ARTE
POUR LE ROMANTISME 13 blira-t-elle pas aux dépens de la vérité? La logique et la raison ne mènent pas à cet état de voyance où le grand poète entre en com-.
munication spontanée avec le monde, où le grand psychologue perçoit les états profonds de l’âme et où le mystique éprouve la présence de Dieu. 111
Aussi, sommes-nous ramenés par M. Henri Bremond à ces vérités morales qui sont objet de toute littérature, et en dehors desquelles, elle n’est plus rien qu’un vain amusement de rhéteur.
Ces vérités, 1l les rend surtout sensibles en parlant de Walter Scott et de Maurice Barrès, de Lamennais et de Sainte-Beuve. On a surtout vu dans le romantisme un élément antisocial, l'individu en guerre avec l’humanité. Mais, par certains de ses exemples, M. Henri Bremond entend qu’il y a aussi un romantisme conservateur : dans le goût qu’un Scott, un Barrès ont pour le passé, 1l démêle non le culte puéril du pittoresque, n1 l’amour malsain de la décomposition, mais cette vertu tonique qui découvre dans hier « la clef de voûte » d'aujourd'hui et fait de nous des mainteneurs. Ainsi, selon lui, Walter Scott » serait un ancêtre de Newman et surtout de . notre Mistral.
| L'étude que M. Bremond fait de Walter … Scott est une des meilleures de l’ouvrage et . devrait suflire à nous redonner le désir de
lire l’auteur d’Ivanhoé, qu’il voit dans toute sa grandeur. Aujourd’hui, où, à force de le chercher, on finit par perdre de vue ce qui est Dobiet même de tout le roman, la connaissance de Walter Scott risquerait de devenir un enseignement utile. À vrai dire, notre roman du dix-neuvième et du vingtième siècle n’a guère que deux sources: Richardson et Walter Scott, et l'ambition de Balzac, en particulier, a été de faire pour la France contemporaine ce que Scott a fait pour l'Écosse historique. Pour voir en Walter Scott un romantique conservateur, M. Bremond n’en distingue pas moins son génie de romancier ; et il dit à ce sujet les choses les plus exactes, les plus subtiles et les plus pertinentes.
Mais la perle du livre, je crois bien que c'est l'étude sur Sainte-Beuve, sous sa double forme : Sainte-Beuve et l’intelligence, Sainte-Beuve et le catholicisme. Et c’est presque une apologie. Une apologie impitoyable, comme doivent l’être toutes les apologies. M. Henri Bremond ne cache aucune des tares, aucun des défauts essentiels de l’auteur des Lundis, mais il le met à sa vraie place ; et elle est considérable.
S1 l’on y pense bien, en effet, Sainte-Beuve est l’homme représentatif du dix-neuvième siècle, et Baudelaire ne s’est pas trompé en voyant en lui son patron, son précurseur.
Sainte-Beuve est le carrefour central auquel
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aboutissent toutes les voies du dix-neuvième siècle ; 1l est romantique, mais c’est déjà un
. savant; d’un côté, il tend la main à Hugo, à Musset, à Lamartine, mais de l’autre, à Claude Bernard, à Taine, à Renan; il est sceptique, et avec fureur, — une fureur sans doute sincère, — mais 1l reste catholique dans ses éléments essentiels. [Il est enfin protéiforme comme ce siècle, qui a cherché son âme dans toutes les formes de lhumanité et qui a pillé les siècles précédents pour y trouver une vérité. Aucun des grands hommes de cette époque n’a une signification aussi profonde ; et M. Henri Bremond le marque à la perfection.
Mais M. Henri Bremond n’est-1l pas l’auteur de l'Histoire du sentiment religieux en France, qui est, je crois, l’œuvre de construction critique la plus forte et la plus vaste
… qui ait été écrite chez nous depuis la célèbre Histoure de Port-Royal? Pour le romantisme nous prouve qu'il sait aborder les sujets les
. plus différents, et comme en se jouant, avec cette modération et cette pénétration d’es-
… prit qui, seules, donnent quelque portée à ce que l’on dit. M. Henri Bremond pourrait bien
» être le meilleur esprit critique de notré
temps.