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SES ORIGINES ANGLO-GERMANIQUES PAR LOUIS REYNAUD

M. Louis Reynaud, à qui l’on doit déjà une excellente étude sur Lenau et des ouvrages importants sur l'influence française en Allemagne et sur l'influence allemande en France, publie aujourd’hui sur les origines du romantisme un livre compact, clair et bien ordonné, qui est certainement un des livres les plus intéressants et des meilleurs que l’on ait écrits sur ce sujet. Quand je dis que c’est un des meilleurs, j'entends que la méthode de M. Louis Reynaud est parfaite et que sa connaissance des textes donne à ses affirmations historiques la plus grande autorité. Mais je ne saurais en dire autant de l'esprit même de son ouvrage.

Il est tout entier résumé dans les premières

lignes de l'introduction : « Le dix-septième siècle, comme jadis le douzième, avait appar-

tenu à la France dans la civilisation euro-

péenne. Elle avait imposé alors à l’Europe

entière son idéal moral, social et littéraire, un idéal qui était l'expression même de son génie et qui avait représenté, pour toutes les nations voisines, la vraie figure de la France, ce qu’elle von pouvait enseigner. Le dixhuitième et le dix-neuvième appartiendront aux races du Nord, si longtemps ses obligées. À partir de 1685 environ, il y a comme un fléchissement de la vitalité française dans tous les domaines. » Cette dernière phrase nous renseigne sur le patriotisme ardent de M. Louis Reynaud. Quand on prive la France de quelques-uns de ses plus beaux dons, c’est toujours par patriotisme. La grandeur de la littérature française se résume pour M. Louwus Reynaud aux trente années triomphales de Louis XIV. Ma foi, je préfère les patriotes

moins ardents qui lui accordent un peu.

plus (1).

L'idée fondamentale de M. Louis Reynaud est très simple. C’est une opposition tranchée entre une littérature nationale, catholique, morale et, dans un certain sens, monarchique, qui est la littérature classique, et une littérature d'influence étrangère, d'influence protestante, antinationale, anticatholique,

(1) I me faut dire aussi que M. Reynaud a singulièrement

schématisé sa vision : son Histoire générale de l'influence

française en Allemagne (1915) a une autre ampleur.

antimorale, antimonarchique, qui dure depuis la régence. Ces idées ne sont pas nouvelles et le plus grand défaut de M. Louis Reynaud est son manque d'originalité. Il fait aussi cette opposition que nous connaissons bien entre la raison et la sensibilité, opposition dont l’idée était à sa naissance s1 adroite, si heureuse, si ingénieuse, sans avoir jamais été tout à fait juste, mais qui, à force d’être répétée, est devenue un poncif comme tant d’autres.

M. Charles Maurras, M. Pierre Lasserre, M. le

baron Seillière ont déjà déposé des conclusions analogues. Et si l’on y regarde de près, cette opposition paraît de plus en plus un mythe littéraire. Il n’y a pas d’œuvre de valeur qui ne soit une combinaison de raison et de sensibihté. Et s1 je vois dans la période classique des œuvres comme celle de Boileau, où 1l y a en effet fort peu de sensibilité, par contre,

je n’en vois aucune, sauf dans les œuvres

complètement avortées de certains romantiques connus des seuls lettrés, où la raison n'ait groupé et ordonné les forces de la sensibilité ;: aucune où, comme 1l est coutumier de le dire, la sensibilité l’ait emporté sur la raison.

Que si maintenant on entend uniquement par le mot raison une certaine manière de vivre et de penser, conforme uniquement à une règle religieuse ou à une règle politique, je veux bien admettre, en effet, que cette

Rue PITA

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