SÉRIES
Fiéinipléiie.
GENRES
Goi'f'ou,
Sphénisqui
Manchot,
Brévipeiiiiie.
Pélagiemie.
Giamliiieiiiiie.
REUIPEDIt
Polliciréiuie.
Fluvialile.
Daclylirt'inie.
Fissirémie.
\ Guiliemol, 6 I Brachyrhaniphe, 6
! Macareux, 6
Cérorliine, i
Starique, 8
. Mergule, 3
I Albatros, 10
Prion, 'z
Puffin, 13 Thalassidronie, H
Pétrel, 25
Goéland, 43
Lablje, 5 Bec en ciseaux, 4 Paille en queue, 4
Sterne, 80
Frégate, 2
Fou, H
Anhinga, 4
Pélican, 10
Cormoran, 35
Harle, 8
Merganette, 2
Cereopsis, 1
Oie, 36
Cygne, 9
Arboricygne, 6
Tadorne, 6
Canard, 64
Fuligule, 40
Hydrobate, 1
Plongeon, 3
Héliornis, 2
Grèbe, 22
Total des genres : 38 ; — des espèces : 507.
3|(t OHNll'JlOLOdlK l'ASSIONNEU-E.
Brévipen.nie. — Trois genres : Pingouin, Macareux, Guillemot; six espèces.
Caractères généraux. —Vhj^iovïovcne excentrique peu heureuse ; attitude verticale, marche sautillante, allures de kangourou, poitrine évidée ; bec sillonné et aplati en hauteur, recourbé à son extrémité supérieure ; tarses amincis vers l'avant, très-courts et insérés à Textrémité inférieure du corps; ailes impennes ou insuifisantes, vol défectueux; supra et infranatation excellentes; bonnes mœurs; nids souterrains; monovipares, piscivores, immangeables. Toutes les espèces de la Brévipennie passent les trois quarts de leur existence sous les eaux. Leur ligne de gravité est parallèle à la direction longitudinale de leur corps, et se prend de la tête aux pieds, comme chez l'homme.
Genre Pingouin. — Deux espèces : le grand Pingouin impenne, — le petit Pingouin ou Pingouin torde.
Les glaces du pôle arctique ignorent les trois tribus du Manchot, duGorfou, du Sphénisque, qui sont les trois premières expressions de la volatilie, et qui se distinguent de tous les autres oiseaux par les caractères que nous avons signalés.
Le moule qui vient immédiatement après ces trois espèces rudimentaires, et qui occupe le gradin le plus inférieur dans l'Ornithologie boréale, s'appelle le Pingouin. C'est le nom sous lequel les marins désignent encore aujourd'hui le manchot antarctique ; mais cette désignation est vicieuse : le nom de manchot, qui fait penser à l'invalide, est beaucoup mieux trouvé.
Le pingouin est, en effet, un progrès sur le manchot, mais c'est tout ce qu'on peut dire de plus ;\ sa louange. Le grand pingouin a des ailes, c'est vrai ; mais ces ailes sont dépourvues de pennes, et ne peuvent par conséquent
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lui servir pour le vol. 11 se tient debout aussi à l'inslar du manchot, et n'a pas la physionomie plus avantageuse; seidement il ne vit pas comme lui sous le régime de la promiscuité amoureuse. La diflerence du titre aromal des deux hémisphères est cause de cette amélioration spirituelle. Mais quels tristes amours que ceux de ces latitudes ! Union temporaire formée par le besoin, rompue par la misère. La femelle ne pond qu'un œuf, qui est excessivement pointu, et qu'elle dépose dans une retraite souterraine.
Le grand pingouin égale presque le manchot en hauteur ; sa taille, dont il ne perd pas un millimètre, s'élève à plus de deux pieds. Tout le dessus de son corps, y compris son aileron, est d'un noir assez ferme; tout le dessous, à partir du menton jusqu'aux pieds, est d'un blanc pur lustré. Le bec, d'une couleur noire, corné comme les pieds, est beaucoup plus long que la tête ; il est ridiculement comprimé dans sa hauteur, crochu à son extrémité, et sillonné de huit à dix rainures verticales. Une longue tache ovoïde blanc pur, qui va de l'œil à la naissance du bec, contribue à donner une expression étrange à cette physionomie. Le grand pingouin, qui habite en été les parages du Spitzberg et du cap Nord, ne niche pas sur nos côtes ; il n'y descend que lorsque les glaces du pôle, sur lesquelles il a fait élection de domicile, débàclent dans nos mers. Il y est du reste extrêmement rare, et n'est même pas très-commun dans sa propre patrie, à en juger par la valeur exagérée de l'œuf de cet oiseau, qui trouve facilement acquéreur dans le commerce sur la mise à prix de mille francs.
Le petit pingouin qui vole quelquefois, et qu'on aura surnommé à raison de ces équipées le pingouin aux grandes ailes, n'est que le moule réduit du précédent. vSa
312 0K.M11101.U(ilE l'ASSlOIS'NELLE.
taille est celle du canard; son bec n'est sillonné (|ue d'une seule rainure. Il habite, comme le grand pingouin, les parages de la mer Glaciale, d'où il descend plus fréquemment que son homonyme, grâce à des moyens de locomotion plus puissants. Mêmes habitudes et mêmes mœurs, même chair détestable.
Le Macareux. — Le genre Macareux^ qui ne fournit qu'une seule espèce, est si voisin du précédent qu'on les confond parfois. Opendant , quoique le bec des deux tridactyles soit taillé sur le même patron, il otfre chez le second des particularités assez bizarres pour mériter qu'on les signale. Chez le pingouin le bec est plus long que la tête, mesurée de la nuque à l'origine des mandibules. Chez les macareux, les deux longueurs sont égales, mais le bec est beaucoup plus comprimé en hauteur, et n'otîre guère plus d'épaisseur qu'une lame de couteau ; et comme ce bec prend du sommet de la tête pour aboutir au menton, il iinit par ressembler de profil à celui du perroquet, ce qui a fait donner au macareux le nom de Perroquet de mer. Ce bec, très-propre à fendre l'eau, mais peu avantageux à la physionomie , est de couleur cornée, comme celui du pingouin ; il est sillonné de haut en bas par quatre rainures d'un blanc sale qui descendent en courbes parallèles. Il est à remarquer que ce bec excentrique dont la racine, chez l'adulte de trois ans, embrasse toute la partie antérieure de la tète, n'a pas dans le jeune âge ce développement ridicule. Le macareux naissant a le bec quasi droit et placé, comme chez les oiseaux réguliers, au milieu du visage. Le bec du pingouin subit, du reste, une transformation analogue, et prend du corps avec les années. Règle générale : voulez-vous apprendre à reconnaître les parentés des becs, étudiez-les à l'état naissant , même avant la naissance, c'est-à-dire dans l'embryon.
1»; i.A KKMii'Éiiii;. 313
[j(i macareux, assez commun sur les côtes de France, est un oiseau de la taille d'une poule d'eau, au manteau noir et à la poitrine blanche, les deux couleurs fort ternes. La puissance de son vol égale, si elle ne dépasse, celle du pingouin aux grandes ailes, ce qui ne veut pas dire qu'il abuse de ce moyen de locomotion. 11 niche dans nos falaises de la côte maritime du nord, ne pond qu'un œuf pointu, et se marie de la main gauche comme la plupart des oiseaux d'eau. Je ne sais pas pour(]uoi on l'a})pclle !e Moine.
Le (juillemot.— Trois espèces : (îuillemot à capuchon, Guillemot noir, Guillemot nain. Le plus grand des guillemots a de quinze à dix-huit pouces de hauteur; le plus petit est de la grosseur du pigeon. Le manteau est invariablement brun olivâtre ou noir, ainsi que la partie supérieure du col, le dessous du corps depuis le collier, d'un beau blanc. Le bec est plus long que la tête, légèrement recourbé à son extrémité supérieure, et garni de plumes à sa base inférieure. La ])hysionomie s'améliore. La grande espèce est commune sur les côtes maritimes de la Picardie, de la Normandie et de la Bretagne, où elle niche dans les tissures des falaises. Le dénichement des œufs ou plutôt de l'œuf du guillemot est, dans ces trois pays comme en Ecosse, l'objet d'une industrie fort dangereuse; car l'oiseau a soin de choisir pour demeure un trou percé dans une paroi de roche verticale, laquelle n'est abordable qu'au moyen de longues cordes à nœuds accrochées par en haut à des bras d'hommes, et qui vous descendent, vous remontent et vous tiennent suspendu entre ciel et pierre dans les positions les plus favorables pour gagner le vertige. J'ai assisté à ce drame dans le voisinage d'Etrctat; mais j'ai refusé d'y prendre un rôle.
Les guilleniots s'aiment beaucouj), et les mâles parais-
31 i OKM 1110J.<»<1!E l'ASSKJNNELLE.
sent conserver leur affection pour leurs femelles au delà de la saison d'amour. C'est une particularité assez rare dans le milieu où nous nous trouvons pour mériter d'être signalée. Ils ont le vol très-court et s'élèvent à peine au-dessus de l'eau, mais ils nagent et plongent beaucoup mieux. Dans la saison des noces, le mâle essaye de tournoyer en volant autour de la femelle. Celle-ci regagne son nid en sautant de roc en roc.
Le guillemot est un progrès sur le pingouin, puisqu'il a des ailes; il a aussi le bec au milieu du visage, et ce bec plus droit, plus effilé, moins aplati en hauteur, est taillé dans des proportions acceptables. Le bec des guillemots adultes est semblable à celui des pingouins et des macareux yew?îe âge.
Toutes les espèces des quatre genres ci-dessus sont , comme le manchot du pôle antarctique, exclusivement piscivores. Les mâles quittent peu la mer ; les femelles ne grimpent les falaises que pour pondre et couver. L'incubation dure très-longtemps dans ces espèces; les petits naissent couverts d'un épais duvet, dont ils ne se débarrassent que fort tard. La chair de tous ces tridactyles est huileuse et de mauvais goût, immangeable pour des Européens, mais bonne pour des Esquimaux, qui ont besoin d'ingurgiter force suif et force huile pour alimenter la combustion de leur lampe intérieure. Cette mauvaise qualité de leur chair, jointe à leur talent remarquable de plongeurs, devait leur faire beaucoup d'indifférents et pas un ennçmi ; mais l'homme civilisé, qui aime à détruire pour détruire, n'en a pas moins voué ces espèces malheureuses à l'extermination. Il y aurait un moyen de les faire respecter peut-être, ce serait de forcer ceux qui les tuent à les manger.
Grandipennik. — Quatre genres, vingt espèces.
i<\: I.A KlvMII'l'lilK
La nature ayant eu plus de temps à elle pour parfaire sa série dans l'héniisphère boréal , il en est résulté que la série des plongeurs n'y a pas sauté aussi brusquement à celle des voiliers (jue dans l'autre. Le manchot avait làbas pour plus proche voisin l'albatros ; nous allons voir ici le rapprochement s'opérer entre les deux ordres d'une façon plus normale.
Et d'abord le manchot a été supprimé pour cause d'excentricité et remplacé par des moules plus présentables. Nous avons vu dans l'étude qui précède le type primitif du bec aller se perfectionnant du pingouin au guillemot. Arrivé à ce dernier terme, ce bec est déjà presque droit, légèrement renflé seulement et courbé à la pointe. Du guillemot à l'albatros, le saut aurait été trop périlleux ; la nature a supprimé l'albatros et réduit le moule du pétrel-géant pour adoucir la transition. Ce pétrel-géant s'est transformé en pétrels minuscules de la taille d'une tourterelle. L'énorme bec tubulé de l'espèce primitive, qui en était le caractère le plus saillant, s'est rétréci jusqu'à la dimension de celui du guillemot, tout en gardant son type. L'engrenage s'est trouvé alors parfaitement établi entre la série des brévipennes et des grandipennes pélagiens par le guillemot nain et le pétrel nain, et la constatation de la parenté des deux espèces a été d'aulant plus facile que nous avons retrouvé chez les deux cousins la caractéristique habitude de pondre en des domaines souterrains et de ne pondre qu'un seul œuf.
Genre Pétrel. — Trois espèces.
Caractères généraux. — Oiseaux de nuit, friands de cadavres. Bec articulé, comprimé et crochu à l'extrémité, assez semblable à celui des vautours ; la mandibule supél'ieure ornée d'un fragment de tuyau , l'inférieure creusée en gouttière; tarses vigoureux, doigts largement pal-
31(3 <>UM11I0LUG1E l'ASSlONMiLLE.
mes, ergot crochu pour se tenir au cadavre, ailes longues se croisant à l'arrière , plumage d'un noir fumeux. Les l'emelles nichent dans des terriers et ne pondent qu'un seul œuf. Les mâles, dans cette espèce ignoble, sont naturellement beaucoup plus gros que les femelles. Piscivores. Immangeables.
Les pétrels s'accouplent , mais ne se marient pas ; ils nourrissent leur petit avec de l'huile de poisson qu'ils lui dégorgent dans le bec.
Les pétrels avaient reçu primitivejuent leur nom de la singulière faculté qu'ils ont de marcher sur les eaux comme saint Pierre; mais, comme on trouva que cette faculté ne les différenciait pas suffisamment des espèces voisines, les savants lui attribuèrent plus tard une dénomination latine qui leur convenait mieux, celle de Procelluria., mot à mot oiseau des tempêtes. Enfin le peuple et les matelots, qui ont l'imagination plus poétique que les savants, renchérirent sur la correction de ceux-ci, et baptisèrent quelques espèces du genre du nom à^Epoiivantall et de Satanite, comme qui dirait déléguée de l'Enfer.
La satanite la plus connue de nos marins et qui justifie le mieux son titre de fille d'enfer est celle de la mer du Midi, celle qui fait journellement, avec nos bateaux à vapeur, le voyage d'Alger à Toulon et retour. C'est un petit oiseau d'aspect assez lugubre et se rapprochant beaucoup, par la couleur et la taille, du grand martinet noir.
Invisible à tous les regards durant des mois entiers, aussi longtemps que durent le calme et le soleil, la satanite semble avoir déserté pour toujours le domaine des flots ; mais que le ciel seulement fasse mine de se chagriner, (pi'un gros nuage noir, bien renq)li de tempêtes, étende sa draperie funèbre au-devant de l'astre lum:-
i)F. LA p.i^;mipédif. 317
neux, la morte se réveille soudain, et, sans qu'on l'ail vue venir, sans qu'on sache d'où elle sort, apparaît tout à coup dans tous les sillages des navires. Vous pouvez l'apercevoir à l'arrière du bâtiment en détresse qui inspecte avidement de sa vue basse chaque lame, qui suractive le jeu de ses ailes muettes pour se mettre au diapason de la tourmente, et qui se multiplie à vue d'œil sans appel et sans bruit, à la façon des larves. Puis, tout cela disparait comme par enchantement, de même que c'était venu, aussitôt que la colère de l'Océan s'est éteinte sur le naufrage.
Mais d'où pourrait venir en colonnes si serrées, sinon du noir abîme, la sinistre messagère de mort? Où pourrait-elle rentrer si vite au retour du soleil, si vite que personne ne l'a jamais vue passer, sinon au manoir ténébreux dont les soupiraux ouvrent sur tous les points du globe? Pourquoi ces formes noires et légères, qu'on ne voit voltiger que ces jours-là sur les ondes, garderaientelles le silence si elles n'étaient des âmes de naufragés qui viennent chercher leurs sœurs? Ainsi interroge la légende de lasatanite, qui n'a guère plus de sens commun que les autres.
Les pétrels ne sont pas des âmes de naufragés, ce sont les hiboux ou les oiseaux de mort de la mer. Ils éprouvent naturellement le même plaisir à voir un bâtiment courir sur un écueil que l'effraie de nos églises à entendre tinter le glas funèbre.
La satanite se dissimule pendant le calme et pendant le soleil parce que l'éclat du jour offense les yeux de l'oiseau nocturne. De même que V Effraie cherche un refuge contre la lumière dans les plus secrets recoins des voûtes de nos temples; ainsi XEpouvanlail , son quasi-homonyme, demeure enseveli de l'aurore à la nuit, au fond de
318 ORNITHOLOGIE PASSIONNELI-E.
souterrains obscurs et tortueux, terriers de lapin, trous de taupe. C'est là que les pétrels se retirent aussi pour pondre et couver leur œuf unique, et quand ou les approche de jour pour leur ravir leur trésor, ils se défendent comme les mouffettes du Mexique, en empoisonnant leurs ennemis, c'est-à-dire en éternuant sur les envahisseurs une matière huileuse et fétide qui suinte de leurs narines, et plus d'une fois cette défense a été cause de mort d'homme. On a vu des dénicheurs suspendus sur l'abîme lâcher la corde qui les soutenait ))our porter la main à leurs yeux brûlés par le poison, et, vaincus par la douleur, se lancer dans l'espace.
Le pétrel, qui fait de l'huile de poisson et qui vit de la chair de baleine morte, pourrait bien représenter le pécheur de cachalots, qui doit empoisonner le monde.
On connaît sur nos côtes trois espèces de satanite : la satanite de la Bléditerranée, à laquelle s'appliquent plus spécialement les détails qui précèdent; puis le Puf/in- Manck et le Petrel-LacJi^ assez connus tous deux dans la Manche et dans la mer du Nord, et dont les rochers des petites îles de l'Ecosse semblent être les patries.
Le genre le plus voisin des pétrels est celui des goélands, chez lesquels la courbure ou l'adoncité du bec est plus prononcée encore que chez les pétrels, et qui n'emploient guère que les voiles, c'est-à-dire les ailes pour la navigation, leurs larges pieds palmés leur servant beaucoup plus à se reposer qu'à naviguer sur les vagues.
Genre Goéland. — Dix espèces : Goëland à dos cendré, — à manteau bleu,— à manteau noir,— à pieds jaunes, — rieur. Nous avons réuni à ce genre l'ancien genre Mouette, qui n'en différait aucunement, ce qui est cause que le nombre de ses espèces, qui n'était que de cinq dans notre piimitixe édition, est aujourd'luii de dix, comprenant
DE LA RKMII'ÉmE. 319
en plus : Mouette rieuse , Mouette blanche, Mouette cendrée, Mouette à capuchon brun, Mouette Pygmée.
Caractères généraux. — Tarses moyens, pieds largement palmés, bec très-recourbé comme chez les oiseaux de proie; mandibule inférieure comprimée et carénée; ouverture du gosier démesurée ; ailes très-aiguës, se croisant à l'état de repos ; plumage terne, variant du blanc au brun. Piscivores et carnivores, doués d'une voracité insatiable, peu délicats sur le choix de la nourriture et s'accommodant parfaitement de la domesticité. Immangeables. Les goélands se réunissent en vols nombreux au printemps pour procéder au tirage au sort des femelles. Aussitôt que cette opération est terminée, les femelles font choix de certaines falaises pour y pondre et y nicher en société. Je n'ai pas vu que les mâles se chargeassent de nourrir les femelles pendant l'incubation , ni les petits après leur naissance, ce qui me laisserait croire que les goëlands ne se marient que de la main gauche et ne considèrent pas l'union amoureuse comme un contrat sérieux.
Les goëlands sont les corbeaux de la mer; ils ont toutes les lâchetés et toutes les utilités de cette espèce. Répandus à profusion sur toutes les plages, ils remplissent avec zèle l'emploi de croque-morts maritimes. Ils sont à l'affût de tous les accidents malheureux qui arrivent sur mer, comme les corbeaux sont à l'affût de tous les meurtres et de toutes les boucheries de la terre. Ils inspectent avec attention l'intérieur de la lame qui s'élance vers le ciel et saisissent avec une extrême dextérité les petits poissons qu'elle roule. Les marins tirent parti de cette habitude du goëland, en clouant un bout de sardine sur un moi'ceau de planche qu'ils jettent dans le flot. Le goëland qui aperçoit l'appât , se précipite dessus avec acharnement et ne manque jamais de se casser la tête.
3'2(( ORNITHOLOGIE PASSIONNEI I.F.
Le goëland affamé aboie à la façon des chiens et des grands oiseaux de proie. Son vol, puissant el soutenu, lui permet d'entreprendre les plus longues excursions aériennes. Quand les gros temps arrivent, on voit les goélands se diriger en grandes masses vers les terres, pour prévenir les pêcheurs qu'il est l'heure de rentrer. Le vol capricieux et facile du goéland, rasant parfois le flot, s'abaissant et se relevant comme la vague, anime la scène des ondes ; les peintres de marine en abusent quelquefois. J'ai tué beaucoup de goélands sur la Loire, à plus de cent lieues dans les terres,
La nature, en faisant cet oiseau immangeable, invite indirectement l'homme à le conserver.
Le goéland à dos cendré et le goëland à manteau bleu dépassent le canard en grosseur; le goëland nV^/r a la taille du pigeon domestique. Les deux au 1res tiennent le milieu. Les femelles sont grises.
La mouette rieuse ou grande mouette de l'embouchure de la Seine est de la taille du canard, et porte un bonnet brun foncé et un manteau cendré clair. Elle a le dessous du corps d'un blanc sale, le bec et les pieds rouges. La mouette blanche, dite aussi Sénateur, qui est de même taille, se distingue par l'uniformité de son plumage où tout est blanc, excepté le bec et les pieds d'une couleur gris de plomb. La mouette cendrée et la mouette à capuchon brun se distinguent parfaitement par les deux caractères qui les ont baptisées. La mouette pygmée aux pieds rouges n'est guère plus grosse que la draine. Toutes ces espèces sont richement emplumées et déguisent sous ce luxe de plumes une charpente exiguë.
Genrk Labbe ou Stercoraire. ^— Deux espèces : le grand et le petit.
Le genre La))be est celui qui fournit A l'iilurope le type
itK i.A ncMipKiiir. Iii21
\e plus achevé des voiliers-nageurs. Les ailes sont plus rapides, le bec plus recourbé que chez les espèces précédentes. Le doigt du milieu est dentelé en forme de scie.
Très-rapprochés des goélands par les caractères extérieurs, les labbes s'en éloignent considérablement par les habitudes et les mœurs. Le labbe, qui devrait s'appeler le Forban et non le Stercoraire^ est un oiseau de grand courage, qui attaque avec acharnement les autres oiseaux pécheurs, même des oiseaux plus forts que lui, comme le fou et le grand goéland , et qui les contraint à lui livrer leur pêche. Le labbe est la frégate de nos mers. Du plus loin que ses malheureux contribuables Taperçoivent, ils fuient à tire d'aile au lieu de l'attendre de pied ferme ; mais le forban^ mieux gréé qu'eux, leur donne une chasse rapide qu'ils ne peuvent longtemps soutenir, tombe sur eux de toute la puissance de son poids accrue par la vitesse, et, leur appliquant à un certain endroit du corps un coup de bec savant qui détermine un vomissement instantané, s'empare immédiatement de leur capture. Ainsi fait le pygargue avec le balbuzard. L'analogie dans l'un et l'autre cas n'est pas difficile à saisir. J'ai nommé le forban ou l'écumeur de mer. Du même droit aurais-je pu incarner dans ces moules dominateurs les tyrans de la mer et tant d'autres tyrans qui s'engraissent des sueurs et du travail d'autrui. Si vous ne m'entendez pas m'emporter à ce propos en déclamations généreuses contre la tyrannie, c'est que depuis plusieurs lustres la lâcheté des victimes m'a fait indulgent aux bourreaux.
Le grand labbe Pomarin {Penmarln) porte un costume sombre, uniforme, dont le plumage de la cane domestique ordinaire, s'il était un peu plus foncé , donnerait une parfaite idée. Sa taille est celle d'un gros canard. Celle de la plus petite espèce descend aux proportions de la
;Î2!2 ftRNITHOLOC.lE PASSIONNELLE.
mouette. Les labbes sont exclusivement piscivores; ils nichent comme les goëlands dans les falaises de la mer du Nord, et notamment sur les côtes de l'Ecosse. On les tue quelquefois, mais on ne les mange pas. Le labbe est nn parfait g'astronome qui , comme nous, a l'habitude de faire tremper les harengs salés dans l'eau avant de les avaler.
Genre Sterne. — Cinq espèces : la grande Hirondelle de mer, — l'Hirondelle de mer à longue queue, — le Pierre-Garin, — l'Hirondelle noire à ailes bleues, — la petite Hirondelle de mer de nos rivières.
Nous avons déjà vu les mouettes faire irruption dans nos eaux de l'intérieur, empiétant de la sorte sur les privilèges des espèces ambiguës. Cette tendance à émigrer vers les eaux douces est plus marquée encore chez les espèces de cette catégorie. Après les mouettes viennent, en effet, dans l'ordre de la série universelle, les sternes ou hirondelles de mer.
Caractères généraux. — Tarses courts et légers, pieds étroits et semi-palmés, les deux doigts externe et médian seulement réunis par une demi-membrane , l'interne généralement libre; bec élégant, plus long que la tête, légèrement arqué et effilé, et se terminant en pointe ; mandibules d'égale dimension ; ailes très-grandes, aiguës et étroites, se croisant gracieusement à l'arrière ; queue fourchue ; ressemblance marquée avec les hirondelles. Beaucoup de plumes, peu de chair. Piscivores ; rôti détestable.
Les hirondelles de mer se marient réellement, et le mâle nourrit la femelle pendant l'incubation.
Les hirondelles de mer, dont certaines espèces fréquentent aussi volontiers nos fleuves que nos mers, sont de charmants voiliers «pii aiment A se jouer dans les airs
DE LA ItKMH'KIHE, 323
comme leurs homonymes de terme ferre, et qui ne descendent de leur élément favori que pour se reposer sur les flots. Encore préfèrent-ils pour ce lieu de repos la terre, et notamment ces petits îlots de eravier ou de vase qu'on voit émerg-er aux basses eaux du sein, de tous les fleuves. Les hirondelles de mer affluent en vols nombreux surtout par les gros temps, sur les eaux de la Saône et du Rhône, du Pihin, de la Loire, de la Garonne. La Loire, dont le lit est barré d'une série infinie de bancs de sable, est leur fleuve de prédilection. J'en ai vu tuer un demicent d'un seul coup de canardière sur une grève de la Saône que la bande couvrait littéralement de ses corps. On tire fréquemment la petite hirondelle de mer sur les bords de la Seine, dans le voisinage de Paris. Quand une hirondelle est blessée, on voit soudain toutes ses compagnes accourir pour lui porter secours, et le chasseur inhumain ne manque pas d'exploiter cet instinct de charité sociale pour tripler et décupler la tuerie. Cependant les hirondelles de mer sont les plus innocents et les plus gracieux de tous les oiseaux de leur ordre. Elles dessinent dans les champs de l'air d'aussi capricieuses arabesques que le martinet et l'hirondelle de fenêtre, et elles paraissent si heureuses de vivre que c'est presque un crime de les tuer.
La grande hirondelle de mer est un oiseau de la taille du corbeau, mais qui parait beaucoup plus grand, étant beaucoup plus fourni d'ailes et de plumes. Elle a la tête noire, le dos bleu, le bec et les pieds orangés. Commune sur nos côtes à l'embouchure des fleuves. L'hirondelle de mer à longue queue et l'hirondelle noire à ailes bleues se reconnaissent facilement à ces marques ; leur taille est celle de la tourterelle. Le pierre-garin est Ihirondelle de mer la plus commune des côtes de la Picardie et du Nord.
;5t2i ttUNlTHOIOdlK IUSSIONM'J.J.K.
La petite birondelle de mer porte un manteau gris claii' virant au blanc. Elle a le bonnet noir, le front blanc, le bec jaune clair, noir à la pointe, les pieds de même couleur que le bec. C/est celle que l'on rencontre le plus communément sur nos rivières. Sa taille est celle du merle.
(jRouPE DE LA PoLLiciRÉMiE. — Trois gcures : Fou, Pélican, Cormoran; cinq espèces.
Caractères généraux. — Les caractères généraux de la poUicirémie sont extrêmement remarquables. D'abord tous les pollicirèmes se marient sérieusement, quoique les opinions varient encore un peu à cet égard, et la nature a doué la plupart des espèces de moyens de locomotion prodigieux , plus d'une intelligence proportionnelle à leurs facultés physiques. Le cormoran et le pélican, qui possèdent comme le fou une rame de plus que les autres oiseaux nageurs, s'en servent pour évoluer sur les eaux avec une aisance et une rapidité sans égales. Ils volent entre deux eaux comme les brévipennes et les rémiptères, en tenant leurs ailes ouvertes, et ils ont de plus, comme le manchot , la faculté de naviguer la tête hors de l'eau, ce qui leur facilite les moyens de disparaître aux yeux de leurs ennemis sans plonger. D'un autre c6té, leur envergure puissante leur donne pleine liberté de parcours dans le domaine des airs. Enfin leurs doigts sont armés d'ongles aigus, à l'aide desquels ils peuvent se percher sur les branches, droit interdit à l'immense majorité des rémipèdcs de l'ancien continent.
Il est facile de reconnaître à ce privilège de locomotion omnimode des moules favoris, créés par la nature pour de hautes destinées. Tous les genres du groupe me paraissent
être, en effet, des auxiliaires-nés de l'homme dont la
mission est de faciliter au souverain de la terre la jouis-
itK J,A i;kmiim:i»ik. 32o
sance pleine et entière de son domaine des ondes. Les Pollicirèmes doivent tenir dans l'ordre des Rémipèdes la même place d'honneur que les faucons dans l'ordre des Rapaces.
La faculté exceptionnelle que possèdent l'anhinga, le cormoran et le pélican de se reposer sur les arbres, pourrait nous servir à leur appliquer un autre nom de groupe excellent qui serait celui de sédirémie, c'est-à-dire d'oiseaux nageurs pourvus de la faculté de percher; mais nous leur conserverons les noms de Fou, de Cormoran et de Pélican qu'ils portent depuis des siècles, afin de ne pas troubler les habitudes vulgaires. Cette complaisance pour la routine absurde ne nous empêchera pas toutefois de protester in petto contre l'ignorance traditionnelle qui a fait dériver Cormoran de Connis maritimus , Corbeau marin et Pélican, d'un verbe grec qui veut dire, percer du bois. Je demande en quoi les cormorans ressemblent aux corbeaux, et où l'on a jamais vu les pélicans faire des trous dans les arbres.
Tous les pollicirèmes ont une véritable queue fournie de véritables rectrices. Ils ont la face nue, l'attitude verticale et le col effilé qu'exige l'industrie du plongeur. Leur bec long et crochu est fendu jusqu'au delà des yeux, ce qui donne à leur physionomie un accent incroyable d'ironie et de ruse. Un des membres de la famille, étranger à nos climats, l'anhinga de Madagascar, est celui de tous les oiseaux qui ressemble le plus au serpent par les traits du visage. Les caractères ci-dessus sont, avec la membranure des quatre doigts, les seuls caractères communs aux quatre genres du groupe. Les becs de l'anhinga, du fou et du cormoran ne se ressemblent déjà guère, mais il y a un abime, l'expression n'est pas hyperbolique, entre le bec de chacune de ces trois espèces et celui du pélican,
rt2() ORMIHOLOGIE l'ASSloN.NEI l.i;.
ouverture monstrueuse d'un gouffre où tiendrait un cniant.
Le Fou de Bassax. — Originaire de la petite ile de Bassan, située dans la baie d'Edimbourg et dont les falaises servent de domicile d'amour à des myriades d'oiseaux de mer. Le fou est un oiseau pêcheur de premier ordre; sa taille est celle de l'oie sauvage. Tarses courts et forts, le pouce relié à l'interne par une troisième membrane ; pieds noirs lisérés de vert ; manteau d'une entière blancheur; un petit coin de la face et de la gorge nu ; ces deux parties sillonnées de trois bandes noires, dont deux partent de la naissance du bec et traversent les joues, et la troisième descend verticalement sur le milieu de la gorge ; bec conique très-long et très-fort , terminé en pointe et fendu jusqu'en arrière des yeux ; mandibules dentelées sur les bords: ailes vigoureuses, d'une envergure immense. Le fou est exclusivement piscivore et sa chair est détestable ; il niche dans des trous de rochers et ne pond qu'un seul œuf. La riche armature de ses pieds ferait croire qu'il se marie,
La nature, qui parait avoir été si prodigue envers le fou de Bassan , a malheureusement oublié de le doter d'une intelligence proportionnelle à ses facultés physiques. Le fou de Bassan est une espèce victime, comme la nature hélas! en a créé partout; c'est le serf de la mer, le manant, le vilain, taillable et corvéable à merci par tous les viveurs parasites, par le labbe dans les mers du Nord, par la frégate dans les mers de l'équateur. Il est lâche, il a peur ; il n'a pas la conscience de ses droits; il tend le dos à l'oppression au lieu de lui tendre le bec... Alors toute sa puissance industrielle, tous ses moyens d'action sont comme non avenus. Il travaillera pour autrui jusqu'à la consommation des siècles ; même de temps en temps il s'estimera heureux que son digne et excellent maitre
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veuille bien, dans !^a miséricorde infinie, lui laisser de quoi vivre à lui le producteur; et il bénira celte réserve; car enfin ce maitre pouvait tout prendre, dira-t-il, il en avait le droit, puisqu'il en avait la force. Ainsi raisonnent les sots, je veux dire les fous.
Enfin voici donc un oiseau baptisé suivant ses mérites, le fou, un oiseau qui porte la croix noire comme Fane et rpii se laisse dépouiller sans résistance du fruit de son travail. Mais pourquoi ne les a-t-on pas tous baptisés ainsi?
Je soupçonne qu'il n'est pas entré dans l'esprit de beaucoup d'ornithologistes de se demander pourquoi le fou, qui semble appartenir à l'ordre le plus élevé des oiseaux d'eau par ses pieds et par ses ailes, n'a pas reçu de la nature un bec crochu comme tous les autres. C'est que la pauvre bête ayant été destinée à être traitée par Témétique, il eût été illogique d'armer son bec d'un crochet qui n'aurait pu que conirarier l'effet du vomitif. Quelques ornithologistes distingués révoquent en doute la lâcheté du fou, et le représentent comme victime d'une indigne calomnie. Je respecte cette illusion candide, mais ne la partage pas.
liC pélican n'est pas de France ; ce qui m'a lait renvoyer son histoire d'un intérêt immense à un autre volume.
Genre Cormoran. Trois espèces : le grand Cormoran Noir, le Cormoran Nigaud, le Cormoran Pygmée. Aucune de ces espèces n'est commune sur nos fleuves, et toutes ont été réduites à chercher un refuge vers la mer.
Le grand cormoran noir, dont la robe moirée à reflets verdàtres semble couverte d'écaillés de poisson, est un superbe oiseau de la taille du canard de Barbarie, haut de colj bas sur jambes. Ses joues sont dénudées ainsi que le dessous de la gorge. Le mâle adulte porte à l'occiput une huppe fuyante ; de légers hlcts de duvet blanc argen-
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ient 6a chevelure et la partie supérieure de son cou, noires comme le reste du manteau, et lui donnent un faux air de vieillard coiffé d'une perruque à frimas. Cette coiffure ridicule est sa parure de noces ; elle tombe à la mue d'été, et l'oiseau redevient noir,
La couleur varie dans cette espèce avec le sexe et l'càge. On trouve des cormorans de toutes les nuances, pommelés gris, pommelés noirs, noirs parfaits. Un caractère fort remarquable chez les cormorans est la longueur et la rigidité des pennes de la queue. On sait que cet appendice fait défaut à la plupart des oiseaux nageurs et plongeurs, ou du moins n'existe chez eux qu'à l'état rudimen taire.
L'attitude du cormoran à terre est presque constamment verticale. 11 a beaucoup de peine à se mouvoir sur le sol et à prendre son essor à raison de la brévité de ses jambes, ce qui est cause que de pauvres observateurs qui n'avaient pas mis leurs lunettes l'ont accusé de se laisser approcher à bout portant par l'homme, et de se faire tuer par paresse et par stupidité. Ainsi l'homme de la civilisation se condamne lui-même, décernant le titre de stupide à toute bète innocente qui ne se délie pas de lui !
Le cormoran n'est rien moins que stupide, ou alors il aurait la physionomie bien trompeuse. 11 ne va pas à terre pour son plaisir, mais bien quand les devoirs de sa charge maternelle ou paternelle le commandent; et c'est en prévision des dangers que cette grande difficulté de se lever de terre lui ferait courir que la nature a armé ses doigts d'ongles crochus pour lui permettre de percher et de se reposer ailleurs. C'est encore pour lui fournir un point d'appui dans sa station verticale qu'elle lui a fuit don d'une longue queue formée de baguettes rigides. Le cormoran s'appuie sur ces baguettes comme fait le pivert,
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qui est condamné à gravir le tronc des arbres par de perpétuelles escalades.
Le cormoran vit parfaitement en domesticité, mais il est cependant l'acile de voir à ses bâillements multipliés et à son attitude morose que l'oisiveté lui lait honte, et qu'il s'indigne mentalement de voir que l'homme méprise ses services et refuse toujours de mettre sa bonne volonté à l'épreuve.
Le grand cormoran nichait autrefois sur les arbres des forêts voisines des étangs dans toutes nos contrées de l'intérieur. 11 faut aller aujourd'hui demander sa demeure aux falaises de Dieppe, d'Etretat et de la mer Terrible.
Le cormoran nigaud, qui n'a jamais justifié son titre, n'habite guère que les côtes maritimes de la Picardie, de FArtois, de la Flandre. C'est un oiseau porteur d'un manteau noir à reflets verdô.tres et d'une queue arrondie, composée de douze pennes. Sa taille est celle du grand corbeau. Le cormoran pygmée, de la taille du choucas, est un pêcheur très-connu sur tous les fleuves de Russie, voire sur le Danube, mais qui ne fait que de loin en loin son apparition sur nos fleuves.
Groupe de la Dactyukémie, — Sept genres : Harle, Oie, Cygne, Tadorne, Canard, Fuligule, Plongeon ; quarante espèces.
L'histoire de ce groupe a pour nous un intérêt immense, puisque c'est lui qui nous fournit la plupart des espèces rémipèdes ralliées, plus toutes les espèces qui se mangent et qui se chassent. Nous avons exposé déjà les principaux caractères du groupe ; nous ne nous répéterons pas.
Genre harle. — Trois espèces : Le Harle Huppé, — le Harle commun, — le Harle Piette.
La Dactyliréniie qui débute par des oiseaux plongeurs et pêcheurs finit de même. Le premier moule du groupe,
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le harle est un pécheur et un plongeur hors ligne comme le cormoran, dont il dérive et auquel il ressemble fort d'allures et de physionomie. Le dernier moule, le plongeon qu'il ne faut pas confondre avec le grèbe, est aussi un oiseau plongeur qui passe la moitié de sa vie au fond de l'eau comme le harle et qui vit largement de sa pèche. Seulement le harle possède mieux que la faculté de voler entre deux eaux, à l'instar du plongeon, il a en outre celle de naviguer le chef hors de l'eau comme le cormoran et d'arpenter les airs comme le canard. Le harle est ambigu parfait entre le cormoran et l'oie.
Le harle est un pêcheur de rivière d'une habileté excessive et qui ne reconnaît d'autres maîtres dans son art que les PoUicirèmes, dont il cherche à se rapprocher par tous les moyens physiques. Son bec long, eftilé, conique, terminé par un crochet aigu, est déjà parfaitement semblable à celui du cormoran, et n'a rien de commun avec celui des Canards que la dentelure des mandibules. Son pied vise à ressembler à celui du cormoran par la longueur du doigt externe, qui lui donne presque la même facilité de virement rapide que la troisième rame de celui-ci. Il a adopté également la coiii'ure du cormoran, porte volontiers la huppe, adore comme lui les anguilles et fournit une chair non moins rance, huileuse et coriace. Il ne s'en faut enfin que de quelques pouces d'envergure, d'une membrane au talon et de deux ongles un peu plus crochus, pour que le harle atteigne la ressemblance parfaite avec son modèle et mérite par là que l'homme le prenne à son service. Malheureusement il ne se marie pas comme le cormoran ; il abandonne lâchement sa femelle dès qu'elle se met à couver, et il me seml>le bien difficile que l'homme puisse s'entendre avec un oiseau l'oupable de telles indignités.
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Les harles mâles attachent, comme tous les plongeons, une immense importance aux choses de la toilette ; ils se couvrent d'atours dans la saison des noces. La l'emelle couve durant cinquante-sept jours ; et, comme les bonnes mères qui s'attachent à leurs petits en raison de la peine que leur éducation leur a donnée, celle-ci pousse la tendresse pour les siens jusqu'à les suivre dans la captivité. Les harles nichent dans les roseaux et quelquefois dans des trous d'arl^re.
Les harles ont, comme le cormoran et le martin-pêcheur, et beaucoup d'autres piscivores du reste, l'habitude de rejeter les arêtes de leurs poissons en pelotes, comme les hiboux les os et la fourrure de leurs souris.
Le harle huppé à plastron rose, plus grand que le canard, a tout le devant du corps et les couvertures des ailes colorés d'une magnifique nuance, rose tendre, qui n'est pas bon teint par malheur et qui passe immédiatement après la mort, ce qui est cause que l'oiseau empaillé ne donne qu'une idée incomplète de l'oiseau vivant. Le miroir des ailes est blanc, la tète et le manteau d'un beau noir velouté, l'iris rouge sanglant, les pieds rouges. Cette espèce, assez rare en France dans les années ordinaires, abonde au contraire dans nos eaux vives par les hivers neigeux et débordants comme ceux de 1836 et de J838. Le harle à plastron rose devient alors l'occasion de nombreux désappointements pour les chasseurs de rivière qui le tirent pour canard, mais ne peuvent ni le vendre ni le manger comme tel. J'ignore si c'est à cette espèce qu'on a donné le nom de grand.
Le harle huppé vit parfaitement en domesticité au Jardin des Plantes, et j'ai pu juger par de nombreuses visites à cet établissement qu'aucun autre oiseau d'eau ne manœuvre sur un bassin avec la même rapidité (]ue lui, ne
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vire de bord avec plus de prestesse, ne se saisit de sa proie avec plus de dextérité et ne l'absorbe avec plus d'aisance. Le harle huppé est un accapareur d'ablettes et de goujons, d'une voracité si insatiable que je le crois capable de tenir un pari avec un pélican ou un phoque à qui en avalerait le plus de douzaines. J'ai cru reconnaître dans cette fringale et dans cette prestesse de bec incomparable du harle huppé les indices de saclomesticabilité. L'afîtimé est enclin au joug, chez les bêtes comme chez riiomme.
Le harle commun, qui est peut-être le grand harle, est un oiseau de la taille du précédent, avec un col roux, une tête brune et une crête fuyante de même nuance. C'est celui qu'on tue le plus communément l'hiver.
Le harle piette, qui est très-commun dans les environs de Paris, et qui niche sur tous les étangs et sur toutes les rivières, est un fort bel oiseau dans son costume de noces. Ce costume est d'un blanc parfait sur lequel se détachent avec distinction une certaine quantité de taches et de lignes noires ; bec noir, huppe blanche, chignon noir, iris rouge encadré d'une large tache noire, cordon noir sur les épaules, tarses et pieds noirs. Le harle piette, qu'on appelle vulgairement la Piotte, est un peu plus gros que le grèbe castagneux, et les chasseurs ignorants confondent parfois les deux espèces.
Genre Oie. — Six espèces : Oie du nord, — Oie première, — Oie sauvage^ — Oie à front blanc ou rieuse, — Bernache ou Oie armée, — Cravant.
Aucune de ces six espèces n'est indigène de nos contrées. L'oie sauvage elle-même, qui descend tous les hivers par vols nombreux sur nos pays de plaine, a cessé de nicher en France depuis la lin du siècle dernier. L'oie domestique, qui dérive de l'oie première et la Bernache, sont les
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deux uniques espèces qui se reproduisent chez nous, mais en domesticité seulement.
Les oies diffèrent des canards par la forme de leur bec beaucoup plus cylindrique, plus étroit, plus développé en hauteur, plus semblable à un nez humain. Les oies vivent plus à terre que sur les eaux, se nourrissent presque exclusivement de la tige des végétaux qu'elles tondent comme les brebis. Elles sitilent à la façon des reptiles. Les mères s'associent pour l'éducation de leurs couvées, et, quoique vivant sous les lois de la polygamie, les mâles ne demandent pas mieux que de se mettre à la tète de ces associations, comme font les étalons dans les steppes. Il y a ici un progrès véritable dans les mœurs, progrès dû à l'influence amélioratrice de la nourriture végétale. Les oies nichent à terre à la façon des canards. L'oie donne un duvet beaucoup plus fin que le canard, qui ne donne que de la ■plume^ et si sa chair n'a pas la finesse de celle du rouge ou de la sarcelle, du moins a-t-elle encore une très-haute valeur culinaire ; car je ne connais que le pâté de foies d'oie de Strasbourg qui puisse lutter avantageusement contre la terrine de Nérac. C'est l'oie qui remplaça jadis le paon et le faisan comme rôti d'honneur sur la table de nos pères ; elle a dû céder à son tour cet emploi glorieux au dindon, précieux cadeau du nouveau monde, qui trouvera bientôt, je l'espère, par un juste retour des choses d'ici-bas, des rivaux plus heureux. Je fais, en m'exprimant ainsi, allusion au coquard, métis du faisan et de la poule domestique, qui me semble appelé aux plus hautes destinées culinaires. Remémorons-nous à ce propos les grands principes de la vraie esthétique.
La Nature est le domaine de la Création divine, imper-* sonnelle, immuable ; l'Art est le domaine de la création humaine, personnelle, variable et infinie. L'art culinaire
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est l'une des branches les plus importantes de l'art universel. L'homme a créé, en matière de grains, de fruits, tout ce qu'il y a de plus délicieux sur la terre, le blé, la pêche, le chasselas, la reine-claude, et il est tenu de con- -tinuer son œuvre de Vincarnatioji de l'idéal dans les moules animaux. C'est ce qu'il fait quand il olîtient par le croisement des races des métis dont la chair est supérieure à celle de leurs auteurs. Or, par cette raison bien simple que les meilleurs des fruits et les plus belles des Heurs sont des fleurs et des fruits de création humaine, c'est-à-dire des produits de l'art, il est fatal que l'emploi de rôti d'honneur soit rempli par un gibier créé ou amélioré par l'homme et non par un gibier de création naturelle. Et remarquez que ce rôle est déjà assigné dès aujourd'hui au coquard, au mulard, au chapon, à la poularde, qui sont des créations de l'homme, et que les ortolans, les grives, les carpes, les saumons, les truites, etc., ont essentiellement besoin de l'intervention de la science du croisement des races et de l'engraissement des individus pour valoir tout leur prix. J'ai sous les yeux le menu d'un banquet d'Harmonie offert par les hauts gastrosophes de la phalange du Faisan Doré de Bougival aux gaslrosophes de cent autres phalanges d'Angleterre et de France ; j'y cherche vainement parmi les mets d'honneur
un seul ouvrage sorti des mains de la nature
On parle trop de la puissance de la nature. Cette puissance est, en effet, immense quand la nature travaille sur son terrain ; mais sortez-la de ses attributions et demandez-lui de vous confectionner une pèche de Montreuil, elle vous avouera sans rougir sa maladresse et son incapacité. Tous les fruits supérieurs de nos jardins sont des fruits métis ou bâtards provenant de fabrique humaine et que la nature cherche vainement à copier. Il en est de
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inèiiie du mulard, du toquard et de la poularde, qui sont des moules de création humaine que la nature est complètement impuissante à tailler.
C'est parce que les moules de la nature sont bornés et parce qu'ils peuvent se reproduire indéfiniment par le semis que ces moules ont si peu de valeur. C'est, au contraire, parce que les œuvres de l'homme sont enfantées par l'imagination, la science et le caprice, parce qu'elles portent le cachet de l'individualité et ne sont pas multipliables par la voie naturelle, que ces œuvres ont tant de prix. Les Ilarmoniens, qui ont reculé les limites de l'art au delà de nos aspirations les plus idéales d'aujourd'hui, ont trouvé le secret de métisser et de chaponner dans l'œuf les coqs, les faisans, les becfîgues, les sterlets, les saumons, les truites. Ils ont gagné à cela de doubler et de tripler la taille de ces espèces en perfectionnant leur saveur. Ce n'est pas la nature que l'on dit si puissante qui ferait de ces miracles. La nature ressemble aux enfants ; elle adore les fruits aigres, et si on la laissait faire, elle détruirait en un quart de siècle tous les monuments de la sculpture, de la peinture et de l'architecture; elle remplacerait la rose double par la simple et la pèche par l'amande amère. Ce malheureux Jean-Jacques a donc formulé la plus sotte et la plus dangereuse de toutes les propositions, quand il a dit que tout était bien sortant, des mains de la nature.
La chair des six espèces ci- dessus mentionnées est de beaucoup inférieure en général à celle de l'oie domestique, qu'il est facile de charger d'embonpoint, à l'aide des moyens les plus naturels et sans recourir à des procédés barbares. Les oies sauvages ont pour ennemi principal le pygargue à tète blanche , qui les accompagne d'habitude dans leurs pérégrinations hivernales.
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Le genre Oie confine au genre Cygne, son supérieur immédiat, par l'oie tuhpi'cnlée, qui porte un casque au front comme le cygne et l'égale presque en grosseur.
Genre Cagne. — Trois espèces.
Les oies sont des herbivores qui fauchent l'herbe des champs ; les cygnes des herbivores qui extirpent l'herbe du fond de l'eau. On pourrait au besoin distinguer les deux genres par les noms de Fcnœ/ieiws et à'Extirpatew'Sy mais il serait encore bien plus simple de les distinguer par les titres analogiques de Manant et de Gentilhomme.
Le cygne est la plus magnifique expression de la Piémipédie ; la navigation mixte, c'est-à-dire à hélice et à voile, n'a pas de plus parfait modèle. Le col de l'oiseau de Léda, qui sert d'ornement obligé à tant de fontaines publiques, a été consacré par l'usage comme un type souverain de grâce. L'élévation morale du cygne est au niveau de sa blancheur immaculée et de son élégance suprême ; il aime et se marie, bien que cet amour se ressente encore de la barbare influence du milieu aquatique. Le cygne, en effet, ne se marie que pour un an quand il est libre, et le choix des femelles donne lieu chaque année, sur les eaux douces du Nord, à des combats mortels. La femelle est toujours le prix d'une victoire sanglante et chèrement disputée. Dans l'état de captivité, le cygne, qui n'a pas à choisir, est fidèle ; mais, par contre, la violence de ses passions jalouses atteint au diapason des fureurs médéennes et le pousse à l'infanticide, lui faisant voir un rival dans chacun de ses lils.
L'importance de ce moule, qui est aujourd'hui le seul oiseau de France rallié à l'homme à titre d'auxiliaire, sans que l'homme s'en doute, exigeait que j'écrivisse son histoire avec de larges développements. .T'ai donc trailé
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le sujet avec luxe et amour, avec tant de luxe même que le texte n'a pu tenir dans le présent volume.
Le cygne domestique à bec rose est le seul qui niche en France, mais il serait facile d'y faire nicher les deux espèces de cygnes sauvages du Nord que les grands froids d'hiver amènent tous les ans sur nos côtes maritimes. Ces deux espèces, qui ont été considérées longtemps comme n'en faisant qu'une seule, qu'on appelait le Cygne à bec jaune, diffèrent l'une de l'autre par la taille et par la disposition de la membrane jaune qui couvre la base du bec. Elles ont pour patrie tous les grands lacs du Nord et particulièrement les eaux douces de l'Islande. Elles ont, dans la personne de l'aigle de mer, l'ancienne orfraie, le pygargue à tête blanche d'aujourd'hui, un ennemi acharné.
Les mariages sont faciles entre les cygnes des espèces privées et sauvages. Le cygne domestique ne craint même pas de se mésallier avec l'oie. La chair de cet oiseau, quoique mangeable, manque de plusieurs conditions d'excellence, et je crois qu'un obstacle majeur s'oppose à ce que l'homme la raffine considérablement par un régime diététique quelconque. Cet obstacle viendrait, suivant l'analogie, de ce que ce moule supérieur aurait été créé par la nature pour de plus hautes destinées que le canard, et de ce que sa mission spéciale est d'embellir et d'assainir les demeures de l'homme. Le cygne, en un mot, relève du département des beaux-arts et non de celui de la cuisine.
Dieu n'a pas prodigué cette brillante famille sur la terre, car je ne connais plus que deux autres cygnes dans le monde en dehors des trois que je viens de nommer; mais il est à remarquer qu'il en a réparti les divers membres sur les deux hémisphères avec une égalité louable. Il a donné à l'hémisphère du Nord les cygnes blancs à bec rose et à bec jaune, à l'Australie le cygne noir à bec
rouge, à l'Amérique méridionale le cygne blanc à cou noir.
Genre Tadorne (Canard des Alpes). Deux espèces. — Le Tadorne dont la taille est plus forte que celle du canard domestique est le plus haut jambe de toutes les espèces du genre. Il niche dans les dunes de la mer du Nord et de la Manche, quelquefois aussi dans les Alpes, à proximité des grands lacs. Il choisit volontiers pour domicile d'amour un terrier de lapin, à l'instar du Pétrel^ ce qui le met en rapport de contraste avec ce dernier moule. Ses habitudes terrestres lui ont durci le pied ; il marche avec facilité et grâce. C'est un fort bel oiseau, rare en France, et qui joint à sa beauté remarquable un caractère d'une gaieté folle. La mère est un modèle de tendresse maternelle. C'est donc une conquête qui mérite qu'on la tente et que je crois facile. J'ai entrevu dans le livre de la gastrosophie de l'avenir une illustration éclatante pour le tadorne, qui est probablement très- loin de se douter à cette heure des triomphes qui lui sont réservés.
Taille élégante, riche plumage, bec très-court, orangé comme les pieds ; tête noire et col noir, avec des reflets verdâtres ; la poitrine bordée d'une magnifique écharpe orangée qui fait le tour du corps ; abdomen et flancs d'un blanc pur, sillonnés d'un large bandeau noir, miroir à teintes cuivrées éblouissantes. Le mâle porte au-dessus du bec un tubercule rouge de sang qui pâlit considérablement après la saison des amours.
Le Casarka. — Plus petit que le précédent, taillé sur le même patron, extrêmement rare en France.
Genre Canard. — Neuf espèces : plus une variété. — Musqué (Barbarie), — Souchet, — Sauvage, — Pilet, — Kidenne, — Siffleur, — Siffleur huppé, — Sarcelle d'hiver, — Sarcelle d'été. — Variété : Canard huppé.
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Le genre Canard, le genre Fuligule, le genre Oie et le genre Cygne, composaient autrefois le groupe des Lamellirostres, ainsi nommé de la forme particulière de ce bec que chacun connaît, un bec formé de la réunion de deux larges mandibules, plus ou moins aplaties et cylindriques, dont la supérieure plus longue que l'inférieure est terminée par une plate-forme surmontée d'un onglet corné ; l'une et l'autre mandibule ornées sur leurs bords d'une garniture de petites dents de scie, dirigées vers l'arrière pour retenir la proie.... Aujourd'hui le groupe des lamellirostres se trouve dispersé et ses genres ont été rendus à la liberté, sans que la mesure ait été suivie d'aucun désordre. Seulement quelques ornithologistes fort bien avisés, selon moi, ont cru devoir diviser en deux le genre Canard. Ils ont maintenu sous la bannière primitive toutes les espèces dactylirèmes dont le pouce était élevé, dégarni de bordures membraneuses et d'utilité douteuse ; et ils ont réuni dans le genre Fuligule, de création nouvelle, toutes les espèces à pouce membrane. Nous avons adopté d'autant plus volontiers cette division judicieuse, que la bordure membraneuse du pouce trahit des tendances de natation sous-ondienne et des appétits piscivores tout à fait opposés à ceux des vrais canards, des cygnes et des oies.
C'est dans l'étude intéressante des mœurs du genre Canard que nous trouverons la première application de ce magnifique aphorisme d'analogie passionnelle : Le granivore est ami de l'homme qui fait venir les grains. On n'ignore pas que la plupart des bètes ralliées à l'homme, à quelque ordre qu'elles appartiennent, l'éléphant comme le chameau, le cheval comme la brebis, la vache, le lapin et le porc comme la volaille, sont unanimes à confesser que leur attachement pour l'homme leur est venu principalement de l'amour de celui-ci pour les dons de Cérès.
L'amour du pain a été le commencement de la sagesse pour les espèces dociles; et il n'y a pas jusqu'aux espèces les plus carnivores elles plus rebelles par nature à la frugivorie, comme le chien et le chat, que l'homme n'ait pliées à ses propres appétits par la puissance lénitive du pain. Ce phénomène jette un grand jour sur la loi des rapports moraux de l'homme et de la bête. Mais l'amour du grain ne suffit pas dans la Rémipédie pour constituer la pleine condition de domesticabilité; il faut que le rémipède cumule encore avec cette disposition la solidité des chaussures. Il est presque impossible de rallier l'oiseau nageur, qui ne peut pas marcher sur le gravier sans se blesser.
Caractères généraux du genre. — Pieds fortement palmés à l'avant, pouce superflu, tarses vigoureux et courts, sortant de l'abdomen à la hauteur de la partie médiane, disposition qui rend la marche à terre possible, quoique peu gracieuse, en répartissant le poids total du corps d'une façon plus équitable que chez les plongeurs. Attitude horizontale et non plus verticale ; le plastron large et proéminent, taillé sur le patron de la proue du navire, comme le col sur celui du màt. Ailes plus ou moins aiguës; queue généralement rudimentaire et relevée à l'arrière. Bec décrit tout à l'heure, la langue barbelée latéralement comme le bec. Toutes les espèces du groupe sont éminemment voyageuses ; elles ont pour principale patrie dans les deux continents les grands lacs des contrées du Nord, d'où elles descendent vers la fin de l'automne sur les contrées du Midi en bandes nombreuses volant dans l'ordre triangulaire. Yol sibilant et rapide, voix perçante à timbre métallique. Tous les canards, à de rares exceptions près, granivores, glandivores, sont polygames, et muent deux lois par an ; piscivores par occasion seulement. La plupart délicieux à la broche, supérieurs encore en salmis. Espèees
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fécondes, recherchées pour l'excellence et la tendreté de leur chair par tous les carnivores de la terre et des cieux.
Les espèces du genre Canard se distinguent de celles des genres Oie et Cygne par la forme de leur bec, dont les deux lames sont beaucoup plus aplaties et plus horizontales, et dont l'aspect est beaucoup moins monumental et moins majestueux. Quelques canards ont encore conservé l'habitude d'aller chercher leur nourriture au fond de l'eau comme les plongeurs, tandis que l'habitude a disparu chez l'oie et chez le cygne, qui ne plongent plus que du bec dans les circonstances ordinaires de la vie, et n'ont recours à l'immersion totale que pour se soustraire aux attaques de quelque formidable ennemi. Les canards sont en outre de beaucoup inférieurs pour la taille aux oies et aux cygnes. Ils nichent volontiers en terre ferme, dans les blés, dans les bois.
Il est à remarquer qu'aucun canard d'Europe ne perche et que tous ceux d'Amérique jouissent de cette faculté. Cette différence dans les habitudes a été attribuée avec juste raison à une nécessité provenant de la prodigieuse quantité de serpents qui infestent les eaux de l'Amérique. Ces serpents auraient fait l'existence trop difficile au canard, si la Providence n'avait octroyé à celui-ci un moyen de se mettre à l'abri du reptile avivore.
Le canard sauvage, qui est le type et le père de notre canard domestique, peut être considéré comme le pivot du genre auquel on donne son nom.
Le Canard de Barbarie. — Canard musqué^ Canard d'Inde. Trop connu pour avoir besoin d'une ample description. Le canard de Barbarie a longtemps passé pour un canard originaire d'Afrique et acclimaté dans le midi de la France depuis l'invasion sarrasine. De célèbres ornithologistes l'ont tiré aussi de l'Asie ; mais il paraît
aujourd'hui démontré que sa vraie patrie est le Brésil, le pays où coule l'Amazone. La taille du canard de Barbarie est voisine de celle de Foie. Il est porteur d'une queue assez longue, àl'encontre des habitudes de l'espèce. C'est une nature impétueuse et volcanique, désagréable dans ses rapports journaliers avec les autres habitants de la basse-cour. Sa sensualité est écrite dans les enluminures et dans les végétations vermillonnées de sa face. Le canard musqué est de sa personne peu estimable, au point de vue gastrosophique^, à cause du haut goût de sa chair ; mais il a l'immense avantage de produire par le croisement avec la cane domestique du Midi un métis d'une valeur culinaire sans égale, qu'on appelle le Mulard. Le mulard, création de l'homme, de beaucoup supérieur à tout ce qu'a fait la nature, est le moule précieux qui donne ces énormes foies de canard du poids d'un kilogramme et plus. Le foie de canard est, à mon sens, la merveille des merveilles culinaires. Je suis plus fier d'être Français quand je considère un pâté de foies de canard que quand je regarde bien d'autres choses.
Le Souchet. [Rouge de rivière, bec en cuiller. ) — Le plus délicat de tous les gibiers d'eau, un peu moins gros que le canard sauvage. Bec noir, très-élargi et arrondi à son extrémité. Tète et col verdâtres, poitrine blanche, ventre et flanc roux, miroir vert. Omnivore; niche en France.
Le Canard sauvage. — Type et souche du canard domestique avec lequel il continue ses relations de parenté. Le mâle se distingue de la femelle, non-seulement par le volume de la taille et par l'éclat du plumage, mais encore par une plume frisée et recourbée qu'il porte sur la queue. La femelle est dite Cane; le jeune Albrcm, et mieux //«/bran, attendu que le nom vient de l'allemand halber ente,
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qui veut dire demi-canard. Le canard sauvage est au canard privé ce que le sanglier est au porc. Il n'est pas plus difficile de réduire le canard sauvage à la domesticité que de faire reprendre la vie sauvage au canard domestique. Les deux espèces s'accouplent encore et vivent fraternellement ensemble dans un« foule de localités désertes et marécageuses. Elles viennent à la voix l'une de l'autre, et les femelles de l'espèce ralliée servent d'appeaux pour l'espèce liJ3re. Le canard est omnivore comme le porc et fait ventre de tout ; il barbote dans les eaux vaseuses et s'accommode de tout ce qu'on y rencontre, grenouilles, vers ou mollusques. Il est friand de grains et vague par les récoltes. Il n'est pas jusqu'au gland, nourriture favorite du porc, qui n'ait pour lui des charmes ; pour quelle cause il n'est pas rare de le rencontrer l'hiver dans les forêts de chênes. Enfin, il s'abat en grandes bandes sur les plages maritimes, quand le froid a solidifié la face des étangs et des lacs, ses demeures favorites. Un des caractères les plus intéressants que présente l'espèce est la solidité de sa chaussure.
La dureté du pied, comme je l'ai dit plus haut, est la première de toutes les conditions de domesticabilité pour les oiseaux aquatiques; la granivorie ne vient qu'en seconde ligne. Le cygne, l'oie et le canard, qui sont les espèces rémipèdes les plus anciennement ralliées à l'homme, ne doivent cet avantage et cet honneur qu'à la supériorité de leur chaussure. Il y a des siècles que l'homme eût domestiqué toutes les autres espèces, n'eût été l'impossibilité de leur faire une existence tolérable en terre ferme. Beaucoup de ces espèces et des plus estimables sous le rapport de la beauté du plumage et de la bonté de la chair ont tenté d'imiter l'exemple du canard; mais une excoriation rapide des doigts et dés membranes
qui leur rend, au bout de quelques jours, la marche et la station douloureuses, les a toujours contraintes de renoncer à la tentative. Tous les palmipèdes de l'ancien groupe des Lamellirostres peuvent être domestiqués, mais à la condition préalable que la basse-cour sera métamorphosée en bassin de Neptune et que les eaux de cette pièce ne gèleront jamais. Les Anglais, qui sont d'excellents expérimentateurs en matière de domestication et d'acclimatation des volatiles, ont donné un magnifique spécimen de la conduite à tenir vis-à-vis de cette famille éminemment sociable. Tous les amateurs, curieux d'augmenter le nombre des rémipèdes domestiques, doivent commencer par prendre pour modèle la création de la rivière Serpentine de Hyde-Park, où vivent doucement, sous la protection du constuble et des mœurs, une foule de milouins, de sarcelles, de morillons, de siffleurs, etc., quasi-privés, et qui ne paraissent aucunement désireux de changer leur existence contre une autre. L'adjonction d'une semblable rivière au Jardin des Plantes fut dans les vœux de Geoffroy Saint -Hilaire, qui mourut avant d'avoir vu se réaliser sa modeste utopie. La cité parisienne possède aujourd'hui à sa porte un domaine magnifique, l'ancien parc royal de Neuilly, dont il serait facile de faire le plus charmant jardin zoologique du monde, et où les eaux vives ne manqueraient pas plus aux palmipèdes que les prairies aux bisons, aux élans, aux axis. A qui ne sourirait l'idée de voir les iles et les canaux de ce riant domaine, embellis par la présence du flammant rose, de l'ibis rouge, du grand pélican blanc, du phoque et de l'hippopotame? J'appelle sérieusement sur ce point l'attention de la Grande Maîtrise des Monuments et des Plaisirs publics. On ne saurait trop multiplier les jardins des bêtes et les jardins des plantes. On
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ne saurait faire vivre les gazelles et les cerfs trop loin des lions et des tigres. Je crois même qu'à faire de Neuilly une école d'acclimatation pour le Fauve exotique et une faisanderie pour toutes les espèces de volailles, il y aurait quelques millions à gagner.
L'auteur a vu depuis quelques années la moitié de ses vœux réalisée par la création de la rivière artificielle et des lacs du bois de Boulogne. Il est heureux de cet emploi intelligent des richesses de la cité. Il adresse ses félicitations aux édiles qui ont si largement compris les besoins de la société nouvelle, et il espère que le succès de leur première tentative leur sera un encouragement à entrer plus avant dans cette voie du bien pour le beau.
On me dispensera, je suppose, de faire l'éloge des vertus culinaires du canard, dont le pâté d'Amiens et la terrine de Nérac ont porté la renommée jusqu'en Chine et en Californie.
On dit bête comme une oie, et l'on a très-grand tort. L'oie n'est pas aussi bête qu'elle en a l'air; elle est même l'emblème du paysan rusé. On ne dit pas bête comme un canard, et l'on a parfaitement raison ; car le canard est un animal plein de ressources et de malices, et qui cache parfaitement son jeu lorsqu'il a intérêt à le cacher. Je l'ai vu nicher sur les chênes quand il trouvait à sa convenance un bon nid de corbeau qui lui épargnait la peine d'en construire un de son propre bec ; et dans ce cas, il n'est aucunement embarrassé de mener ses petits à la mare ou à la rivière : la mère les prend délicatement par la peau du cou et les transporte à l'eau l'un après l'autre. On sait que dans cette espèce, c'est la femelle qui porte les culottes, et que le mâle se contente de jouer le rôle du mari ensorcelé. Le mariage, du reste, est un contrat qui n'engage aucun des contractants, et le mari protite habituelle-
ment de la liberté que lui accordent les mœurs pour s'affranchir de tous les embarras du ménage.
Le canard est un goinfre de la famille du porc ; il a un appétit qui lui sert de chronomètre et lui fait dire à la minute près les grandes heures du jour, c'est-à-dire les heures où Ton dîne. La montre du renard lui-même, qui est excessivement soigneux de ces détails, retarde presque toujours sur celle du canard, et l'oiseau est bête à en revendre au quadrupède en matière d'imposture.
On sait qu'un blaireau ou qu'un renard qu'on tire vivant du terrier fait volontiers le mort pour qu'on ne l'achève pas, et réussit parfois, au moyen de ce mensonge, à tromper le chasseur novice. On n'est pas sans avoir entendu parler non plus du procédé suprême qu'emploient les chasseurs d'ours qui ont manqué leur coup, et qui consiste à jouer aussi le personnage de cadavre et à se laisser retourner sans mot dire par la bête. Ces ruses, qui le croirait? sont familières au canard cauteleux, comme il sera prouvé par l'histoire qui suit :
Un monsieur avait un furet qui s'ennuyait d'être seul ; il lui apporta un jeune canard pour lui tenir compagnie. La bête scélérate s'avance aussitôt vers l'étranger pour lui souhaiter la bienvenue d'usage en lui ouvrant la jugulaire d'un coup de dent, d'après la méthode mustélienne. La pauvre volatile, que ce début chagrine, essaye d'éviter l'accolade et fuit d'abord dans toutes les directions; puis, s'apercevant que toute tentative d'évasion est inutile, elle change de batterie, s'arrête tout à coup, feint de subir une attaque d'apoplexie foudroyante, et s'étend tout de son long sur le carreau comme une masse inerte. Le furet s'approche de la défunte, la flaire dans tous les sens, constate le décès et, dédaigneux de la chair, se couche auprès et se rendort avec la stoïque insouciance particulière à
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son espèce. A peine a-t-il fermé les yeux que la morte ressuscite et relève la tête pour juger de la situation; mais le mouvement qu'elle a fait a suffi pour troubler le sommeil léger de son argus, à qui l'aspect de cette tète dressée rend l'espoir d'une saignée copieuse, idée fixe des furets. Il est sur son sujet d'un bond, et se met en devoir de pratiquer l'opération. Désappointement nouveau, désillusion cruelle ; la tête s'est détendue machinalement et s'est roidie en retombant lourdement sur le sol, preuve que l'apoplexie n'était pas simulée et que le col ne s'était redressé que sous l'effort d'une convulsion dernière. Et le praticien trop expert de regagner sa paillasse pour reprendre son somme. Ce que voyant, le propriétaire, qui observait le débat par le trou de la serrure, entre-bâilla la porte pour abréger l'expérience, et le canard, profitant aussitôt de la voie de salut qui lui était offerte, s'esquiva vivement, abandonnant le furet mystifié à ses réflexions amères.
Or, voici en deux mots l'explication du mystère : les furets comme les fouines sont des bètes qui n'aiment que le sang, et qui savent par expérience que ce liquide ne coule pas de la saignée après la mort. Voilà pourquoi elles méprisent souverainement le cadavre, et pourquoi, dans l'espèce, notre canard fut sauvé. Maintenant qui avait pu révéler à l'innocente volatile, dans un âge aussi tendre, les mystères les plus profonds de l'organisme et le secret des secrets du furet?
Le Pilet. — Canard à louf/ue queue. Espèce unique, connue sur toutes nos rivières et nos étangs. Omnivore, niche en France.
Le Ghipeau ou le Ridënne. — Espèce unique. Moins fort que le canard, plus évidé, plus mince. Bec, tarses et doigts orangés, membranes noires ; la tête enveloppée d'un
filet à mailles noires sur fond gris ; petites couvertures des ailes roux-marron ; grandes couvertures, croupion et dessous de la queue noirs; miroir de l'aile blanc pur; plastrons et flancs rayés de zigzags blancs et noirs : bon à toutes les sauces ; passager.
Le Siffleur. — Deux espèces : le Si f fleur proprement dit, moins gros que le canard, plus ramassé, plus court, bec bleu, noir à la pointe, pieds plombés, front blanc, tête et col roux marron ; gorge noire; poitrine lie de vin, ventre blanc ; miroir à trois bandes, celle du milieu verte et les latérales noires. Très-connu en France l'hiver, rare l'été.
Le Siffleur huppé. — De même taille que le précédent ; huppe noire, bec rouge, tète et col rouge-brique, miroir blanc encadré de noir. Très-rare en France, excepté dans les rudes hivers ; originaire du Yolga et du Danube.
Ces deux espèces se distinguent parfaitement de toutes les autres par leur voix aigre et sifflante qui rappelle celle des pluviers. Omnivores de passage; relégués au troisième ou quatrième rang comme rôti.
La Sarcelle. — Deux espèces, la Sarcelle d'hiver (Arcanette), moule le plus réduit du canard; taille de la perdrix, tête et joues d'un roux marron brillant ; miroir vert, azuré et noir. La Sarcelle du midi ou d'été, plus petite encore que la précédente, bec bleu cendré comme la sarcelle d'hiver, la tête et le cou d'un roux clair, une raie blanche au-dessus et au-dessous de l'œil, le dessus du corps roux cendré, le ventre émaillé de taches noires, miroir vert. La sarcelle ordinaire, qui approche du souchet pour la délicatesse de la chair, et qui tient le second rang comme rôti parmi les espèces rémipèdes, est après le canard sauvage le plus connu de nos oiseaux d'eau. Elle niche dans le voisinage de tous nos grands étangs de
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l'intérieur et plus particulièrement dans les mares des bois. Elle s'abat fréquemment sur les plaines et se nourrit de grains. La sarcelle s'apprivoise avec facilité et fait l'ornement des basses-cours et des jardins publics : elle a comme le héron, la grue et la cigogne, l'attention délicate de porter son grain à l'eau pour l'amollir.
Variétés. — Le Canard de Pologne à bec recourbé, dont le plumage est d'une entière blancheur, semble être une création de l'homme ; car on ne le retrouve nulle part à l'état libre. Ce serait dès lors une variété et non un genre, et l'espèce qui porte la huppe et qui est connue dans nos basses-cours serait une variété de cette variété. A tort ou à raison, j'ai pensé ne devoir mentionner que ces deux seules variétés parmi toutes celles que l'homme a obtenues depuis des siècles dans cette famille. On sait que le canard domestique ordinaire, abandonné à luimême, ne tarde pas à reproduire, comme le coq et le chien , le type primitif de la race : tête et col d'un vert velouté à reflets métalliques, plastron lie de vin séparé du col par une zone blanche en forme de collier.
J'aurais eu le droit de faire figurer dans cette nomenclature le plus joli de tous les canards du monde, le canard percheur de la Caroline, qui se reproduit parfaitement au Jardin des Plantes de Paris, et qui ne tardera pas à s'acclimater en France. Attendons, pour bien faire, que cette heure soit venue.
Egarés. — J'ai dit que les hivers exceptionnels amenaient sur nos côtes, et dans nos eaux de l'intérieur, quelques rares individus d'espèces appartenant aux régions les plus hyperboréennes du continent d'Asie et du continent d'Amérique, et que telle de ces apparitions demandait quelquefois un demi-siècle pour se renouveler. J'ai ajouté que les débordements extraordinaires de nos
330 OKMTIIULUGIE l'ASSIONNELLE.
fleuves du Midi stimulaient de temps en temps la gourmandise et la curiosité de quelques espèces africaines. Je désigne sous le nom d'Égarés ces hardis navigateurs battus par les tempêtes ou détournés de la voie de leurs pérégrinations normales par des intempéries outrées, par la curiosité, par la faim, par un motif accidentel quelconque. Au nombre de ces rémipèdes égarés figureront la macreuse d'Amérique et la macreuse couronnée de la Sibérie, le canard à collier du voisinage d'Archangel , le canard à longue queue de Terre-Neuve, la sarcelle d'Egypte à iris bleu, marquée d'une tache blanche sous le bec, et enfin l'eider, qui fabrique l'édredon.
Genre fuligule. — Six espèces : Morillon, — Garrot,— Milouin, — Milouinan, — Macreuse, —Double Macreuse.
Toutes les espèces de ce genre ont les allures et la physionomie du canard, et la bordure membraneuse du pouce est le seul caractère qui les en distingue. Mais cette simple diversité de conformation de l'appareil natatoire a suffi pour introduire dans le régime diététique des deux genres des différences notables, et la chair des fuligules s'est ressentie d'une manière fâcheuse de leur retour vers la piscivorie.
Le Morillon. — Espèce unique. Un des plus petits rémipèdes, remarquable par sa huppe de plumes longues, effilées et noires, à reflets bronzés ; bec bleu clair, à onglet noir, iris jaune, tarses et doigts bleus, membranes noires en dehors, rouges en dedans; ventre et flanc d'un blanc pur, domino noir. Le morillon s'apprivoise, mais se blesse en marchant. Plongeur intrépide; passager.
Le Garrot. — Espèce unique, de la taille du siffleur; remarquable par son bec très-court et par ses deux larges taches blanches situées de chaque côté de la racine du bec, et qui se détachent vivement du fond de couleur vert
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foncé, pourpre, qui couvre la tète et la partie supérieure du corps. Iris jaune, tarses et doigts de la même couleur. Connu sur toutes les eaux vives à l'époque des passages ; se blesse en marchant; passager.
Le MiLouiN. [Rouget, Rougeot.) — Taille du canard sauvage. Bec noir à la base et à la pointe, traversé dans son milieu d'une bande bleu foncé, iris rouge, tarses et doigts bleuâtres, membranes noires, tête et col roux rougeâtre à reflet; dos, poitrine et croupion noir mat; flanc, cuisses et abdomen cendré clair. Niche en France, est connu sur toutes les eaux stagnantes du Nord et du Midi. S'apprivoise facilement, préfère les vers aux grains et suit le jardinier pour se saisir des lombrics que le fer de la bêche ramène à la surface. Il pèche malheureusement par la délicatesse de la chaussure et la sensibilité des pieds. Se mange à défaut de sarcelle ; est passable en salmis.
Le Milouinan. — Même taille que le milouin ; bec bleu clair, narines blanchâf res , iris jaune; tarses et doigts cendrés, membranes brunes; domino noir à reflets verdàtres, taillé en rond sur la poitrine. Niche en France, moins connu que le milouin ; bec plus court et plus large.
La Macreuse. — Deux espèces : la Macreuse proprement dite et la Double. Les macreuses appartiennent beaucoup plus aujourd'hui à la Rémipédie pelagienne qu'à la fluviatile; car elles passent les trois quarts de leur vie sur la mer, au-dessus des bancs de mollusques, où elles s'en vont chercher leur pâture en plongeant. Là n'était pas cependant leur véritable place dans le principe, la nature les ayant appelées à vivre des mollusques et des vermisseaux des eaux douces. Il est à croire que les macreuses ne se sont décidées à faire élection de domicile sur la mer, qu'à la suite des persécutions qu'elles auront éprouvées de la part des humains.
La Macreuse proprement dite est un grand canard à manteau sombre uniforme, qui vit d'huitres et de moules et ne s'égare que très-rarement dans les eaux de l'intérieur. La Double-lMacreuse a la taille encore plus forte et voisine de celle des canards de Barbarie; mais c'est la seule différence qui existe entre les deux pièces. Leur chair est un piètre régal et peut se manger sans péché dans les jours d'abstinence.
Genre Plongeon. — Trois espèces : le Plongeon Imbrin, le Plongeon Catmarin, le Plongeon Lumme.
Caractères généraux. — Pieds palmés à l'avant, pouce membrane, tarses tranchants insérés à l'arrière, col long et effilé, bec long, étroit, légèrement arqué dans sa partie médiane et se terminant en pointe; ailes courtes, mais assez longues cependant pour permettre des déplacements considérables ; piscivores , immangeables. Monogames.
Les plongeons sont habitants des lacs qui sont de petites mers d'eau douce et qui forment pour ainsi dire un milieu ambigu entre l'océan et le fleuve. Ils nichent à terre sur les ilôts et les rives couvertes, y passent la saison des amours et descendent l'hiver sur nos côtes. Ils ont la brévité des ailes, l'attitude verticale et les habitudes sous-marines des plongeurs tridactyles qui leur font vis-à-vis dans la série ascendante. Ils en diffèrent par la pureté des mœurs et par leur supériorité dans l'industrie architecturale. Le nid du plongeon est une véritable œuvre d'art.
Les plongeons ou plongeurs tétradactyles sont originaires des grands lacs du nord de l'Europe ; ils descendent fréquemment sur nos côtes maritimes, et c'est presque toujours sur la mer qu'on les tire, ce qui les a fait prendre très-longtemps pour des amis exclusifs de l'eau
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salée. J'ai dit leur patrie véritable qui est le lac et non le fleuve. Les plongeons ne muent qu'une fois par an; ils émigrent quelquefois très-loin, et ne craignent même pas de transhumer de la mer de Norwége à celle de la Corse en passant par le continent. Ils prennent étape en ces longues traversées sur certains grands étangs de France ou sur les lacs de la Suisse, dont ils savent le gisement par ouï-dire. Mais il arrive fréquemment que, faute d'expérience ou de renseignements suffisants, les pauvres voyageurs tombent au milieu des terres au lieu de tomber sur les eaux. C'est ce qui arriva à ma connaissance, en 1838, je crois, à une forte compagnie de plongeurs imbrins qui, pour avoir mal pris leur point, allèrent donner de la tète dans les jardins d'une petite ville de la Côte-d'Or, croyant descendre sur la Saône : beaucoup furent empaillés ou cuits par suite de cette erreur.
Le grand plongeon Imbrin est un oiseau d'une taille avantageuse, richement couvert et d'un aspect imposant. Il mesure plus de deux pieds de hauteur de la base au sommet; son manteau, gris ardoisé, historié de larges taches blanches rectangulaires, tranche par sa gaieté et par son émaillure sur les costumes des espèces voisines. La partie supérieure de la tête, du cou et de la gorge est teinte en noir, le dessous du corps gris argenté d'une seule nuance. Le plongeon Lumme, beaucoup plus petit que l'Imbrin, et qui ne dépasse que faiblement la grosseur du canard, porte un uniforme tout semblable. Le Catmarin des pêcheurs de Picardie, plus commun et plus connu que les deux autres, approche du volume de l'oie ; la couleur rouge brun de sa gorge ne permet pas qu'on le confonde avec ses congénères. Ces trois espèces, qu'on rencontre beaucoup plus fréquemment sur les côtes d'Angleterre que sur celles de France, nous visitent surtout
pendant l'hiver. Elles ne reviennent aux eaux douces qu'à l'époque des amours.
La tribu des plongeons ou des grands plongeurs des lacs donne la main à la série des Fissirèmes, plongeurs de moule réduit, exclusivement fluviatiles et qui terminent l'ordre.
Groupe de la Fissirémie. — Un seul genre.
Genre Grère. — Quatre espèces : le grand Grèbe ou Grèbe Cornu, — Jougris, — Oreillard, — Castagneux.
Les grèbes, qui ressemblent aux plongeons par le bec, par les ailes et par les habitudes piscivores, s'en distinguent facilement parla forme de leurs pieds, dont les doigts de devant sont enveloppés d'une membrane libre qui déborde à droite et à gauche. Ils habitent de préférence les eaux douces, surtout celles des étangs et des fleuves ; ils se réfugient l'hiver sur les grands lacs, rarement sur la mer. Les ailes des grèbes sont fort courtes, comme celles des plongeurs tridactyles, et ils n'aiment pas à s'en servir, parce que l'on ne fait avec plaisir que ce que l'on fait bien.
Or, les grèbes ne peuvent pas même quitter l'eau quand ils prennent l'essor ; leurs pieds pendants en rasent la surface, et la sillonnent d'une blanche traînée d'écume. Lorsque le froid de l'hiver les oblige à quitter leur patrie, ils émigrent en nageant et non pas en volant, et cette difficulté qu'ils éprouvent à se transporter d'un lieu à un autre est cause qu'ils affectionnent particulièrement les petits cours d'eau qui ne gèlent pas, et qu'il en reste un grand nombre sur nos grandes rivières par les froids les plus rigoureux. La nature a compensé ce désavantage des ailes courtes, qui ne permet pas aux grèbes de voler dans les airs, par la faculté de voler sous les eaux et de traverser ainsi de longs espaces sans être obligés de remonter à la
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surface. Les tarses sont taillés en lames de couteau comme le bec du macareux. Les pieds, étant placés à l'arrière du corps, comme chez les pingouins, remplissent à la l'ois l'office de gouvernail (queue) et d'agents propulseurs, et communiquent au mouvement d'immersion une énergie extrême que favorisent d'autre part la forme conique de la partie supérieure du corps, un long col effdé, une tête fine terminée par un bec droit et pointu, de dimension moyenne. Le système des cavités aériennes est en outre plus développé chez cette espèce et ses congénères que chez tous les autres oiseaux, ce qui s'explique par le besoin qu'ont les oiseaux qui plongent d'emmagasiner une plus grande quantité d'air que les autres. Triste avantage, hélas! si l'on se souvient de ce que j'ai fait remarquer au quatrième chapitre de ce livre, que cette faculté d'emmagasiner de grandes provisions d'air entraînait comme conséquence fatale la facilité de dépouillement. De plus, si l'on observe que la robe des grèbes est une véritable douillette de duvet qui remplit toutes les conditions de la bonne fourrure, on comprendra aisément que ces deux circonstances réunies aient influé d'une manière désastreuse sur le sort de l'espèce. Tous les malheurs du grèbe lui viennent de ce que sa dépouille vaut un peu mieux que sa chair, qui est un des plus détestables morceaux que je connaisse et qui se défend toute seule.
Le grèbe est à coup sûr l'espèce volatile qui a eu le plus à souffrir de la funeste invention du fusil à piston, ainsi nommé de ce que le fusil (silex) et le piston sont totalement étrangers à cette arme. J'ai vu dans mon enfance le grèbe castagneux (plongeon vulgaire), très-commun sur la Meuse, se rire du fusil à pierre et se faire un malin plaisir d'épuiser la patience et les munitions du
chasseur; mais, depuis quarante ans, les beaux jours de l'ironie sont passés pour le grèbe.
Les grèbes sont exclusivement piscivores. Leurs migrations en France ne vont guère plus loin que les lacs salés du Midi. Ils muent deux fois par an, comme la plupart des oiseaux d'eau , et les mâles affectent , en matière de costumes d'amour, les goûts les plus bizarres. Néanmoins, l'influence du quatrième doigt du pied s'est fait sentir vivement dans les rangs de l'espèce. Le ménage des grèbes offre l'exemple de toutes les vertus conjugales. Le mâle ne se contente pas de pourvoir à la nourriture de la femelle pendant l'incubation, il sollicite et obtient quelquefois l'honneur de la remplacer dans cette fonction délicate. Je ne connais, parmi les oiseaux d'eau, que cette espèce et celle du pélican où le mâle soit admis à de tels privilèges.
Le Grand Grèbe ou Grèbe Cornu. — Taille du canard, col plus évidé, tète plus haute et plus fine, bec un peu plus long que la tête, droit et se terminant en pointe ; manteau gris brun lustré ; tout le dessous du corps d'un blanc d'argent à reflets satinés, la plus précieuse des fourrures de l'espèce. Commun pendant l'été sur tous les grands lacs d'Europe et sur tous les grands étangs de France où il niche. Les grèbes mettent tout leur luxe dans leur parure de tète. Le costume de noces du grand grèbe se distingue surtout de la tenue de voyage par l'épanouissement d'une vaste coiffe carrée faite de plumes fines et soyeuses, d'une couleur rouge marron légèrement nuancée de jaune à la racine; ladite coiffe se relevant aux angles par des pointes et retombant sur la gorge comme un collier de barbe. De l'origine du bec part une tache noire triangulaire qui va s'épanouissant jusqu'au sommet du front, où elle se relève sous forme de cornes
DE LA RI^:.MIPÉDIE. 3o7
noires à ses deux extrémités. Le cygne n'est pas plus vain de sa beauté que le grand grèbe de ses cornes et de sa cravate, et n'étale pas plus majestueusement sa blancheur immaculée sur le miroir des eaux.
Le nid du grèbe, que le couple compose avec des brins de roseaux desséchés, et qu'il pose sur un lit d'herbes mortes en l'y attachant solidement , est un progrès immense sur les terriers du manchot et du pingouin, et sur le trou de rocher du guillemot, creusé par la nature. C'est une des premières bâtisses confortables qu'ait créées l'amour maternel. La femelle y dépose quatre œufs, qu'elle couve alternativement avec le mâle. Les petits naissent couverts de duvet comme tous les oiseaux d'eau et comme beaucoup d'oiseaux de proie. Ils savent nager et plonger avant d'être sortis de l'œuf; le fait a été démontré par des expériences solennelles.
Le Jougris , plus rare que le précédent , habite les grands étangs de l'Est. On le rencontre quelquefois sur la Seine. Son nom lui vient d'une plaque d'une gris métallique qui couvre ses joues et sa gorge. Il a le dessus de la tête noir, le col roux, le dessous du corps grisâtre; sa taille est celle de la poule d'eau.
Le Grèbe Oreillard, comme le grèbe cornu , se trahit par son nom. Commun sur tous les grands étangs de la Lorraine, de la Bresse, du Berri. Taille du précédent; deux bandeaux rutilants en arrière des yeux; iris rouge, cravate noire, plastron roux, pieds noirs; le dessous du corps gris lustré.
Le Grèbe Castagneux, du volume d'une caille, le plus commun et le plus petit de tous les grèbes, se rencontre sur tous les fleuves, sur tous les ruisseaux et étangs, et jusque dans les bassins de la poissonnerie anglaise, rue de Bivoli, à Paris. La tète et le cou du mâle se colorent
3o8 ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.
d'une légère teinte rougeâtre ou plutôt lie de vin dans la saison d'amour.
Le groupe de la Fissirémie qui clôt l'ordre des Rémipèdes et celui de la Rémiptérie, qui le commence , sont dits les extrêmes de l'ordre ; et la loi de la série exige qu'il y ait non-seulement ralliement entre les extrêmes, mais encore rapport de contraste.
Or, la méthode de classification des rémipèdes que noLis venons d'exposer satisfait largement à cette double exigence.
Des deux côtés absence complète d'ailes ou imperfection déplorable du système alaire ; ailerons faits pour voler sous l'eau; habitudes infra-natatoires, appétits exclusivement piscivores, confinement absolu au domaine des ondes; chair détestable. Yoilà les caractères de ralliement.
Maintenant l'un de ces domaines aquatiques est la mer, la mer antarctique ; l'autre est le ruisseau , l'eau douce de l'hémisphère boréal. Le manchot niche dans un terrier, le grèbe dans un nid artistement fabriqué. Le manchot vit sous le régime ignoble de la promiscuité platonienne ; le mâle s'est affranchi de tous les devoirs de là paternité. Le plongeon vit sous la loi de la monogamie la plus pure ; le mâle dispute à la femelle la charge pénible de l'incubation. Enfin le pied du manchot est, ainsi que nous l'avons déjà dit, le pied rainé qui s'éloigne le plus du modèle de la main de l'homme. Le pied du plongeon est, au contraire, celui qui s'en rapproche le plus, par son ongle quasi-humain. Yoilà pour le contraste.
Et ces obéissances heureuses de la classification pédiforme aux lois de la série ne sont pas les seules que présente notre constitution hiérarchique de l'ordre des rémipèdes.
La loi de la série exige que le pivot qui occupe le plus
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haut degré de l'échelle, c'est-à-dire le sommet du triangle, se tienne à égale distance des deux termes extrêmes, le point de départ et celui d'arrivée.
Or, voyez que dans notre méthode c'est la Frégate qui est le pivot de série et qui occupe le sommet du triangle, et que la frégate a de si grandes ailes, qu'elle en est condamnée à vivre dans la région des nues, à éviter le contact des ondes et à prendre le poisson au vol. Quel moule plus antipodique pourriez-vous opposer, dans tout l'ordre des oiseaux d'eau, aux deux moules extrêmes du Manchot et du Grèbe, que l'imperfection de leur système alaire acoquine au séjour des ondes et bannit de la région des airs et condamne à voler le poisson sous Peau ! ! !
Quant aux rapports de contraste qui doivent caractériser les groupes qui se font vis-à-vis, remarquez encore que les genres les plus voisins de la frégate (pivot) dans la série ascendante ou pélagienne , Bec en ciseaux , Sterne, Labbe, se distinguent de tous les autres genres, comme la frégate, par l'exiguïté et l'échancrure de leurs membranes natatoires, et sont minimirèmes, tandis que les genres opposés de la série descendante. Fou, Pélican et Cormoran, sont principalement reconnaissables au développement exagéré de leur appareil natatoire, chargé de trois membranes, ei sont maximirèmes . Voyez plus bas que les albatros et les pétrels, qui sont exclusivement piscivores et qui habitent la haute mer, sont en opposition tranchée de mœurs et d'appétit avec les cygnes, les oies et les tadornes, qui sont quasi-exclusivement herbivores et qui s'en vont chercher leur nourriture à terre, etc., etc.
Que personne surtout n'oublie la singularité des quatre ou cinq caractères excentriques que la nature a réunis dans ce moule que nous avons appelé le pivot de série : ailes démesurées, tarses minuscules et à demi
emplumés, tous les doigts tournés vers l'avant, pieds d'une utilité douteuse; queue anormale, pour cause de développement excessif des rectrices latérales ou médianes, lequel, dans le premier cas, produit la queue fourchue de l'hirondelle ; dans le second, la queue à brins, à palettes, celle du paille-en-queue, du ganga, du guêpier. Sur les quatre-vingts espèces rémipèdes que la France nourrit temporairement ou à demeure fixe, cinq seulement sont ralliées à l'homme, le Cormoran, le Cygne, l'Oie , le Canard ordinaire , le Canard de Barbarie ; les deux premières à titre d'auxiliaires et les trois autres à titre de domestiques. Le Cygne, l'Eider, les Plongeons et les Grèbes lui fournissent des fourrures. Beaucoup d'espèces, qui ne tiennent pas précisément la tête du gibier-plume au point de vue gastrosophique, n'en sont pas moins des espèces précieuses pour les qualités de leur chair, et dont la chasse, qui offre une source de plaisirs intarissable à des myriades de chasseurs, s'élève en quelques pays de France à la condition de véritable industrie. Le plus grand de tous les rémipèdes de France est le Cygne du Nord, en l'absence du Pélican et de l'Albatros. Le plus petit est le Grèbe castagneux. J'ai tué à trois lieues de Paris, au-dessus de Choisy-le-Boi , en 1836, un cygne sauvage qui pesait vingt- six livres. Le poids du castagneux ne dépasse pas quatre onces.