LE MONDE DES OISEAUX
fleurs, est un sujet d'étude fécond en rapprochements peu agréables pour l'homme. L'histoire des oiseaux prouve, en effet, que toute grande pensée vient du cœur... et que le cœur tient plus de place chez la femme que chez l'homme... et que, si la femme est moins forte que celuici en géométrie et en thème, elle lui est supérieure dans toutes les fonctions où les affectives sont en jeu, comme l'amour et la danse, le drame et l'opéra.
L'histoire des oiseaux a confirmé pour moi une grande vérité que tous les enfants heureux ont pu entrevoir dans leur bas âge, à travers les baisers et les adorations de leur mère, à savoir que de tous les amours, le plus sublime et le plus éthéré est l'amour maternel. Ce n'est pas la faute de l'homme, soyons juste envers lui, si Dieu n'a pas voulu lui graver ce sentiment dans le cœur ; mais il est de fait que sa conformation et sa nature s'opposent à ce que ce sentiment germe et se développe en lui. La mère aime son enfant, l'homme n'aime que l'enfant (ïtaie autre. C'est Abraham qui consentit à faire griller son fils, pour être agréable à son Dieu, et qui ne rougit pas de s'en vanter plus tard, comme d'un acte méritoire. Jamais un Dieu humain n'aurait osé demander à une mère un pareil sacrifice. Je fais observer à ce propos que les dieux de la Grèce étaient plus femmes que celui de la Judée, puisqu'ils infligèrent un supplice épouvantable à Tantale, qui n'avait pas commis d'autre crime que celui d'Abraham, à cette différence près qu'il avait mis son fils à l'étuvée au lieu de le rôtir.
Je ne veux pas renier les dieux de ma jeunesse; donc je ne reculerais pas, au besoin, devant l'apologie de l'amour que symbolise l'ellipse aux foyers convergents; mais la ferveur de mon antique zèle ne saurait m'empècher de voir que dans cet amour elliptique, le plus sen-
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suel et le plus égoïste de tous, on s'aime chacun pour soi. Or, comme il y a plus de bonheur encore que de mérite à étreheureux, je consens à envier le bonheur des amants, mais je ne peux pas admettre qu'on leur décerne pour ce l'ait un prix de mérite quelconque. Non, l'idéal de la tendresse ne réside pas dans l'amour elliptique. Le beau idéal de la tendresse est d'aimer pour eux ceux qu'on aime et de s'attacher aux gens en proportion des maux qu'ils vous ont fait souffrir. Et je ne connais en ce monde que les mères pour aimer de la sorte, pour idolâtrer leur progéniture en raison directe de la laideur et des imperfections d'icelle, et pour s'attaclier de préférence à celui de leurs petits dont l'éducation leur a coûté le plus d'angoisses, de pleurs et d'insomnies.
J'ai vu de jeunes mères, âgées de vingt ans au plus, et parées pour le bal, renoncer à leur toilette et aux espérances les plus légitimes de succès, et dépouiller en pleurant leur armure de bataille pour obéir aux caprices féroces de marmots sans pitié qui s'étaient habitués à ne pouvoir dormir que leur mère ne fut là et leur main dans sa main. Et des larmes d'admiration me sont venues aux yeux au spectacle de cette résignation, devant un si cruel martyre. Trouvez-moi d'autres amours pour se faire obéir ainsi.
Trouvez-moi, dans toutes vos histoires, une illusion plus naïve, plus sublime que celle de cette pauvre mère à qui un instituteur désolé écrit pour l'engager à retirer son fils de pension, attendu qu'on ne peut rien lui apprendre, et qui trouve dans cette confidence la preuve sans réplique que son enfant sait tout. Je ne pardonne pas à l'histoire d'avoir oublié d'enregistrer dans ses annales le nom de la digne femme, plus digne certainement de passer à la postérité que celui de Cornélie mère des Gracques.
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La tendresse de ces mères est capable de tout. On s'est beaucoup moqué, dans le monde, de l'admiration enthousiaste du hibou pour ses petits ; c'est à tort. Le hibou est de bonne foi, quand il dépeint à l'aigle, son ami de fraîche date, la beauté sans seconde de sa progéniture. Toutes les vraies mères et tous les oiseaux en sont là. Trop heureux le hibou, emblème de l'imposture religieuse et de l'obscurantisme, s'il n'avait sur la conscience d'autre crime que l'exagération de la tendresse maternelle !
Ce doit être une grande jouissance que celle de l'amour maternel, puisque les dieux furent jaloux jusqu'à la folie furieuse du bonheur de Niobé !
La nature, qui ne crée rien sans motif, a symbolisé le charme tout-puissant de cette affection sainte par le parfum suave et pénétrant qu'elle a donné à la jonquille, emblème de la tendresse maternelle. Beaucoup de jeunes mères, qui préféraient l'odeur de cette fleur adorable à celle de l'œillet et même à celle de la rose, sans savoir pourquoi, me sauront quelque gré peut-être de leur avoir expliqué la raison de leur prédilection instinctive.
L'enfant qui tient encore de sa mère la grâce, la naïveté, la douceur et la voix argentine, inspire aussi à l'oiseau, comme au chien, de vives sympathies. L'amour des oiseaux, en revanche, est la première passion sérieuse de l'enfance. Elle lui vient à l'heure où le besoin de l'éducation de l'âme ou de l'instruction se fait sentir. C'est la première fenêtre qui s'ouvre dans l'entendement de l'homme sur le monde extérieur. Les larmes que l'enfant verse sur la mort du moineau chéri sont pour lui le premier enseignement de la loi de solidarité qui relie tous les êtres.
On accuse les enfants de dépenser trop d'oiseaux. C'est la faute de l'éducation qu'on leur donne, bien plutôt que l'indice de leur méchant naturel. Si les instituteurs de
l'enfant, au lieu de travailler à abrutir sa jeune intelligence par des exercices mnémotechniques insipides et rebutants, s'ingéniaient à lui enseigner tout d'abord les arts qui parlent à son cœur, comme l'équitation, le jardinage, l'art d'élever les lapins et les petits oiseaux, on ne tarderait pas à voir sortir de nos écoles une foule d'écuyers valeureux, de savants naturalistes et d'éleveurs experts, dont l'émulation produirait de magnifiques résultats. De telles pépinières fourniraient à en revendre des Bakewels, des Franconis et des Cuviers de douze ans, qui s'attacheraient à la science en raison du succèsde leurs efforts; et alors les pauvres bètes, objets de leurs affections, ne seraient plus, comme aujourd'hui, les victimes nées de leur ignorance et de leur gaucherie. Si l'enfant de nos écoles parait être sans pitié pour les petits oiseaux, dont il déniche les nids avec une indifférence barbare, c'est qu'il ne sait pas toutes les peines que leur éducation coûte, de même qu'il prend plaisir à casser les barreaux de chaise, parce qu'il n'en a jamais tourné, et à briser les tiges de fleurs, parce qu'il n'en a jamais planté. Faites de lui un éleveur, un tourneur, un jardinier, vous en ferez en même temps un conservateur exagéré des oiseaux, des bâtons de chaise et des fleurs. Les enfants du phalanstère , qui exercent dès l'âge de sept à huit ans une demi-douzaine de professions honorables, poussent jusqu'au fanatisme l'esprit de conservation, et attachent un certain point d'honneur à faire durer leurs culottes des espaces de temps infinis.
Je ne sache pas de spectacle plus émouvant, plus intéressant pour Tenfant, que celui de l'éducation d'une nichée de chardonnerets, de pinsons, de mésanges. Le souvenir du premier nid d'oiseaux que j'aie trouvé tout seul est resté plus profondément gravé dans ma mémoire que celui du premier prix de version que j'ai remporté au collège.
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C'était un joli nid de verdière (bruant de haie) avec quatre œufs gris-rose historiés de lignes rouges comme une carie de géographie emblématique, .le fus frappé sur place d'une commotion de plaisir indicible qui fixa pendant plus d'une heure mon regard et mes jambes. C'était ma vocation que le hasard m'indiquait ce jour-là.
Je sais des gens qui courent après l'or pour acheter des plaisirs, des vins vieux, des femmes jeunes ; je sais des épiciers qui se damnent à vendre de fausses denrées à faux poids, pour avoir sur leur fin une voiture insolente qui jette de la boue aux piétons ; je connais des imbéciles qui économisent dans leur jeunesse pour avoir une superbe fortune à manger quand ils n'auront plus de dents. Je remercie le ciel d'avoir détourné de mon âme ces ambitions vulgaires. Si j'ai désiré quelquefois les faveurs de • Plutus, comme on dit en rhétorique, c'était uniquement pour être maître d'aller chercher des nids dans tous les bois du monde. A l'heure qu'il est, je n'envie encore qu'une gloire, celle des Levaillant, des Audubon et des Adulphe Delegorgue. Au temps où je me faisais de Dieu la plus folle des idées, m'imaginant que l'ordonnateur suprême des mondes était toujours disposé à troubler l'ordre immuable des choses pour faire plaisir au premier venu qui lui adressait sa prière, je ne lui demandais qu'une seule grâce, celle de me laisser donner en mourant mon nom à un oiseau.
Mais Dieu propose, hélas, et le père dispose. Dieu vous avait mis au cœur l'amour désordonné des oiseaux et du vagabondage ; Dieu vous avait donné le don merveilleux de percer de l'œil la feuillée la plus obscure pour y découvrir des nids de merles; il avait joint à celte faveur, qu'il n'accorde pas à tous, un besoin prodigieux de mouvement, une inquiétude perpétuelle dans les jambes... Yo-
Ire père a fait de vous un géomètre ou un receveur des domaines.
Cependant cette passion immodérée des forêts et des eaux, cette faculté divinatoire supérieure qu'exige l'art de trouver les nids, étaient bien pour vous les révélations d'une destinée brillante. Cette ardeur de vagabondage, cette propension décidée à la vie de bohème et à l'étude des choses de la nature, indiquaient que vous étiez né voyageur, cosmopolite, naturaliste, pionnier, chasseur; que votre place était à vous geler les orteils aux pics neigeux des Andes ou à vous vitrifier le regard à la brûlante réverbération des sables du désert, et non à croupir dans l'infect bourbier des grandes villes , à l'attache d'un bureau. Mais la société marâtre sous les lois de laquelle vous vivez, et qui ne tient pas note de ces révélations mystérieuses, n'a pas jugé à propos de tirer parti de votre dévouement à la science et de cet amour chevaleresque du péril et de l'inconnu qui fait les héros de haut titre. Nonseulement la société a dédaigné de proiiter de vos aptitudes précieuses, mais quelquefois elle vous a imputé à crime les indices innocents de vos capacités. Dans votre besoin insatiable de mouvement, elle n'a vu qu'une menace pour la paresse d'autrui ; dans votre passion pour l'étude des vraies sciences, qu'un danger pour l'étude des fausses. En foi de quoi elle s'est insurgée contre la volonté de Dieu qui mesure les attractions aux destinées des êtres ; et elle a brisé sans pitié votre originalité gracieuse, sous prétexte d'assouplir votre nature rebelle. Hélas! les misérables éducateurs auxquels elle remet le soin de vous défaire ne réussissent que trop bien dans leur tâche de Procuste ; et pour constater le résultat, il suffit de se regarder dans une glace au sortir du collège. Mais il arrive alors qu'à la vue de l'état dans lequel cette éducation ci-
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vilisée vous a mis, la fureur vous emporte, et que, prenant en exécration cette société à rebours, vous lui rendez guerre pour guerre. Il arrive que vous renouvelez à neuf ans, contre Rome et contre toute espèce d'autorité , le serment d'Annibal, et plus tard que vous vous faites, suivant les circonstances et les localités, braconnier, contrebandier, feuilletoniste Et voilà comme les âmes se
gagnent au Satan des révolutions !
Et moi aussi, Anch'io, j'étais né pour parcourir le monde et pour lire un jour mon nom gravé au-dessous de celui de quelques oiseaux rares dans les galeries vitrées du Muséum d'bistoire naturelle ! J'étais né pour gagner le prix de la gazelle mélampyre ou celui du touraco blanc, et non pas des prix de thème ! Et que de fois, hélas ! j'ai maudit la tendresse inconsidérée de l'auteur de mes jours, du fond de mon obscurité et de ma gloire perdue !
Dois-je dire à ce propos que des savants charitables, émus de ma douleur et désireux de l'adoucir, ont donné récemment mon nom à un oiseau, un rapace du Sénégal. Je remercie du fond de l'âme de ce don généreux MM. Jules Verreaux et 0. Desmurs, qui sont de grands ornithologistes devant Dieu, et j'adresse le même tribut de gratitude à la mémoire du prince Charles Bonaparte qui fut un vrai prince de la science, et qui a bien voulu me conférer mon diplôme de parrain de la bète en latin [Nisus Tous^ nelii). Je suis certainement aussi fier qu'on doit l'être de savoir que mon nom sert d'étiquette à un oiseau de cœur. Mais ce moule d'élite, hélas! je ne le connais pas, n'ayant fait que l'entrevoir une fois dans le fond d'une armoire où d'autres l'avaient mis. Et alors je ne saurais m'abuser sur la légitimité de mes titres de parenté avec lui, ni porter aussi haut la tète que si je l'avais inventé.
Alors..., par suite de la fatale direction des études, l'art
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de trouver les nids n'a plus été qu'une carrière aride semée de ronces et d'épines et féconde en déceptions et en déchirements ; un vrai métier de casse-cou, où le talent le plus exercé pour mener très-haut quelquefois conduit bien rarement à la fortune ou à la célébrité dans le temps où nous sommes. Triste réalité à confesser pour l'observateur persévérant qui fit de cette étude ingrate la principale occupation de sa vie !
Un jour, la raison et les mœurs, plus fortes que la loi, prendront sous leur égide tutélaire les amours de tous les oiseaux amis de l'homme, et l'art de trouver les nids fera partie intégrante de l'éducation de l'enfant. Quelle fête ce sera alors au printemps, dans les buissons , dans les vergers, dans les forêts, dans les plaines ! Quel contraste avec le silence et la désolation de nos bois d'aujourd'hui ! car an bel arbre sans nid, c'est le jardin des Tuileries sans la femme parisienne , la pelouse sans l'enfant, le mois de juin sans les roses, la jeunesse sans l'amour. J'ai rompu sans retour avec le bois de Meudon, pour y avoir passé une journée entière du mois de mai sans entendre chanter le moindre rossignol.
Pour les femmes, les enfants, les amoureux, les poëtes, pour tout ce qui aime enfin et ne trafique pas, la nature est sans charme quand elle est sans oiseaux. L'oiseau est de toutes nos fêtes; il foisonne dans les jardins d'Alcine comme dans les tapisseries à ramages. L'imagination de l'homme en fait l'inséparable compagnon de ses joies et de ses félicités. Les esprits les plus indifférents par état aux harmonies de la nature partagent même à l'égard de l'oiseau beaucoup d'opinions de l'artiste. J'ai connu des banquiers et des fabricants d'assiettes plates qui tenaient aux faisans de leurs parcs avec autant d'amour qu'à leurs billets de caisse. J'ai trouvé plus d'une fois de splendides
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volières admirablement meublées dans des villas charmantes habitées par des épiciers en retraite, anomalie qui s'explique par l'habitude qu'ont les gens de cette classe de prendre femme au-dessus d'eux.
Par une raison analogue, mais contraire à la précédente, le signe de la région maudite est l'absence de l'oiseau. Les Arabes^ qui sont poètes, et les Grecs, qui le furent, emploient la même image pour exprimer le caractère de malédiction empreint par la colère céleste aux rives de la mer Morte et à celles de l'Averne. Ils disent qu'aucun oiseau ne passe et ne s'arrête sur ces bords désolés.
La sympathie universelle des âmes tendres pour l'oiseau a deux puissants molîiles dont l'homme jusqu'ici ne s'est pas assez rendu compte, mais sur lesquels il ne m'est pas permis de garder le silence. Voici que nous touchons, en effet, au vif de la morale de ce livre, et que nous allons sonder l'esprit des bètes dans toute sa profondeur.
Le premier mobile de la sympathie de l'esprit humain pour l'oiseau est un mobile presque instinctif ; c'est la révélation secrète de la loi de solidarité qui nous avertit que la plupart des oiseaux sont des auxiliaires naturels que Dieu nous a donnés pour protéger nos vergers, nos moissons, notre sommeil, ou bien pour égayer nos domiciles, pour charmer nos palais, nos oreilles, nos yeux. C'est une sympathie qui court au-devant de l'analogie passionnelle, laquelle doit restituer un jour à chaque bête son rôle et son utilité spéciale, et faire rentrer tous les ordres d'animaux dans la voie de leurs destinées harmoniques. C'est la sympathie mystérieuse qui enfanta dans les religions anciennes le culte de l'ibis, du crocodile, du chien.
Il n'est pas de peuple, en effet, qui n'ait eu ou qui n'ait
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encore ses oiseaux sacrés, à commencer par l'Inde, par la Chine et l'Egypte, c'est-à-dire par les contrées les plus anciennement civilisées du globe, et qui furent le berceau des arts et de la science. Le culte que les Égyptiens vouèrent à l'ibis et à l'épervier était basé , comme celui du bœuf Apis ou du chien Anubis, sur la reconnaissance, l'excuse la plus plausible et la plus dangereuse peut-être de toute idolâtrie. Sans l'ibis et sans l'épervier, destructeurs acharnés des reptiles et des grenouilles que multiplient outre mesure les périodiques inondations du Nil, la vallée de ce fleuve n'eût pas été habitable, et il fût advenu de la fertile Egypte ce qui advint une fois de notre riche colonie de la Martinique, d'où le trigonocéphale expulsa les premiers colons.
Les peuples de l'Amérique méridionale et centrale chargent certaines espèces de vautours, l'Urubu et l'Aura, d'opérer l'enlèvement de toutes les immondices d'origine quelconque qui déshonorent la voie publique, et ces omnivores, non moins intelligents qu'insatiables, remplissent les fonctions répugnantes qu'on leur a assignées avec un zèle et une régularité au-dessus de tout éloge. Il y a des Urubus ambitieux qui ont des actions dans les entreprises de curage de cinq ou six localités différentes, distantes quelquefois l'une de l'autre de 50 A 100 kilomètres { 25 lieues ), et qui n'oublieraient pas, pour un empire^ de se rendre chaque jour, à heure fixe, sur tous les points de leur cantonnement. La périodicité de ces visites est même si régulière qu'elle sert de montre aux indigènes pour mesurer le temps. On cite des Urubus qui ont été ainsi vingt ans sans avancer ni retarder d'une seconde, etBréguet a fait plus d'un chronomètre qui eût porté envie à cette régularité.
La personne de l'Aura et celle de l'Urubu sont inviola-
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bles et sacrées au Mexique , à la Guyane , à la Terre- Ferme et ailleurs. Il en est de môme pour le Secrétaire ou Messager du cap de Bonne - Espérance , magnifique espèce ambiguë, que la nature a armée des hautes jambes de la cigogne et du bec crochu de l'aigle , pour qu'elle triomphât plus aisément des reptiles venimeux.
L' Agani ou oiseau trompette de Cayenne a témoigné le plus vif désir de conduire les troupeaux aux champs. Le Héron garde-bœuf d'Algérie ne demande qu'à justifier son titre. Le Cormoran et le Pélican, qui sont les plus habiles de tous les oiseaux pécheurs, attendent, comme la loutre, que Thomme leur dise un mot pour traiter avec lui.
L'Inde, l'Orient, l'Afrique, ont des vautours; la Russie, des corbeaux familiers qui s'acquittent aussi, tant bien que mal, du service de la petite voirie dans les villes, et de la destruction des mulots et des larves de coléoptères dans les campagnes. L'Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas, la Hollande, l'Algérie, la plupart des contrées de l'ancien continent, révèrent la Cigogne, cousine germaine de l'Ibis égyptien, et apte à rendre à l'homme les mêmes services que lui. Un préjugé populaire, raisonnable cette fois, attache un signe de protection divine à l'élection de la cigogne ; on dit qu'elle porte bonheur comme l'hirondelle à la maison qu'elle a choisie pour y établir sa demeure semestrielle. La Hollande, amie de la cigogne et du héron, a en outre ses vanneaux, qui protègent ses digues contre la multiplication des ta rets perce-bois, mais que les lois de ce pays ne protègent pas suffisamment contre le fusil et le filet. L'hirondelle, douce compagne du foyer domestique du pauvre, et qui a reçu mission de purger l'atmosphère de tous les insectes ailés qui troublent le repos du
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travailleur, Fliirondelle a sa légende sainte dans les annales poétiques de toutes les nations de l'hémisphère septentrional. Les mésanges et les pinsons, infatigables échenilleurs des vergers, attendent encore la leur; les ortolans qui défendent la vigne contre l'invasion de la pyrale, le moineau franc, qui l'ait au hanneton une guerre cruelle, ont droit à notre gratitude au même titre que l'hirondelle, le vanneau et la cigogne.
Toutes ces bonnes créatures sont dans la joie de leur ànie, quand elles peuvent déployer au service de l'homme les divers latents que leur a départis la nature. Seulement, il est douloureux de songer que l'homme n'a encore su tirer qu'un bien faible parti de ces dispositions obligeantes, et que, sur sept à huit mille espèces d'oiseaux environ qui peuplent celte planète, on en compte douze à peine qui soient domestiquées et vingt auxiliaires. Me faut-il avouer que ma patrie, la France, n'a plus un nom à mettre dans la dernière des deux catégories?
Le second mobile de la sympathie de l'espèce humaine pour l'oiseau prend sa source aux plus hautes régions de rintelligence humaine. Ce n'est plus, comme le premier, une sorte de réaction logique de l'égoïsme ; c'est au contraire l'inspiration de l'esprit d'unitéisme, c'est-à-dire du plus noble sentiment qui soit au cœur et au cerveau de l'homme.
Nous admirons l'oiseau pour son obéissance à la loi de Dieu, parce que le ménage de l'oiseau est le plus magnifique exemple du ménage harmonien que nous rêvons pour nous; parce que chez l'oiseau, comme dans toute société politique bien organisée, comme dans la ruche et dans la fourmilière, c'est la galanterie qui distribue les rangs. Nous admirons l'oiseau pour la pureté de ses mœurs, pour la sagesse de sa législation, qui a investi de la direc-