupirs des harpes éoliennes f[ui résonnent dans les chaudes contrées du Midi sont les accords dont la nature amoureuse accompagne les chants des aiuants. »

L'amour est facile aux oiseaux, parce qu'il n'y a parmi eux ni moins beaux ni moins riches; c'est comme chez les Inunains en période d'harmonie.

L'aile, attribut essentiel de la volatilité, est cachet idéal de perfection dans presque tous les règnes. L'être supérieur qui viendra après nous, et (fui nous musellera pour nous empêcher de nous mordre, possédera des ailes et un corps glorieux.

Lorsque la liberté, cet incompressible élan de l'âme vers le bonheur, embrase une poitrine d'homme, le premier mouvement de l'inspiré est d'élever son regard vers le ciel, domaine de l'oiseau, ot d'ouvrir ses brns

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comme des ailes, poui' prendre possession de l'espace. Au malheureux détenu de la forteresse maritime à qui pèsent le plus lourdement l'abrutissante monotonie des heures, l'absence des êtres chers et l'oubli du dehors, l'existence qui sourit le plus est celle de l'oiseau.

A l'âge des longs espoirs et des roses pensées, où tout fleurit et chante au dedans de nous-mêmes, où les cloches sonnent dans l'air le nom de l'ange aimé, où les étoiles . l'écrivent sur la voûte du ciel ; au temps où les deux moitiés de l'être, entraînées par le courant de leurs électricités contraires, se recherchent et s'aspirent pour faire retour à l'unité primordiale..., alors l'ardente imagination de l'amoureux éprouve le besoin d'incarner dans une forme aérienne l'idéal adoré. Je n'ai jamais aimé sans lui prêter des ailes. Les poètes qui inventèrent les anges étaient des amoureux, car tous les anges sont femmes.

Quand vous aviez vingt ans, vous avez quelquefois senti dans le sommeil votre corps allégé quitter le sol et planer dans l'espace, défendu contre la loi de la gravitation par des forces invisibles. C'était une révélation que Dieu vous faisait alors et un avant-goût qu'il vous donnait des jouissances de la vie aromate, cette vie d'où nous sortons et où nous rentrerons un jour, à la fin de cette existence terrestre, qui est à la vie supérieure ce que le sommeil est à la veille. Nous envions le sort de l'oiseau et nous prêtons des ailes à celle que nous aimons, parce que nous sentons d'instinct que, dans la sphère du bonheur, nos corps jouiront de la faculté de traverser l'espace comme l'oiseau traverse l'air. Et il en sera ainsi de tous nos désirs et de toutes nos aspirations, puisque tous nos désirs sont des promesses de Dieu, qui ne peut nous tromper.

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L'oiseau, vif, gracieux, Téger, reflète de préférenoe les images adorées, jeunes, suaves et pures.

Jéhova, le dieu des Juifs, dit à son peuple, par la voix d'Isaïe : « Ceux qui ont foi dans Jéhova -prendront des ailes comme l'aigle, et ils voleront partout au lieu de travailler, w (Chap. xl, v. 31.)

Le bienheureux saint François d'Assise dit aux oiseaux, ses frères : « Aimez Dieu , qui vous a vêtus de plumes, et qui vous a donné le pouvoir de voler dans le ciel, »

Cette perpétuelle aspiration de l'homme, et surtout de la femme, vers les sphères éthérées est donc un des plus légitimes essors de la nature humaine. Les obscurantistes de Tantiquité ont lâchement applaudi à la chute d'Icare, le premier inventeur du ballon , disant que les dieux l'avaient puni pour s'être trop approché du soleil. Les obscurantistes de ce temps-là étaient pétris de la même pâte que ceux d'aujourd'hui , qui souffrent horriblement de voir qui que ce soit s'élever au-dessus d'eux; mais nous, qui ne sommes ni moralistes ni envieux, et qui valons mieux que nos pères, nous donnerions des larmes à la chute d'Icare, et nous lui dresserions des statues, ainsi qu'à Prométhée, qui découvrit le feu.

Si l'homme, depuis Icare jusqu'à Montgoîfier et autres, a constamment tendu à s'emparer des domaines de l'oiseau , qui font partie intégrante de son globe, c'est que Dieu a logé quelque part, dans un secret recoin de son cerveau , l'idée de cette conquête future, pour qu'elle servit de boussole et d'aiguillon à ses eflbrts scientifiques. La locomotion aérienne est, en effet, la première condition de la réalisation de l'unité et de la fraternité des peuples, but suprême de la science. C'est la locomotion normale et omnimode qui résume toutes les autres. L'aérostat léger, aux proportions immenses, est le char de feu

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qui passe sui' les eaux, le navire qui court siiv la superficie des continents, qui se rit de la iureur des éléments et monte sur la tempête, qui méconnaît les obstacles, mais respecte partout l'œuvre de Dieu, se dispensant de combler les vallées et de percer les montagnes, à l'instar de la locomotive homicide, que le juif a déshonorée.

Or, le génie de l'homme, docile aux indications de l'instinct, a déjà planté son drapeau dans la région des nues; il a gravi plus haut que l'aigle et le condor, et l'heure n'est pas loin où il régnera en souverain maître aux champs de l'empyrée. Ce jour-là, les douanes, les tyrannies et les nationalités s'évanouiront comme par enchantement sur tous les points du globe, et l'homme n'aura plus rien à envier à l'oiseau , rien que le privilège des ardeurs éternelles. Et encore, qui sait si cette bonne fortune ne lui viendra pas comme le reste? Les femmes seront si adorables, si touchantes et si fières, le mensonge leur sera si odieux, la constance si facile, quand on leur aura rendu le droit de disposer librement de leur cœur !

Puisque c'est Dieu lui-même qui créa pour ses fidèles les types aériens de la Péri , de l'Ange, de la Sylphide, le servant d'amour qui adore la divinité sous ces espèces est un croyant à l'état de grâce, qui fait preuve de soumission aux décrets du Très-Haut. Que celles qui ont des oreilles pour entendre conservent religieusement dans leur mémoire cette définition de l'amoureux.

C'est Dieu qui fait partout du don des ailes le signe d'avènement à la phase d'apogée. Manteaux de gaze translucide aux nuances. irisées, agents de locomotion supérieure, les ailes sont tout à la fois chez l'insecte attribut de nubilité, de favoritisme et d'amour.

Dans quelques tribus intéressantes, comme celle des fourmis, où la virginité est tenue en haute estime, le droit

(j uKNiri[(->LoiiiJ: i'As,sio>i.M:iJ,E.

de porter des ailes et de s'élever dans les airs n'appartient, parmi les femelles, qu'à la corporation des vestales. Celle qui a aimé se punit elle-même de son innocente faiblesse, en déchirant de ses propres mains sa tunique virginale. Une coutume analogue s'observe au phalanstère, commune harmonienne où règne une pureté incomparable de mœurs, laquelle a exclu de tout temps la fourberie d'amour. Au Phalanstère, où la couronne de roses blanches est l'insigne du vestalat, la jeune fille qui a donné sa démission de vestale et renoncé courageusement aux innombrables privilèges attachés à ce titre le lait savoir jilus tard à tous, en paraissant dans une cérémonie publi- (|ue le front ceint d'une couronne de roses rouges. Déclal'ation muette et pudique, qui a suffi pour introduire la loyauté dans toutes les relations sociales et pour bannir du foyer des affections intimes le mensonge et l'hypocrisie. Combien ce respect des droits de l'amour heureux qui a besoin de s'envelopper d'ombre et de solitude, combien ce délicat procédé de l'échange des roses me paraissent préférables aux coutumes immorales de ces civilisés sans vergogne, qui n'ont pas honte d'initier le public aux mystères de leurs félicités conjugales, prenant grand soin de publier à son de trompe et à l'avance le jour, le lieu et "heure où le mariage aura lieu , afin que la victime deneure exposée aussi longtemps que possible aux propos railleurs des jeunes hommes, aux médisances jalouses des jeunes filles, aux sales quolibets des vieillards! Je ne puis m'empôcher d'avertir ici les législateurs de ma patrie que le cynisme des unions légitimes révolte la pudeur de tous les amoureux honnêtes et soulève de dégoût tous les cœurs délicats.

Je fais remarquer "en passant que c'est l'histoire de la fourmi ((ui a prêté i\ la mythologie moderne le mythe de

Li: MONDE DES OISEALX. 7

la Sylphide, mythe gracieux et charmant que Marie Taglioni, la reine de la danse, traduisit autrefois en pirouettes immortelles sur la scène chorégraphique de l'Opéra français. La sylphide est, comme la fourmi ailée, une vierge de l'air à qui les ailes tombent au premier baiser d'amour.

L'histoire du papillon confirme plus vigoureusement encore que celle de la fourmi la théorie du glorieux attri' but des ailes.

Quand la chenille immonde, qui ne vit que pour son véhtré, a suffisamment dévoré, le souille de la puissance génératrice qui plane sur les eaux, les forêts et les plaines, pour veiller à la conservation des êtres, l'avertit qu'il est temps d'arrêter le développement de V individu et de songer aux intérêts de V espèce. La chenille avertie s'arrête, et, se fixant à l'extrémité de la tige par elle dénudée, bâtit sa chrysalide où s'accomplit sa transformation mystérieuse. Après quoi linsecte rampant, qui a dépouillé sa livrée de misère, s'élance de sa prison de soie sous la forme d'un sylphe aérien aux ailes d'or et d'azur, qui ne vit plus que de parfum, de soleil et d'amour, et va demander sa compagne à toutes les corolles des fleurs, moins coquettes, moins parées que lui.'

Les savants, qui confessent quelquefois la moitié de la vérité sans le vouloir, reconnaissent eux-mêmes que l'insecte qui revêt la parure des ailes est parvenu à son état parfait; mais c'est à peine s'ils osent convenir- avec Dieu et les poëtes que cet état parfait est la phase d'amour.

La métamorphose de la chenille en papillon symbolise le passage de la société limbique (Civilisation), régie par la contrainte et par l'homme, à la société harmonienne, régie par l'attraction et par la femme, et où nul n'obéit qu'à la souveraine de son choix. Le temps où nous vivons

8 ()I'.MT1IUJ.(J(.I1: l'ASSUtN.NELLE.

est la période mystérieuse et sombre d'incubation de l'harmonie future.

L'analogie, qui est la mère de la poésie et de la science, a représenté longtemps aussi cette métamorphose comme l'image de l'immortalité de l'âme et de la transition des misères de la vie terrestre aux délices de la vie ultra-mondaine. Je regrette de n'être pas libre de m'expliquer à lond sur cette question intéressante ; m'étant solennellement juré de garder pour moi tout ce que je savais des ravissements sans fin de l'autre vie, et ne voulant pas qu'on m'accusât de pousser les populations au suicide. Tout ce que je consens à dire, et j'ai peut-être tort, c'est que l'usurier qui a usé indignement les facultés de son âme à gonfler son coffre-fort en ce monde, au lieu de travailler à accroître les trésors de son intelligence, est attaché dans l'autre aux services les plus souterrains et les plus ténébreux, comme les papillons de nuit.

Les personnes curieuses qui désiraient savoir pourquoi il existe des papillons de jour et des papillons de nuit seront heureuses de mon indiscrétion, qui leur donne la clef d'une énigme terrible, celle du dogme religieux des peines et des récompenses après la mort.

La vie de l'oiseau de haut titre n'est qu'un épithalame. L'oiseau n'existe que pour aimer. Sa parure éclatante, ses chants mélodieux, son talent d'architecte, son industrie, son courage, ses ruses, sont autant de dons de l'amour. Le peuple des oiseaux s'est voué corps et âme au culte de Vénus, et la déesse reconnaissante n'a jamais voulu atteler à son char que des coursiers ailés.

L'oiseau, qui est né de l'œuf, aflecte naturellement la forme de l'ellipse, courbe d'amour. Le globule du sang, sphérique cliez les quadrupèdes et chez l'homme, est elliptique chez l'oiseau.

i.i; .\ioiNbi-: m:s oisi;aijx. 9

La chaleui' du sang de l'oiseau dépasse de plusieurs degrés celle du sang humain. Les oiseaux dont la température interne est la plus élevée sont les oiseaux du Nord, les oiseaux d'eau surtout.

Tous les oiseaux changent de plumage au moins une fois l'an , ce qui s'appelle muer ; beaucoup d'espèces muent deux l'ois. Les oiseaux ont la grande tenue d'amour et la petite tenue de voyage, le plumage de printemps et le plumage d'automne.

A l'instar du preux chevalier, le mâle ne se fait beau et n'endosse sa plus brillante tenue que pour plaire. Comme le joyeux ménestrel, il n'accorde sa lyre que pour en tirer des chants d'amour. La belle saison passée, adieu plumage, adieu ramage, adieu la passion des beaux-arts. Je ne sais pas sous la voûte du ciel deux êtres plus dissemblables d'extérieur et d'esprit que le Combattant du mois de mai et celui de septembre. Je défie le chasseur vulgaire de reconnaître à première vue dans le simple Chevalier à manteau gris, arpentant pacifiquement à la mi-août les grèves de l'Armorique, le farouche Combattant qu'il a rencontré sous la même latitude, trois mois auparavant, le casque en tète et la lance en arrêt, se mirant, se pavanant, se trémoussant dans sa fraise, et otfrant à tout venant la bataille pour l'honneur et les dames... C'est qu'il y a du Chevalier amoureux du printemps au Chevalier rassis de l'automne la même distance, hélas ! que de l'adolescent au vieillard.

L'amour, qui a fait don au mâle d'un éclatant plumage et d'un ramage qui s'y rapporte, a été envers la femelle plus magnifique encore. Il lui a attribué le monopole des travaux d'art, le privilège du génie, de la sagesse, du dévouement et du courage. 11 a paré l'àme chez l'une de tous les trésors du sentiment et de l'intelligence, comme

10 (HlMTll(»l>U(.li; l'ASSlO-NNELJ-E.

il avait paré le corps chez l'autre des plus riches couleurs du prisme.

C'est ici le cas néanmoins de relever une erreur grossière, dans laquelle se complaisent une foule de savants superficiels, à propos du mot de beauté. On penche trop généralement, parmi les hommes, à croire que la beauté est, comme le chant, apanage exclusif du mâle chez la gent emplumée. Je concède volontiers le monopole du chant au mâle, parce que je serais au désespoir de ravir le moindre de ses mérites à un sexe qui n'en est pas cousu. Je conviens de bonne grâce que l'espèce humaine est la seule où la femelle gazouille plus agréablement que le mâle ; mais, quant à ce qui est de la supériorité de la beauté masculine, je la nie et la nierai jusqu'à la fin des siècles.

D'abord, la meilleure preuve que la femelle est plus belle, ou du moins plus jolie que le mâle, c'est que c'est elle qui attire l'autre. Or, tout le monde sait que la puissance d'attraction est attribut de la beauté. Je dis ensuite que, pour être vêtue avec plus de simplicité que le mâle, la femelle n'en porte pas moins son costume de pierrette, de poule ou de faisane avec infiniment plus de grâce que le pierrot, le coq ou le faisan, et qu'il n'est pas besoin d'étudier si longtemps la mise de la Parisienne pour reconnaître que la simplicité dans le costume est un des plus dangereux artifices de la coquetterie. J'ajoute que la tourterelle, qui porte la même robe que le tourtereau, se distingue cependant de ce dernier par la sveltesse de la taille, la finesse de la tète et la délicatesse des attaches du col ; que la même différence existe à l'avantage de la chatte contre le matou, et si j'osais pousser la comparaison plus haut, à l'avantage do la femme contre l'homme.

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Je suis désolé d'être obligé de le dire aussi crûment à ceux de mon espèce, mais la plupart de ces civilisés qui décernent au coq le prix de la beauté sur la poule ne sont que des goujats en matière d'esthétique.

Qu'on prenne une sylphide parisienne du type le plus pur et le plus idéal, aussi belle que possible de sa seule beauté. Qu'on la pose en son plus simple appareil sur un piédestal de marbre noir auprès d'un tambour-major de six pieds orné de son colback et de sa canne à ramages et risiblement galonné sur toutes les coutures. Qu'on fasse ensuite venir un coq et qu'on lui demande laquelle des deux créatures, de la sylphide ou du tambour-major mél'ite le prix de beauté, je parie mille contre un que le stupide animal décide en faveur du géant à canne et à panache.

Vous riez de la stupidité de la brute et vous ne vous apercevez pas que la sentence ridicule qu'elle vient de prononcer n'est que la répétition de celle que les bergers Paris de l'espèce humaine prononçaient tout à l'heure sur la même question.

Personne n'a stigmatisé peut-être avec plus d'énergie que l'écrivain français la manie de l'empanachage. Personne n'a chargé avec plus de verve que le peintre de la même nation le portrait du Soulouque, du nègre, du barbare qui préfère le voyant au simple, et pour qui l'uniforme rouge anglais réalise le beau idéal du costume. Néanmoins je ne connais pas de nation plus amoureuse au fond des panaches et des oripeaux que la nation française. Notre véritable théâtre national, le seul qui exerce une influence incontestée sur nos votes politiques, n'est pas celui de Molière ni celui de Rossini, mais bien le Cirque- Olympique. Nous nous moquons avec infiniment d'esprit des coqs et des barbares, ce qui ne nous empêche pas de

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nous laisser iaire la loi par ces empanachés, et les barbares sont en majorité chez nous comme chez les bêtes. Ajouterai-je que notre barbarie, je veux dire l'indélicatesse de notre goût, se traduit dans nos sympathies pour les fleurs, et que le dahlia et la rose trémière, qui jouissent en ce moment d'une si grande vogue en France, sont des fleurs ridicules que la môme manie de l'empanachage a perdues ?

Il est si vrai que la femelle chez l'oiseau est en tout supérieure au mâle, qu'elle n'a qu'à se baisser pour lui prendre son costume le plus éblouissant et sa voix la plus mélodieuse. Un rencontre tous les jours de vieilles poules, paonnes ou faisanes, qui s'amusent à endosser la livrée des mâles quand elles sont trop lasses de la maternité. On a vu aussi des femelles de canaris, voire de rossignols, que l'imprévoyance de leurs propriétaires avait condamnées au célibat, se passionner pour la musique vocale et vaincre dans les combats du chaut les plus illustres virtuoses, puis se taire soudainement, pour consacrer leurs facultés à des occupations plus sérieuses , lorsqu'on leur donnait des époux.

Mais laissons de côté la question de la beauté corporelle pour aborder la question de la beauté spirituelle. Ici plus de conteste. C'est la femelle seule chez l'oiseau qui choisit l'emplacement du nid^ et ce choix est presque toujours fait avec un discernement admirable. On reproche quelquefois à la mère imprudente de ne pas assez dérober son nid ù la curiosité des enfants ; mais on oublie que l'enfant n'était pas né pour être le persécuteur des oiseaux qui vivent dans son voisinage, et qu'il y avait, au contraire, dans l'état primitif des choses, sympathie mutuelle et pacte d'alliance entre eux. Si l'oiseau a été seul à se souvenir de la loi de la nature., ne lui faisons pas un

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crime de sa trop grande mémoire et de sa foi en nous.

Quand la l'emelle du loriot d'Amérique choisit pour domicile d'amour la Louisiane,, où il fait très-chaud, elle n'emploie pour la bâtisse de son nid que la mousse, le construit à claire -voie et l'expose au nord-est. Quand elle s'établit un peu plus haut, vers la Pensylvanie et New-York, elle tisse ce nid des étoffes les plus chaudes et l'expose au midi. L'observation est d'Audubon, chasseur américain enthousiaste et naïf, dont l'ouvrage coûte mille écus.

C'est la femelle chez l'autruche qui ensevelit , dans le voisinage de l'entonnoir de sable où ses petits doivent éclore, un certain nombre d'œufs qui serviront à leur première nourriture. Ce sont les femelles du moineau républicain qui s'associent pour bâtir ces immenses rotondes où l'on niche, où l'on pond, et où l'on couve en société. La femelle est le lien de sociabilité dans toutes les espèces. Les femelles des albatros, qui sont les plus gros oiseaux de la mer, s'entendent pour bâtir des manières de camps retranchés et palissades en forme de rectangles, au sein desquels elles déposent leurs œufs qu'elles surveillent à lourde rôle. Les femelles des hérons, qui se réunissent de cinquante lieues à la ronde pour nicher en commun sur les grands chênes, procèdent d'une manière analogue et en vertu des mêmes principes de prévoyance et de solidarité.

C'est la femelle seule qui met en œuvre les matériaux des nids et construit ces édifices aériens si variés de forme et de style, qui charment les regards de l'homme et confondent sa pensée. C'est l'amour maternel qui inspire l'artiste et produit ces merveilles, merveilles de tissage et de céramique, d'architecture ou de maçonnerie. Les femelles des oiseaux sont de tous les étais, maçonnes, tailleuses,

■14 or.MTIKlI.OiilF. l'ASSlONNEr.I.K.

tisseuses , sculpteuses , mineuses , vannières, potières, lilandières, plumassières. Le guêpier niche danstle véritables souterrains qu'il creuse avec ses doigts. L'hirondelle et la sittelle bâtissent en pisé plus solidement que les hommes. Il y a dans le Levant une fauvette charmante qui coud l'une à l'autre avec son bec et du fil les deux feuilles voisines d'un arbuste, pour établir sa famille dans cette poche de son invention. La cisticole de nos marais construit de la même façon à peu près sa demeure invisible. La grive de vigne pétrit avec les matières les moins poétiques et la pâte de bois mort une coupe imperméable^ d'une forme aussi élégante que le calice de latulipe,poury déposer ses jolis œufs bleus tiquetés de noir. La linotte, le chardonneret, le pinson, travaillent le crin, le coton et la laine, avec une perfection non moins désespérante ; et jamais le génie adulateur de ré])énisterie ne fabriqua pour un fils d'empereur, en naissant Roi de Rome, un berceau plus charmant, plus moelleux et plus doux que cette barcelonnette de laine (|ue la femelle du loriot suspend par quelques fils aux branches du peuplier mobile, comme pour forcer la brise à bercer ses petits.

'l'ous ces chefs-d'œuvre d'élégance, de solidité , de finesse, sont œuvres exclusives des femelles. Le mâle n'est admis que par faveur insigne, et pour récompense de sa bonne conduite, à coopérer à la confection de l'édifice, en qualité de manœuvre. Il apporte les brindilles, les plumes, les flocons de laine à la femelle, qui les travaille et les dispose de la façon la plus convenable. On ne rencontre d'exception à cette règle générale que chez certaines familles titrées en monoganisme (fidélité), où le mari est le plus parfait modèle de toutes les vertus conjugales. C'est ainsi que le mâle de l'hirondelle a gagné, par ses rares mérites, le droit d'exercer, conjointement avec la femelle, le

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métier (le niacoii. ih\ ne. sautait s'imaginer coml)itn les petits oiseaux honorent le travîiil. La glorification du travail est le fondement de toute leur politique. Si les législateurs des sociétés humaines avaient le moindrement conscience de leur mission, ils chercheraient toujours à ' s'inspirer des leçons de l'oiseau. Je ne connais pour les peuples que deux moyens d'être heureux : le premier, d'être gouvernés par des analogistes ; le second, et le plus sûr, de n'être pas gouvernés du tout.

Le privilège de l'incubation est dévolu à la femelle, comme celui delà construction du nid, et cette nouvelle règle générale souffre encore moins d'exception que l'autre. Il n'y a que les maris passionnés, comme ceux de la tribu des ramiers, des tourterelles, des cigognes, etc., qui soient admis aux honneurs de la fonction auguste. Généralement, le rôle du père de famille ne commence à prendre un peu d'importance qu'après l'éclosion des petits, alors qu'il passe de la fonction de pourvoyeur et de charmeur de la mère à celle de nourrisseur en chef de la jeune famille. L'importance du mâle est d'autant plus réelle à cette époque, que la femelle, qui a été réduite par la fièvre de l'amour maternel à un état de maigreur extrême, n'est pas fâchée de prendre un peu de bon temps à son tour, et d'essayer de réparer ses forces, en se déljarrassant sur son époux des premiers soins de l'éducation de sa progéniture. Le silence du rossignol au mois de juin s'explique par le poids des charges de famille qui tombent tout à coup sur lui. Chez les canaris, la femelle abandonne complètement au mâle le monopole de l'éducation primaire et l'office de la becquée ; elle se réserve l'éducation secondaire et professionnelle : c'est elle qui apprend à ses pauvres petits à se servir de leurs ailes, dont ils n'useront jamais.

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C'est le monde des oiseaux (jui offre à ro])servation du philosophe les plus nombreux et les plus ravissants exemples de l'ordre dans la liberté amoureuse, de la lidélité conjugale et du dévouement maternel. L'histoire des hirondelles, des pigeons , des perroquets , des moineaux francs eux-mêmes, fourmille d'Artémises et de Niobés inconsolables, qui se laissent mourir de faim et de douleur près du cadavre de leurs époux défunts ou de leurs enfants égorgés, et qui ne font pas de leur deuil l'occasion d'une réclame commerciale, comme tant d'épiciers que l'on connaît.

Qui n'a pas vu la poule, la dinde, la perdrix ou la caille défendre leurs petits, ne peut avoir qu'une médiocre idée de l'héroïsme. Un homme qui déploierait une seule fois, dans le cours de sa carrière de citoyen, la dixième partie du dévouement que ces pauvres bêtes déploient à toute heure de leur existence pour assurer le salut de leur couvée plantureuse, aurait des places d'honneur à tous les théâtres durant sa vie, et des statues dans tous les forums après sa mort. Une perdrix qui traine l'aile et fait la blessée devant le chien, qui lui saute au visage pour lui crever les yeux ; une pie grièche, qui met en fuite par la vigueur de sa résistance le gamin maraudeur qui a médité l'invasion de son domicile ; le cygne qui ne veut pas laisser boire une cavalcade aux eaux de ses petits, toutes ces pauvres mères dont l'existence n'est qu'une longue série d'actes héroïques et de dévouements sublimes, auraient beaucoup de peine à comprendre notre admiration pour l'Athénien Godrus ou le Romain Curtius. « N'est-ce que cela?» diraient-elles, si on leur cornait aux oreilles, comme à nous, le mérite de ces gens.

H est inouï que dans une famille de bipèdes à plumes une mère ait abandonné volontairement ses petits, hors le

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