‹ L'esprit des bsChapitre 22 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Deuxième ordre, Grallipédie (oiseaux de rivage, Bchassiers). Nombre des espèces : 525 environ, dont soixante seulement françaises.

Les premiers oiseaux de rivage, avons-nous dit, ont été créés en même temps que les premiers oiseaux d'eau, parce qu'il fallait bien que ceux-ci attendissent pour venir qu'il y eût quelque part, à portée de leur habitat, un lieu sûr, un Ilot, une parcelle de terre ferme où déposer leurs œufs. La preuve de la contemporanéité des rémipèdes et des échassiers se tire de ce fait paléontologique, que la plupart des oiseaux fossiles dont les squelettes gisent dans les calcaires et les gypses d'Italie et de France appartiennent à ces deux ordres primitifs. Il paraît ainsi très-probable que ces deux ordres ont fait leur apparition sur la terre avant les percheurs et les autres, et qu'ils ont sur le corps un déluge ou deux de plus.

En cherchant bien parmi les oiseaux d'eau, nous avons fini par trouver plusieurs couples de vrais amoureux. Nous serons un peu plus heureux dans nos recherches avec les échassiers, parmi lesquels nous rencontrerons de nombreux emblèmes de fidélité conjugale et d'amour maternel, plus un oiseau chanteur. Bien entendu que le chant de ce phénix ne sera pas précisément aussi mélodieux que celui du rossignol, mais enfin ce sera un chant,

un véritable chant inspiré par l'amour et qui ne retentira que dans la saison du printemps.

Nous avons vu encore que le plus noble et le plus amoureux de tous les rémipèdes était le cygne, emblème de l'Edile des eaus, l'un des moules les plus magnifiques et les mieux réussis de la création dernière. L'oiseau chanteur, l'amoureux par excellence de la Grallipédie, sera la bécassine ; la bécassine , qu'aucuns regardent comme le premier des rôtis du monde et à qui nul autre gibier plume ne saurait disputer la palme du salmis.

Nous trouvons encore dans les nombreux rangs de l'ordre une foule d'espèces propres à la broche et à la casserole, plus quelques moules ralliables à titre d'auxi- ■ li aires.

Puisque l'ordre des échassiers est le second par rang de primogéniture, il faut bien que, comme le premier, il porte témoignage de l'inhabileté créatrice de la nature ; c'est-à-dire qu'il compte encore quelques espèces privées de la faculté de s'élever dans les airs, caractère essentiel de la volatilie. Remarquez seulement que ces espèces disgraciées appartiennent exclusivement à l'hémisphère austral plus jeune que le nôtre, et que l'hémisphère boréal plus raffiné d'arômes est impropre à nourrir ces créations d'essai. Tous les échassiers de notre hémisphère seront donc armés d'ailes et d'ailes assez rapides pour leur permettre de faire deux ou trois fois par an des voyages de long cours. Même quelques-unes des espèces bonnes voilières auront contracté l'habitude de voler dans le vent. Cette habitude, qui tranche avec les coutumes plus passives de l'ordre qui précède et de l'ordre qui suit, est à eiu'egistrer comme caractère séparatif.

Dieu a donné à l'immense majorité des espèces de l'ordre un besoin de déplacement perpétuel, et il a pro-

DE LA liRALLIPÉDIE. [MY,]

portionné dans le plus grand nombre des cas la puissance du vol à cette fièvre de mobilité, afin que ces espèces pussent suivre sans effort le mouvement du flot maritime qui découvre et recouvre incessamment les plages pour leur servir à toutes les heures de splendides festins. Les hirondelles et les cailles sont, comme nous l'avons vu, de forcenées voyageuses, aussi bien que les coucous, les loriots et les sansonnets ; néanmoins leurs migrations sont régulières et périodiques, et ces oiseaux voyageurs suivent invariablement la route du pôle à l'équateur ou du nord au midi, et réciproquement. Il y a enfin une époque dans l'année, un trimestre, un semestre, où ils sont sédentaires ; mais lasédentarité semble en dehors des conditions d'existence des oiseaux de rivage qui passent toute l'année, et c'est à peine si les femelles s'arrêtent quelque part quelques semaines pour pondre et pour couver.

Les oiseaux de rivage ont encore pour manie de suivre plus volontiers la ligne parallèle à l'équateur que la perpendiculaire, c'est-à-dire de s'en aller et de s'en revenir de l'est à l'ouest ; et cette fantaisie est cause que sur une trentaine d'espèces maritimes qui habitent nos plages, vingtcinq au moins se rencontrent à la fois sur toute la périphérie du globe, aux mêmes latitudes, aux parages du Japon et du Kamschatka, comme au littoral de la Caspienne et de la mer Noire, au recto comme au verso de l'Amérique du Nord, en Terre-Neuve et en New-York, tout comme en Orégon et en Californie. Même les espèces paresseuses et brévipennes qui vivent exclusivement dans les milieux herbus des étangs et des eaux douces, sont travaillées comme les espèces pélagiennes grandipennes de la passion du déplacement qui travaille l'ordre entier. Elles ont dans les jambes, comme les autres dans les ailes, une perpétuelle inquiétude qui les pousse à entreprendre les plus

longues traversées sous les plus frivoles prétextes. Échassiers, grallipèdes, sont des noms excellents et qui désignent parfaitement l'ordre des oiseaux de rivage ; mais ceux de court-toujours, de mobilissimes et à^ instables leur iraient encore mieux, comme à la frégate et au paille en queue ceux de reste- en- l'air et de vole- toujours.

A ces caractères généraux se joignent ceux que j'ai déjà indiqués, le corps effilé, les jambes maigres et dénudées par le bas, les tarses nus aussi, hauts et minces, le bec plus ou moins long emmanché d'un long cou. Pour une vingtaine d'espèces muettes, l'ordre en compte des centaines à la voix stridente et perçante faite pour do- . miner tous les bruits. Là se trouvent, je crois, les Stentors de la création. Tous les os, dans cette grande famille, ont été tubulés et pneumatisés avec soin, caractère séparatif excellent pour distinguer l'Echassier du Coureur. Les ailes sont généralement longues, étroites, concaves, la queue rudimentaire, parfois absente, et remplacée en ce dernier cas par les pieds qui s'allongent sous le corps et s'étalent à l'arrière pour faire office de gouvernail. La dimension et la coupe des tarses donnent à priori sur les mœurs spéciales de chaque espèce d'utiles renseignements.

L'estomac, qui est multiple et musculeux chez le coureur qui vit de grains, est simple et membraneux chez l'échassier qui vit de poissons et de mollusques.

La polygamie compte peut-être dans l'ordre quelques sectateurs de plus que la monogamie ; mais les plus nobles espèces y marchent sous la bannière de la fidélité conjugale. Or, qui dit polygame dit jaloux, querelleur. La saison des amours est donc pour la moitié de l'ordre la saison des batailles.

Le plus grand nombre des espèces polygames nichent

DE LA fiKALLlPKblE. 3Ho

à terre, et presque toutes les femelles de cette catégorie ignorent l'art de bâtir. Les petits naissent couverts de duvet comme les oiseaux d'eau et se mettent volontiers à courir en sortant de la coquille. La règle est toute différente pour les espèces monogames qui nichent de préférence sur l'eau et sur les arbres, voire sur les cheminées, et nourrissent leurs petits pendant assez longtemps. Toutes les femelles sont forcées de replier sous elles leurs longues jambes pour couver.

Les échassiers comme les rémipèdes aiment à utiliser la largeur de leurs supports pour dormir debout sur une patte, la tête rentrée dans les épaules, sinon couchée sous l'aile et le bec dans le vent. Mais aucune espèce d'oiseau volant d'aucun autre ordre ne partage avec l'échassier le bizarre privilège de s'asseoir sur ses tarses. Cette singulière habitude, que je regrette de ne pouvoir caractériser par une expression pittoresque, est encore un des attributs distinctifs de la grallipédie. Ce qui fait que le Serpentaire n'est pas un oiseau de proie mais bien un échassier, c'est qu'il s'accroupit sur ses tarses.

Beaucoup de grallipèdes sont encore piscivores. Quelques-uns font une guerre acharnée aux reptiles, aux serpents, aux lézards, aux grenouilles, aux mulots, et rendent à l'homme, sous ce rapport, d'impayables services. On peut même citer une espèce qui ne craint pas de s'attaquer au crocodile jeune âge, qui le scie en deux avec aisance et le croque bel et bien. Cette espèce magnifique, à qui l'homme devrait ériger des autels, a nom le Baleniceps et vient du Sénégal. Le Muséum d'histoire naturelle de Paris, moins heureux que celui de Strasbourg, ne le possède pas. Mais revenons à la question de l'élément de nourriture, et disons que la vermivorie et la moUuscivorie comptent encore assez de partisans dans l'ordre pour lui

permettre de fournir un honorable contingent de rôtis généreux : râle, bécasse, bécassine.

La mue est généralement double chez les échassiers, comme chez les oiseaux d'eau. La première a lieu en avril, où les espèces endossent la grande tenue d'amour. La seconde se fait en juillet pour la reprise de la tenue de voyage. Les grallipèdes polygames ne se montrent pas moins affolés de parure que leurs voisins de droite et de gauche, les coureurs et les oiseaux d'eau.

Les échassiers s'assemblent volontiers pour naviguer de conserve, vieux avec vieux, jeunes avec jeunes. Les uns voyagent de nuit et les autres de jour ; les uns suivent dans leur vol l'ordre triangulaire, les autres l'ordre confus. Beaucoup voyagent seuls.

La classification des échassiers a été jusqu'ici l'un des grands embarras de l'ornithologie. D'abord, en raison de ce que l'ordre abonde en moules ambigus, anormaux, excentriques, qui semblent appartenir par certains caractères génériques à deux ou trois ordres à la fois. Ensuite et surtout parce que la classification n'a pas osé encore parquer en des limites fixes chacune de ces grandes divisions.

A quel ordre, par exemple, attribuer la foulque en dehors de ces limites fixes : la foulque rémipède par les pieds et les habitudes aquatiques, grallipède par les tarses et par l'étoffe de sa robe? A quel ordre le flammant, le type supérieur de Féchassier, de qui les échasses posent sur des pieds parfaitement palmés? La question n'en est plus une pour moi en ce moment, mais elle m'a assez longtemps embarrassé dans le passé pour me faire compatir aux tablatures de ceux qu'elle embarrasse encore, et même pour me faire excuser le simplisme et l'erreur de ceux qui ont pu se laisser aller à classer le flammant parmi les rémipèdes.... le flammant aux longues gigues

DE LA (JHALLIPÉDIE. 367

qui se fait de son long col une canne pour appuyer sa marche !

La même question s'est agitée relativement à la nationalité du Serpentaire du Cap , un autre moule magnifique d'échassier, rallié à Tliomme, à titre de tueur de serpents, et qu'ils ont fini par loger en tète des Rapaces, sous prétexte de parenté dans le bec et dans les habitudes. Comme si tous les grands échassiers, porteurs de becs solides, n'étaient pas plus ou moins destructeurs de reptiles. Mais tuer et ravir sont deux.

Je pourrais citer encore parmi les moules de l'ordre difficiles à classer le Cariama de l'Amérique méridionale,, un échassier au premier chef, c'est-à-dire par les jambes, mais qui tient en même temps de l'outarde et de l'oiseau de proie. Et aussi l'Agami de la Guyanne, et l'Aptérix de la Nouvelle-Zélande, une sorte de bécasse sans ailes à plumage pileux, montée sur des jambes d'autruche...; spécimen fantastique de quelque création antérieure, sauvé du déluge par hasard.

La cause première de toutes ces confusions est facile à saisir. C'est l'insignifiance absolue des étiquettes adoptées par la science pour la dénomination de ses ordres. Passereaux ^ Gallinacés et autres. Du moment c^mq passereau n'impliquait aucune condition de forme, de mœurs ni d'habitude, et que rien n'empêchait personne de se parer de ce titre, il était naturel que tout le monde le prit, roitelet, moineau - franc , oiseau - mouche , tourterelle, coucou, corneille, perroquet. Autant ce nom-là qu'un autre; l'homme eût fait pis encore en semblable occasion ; il eût anobli le titre avant de le voler. De tout quoi est issue l'anarchie nominale actuelle, digne fille de la licence.

Mais la cause d'un mal, quand elle est bien connue, en

indique le remède. Puisque la confusion est née de Fincertitude des limites des ordres et de la facilité coupable de l'autorité en matière d'examen et d'admission, le remède indiqué est d'abord de déterminer franchement ces limites, en découpant à arêtes vives les premières divisions du règne, et puis de se montrer d'une sévérité excessive pour l'admission des sujets dans les catégories.

Caractérisez tous vos ordres par quelques traits saillants et exclusifs ; dites que tous les oiseaux d'eau sont reconnaissables à leurs pieds palmés, à leurs tarses courts et insérés à l'arrière , à leur robe de duvet imperméable, à leur corps épais et trapu — les Echassiers à la hauteur démesurée de leurs supports, à l'habitude de s'accroupir sur leurs tarses — les Rapaces à leurs mains prenantes, armées de griffes — les Coureurs à leurs espadrilles, à leurs instincts pulvérateurs, au privilège qu'ont tous les petits de cet ordre de courir en sortant de l'oéuf. Insistez fortement sur ces caractères exclusifs, et le désordre cessera comme par enchantement. Et vous ne serez plus exposés à vous tromper d'enseigne et à faire subir au flammant le désobligeant entourage du petit monde où vous l'avez mis et où sa position rappelle trop celle de Gulliver captif chez les Lilliputiens. Et la question du Serpentaire ne vous embarrassera pas davantage ; car, pour contenter tout le monde, vous pourrez faire de l'échassier anguivore le représentant du rapace parmi les grallipèdes, et de l'Agami et du Cariama les représentants de Tordre des coureurs. Enfin vous appellerez la foulque aux longs ta?'ses, au plumage 71071 ve7'7ii, d'un nom de chaînon ambigu propre à relier les oiseaux d'eau aux oiseaux de rivage, et vous répéterez à ce propos que tout se tient dans le système de la nature, les Séries et les Ordres aussi bien que les Règnes.

La méthode que nous recommandons est celle que nous

DE LA GRALLIPÉDIE. 369

avons suivie pour notre compte. Trop heureux serionsnous d'avoir su éviter par elle les perfides écueils où déjà nous avions sombré, où tant d'autres, hélas ! ont sombré avant nous. Une justice, en tout cas, que nous pouvons dès aujourd'hui nous rendre, est de n'avoir pas ménagé nos peines pour atteindre ce résultat.

Et d'abord nous avons procédé à la division binaire du nouvel ordre en nous appuyant sur le principe de la diversité des chaussures, molivée par la diversité des milieux, comme nous avions fait pour l'ordre précédent; et cette coupe binaire ou dichotomique nous a donné, pour la seconde fois, un partage presque égal des espèces et des genres, ce qui est une présomption en faveur de la bonté du type séparatif que nous avions choisi.

Il y a, en effet, deux rivages comme il y a deux milieux aquatiques. Il y a le rivage couvert et le rivage nu, le rivage qui s'éloigne le moins du milieu aquatique et celui qui s'en éloigne le plus.

Le rivage couvert, c'est la verte savane où se mêlent les eaux de la mer et des fleuves; le milieu ambigu sous lequel paissent et dorment les monstres amphibies : lamantins, hippopotames, tortues, alligators. C'est la bordure des mangles, des tamarins et des palétuviers où s'accrochent les mollusques. C'est la mer de roseaux, c'est le lacis de végétations confuses et de forêts herbacées dont les pieds sont dans l'eau. C'est le manteau de mouvante verdure étendu sur la face de l'onde, et que trouent de distance en distance des éclaircies de nymphéas. Au temps où ce milieu se fit, la puissance créatrice de la Terre, qui se mani lestait de toutes parts, se trouvait surexcitée surtout vers ces lieux d'abouchement de la terre et des ondes ; et le spectacle de la végétation fastueuse des savanes de l'Amérique et de l'Amazone d'aujourd'hui ne

saurait nous donner qu'une idée imparfaite de ce qui fut autrefois.

L'autre rivage, c'est la bordure des bois, des étangs, des savanes ; c'est la prairie noyée, le marais sous toutes ses formes; c'est principalement l'ourlet de vase de la plage maritime que découvre et recouvre incessamment le flot.

La mer est la grande nourricière des espèces grallipèdes comme des rémipèdes.

Mais la simple différence de liquidité des deux milieux devait entraîner une différence correspondante dans la forme du pied des oiseaux créés pour y vivre.

La nature, en effet, pour faciliter à l'échassier de la savane le parcours de son milieu plein d'eau, où l'occasion de nager et même de plonger se rencontrait encore à chaque pas, a substitué la Raquette à la Rame dans l'armature de ses pieds. Elle a étayé la base du support en insérant le ^ouce au niveau des doigts de Pavant et en le faisant joor^^^r sur toute sa longueur. Pour faire un avantage analogue à l'échassier de la plage, destiné à marcher sur un terrain plus ferme, elle a usé du procédé contraire. Elle lui a dégagé le pied et allégé la marche en le débarrassant de la gêne du pouce. Elle a fait de ce pouce un doigt rudimentaire, en l'insérant à l'arrière à une trop grande hauteur et n'a pas même hésité à le supprimer totalement en maintes circonstances.

Or, cette différence essentielle dans le système de la marche de l'échassier nous fournissait un moyen simple et commode de couper l'ordre en deux, ce que nous avons fait en instituant les deux séries de la PoUicigradie et de la Dactyligradie.

Pollicigrades sont les espèces qui appuient sur les quatre doigts en marchant et chez lesquelles le pouce est inséré

DE LA GKALLIPÉDIE. 371

au niveau des doigts de l'avant, de manière à porter dans toute sa longueur.

Dactyligrades sont les espèces qui n'appuient que sur trois doigts : les tridactyles d'abord qui n'ont pas de pouce, puis les tétradactyles, chez lesquels ce pouce est inséré trop haut et n'est plus qu'un objet de luxe. Au point de jonction des deux séries, sont les espèces ambiguës dont le pouce ne touche le sol que par son extrémité.

Les PoUicigrades sont monogames et amis des eaux douces; les Dactyligrades sont en majorité polygames et amis des plages maritimes.

Les PoUicigrades nichent volontiers sur les arbres et abecquent longtemps leurs petits. Les Dactyligrades nichent presque tous à terre, et leurs petits à peine éclos sont en état de pourvoir à leur subsistance.

La série des PoUicigrades comprend près de deux cent cinquante espèces, réparties entre vingt-cinq genres et trois groupes.

J'ai nommé ces trois groupes de la Rémigrallie, de la Longidactylle et de \?iLongitarsie; Rémigrallie, pour indiquer que le groupe est ambigu entre les Rémipèdes et les Grallipèdes ; Longidaclylie, pour caractériser la longueur démesurée des doigts et pour l'aire opposition au groupe de la Longitarsie, remarquaJ^le surtout par l'excessif développement des tarses.

Premier groupe : Rémigrallie, deux genres, Phalarope, trois espèces; Foulque, dix.

. Les Rémigralles, ambigus entre le premier et le second ordre, ont naturellement le tarse dans celui-ci, le pied dans celui-là. Ils ont en conséquence le tarse plus élevé que les grèbes et les doigts garnis d une membrane lobée, c'est-à-dire découpée en testons, d'où leur est venu le

3Tt2 ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

nom de lobidactyles ou de lobirèmes, qui les désigne parl'aitement. Ils ont également conservé en partie les appétits, les mœurs et les habitudes des Fissirèmes.

Les Phalaropes et les Foulques se plaisent, comme les grèbes, au sein des eaux dormantes, parmi les forêts de roseaux où toutes les espèces se donnent le divertissement de la pêche, de la chasse, voire de la cueillette ; où elles courent, nagent, plongent et évoluent de mille façons diverses sur la face des ondes, oubliant toutefois volontiers de se servir de leurs ailes. La pratique de la fidélité conjugale est en honneur chez les Rémigralles comme chez les Fissirèines. Seulement le système de nidification des deux groupes diffère légèrement. Les grèbes font leur nid sur la terre ferme, parmi les monceaux de glaïeuls et de roseaux desséchés. Les Foulques nichent sur l'eau, parmi les herbes vertes et déposent leurs œufs sur de vastes lits flottants, retenus à poste fixe par des câbles végétaux qui permettent à rétablissement de suivre le mouvement d'ascension ou de baisse des eaux. Les petits se mettent aussi à plonger et à nager en sortant de la coquille, mais ils ne se séparent de leurs parents que le plus tard possible.

On a cru remarquer que les Phalaropes préféraient les eaux saumàtres aux eaux douces. Ces espèces sont piscivores pendant l'hiver et pendant le printemps, herbivores l'été, granivores l'automne.

Les Foulques et les Phalaropes ont le bas des jambes nu, ce qui est un des caractères constants de la Grallipédie. Ils ont les tarses plus élevés proportionnellement que tous les oiseaux d'eau, autre attribut spécial de l'ordre; enfin ils ne portent pas comme ceux-ci, sur leur robe de duvet, un pardessus de plumes vernissées. Leur nationalité est facile à reconnaître à ces signes. Chacun de ces

PE LA GRALLIPÉDIF. 373

deux genres est représenté en France par une espèce dont on lira plus loin l'histoire.

Deuxième groupe : Longidactylie, six genres : Poule d'eau, Râle, Talève, Tribontx, Jacana, Kamichi. Quatrevingt-dix espèces, dont sept habitent la France.

Les Longidactyles sont les coureurs de roseaux par excellence, et il est bon de leur conserver ce titre dans la conversation et dans le roman de voyage. Ils marchent sur le tapis vert des conferves avec la même assurance que sur le sol, grâce aux longues raquettes dont leurs pieds sont chaussés. La membrane qui festonnait naguère encore les doigts du lobidactyle ne fait plus que les border d'un ourlet très-étroit.

La masse habite toujours le domaine des eaux et vit parmi les joncs, les roseaux, les glaïeuls; quelques espèces même ont conservé des habitudes de subnatation qui leur servent à se dérober aux poursuites de leurs ennemis. Mais beaucoup d'autres commencent à émigrer vers les prairies humides, vers les marais herbus, les aulnaies, les forêts noyées. La taille s'amincit de plus en plus, le col s'effile, le type de l'échassier se dessine plus nettement; la forme du pied s'améliore, une espèce a des mains.

Outre le caractère saillant et quasi-générique que j'ai déjà précédemment indiqué, un grand nombre d'espèces ont les épaules garnies de protubérances osseuses, et ces protubérances dégénèrent chez quelques-unes en armes offensives redoutables. Le double éperon du Kamichi peut être comparé, sans trop de désavantage, aux meilleurs poignards de merci.

Tous les coureurs de roseaux bâtissent leur nid sur le modèle de celui de la Foulque. Le mâle partage avec la femelle les charges de l'incubation. La tribu est féconde

374 ORiVITHOLOGTE PASSIONNELLE.

en modèles tle toutes les vertus domestiques, et fournit à l'art culinaire quelques sujets d'élite. Malheureusement la vertu s'arrête aux limites de l'onde et les espèces terriennes paraissent plus jalouses d'imiter les mœurs des coureurs de terre ferme que celles des coureurs de roseaux, récurrence douloureuse et qui donne à penser.

On va voir à ce propos que j'avais bien mes raisons pour insister plus haut sur la grandeur des obstacles que présentait la classification de l'ordre des Echassiers. J'ai déjà besoin, en effet, de m'accuser d'une lâcheté avant de terminer ce chapitre, et cette lâcheté assurément je ne l'aurais pas commise, si la difficulté de la situation ne m'eût forcé la main. Il s'agissait de la classification du genre Râle, genre important qui compte plus de quarante espèces et dont tous les auteurs ont fait une annexe du genre Poule d'eau. Or j'ai bien consenti à maintenir la contiguïté pour faire comme tout le monde et même comme la nature, qui semble avoir uni les deux genres par des nœuds de parenté insécables. Mais ma conscience d*analogiste n'en a pas moins protesté contre la concession, au nom de la supériorité du lien moral sur l'autre, me conseillant tout bas de distraire du groupe des Longidactyles tous les râles arvicoles qui portent le pouce relevé et ne se marient pas, pour les transporter bien loin de là, vers l'extrême versant de la série des Dactyligrades dans le voisinage des Glaréoles, des Courvites, et des Cariamas qui annoncent l'ordre des Coureurs. Et si je n'ai pas donné suite à ce projet hardi, je veux au moins qu'on sache que ce n'est pas tant la peur de froisser l'opinion publique sur la question du râle, que le manque de documents suffisants sur icelle, qui m'en a empêché.

J'ai signalé le revers de la médaille du groupe des Long'idactyles, qui est l'imperfection déplorable du système

DE LA GRALLIPÉDIE. 373

alaire, laquelle fait douloureusement expier au coureur de roseaux la supériorité de son système de locomotion pédestre. On connaît des espèces chez lesquelles l'excès du développement des doigts a complètement arrêté le développement des ailes.

Troisième groupe: Longitarsie, seize genres: Savacou, Baleniceps, Ombrette , Butor, Garde-boeuf, Héron, Cigogne, Marabout, Jabiru, Bec-ouvert, Tantale, Ibis, CouRLAN, EuRYNORHiNQUE, Spatule , Flammant. — Cent cinquante espèces environ, dont seize habitent la France.

Les Longitarses sont les vrais échassiers, les types populaires et classiques de l'ordre. La plupart ont été coulés dans le moule du grotesque, et quelques-uns aussi dans celui du hideux, chauves, goitreux, immondes. Ces derniers types se rencontrent plus particulièrement chez les espèces utiles qui partagent avec les vautours l'office de croque-morts et de dévorateurs d'infamies, et méritent à ce double titre le respect et la reconnaissance des humains. La pureté des mœurs est, du reste, universelle dans le 'groupe, en dépit de la grossièreté des appétits et de la vulgarité des traits; et l'amour conjugal, générateur de l'amour maternel, y trouve ses plus touchants emblèmes. Le peuple égyptien qui a rendu des honneurs divins à ITbis, le peuple hollandais et le peuple hindou qui ont placé la Cigogne domestique et l' Argali sous la protection spéciale de la loi, sont des peuples sages que j'honore à raison de ces actes. Et la justice de ces sages n'aura fait que devancer celle de l'avenir, qui réserve une gloire immense aux grallipèdes longitarses, destructeurs nés des serpents, des crapauds et de toutes les vermines qui infestent la terre.

Les eaux douces, les lacs, les savanes et les rives des fleuves sont les demeures de prédilection des espèces de

ce groupe comme de celles du groupe précédent. Elles vivent généralement de pêche, entrant dans l'eau jusqu'à mi-jambe pour guetter leur proie, et la saisissant au passage. Les moules les mieux doués sous le rapport de la puissance des mandibules cumulent les deux fonctions de pêcheur et de chasseur et s'attaquent, comme j'ai dit, aux reptiles de tout genre, le crocodile y compris. Beaucoup, à l'instar des Rapaces, témoignent d'une préférence marquée pour le mulot. Les espèces à bec mou, à robe rose, à tarses longissimes, comme la Spatule et le Flammant, se nourrissent d'annélides, de vers et de mollusques. Disons enfin , puisque l'historien doit tout dire , que l'illustre groupe a aussi ses genres anthropophages. Et ajoutons que si le choléra asiatique, originaire des bords heureux du Gange, a envahi depuis une trentaine d'années toutes les autres contrées du globe, la faute en est un peu à ces dernières espèces et notamment à l' Argali goitreux qui n'a pas apporté, tant s'en faut, dans l'accomplissement de ses fonctions de croque-mort, tout le zèle et tout l'appétit désirables. La même imputation de négligence pourrait être" adressée à ce propos au crocodile. Après cela, l'homme, qui se lasse si vite du pâté de perdrix et du pâté d'anguille, a-t-il bien le droit de trouver mauvais que le crocodile et la cigogne finissent par se dégoûter de cette chair d'homme qu'on leur sert depuis tant de siècles ?

On sait que l'horrible fléau qui fit sa première apparition en Europe en 1832 a pour foyer le Gange et pour causes les émanations pestilentielles des cadavres que la superstition locale charrie journellement aux eaux sacrées du fleuve. Aussi longtemps qu'il s'est trouvé sur les lieux assez de grands estomacs pour servir de tombe à ces restes, la contagion a pu se concentrer autour de son foyer; mais, du moment que la production du cadavre en a dépassé la

DE LA GRALLIPÉDIE. 377

consommation, l'irruption du mal au dehors est devenue inévitable, et c'est ainsi que la religion de Brahma a fait sentir sa puissance à tout le genre humain. Or, voulonsnous sérieusement supprimer le fléau, commençons hardiment par en supprimer la cause, forçons l'Hindou à inhumer ses morts ou mieux à les brûler. Le choléra et la peste à bubons sont les meilleurs arguments que je sache, en faveur de la crémation.

La série des Dactyligrades compte environ deux cent soixante espèces réparties entre trente genres et trois groupes.

Les deux premiers de ces groupes ont pris leur nom de la forme de leur bec. Fodiro^trie , dactyligrades à bec fouilleur; Crassirostrie , à bec épais et dur. Le troisième a été nommé de la Dromigrailie , dactyligrades ambigus entre l'ordre des échassiers et celui des coureurs.

Premier groupe : Fodirostrie, vingt genres : Ibido- RmNQUE, Courlis, Rynchée, Avocette, Echasse, HuItrier, Barge, Bécasse, Bécassine, Bécasseau, Maubèche, Sanderling, ORÉopmLE, Combattant, Chevalier, Tournepierre, Vanneau, Pluvian, Pluvianelle, Pluvier. Deux cent trente espèces environ, dont quarante françaises.

Tous les fodi rostres ont pour bec une véritable sonde, grêle, longue, effilée et généralement droite, quelquefois recourbée et même retroussée. Ce caractère fort remarquable nous aurait fait le meilleur de tous les qualificatifs pour le groupe, si nous avions osé introduire dans notre nomenclature le substantif générique sondirostreSj car l'équivalent latin de notre mot français sonde se prêtait peu à la circonstance. Fistula^ specillum n'engendrent pas des mots de bonne société.

Tous les fodirostres sont fouilleurs de vase, à raison même de la forme et de la mollesse de leur bec. Ils se

378 ORNITHOLOGIE PASSIONNELLF,.

nourrissent principalement des vers et des mollusques qui vivent dans le sein des terres détrempées, et qu'ils savent parfaitement trouver au fond de leurs refuges à l'aide de leurs longues palpes que la nature a douées d'une grande sensibilité tactile.

Par le fait de leur aptitude toute spéciale au métier de sondeuses, la plupart des espèces du groupe sont portées à préférer à tout autre habitat les plages de l'Océan que le flot tient humides et couvre deux fois par jour de reliefs succulents. Telles espèces haut montées et dont les pieds sont encore munis de rames entrent dans l'eau jusqu'à mi-jambe pour avoir la primeur des mollusques les plus tendres; telles autres attendent le retrait du flot pour se mettre en quête de pâture. Celles-ci pétrissent avec acharnement l'ourlet limoneux de la plage. Celles-là, plus délicates, n'estiment que les produits des grèves sablonneuses. Quelques espèces aventureuses s'engagent dans les terres, à la recherche des marais ou à la suite des grandes inon- * dations. D'autres, mais en moindre nombre, vivent solitaires et recluses sous l'abri de la forêt.

Vous pouvez suivre à travers la filiation d'habitats qui précède la progression du raffinement de la chair des espèces. Au plus bas degré de l'échelle gastrosophique du groupe figure la Pie de mer, qui se nourrit exclusivement de mollusques maritimes ; au plus haut, la Bécasse amie des grands bois sombres et picoreuse de vers.

C'est aussi parmi ces espèces, acoquinées de naissance aux plages océaniques perpétuellement changeantes, que vous rencontrerez ces natures inquiètes et mobiles qui ne peuvent durer une minute en place, ces forcenées voyageuses dont les tourbillons populeux tiennent noirs des pans de ciel, et qui trouvent leur plaisir à piquer dans le vent. Or, vous savez l'ensend^le des conditions physiques

DF LA l'.RALIIPÉDIF, 379

que réclame l'état de passeur éternel : ailes pointues et longues, corps léger, pieds légers, provision d'embonpoint pour en cas do misère, voix perçante pour se retrouver et s'entendre à travers la brume et le bruit. Un nombre respectable d'espèces satisfont pleinement aux diverses exigences du programme. On trouve des bécassines et des guignettes grasses presque en toute saison. Fiezvous plus néanmoins aux becs droits qu'aux becs courbes, et, parmi les becs droits, choissez les plus mous, les plus inoflensifs.

Par opposition aux manières des espèces de la série précédente, graves, compassées, majestueuses et habituées à déployer dans leurs allures une lenteur solennelle, toutes les espèces de la série des Dactyligrades font montre de dispositions remarquables pour la course. Apeine trouverait-on à excepter de la règle générale une dizaine de moules anormaux, excentriques, hostiles au progrès, comme l'Avocette et l'Echasse qui s'obstinent à porter des costumes de rémipédie et de longitarsie depuis longtemps passés de mode, à l'instar de ce qui se voit fréquemment parmi nous.

De cette diversité des habitudes corporelles résulte cette autre différence entre les deux séries : Que si celle des Pollicigrades est la plus féconde en types du grotesque et du dégingandé, celle des Dactyligrades est la plus riche en types d'élégance et de grâce.

Mais les grâces de l'extérieur ne sont pas toujours des garanties de la pureté des mœurs ; l'histoire des dactyligrades fodirostres le prouve aussi pertinemment, hélas! que tant d'autres que je pourrais citer. C'est, de tout l'ordre, en effet, le groupe qui compte le plus grand nombre d'épouses et de mères délaissées, d'amants batailleurs et jaloux, et complètement étrangers aux joies de

380 ORNITHOLOGIE PASSIONNKLLF.

la famille. Toutes les espèces nichent à terre. Pas une n'est herbivore.

Deuxième groupe : Crassirostrie ; huit genres : Gla-

RÉOLE, COURVITE, DrÔME , EdICNÈME , ArDÉOTIDE , GrUE,

Baléarique, Agami. ( Ralligralle? ) Quarante - deux espèces; cinq françaises.

La tendance à se rapprocher de l'ordre des coureurs se dessine ici nettement. Déjà les dernières espèces du groupe précédent, les vanneaux, les pluviers avaient en partie déserté les marais pour les terres humides, pour les champs fraîchement labourés. Les espèces du groupe nouveau abandonnent franchement les terres molles pour les sèches. Quelques-unes, comme la glaréole, dédaignent même de chercher leur nourriture sur le sol , et préfèrent voler les insectes ailés à la façon de l'hirondelle. Le bec en prenant de la consistance change peu à peu de forme ; il se rétrécit et se voûte sur le modèle de celui de la perdrix.

On quitte la raquette et la botte de marais pour chausser l'espadrille, résistante et légère. Les échassiers ne se distinguent plus alors de leurs voisins que par la nudité des jambes et la gracilité des tarses; ce qui est cause que la plupart des classificateurs, et parmi eux l'auteur du Monde des Oiseaux , ont buté en ce pas difficile et commis bon nombre d'attributions fautives, rangeant le courvite, l'édicnème et même le pluvier dans l'ordre des coureurs, côte à côte des outardes, sous prétexte de parenté de costume, de conformation des pieds et de façon de vivre. L'erreur est excusable certainement, mais elle n'en est pas moins grave ; car entre échassier et coureur, si pareils qu'ils soient de figure, restent toujours les caractères séparatifs de la jambe et de l'estomac, sans compter une foule d'autres. On sait que le mollet arrondi , le tarse

DE LA GRALLlPÉpiE. 381

plein , l'estomac musculeux sont privilèges exclusifs du coureur, comme la faculté de poudroyer.

Maintenant rappelons les principes et la loi d'équilibre. Puisque d'après cette loi la puissance du vol est en raison inverse de la rapidité de la marche et réciproquement, il fallait bien que l'acuité des ailes décrût dans le groupe à mesure que s'accroissait la perfection du système de locomotion pédestre. Puisque l'ordre des grallipèdes devait aboutir à celui des dromipèdes, il fallait bien que le moule de l'oiseau transitât sans saut brusque du type Hirondinien, représenté par la glaréole, au type du coureur. Et ce qui devait se faire s'est fait, comme toujours.

Alors, l'aile suraiguë de la glaréole s'est émoussée chez l'édicnème, obtusée chez la grue, surobtusée chez l'agami. Après quoi la nature, désireuse d'aller jusqu'au bout et de parfaire la série, a dû nécessairement créer les moules de la grallipédie brévipenne et ceux de la grallipédie impenne. Or, les moules de la grallipédie brévipenne seraient, selon moi, les grands râles de terre à pouce relevé, à manteau isabelle et à mœurs polygames, que tous les auteurs ont fait marcher jusqu'ici à la suite des poules d'eau. Le moule de l'impenne serait l'oiseau de la Nouvelle-Zélande que les savants appellent le galliralle ou l'ocydrome, un échassier coureur, proche parent de l'aptérix, et très-propre à servir de nœud de transition entre le second et le troisième de nos groupes.

Et voilà pourquoi j'ai demandé plus haut, avec tant d'insistance, qu'on retirât ces râles du groupe des Longidactyles pour les loger à la place où nous sommes. Peutêtre me demandera-t-on pourquoi je n'ai pas moi-même opéré le triage et classé mes espèces suivant njon bon plaisir? Je réponds humblement que le métier de classificateur demande beaucoup de bêtes et de longues études

382 ORNITHOJ-OGIE PASSlOiNNELLE.

sur chacune , partant de longs voyages et de grosses dépenses, et que le sort cruel n'accorde pas à tout le monde ces moyens d'instruction. Que n'étant pas suffisamment renseigné par moi-même ou par la science d'autrui sur le compte de ces râles d'Amérique et d'ailleurs, qui portent des robes de soie et vivent de souris, je n'ai pas osé prendre sur moi de trancher à leur égard la question de classement. Il est possible toutefois que cette question s'éclaire au contact de la discussion qui va suivre.

Troisième groupe : Dromigrallie ; deux genres : Ga- RiAMA, Serpentaire, deux espèces.

Dromigrallie, comme j'ai dit Rémigrallie, pour annoncer clairement la nature de ce groupe ambigu de l'échassier ou coureur. Le dromigralle ferme l'ordre qu'ouvre le rémigralle, et la dénomination du premier groupe a naturellement entraîné celle de l'autre; mais on ne constitue pas un groupe pour deux espèces par simple besoin de symétrie. De plus puissantes raisons m'ont déterminé à cette coupe.

J'ai fait un groupe pour le Cariama et pour le Serpentaire, comme j'en avais fait un pour la Foulque et le Phalarope, parce que le cariama et le serpentaire sont deux espèces d'une haute importance, marquées au coin de l'anormal et de l'excentrique, et auxquelles la nature assignait pour ces causes le poste de l'ambigu. Que le lecteur veuille bien se remémorer à ce propos ce que j'ai dit ailleurs de l'attribut d'utilité suprême qui caractérise dans tous les règnes les moules de l'ambigu, anguille, furet, guépard, etc., etc.

Le Serpentaire du Cap est un des plus précieux dons que Dieu ait faits à l'homme ; c'est l'auxiliaire qu'il lui a envoyé d'en haut pour l'aider à extirper de son domaine le reptile venimeux. Le reptile venimeux est le moule le

DK J.A (IRALLII'ÉDIE. 383

plus odieux de la création dernière; il symbolise à ce titre la plus vile des passions humaines, l'Envie, la sombre Envie à l'œil timide et lo7icJie..., ce besoin de tout haïr qui vous nait au plus bas de l'àme, de la conscience de votre laideur ou de votre incapacité. . ., et qui vous force de mordre tout ce qui est noble et beau, de baver sur tout ce qui brille ; un abcès purulent du cœur qui crève en chantages infects, en calomnies mortelles, comme une poche à venin.

Le serpentaire, docile aux commandements de Dieu , s'est empressé de mettre au service de Fhomme son courage et ses facultés. Il Ta reconnu spontanément pour son maître et lui a fait abandon de sa liberté, ne réclamant pour prix de ses services qu'une simple garantie de logement et de nourriture ; et le zèle ardent qu'il apporte dans l'accomplissement de ses fonctions pénibles témoigne qu'il n'a pas de regret au marché.

La science a dignement apprécié les bons offices et la bonne volonté du serpentaire du Gap, mais elle a méconnu en lui les attributs caractéristiques de l'ambigu, et cette méconnaissance n'a pas peu contribué à la conduire aux erreurs déplorables qu'elle a commises à l'endroit de la classification du moule.

Je sais une vingtaine de classifications ornithologiques plus ou moins défectueuses. Il n'en existe pas deux peutêtre où le serpentaire occupe la même place et réponde aux mêmes voisins. Je crois que Latham a oublié de parler de lui, ne sachant où le mettre. Il siège en tête des Rapaces, au Muséum d'Histoire naturelle de Paris, où on l'a représente accroupi sur ses tarses, singulière posture pour un oiseau de proie. 11 y a vingt raisons pour le retirer de ce poste, mais pas une pour l'y garder.

La première de ces raisons est que le serpentaire n'ap-

SSi ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

partient pas à l'ordre des rapaces, puisqu'il n'a pas la main prenante, et cette première raison pourrait me dispenser des autres ; mais je veux bien admettre qu'elle ne soit pas tout à fait péremptoire et je poursuis. Le serpentaire n'est pas plus rapace par les jambes, par les ailes, par le corps, qu'il ne l'est par le pied ; et sa conformation intérieure diffère autant de celle du rapace fin voilier que sa conformation extérieure. Il n'a ni l'estomac à poche, ni les immondes appétits du vautour, auquel on veut l'apparenter de force, et son sternum, presque désemparé de bréchet, le rapproche du coureur. C'est que le serpentaire , en effet , est beaucoup mieux taillé pour arpenter les plaines que pour planer dans le sein de la nue. Tout à l'heure nous dirons pourquoi.

Reste donc l'argument tiré de la conformité du bec, le seul argument qui motive, ou plutôt qui excuse le classement du serpentaire dans l'ordre des rapaces. Mais j'ai déjà démontré en son temps l'insuffisance de la forme du bec comme caractère générique et séparatif des ordres , et si cette insuffisance avait besoin d'une démonstration nouvelle, elle la trouverait sans peine dans l'espèce. Car il est clair que si la science tenait absolument à apparenter le serpentaire par la forme du bec avec un moule quelconque, elle n'avait pas besoin de sortir de l'ordre des échassiers pour trouver à qui l'assortir. Et ce moule, qui aurait fait son affaire beaucoup mieux que le vautour, était l'illustre oiseau célébré par Buffon , le Kamichi , dont la grande voix domine les concerts discordants des échassiers criards et des reptiles croassants, le kamichi au long col et au bec crochu, comme le serpentaire, le kamichi tueur de serpents , comme le serpentaire, et qui , pour cette fin , porte, comme le serpentaire , des éperons aux ailes.... Je défie qu'on me trouve dans tout l'ordre des rapaces une

ItH LA GHAI.lJl'ÉliIK. -'iS.""»

espèce plus voisine du serpentaire par la taille, la loiuie et les mœurs, que le kamiclii, son cousin.

Mais il est ailleurs des espèces encore plus proches parentes du Serpentaire que le roi de la savane américaine , et ces espèces s'appellent le Cariama d'une part, et l'Outarde de l'autre.

En effet, si le Serpentaire, moule élégant, coquet et d'aspect gracieux , n'a rien du vautour croque-mort ni dans la tenue, ni dans les traits, il lui serait plus difficile de nier les liens de consanguinité qui sont entre lui et les grands coureurs, comme l'Outarde du Cap, sa voisine. C'est d'abord, chez les deux espèces, même port, même taille, même couleur pour la robe, même nature d'étoffe, coton gris jaunâtre à longue soie; puis l'anguivore a comme l'herbivore le tour des yeux nu et la paupière garnie de cils, caractère de contiguïté d'autant plus remarquable, qu'il est, je crois, exclusif aux rares habitants des parages où nous sommes. Disons encore que le sternum, cette pièce capitale de la charpente osseuse des oiseaux, semble chez tous deux taillé sur le même patron ; et enfin que le Serpentaire, similitude bizarre,

se bat du pied comme l'autruche ; que le Serpentaire

ne se sert de son bec de rapace en ses grandes batailles que pour achever sa proie, et qu'il commence par briser le reptile du pied et par l'étourdir avec l'aile.

Mais, à ce compte, objectera le critique mal disposé à l'égard de la méthode nouvelle, et qui serait heureux do me trouver en faute; à ce compte, votre serpentaire est un gallmacé\éniah\e, et je ne vois pas qui vous empêche de le ranger dans l'ordre de ce nom.

A quoi je réponds avec calme que je ne m'oppose pas à ce que le serpentaire prenne rang parmi les gallinacés que je ne connais pas, mais qu'il m'est absolument im-

possible de l'admettre parmi 7nes dromipèdes , attendu que tous mes dromipèdes sont essentiellement granivores et le Serpentaire pas....; qu'ils ont le gésier musculeux de

même que la jambe, et le Serpentaire pas ; qu'ils

nichent par terre et pondent beaucoup d'œufs, et grattent le sol de leurs ongles, et le Serpentaire pas ; et pour mille autres raisons encore qu'il serait trop long de déduire...; d'où je suis forcé de conclure que le Serpentaire du Gap ne peut guère porter d'autre nom que celui d'écliassiercoureur, disons de dromigrallc , et que sa place est bien celle que je lui donne.

Je termine cet exposé des motifs par une considération importante qui me semble justifier, plus scientifiquement qu'aucune autre, la création et la composition du groupe des dromigralles.

C'est que la mission d'exterminateur spécial des reptiles venimeux ne peut être remplie que par un échassier, haut monté et armé en guerre.

En effet, le reptile venimeux, qui fait ses coups à la sourdine, ne quitte presque jamais le couvert du buisson et des herbes, où il dort immobile et lové pendant des heures entières à la place qu'il a choisie, et la couleur sinistre de sa robe, qui se marie toujours avec celle du sol, empêche complètement qu'on ne l'aperçoive à distance. Pour ces causes, il ne peut être découvert et atteint que par un ennemi qui le cherche et ne cherche que lui ; par un ennemi taillé pour arpenter la plaine d'un pas silencieux et rapide, et assez haut monté pour que son regard puisse dominer l'espace et fouiller en passant tous les dédales sombres, tous les fourrés suspects. A quoi alors pourraient servir, je le demande, en cette guerre de recherches, de coups de main, de surprises, les longues ailes du rapace et ses ongles rétractiles? A gêner sa

DE LA (;i!ALLII'i;f)IE. 387

marche, et c'est tout; à protéger la fuite du reptile. II est clair que Taigle au cou court, aux pieds courts, aux ailes traînantes , et qui ne peut que sautiller et se traîner à terre, n'a pas été créé pour vaincre le serpent à la course. La preuve, c'est que l'antiquité, qui le connaissait bien, ne lui a pas érigé d'autels à titre de mangeur de serpents, ainsi qu'elle a l'ait pour l'Ibis, Or, le Serpentaire du Cap l'emporte sur l'Ibis comme tueur de serpents, autant que l'ibis, le héron et la cigogne l'emportent à ce titre sur tous les rapaces du monde ; car il est armé en guerre trois fois plus richement qu'eux tous, et c'est de tous les oiseaux peut-être le plus ralliable à l'homme, à titre d'auxiliaire.

Ainsi, et par cela seul que le Serpentaire a reçu d'en haut la mission d'exterminer les reptiles venimeux, il est impossible qu'il appartienne à l'ordre des rapaces. Mais si sa place n'est pas par là , pas mieux qu'auprès du kamichi;, il faut bien que nous nous décidions à le porter ailleurs. Profitons de la circonstance pour le ramener au poste où la nature elle-même a voulu qu'il se tint : au poste le plus avancé de l'ordre des grallipèdes, entre le Cariama et l'Outarde .

La lectrice sagace a deviné déjà, et sans de grands efforts d'imagination, l'analogie du Serpentaire. Puisque le reptile venimeux est l'emblème de la perfidie et de la calomnie, il est clair que le noble oiseau ne peut symboliser qu'un type glorieux : l'amant passionné de la vérité et de la justice, le réformateur courageux qui vise à l'extinction du tartuffe et du sycophante, l'homme fort qui écrase du talon la tête de Vinfàme. Aussi le Serpentaire porte-t-il la couronne, attribut de l'autorité royale, en signe de sa mission auguste et du rôle suprême que joue la vérité dans les institutions d'Harmonie. Seulement, il est à remarquer que les plumes qui forment aujourd'hui

388 ORXITHOLOt.lF. PASSIONNELLE.

cette couronne sont comme détournées de leur direction naturelle et rejelées vers l'arrière, en façon de toupet ou de huppe fuyante. Il fallait qu'il en fût temporairement ainsi pour donner à entendre que la pratique de la vérité et l'extrême franchise exposent l'homme droit à de nombreux déboires dans les sociétés subversives où régnent l'oppression, la fourbe, la fausse morale et le commerce mensonger. Mais à mesure que la Vérité-reine sortira plus victorieuse de sa lutte avec l'imposture, à mesure que décroîtra le chiffre des engeances venimeuses, sycophantes et reptiles, le monde savant sera témoin d'un phénomène étrange. On verra la couronne du Serpentaire, autrefois tristement inclinée vers l'arrière, remonter progressivement vers le sommet de la tête et linir par s'y épanouir en un disque radieux.

La question du Serpentaire du Cap, que nous venons de traiter sous toutes ses faces, nous mène en pente douce à celle du Cariama du Brésil, qu'on déclare aussi insoluble. Le Cariama est le Serpentaire de l'Amérique : on ne trouve enlre les deux espèces que la différence naturelle qui est entre toutes les espèces semblables de l'ancien et du nouveau monde. Le Cariama est au Serpentaire ce que le Lion de sa patrie, le Couguar, est au Lion de la patrie de l'autre. Le Cariama, si vous voulez, sera le Serpentaire jeune âge, le Serpentaire sera le Cariama adulte. C'est la même taille à peu près, la même démarche, la même manière de vivre, les mêmes appétits anguivores; c'est surtout la même robe, faite des mêmes plumes jaunâtres, longues et cotonneuses, à tiges faibles, à barbes lâches coijime celles des outardes. Le tour des yeux est nu aussi, la paupière garnie de cils. Je ne sais rien des procédés d'agression du Cariama, à l'égard du reptile; mais j 'affirme hardiment, et sans crainte de me tromper, qu'il

TtE J,A (.EALLII'ÉDIK. 389

frappe du pied comme le Serpentaire et le Casoar. Seulement la jambe est moins couverte chez le reptilivore d'Amérique que chez celui d'Afrique, qui porte de vraies culottes descendant jusqu'au tarse; le bec est moins crochu aussi, il n'est que simplement voûté, et c'est à raison de ces deux dernières circonstances que j'ai placé le Cariama dans le groupe avant le Serpentaire, de façon à ce qu'il pût donner la main à l'Agami, qui siège au dernier échelon du groupe des durirostres. Je suis heureux de pouvoir m'appuyer ici de l'autorité des maîtres les plus célèbres, et notamment de celle de l'illustre professeur Isidore (leoffroy-Saint-IIilaire, qui ont depuis longtemps constaté la proche parenté de formes, de mœurs et d'aptitudes qui est entre l'Agami et le Cariama. Une de ces aptitudes remarquables, ou plutôt de ces tendances harmoniques communes aux deux espèces est celle qui les porte à se rallier à l'homme, à titre d'auxiliaires. On sait que l'Agami, l'oiseau-trompetle de la Guyane, s'est ofiert maintes fois au colon de la Guyane, pour le servir en qualité de conducteur de troupeau ou de surveillant de bassecour, et que les mêmes offres ont été faites là encore et ailleurs par le Serpentaire et par le Kamichi , ces deux moules supérieurs qui se tiennent de loin par l'armature redoutable des ailes et la forme aquiline du bec. Or, soyons sûrs d'avance que le Cariama, qui touche à chacun d'eux par tant de bons côtés, n'a pas moins de propension à traiter avec nous. Belle conquête à tenter pour de nobles esprits ambitieux de grandes choses !

J'ai à dire maintenant que si l'opinion hardie que j'émettais naguère sur la question du râle avait chance d'être prise en considération par les maîtres en état de la traiter sérieusement, les Agassis , les Verreaux, les Schlegel, ce serait ici môme entre l'Agami et le Cariama

390 ORMIIIOLOGIE J'ASSIONNELLE.

que je voudrais fixer le point el'insertion de l'Ocydrome et de ses congénères de l'Australie et de l'Amérique du Sud. Pourquoi ici et non ailleurs? — Parce que je crois ces grands râles domesticables, bien que j'ignore complètement leurs mœurs — Parce que ces râles me semblent avoir été créés par la nature pour opérer la transition entre l'Agami et le Cariama, entre les durirostres et les droniigralles; 1 " par la forme de leur bec, qui passe par toutes les modifications harmoniques du bec de talève de l'agami au bec d'outarde du cariama; 2*^ par la couleur do leur robe, qui passe par toutes les nuances successives, de la robe noire à refiels verts de l'agami jusqu'à la robe Isabelle et soyeuse du cariama.

Mais le Serpentaire et le Cariama placés, notre tâche n'est pas finie encore. Reste à vider la fameuse question de l'Aptérix de la Nouvelle-Zélande , ce moule rudimentaire, excentrique, impossible, échappé du naufrage de l'avant-dernière création.

Presque tous les auteurs rangent l'Aptérix dans l'ordre des Struthionidés, dans le voisinage du Casoar et de l'Autruche, en compagnie de l'Epiornis de Madagascar et de quelques autres de ses contemporains de l'époque antédiluvienne. Je suis peu partisan de ces classifications posthumes. Presque tous les classificateurs confessent, du reste, avec naïveté que la classification de ce genre anormal semble présenter des difficultés invincibles.

C'est que rien n'est plus dilficile que de rapporter une espèce ou un genre quelconque à un ordre dont on a préalablement oublié de préciser les caractères séparatifs. L'embarras dont se plaignent les auteurs me parait provenir surtout de cet oubli.

Je ne suis pas mieux renseigné que les savants sur la question de l'Aptérix, puisque je ne sais guère que ce

DE LA (iHALLIl'IilHE. 391

qu'ils m'en ont appris ; néanmoins ma perplexité est moindre que la leur, parce que je m'appuie sur des principes fixes qui laissent peu de chances ;\ l'insolubilité. Mais commençons par lire le signalement du moule pour connaître ses tenants et ses aboutissants :

Tête petite, bec très-long, fait en forme de sonde ; cou de longueur moyenne rentré dans les épaules, dos voûté, ailes rudimentaires, portant en place de pennes un ongle recourbé; queue absente; jambes vigoureuses dénudées parle bas et taillées sur le modèle de celles de l'autruche ; tarses hauts, ronds et pleins, non percés de trous à air, et portant sur des doigts d'une épaisseur énorme ; ces doigts au nombre de quatre, le pouce court, relevé et ne touchant pas le sol. Robe de tout point semblable à celle de l'Emeu, faisant à première vue l'effet d'une fourrure de rat d'eau. Taille du faisan commun.

Observations. — L'Aptérix est un oiseau de nuit, qui vit au fond des bois comme chez nous la bécasse; se servant de sa sonde, à l'instar de celle-ci, pour fouiller la terre humide et en retirer les lombrics dont il fait sa pâture exclusive. Il s'aide en cette opération du concours de ses pieds robustes, dont il bat fortement le sol pour faire sortir les vers. En sa qualité d'oiseau de nuit, il se dispense de bâtir un nid et pond dans un trou sous un arbre. Sa ponte se borne à un œuf d'une grosseur prodigieuse.

Je ne garantis pas que ces renseignements soient complets et que d'autres n'en possèdent pas de plus amples ; mais tels qu'ils sont, je dis qu'ils suffisent pour déterminer l'ordre auquel l'Aplérix appartient, et pour le loger à sa place; et je tranche la question en quatre lignes, en mode positif et en mode négatif :

L'Aptérix, sondeur, fouilleur et exclusivement verrnivore, comme la bécasse; l'Aptérix qui piétine le sol pour

en faire sortir sa pâture à l'instar du pluvier, du vanneau et des autres ; l'Aptérix qui a l'aile armée et le bas de la jambe nu ; TAptérix qui a le bec droit, grêle et mou, l'estomac membraneux, l'Aptérix appartient à l'ordre des échassiers.

L'Aptérix, qui n'est pas essentiellement granivore, et qui n'a pas le gésier musculeux ; l'Aptérix, qui n'a pas le bec voûté et qui ne poudroie pas ; l'Aptérix, qui ne pond qu'un œuf, n'a jamais appartenu à l'ordre des dromipèdes, dont l'autruche et le casoar font partie, à titre de coureurs granivores, et c'est à tort qu'on l'y a fait entrer.

La place naturelle de l'Aptérix, si tant est qu'un moule d'une époque antérieure ait droit de réclamer sa place dans un monde nouveau, est un poste de sentinelle perdue, sis bien loin au delà de celui qu'occupe le Serpentaire, lequel n'a de commun avec l'intrus que le titre ' d'échassier, l'estomac membraneux et la force du pied, plus l'habitude de s'en servir pour se procurer sa proie, etc.

L'existence du genre Aptérix, qui compte aujourd'hui trois espèces, toutes de la Nouvelle-Zélande, n'a été révélée au monde civilisé que vers l'an ISl^. Il est plus que probable que ce siècle en verra la lin.

Et maintenant que nous en avons fini avec toutes les difficultés qui hérissaient la classification de l'ordre redoutable, donnons-nous la satisfaction innocente de faire déliter sous nos yeux les bataillons de l'ennemi vaincu.

TABLEAU m l'ohdkl:.

SÉRIES. GKOL'PES.

/ Réini"rallie.

Longidactylie.

Pollicigradie.

Lontfilarsie.

GnALI IPÉDIE.

Molliroslrie.

Dactyligiadie.

Total dcb L't'iires : -Ji:

Duriroslrie.

Uiomiyiallie.

des espèces : 52o.

IH

Plialarope, Foulque,

Porphyrion,

Poule d'eau,

Tribonix,

Hàle,

Jacana,

Kainiclii,

Savacou,

Baleniceps,

Ombrelle,

Butor,

Giu'debœuf,

Héron,

Cigogne,

Marabout,

.labiru.

Bec ouvert,

Tantale,

Géronte,

Ibis,

Eurynorhynque, 1

Spalule,

Flammant,

Ibidorliynque,

Courlis,

Rynchée,

Avocelle,

Ecliassc,

Huit rie r,

Barge,

Bécasse,

Bécassine,

Bécasseau,

Sanderling,

Oréopbile,

Combatlanl,

Chevalier,

Tournepierre^

Vanneau,

Pluvier,

Pluvianelle,

Pluvian,

Glaréole,

Courvite,

Dronie,

Edicnème,

Ardéolide,

Grue,

Agami,

Cariama, Serpentaire.

394 ORxMTllOLOGlE l'ASSIONNELLE.

Page 1