‹ L'esprit des livres 1923Chapitre 21 sur 43 · RE SES EN PR RS PR EL LE · texte numérisé non relu

RE SES EN PR RS PR EL LE

PS un PELERIN | 19 tag:

| le temps. nel, ni les lieux arides où s’est

jouée la plus druide tragédie terrestre, n1 les temples de Benarès ne pouvaient la lui donner, et peut-être n'est-il point inutile d'en rechercher le pourquoi, en ce moment surtout où l’on peut voir dans le monde intellectuel une résurrection aussi vive du catholicisme, où les nouvelles générations préparent une renaissance religieuse qui sera peut-être aussi florissante, aussi riche en œuvres que le mou-

vement de 1830 et de 1848 (1).

Dans une page d’un de ses plus beaux livres (mais duquel n’est-on pas tenté de dire :

« C’est le plus beau! »), Pierre Loti nous confie son échec de Jérusalem. Il est venu là, après avoir déjà promené partout son âme toujours avide et toujours lasse, non point encore sur le tard de sa vie, mais à l'heure déjà déclinante où l’on mesure le peu de temps qui nous reste à parcourir. Il sait combien les paysages ont sur lui d'influence, à quel point 1l est sensible aux lignes, aux couleurs, aux aspects. En ce lieu même où il est mort trouvera-t-il le Dieu de son enfance? Et il va au Jardin des Oliviers. Il attend, la nuit venue... Quoi, qu'attend«l2

4 (4) Cet article a para dans le Gaulois en 1913.

Quelle merveilleuse révélation? Mo ce n’est

rien moins qu'un miracle qu’il attend! Il ne

s’est point préparé à recevoir ainsi la for, il

s’est seulement fié à son merveilleux instinct

de poète et de voyant ! Il veut prier, 1l attend”

toujours... La vérité ne lui apparafîtra-t-elle pas, comme à Paul, sur la route de Damas?

Îl est « venu de la grande tribulation, de l’abîme d’angoisse... » Cela ne sufht-il donc point? « Les instants passent, et c’est l’évanouissement des derniers espoirs confus, le néant des néants où Je me sens tomber... »

Le dernier soir pourtant, il remonte à la chapelle haute, sur le Golgotha. Il y voit ceux

qui prient, ceux qui sanglotent, ceux qui

appellent avec la certitude d’être entendus.

Lui discute encore, 1l ne peut s’abandonner.

S’abandonne-t-on jamais du premier coup? Et pourtant 1l sent tressaillir en lui le souvenir de sa Jeunesse chrétienne, il revoit avec un infini désir cette image de l’homme-Dieu qui a apporté de si merveilleuses promesses, 1l pleure enfin, c’est la première porte de la croyance. Mais elle ne suffit point pour aller jusqu’au tabernacle, et son émotion passée, Loti retourne à ses voyages, à son désespoir.

S1 J'insiste là-dessus, c’est que, plus qu’au- | cun contemporain peut- -être, Loti est repré-

sentatif. Il a quelque chose de si dépouillé,

de si nu que parfois l’on est tenté de considé-.

rer en lu: comme en tout grand poète, non

RE

Ka PEU AS ARETELe

UN PÈLERIN Au pas une personnalité très distincte, mais une . image même de l’homme. Nos angoisses, nos tortures, notre souffrance de voir chaque chose tomber si vite au néant, notre peur de la mort, 1l les a mises dans ses pages, dans ses pages toujours frémissantes et toujours troublées que nous lisons avec la tristesse, Pardeur, le frisson intérieur qu'il avait lorsqu'il les a écrites !

Aussi le sort de Loti est-il celui de la plupart des modernes, artistes, poètes, intellec- tuels, qui cherchent la foi par l’émotion, alors qu'on ne la trouve que par les œuvres. Nous avons voulu tout acquérir en nous confiant pour cela à la vibration de nos nerfs. Habitués à les sentir toujours en éveil, c’est sur eux que nous avons compté pour pénétrer les secrets de ce monde et de l’autre. Il faut, si l’on veut obtenir la foi, une discipline plus sévère et un grand oubli de soi-même.

C’est bien là ce qu'il est difficile de persuader à la plupart de nos contemporains, tou- | jours troublés par les mille courants de cet univers en perpétuelle transformation, habitués trop jeunes à le critique des idées et à n’aimer que l’émotion, heureuse ou doulou- … reuse, le moment où les nerfs exaspérés amèneront des larmes au bord des paupières et où tout, amour, beauté, chagrin, donnera le même brisement intérieur, le même élan, la même effusion. Vouloir cela, c’est exiger la

#42. . DE | PASCAL \ RARES has

grâce à chaque heure de sa vie: Dour ne saurait se montrer Si complaisant. La vie chrétienne a de longues heures de sécheresse,

des mois entiers où rien ne répond au cri poussé vers le Seigneur.

Loti, comme tant d’autres, a demandé à une religion, non point une certitude paisible, mais une frénésie infinie; ce n’est pas

la foi du charbonnier qu'il désire, c’est le

mysticisme. Combien d’athées ne sont ainsi que des mystiques à rebours, qui n’ont pas su se contenter de l’ordinaire de la croyance et ont vu en elle, moins un acte d’humihité et de confiance, qu’une sorte de passion intérieure, surhumaine, une facon encore de s’émouvoir et de vivre pleinement.

C’est, je crois, depuis le romantisme — ou mieux depuis la Révolution — que ce besoin éperdu de vivre poursuit les meilleurs et les pires d’entre les hommes. Il nous semble — elle est s1 vite épuisée, cette coupe ! — que jamais nous ne VIivrons assez, Que Jamais nous n éprouverons Sn SE ne les douleurs et les joies de ce monde. Ceux qui, au delà de leur dernier geste, mesurent l’Éternité ne

connaissent point cette fièvre. Mais où est le

meilleur vivre? Est-ce dans cette crainte perpétuelle que demain nous échappe et que

Fu ‘UN PBLERIN | | 413

nous soyons colburée au tombeau sans avoir allumé tous les lambeaux de la fête de l’univers où dans cette sérénité paisible qui s’est placée en dehors du temps?

Pour les catholiques, la question ne sau-

rait se poser. C’est à eux qu'il appartient

d’être indulgent aux autres. Îl y «a plus de religion dans l’âme profonde de Loti que dans celle de beaucoup de tièdes chrétiens. Et

cépendant sa longue confession nous montre

que quelque belle que soit la grande parole

de Pascal : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé... », elle n’est pas rigoureusement exacte. On peut demeurer dans cette recherche sans avancer d’un seul pas. Où est donc la foi? Elle est dans ces vers de Verlaine :

La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles

Est une œuvre de foi qui veut beaucoup d'amour.

Rien n’est plus opposé à la conception du

monde que se font ces diletianti à qui leur sensibilité a créé une vie si belle, si factice et si troublée. Et puis l'amour divin se refuse à ceux qui ont trop aimé la terre, et de ces hommes-là, Loti est l'exemple même. Il en a aimé plus que quiconque les femmes, les Rilure et les parfums, les aspects et les chan

gements. S'il est triste, c’est uniquement | parce qu'il doit la quitter : : nul vrai pessi-

‘mise en lui; c’est un épicurien désespéré

DE PASGAL A BARRES 4

1 comme tous les épicuriens doivent. l'être, tôt ou tard, quand leur désir de jouir n’est pas uniquement sensuel, mais va se mêler, dans les racines mystérieuses de l'être, au De

d'infini que nous portons en nous, comme

Occidentaux et comme chrétiens.

Du moins, s’il n’a pas trouvé la foi, Loti

a acquis une sorte de résignation ; souhaitons-

la à ceux qui, comme lui, ont cherché en.

vain une certitude au long des routes de l'univers et n’ont pu s’endormir « sur le mol |

oreiller » de la confiance absolue, de l’abandon |

à la parole du Christ ! | 1

DR ein ÉTRERS SUCER, VOUS

AE Po ET te ET EL

Cr ET mr er

Depuis bien des années, je pensais, chaque fois que je le lisais, à cette heure suprême où 1l disparaîtrait dans les bras de cette Mort à laquelle il a songé toute sa vie et qui remplit toute son œuvre de son frisson avantcoureur. Et j'y pensais surtout avec une anxiété croissante, depuis que je le savais malade, gravement malade, paralysé, ne pouvant presque plus parler. À quoi rêvait-il dans cette longue agonie? Ah! il est facile, quand on l’a beaucoup médité, de se représenter les rêves, les regrets, les souvenirs, les angoisses qui venaient battre sa pensée troublée! Et maintenant, c’est fini. Depuis le dimanche, 10 juin, 1l est entré dans cet immense empire souterrain qu'il a toujours pressenti et 1l sait, — ce que nous saurons tôt ou tard, — si cet empire a des routes qui mènent quelque part ou s’il est clos de tous côtés et n’enferme que le vide. |

« Mais dans notre siècle à nous, — Je

ÆD

songe à ces exilés, à ces jeunes honte nos

compagnons, que j ai vus Mourir, un peu par-

tout, emportés par les Re les fièvres,

les contagions, les débauches ; Je les ai vus,

les philosophes comme nous, aux prises avec

l'angoisse finale, tordant leurs mains dans des agonies horribles ; — et d’autres, de pauvres matelots, — les simples ceux-ci, — s’en aller vers le néant, tranquilles, en tendant les bras au Christ, avec une prière enfantine, avec un sourire inexprimable en face de la Reine des Epouvantements. » (Fleurs d'ennur.) Toute sa vie, Loti l’a cherchée, cetté foi simple, mais 1l ne la cherchait, au fond (comme il l'avoue ici), que pour x Mouatttel avec moins d'horreur l’entrée du funèbre passage et aussi dans l'espoir que recommencerait la vie, cette vie qu'il a tant aimée et qui lui a tout donné, d’ailleurs. Il a essayé de la ranimer, sa foi; en Palestine et à Jérusalem. Il a demandé aux sages de l'Inde le secret de

leur espérance et de leur sérénité. Mais il

avait trop vu d'hommes différents croire trop de choses diverses et contradictoires avec la même confiance et la même naïveté ; aucun d'eux n’a prononcé devant lui ces Huile absolues qui emportent une adhésion totale.

À la fin de sa vie, l’une des innombrables fois qui soutiennent les hommes a-t-elle repris devant ses yeux une vigueur nouvelle?

J’ai bien peur que non.

Il avait l'amour profond de la vérité. Il appelait cela : aimer les simples. Mais il aimait, dans les simples, la nature humaine à son état premier, pas encore transformée et enlaidie par les alchimies malfaisantes de notre pauvre civihsation, qui est à une civilisation authentique ce qu’est un oiseau chanteur mécanique à un rossignol. C’est pour cela qu'il a aimé également les peuples primitifs, les Bretons, comme les Sénégalais, comme les Maoris, comme les Turcs, tous ceux qu'il a eu le loisir de bien connaître et qui lui ont paru dignes de son amour. C’est pour cela qu’il a aimé si profondément les bêtes sur lesquelles il a écrit des pages immortelles. Il a attribué parfois ces goûts à un excès de raffinement de sa part et au besoin des contrastes; je ne crois pas que cette explication lsoit très juste. Je Le répète : il était surtout sensible à tout ce qui est sincère, à tout ce qui conserve une source vive de candeur et de spontanéité, à tout ce qui agit selon sa vraie nature, en dehors du frelaté et de la convention bourgeoise

C’est peut-être le plus grand des écrivains de la fin du dix-neuvième siècle qui disparaît. Je ne veux pas dire celui qui écrivait le mieux, mais dont le style porte le plus de choses. Car, après avoir entendu mille diseus- sions sur l’art d’écrire, je crois qu’un écrivain vaut surtout par ce qu’il dit et non par la

118 DE PASGAL À C BARRES |

manière plus ou moins subtile dont 1 1e Hi.

Au surplus, si Loti n’était pas le plus adroit, ni le plus élégant des écrivains, il était 1e 4 plus naturellement artiste, le plus original.

Vous ouvrez un de ces livres, n'importe lequel, vous lisez quelques lignes au hasard, et toujours le même charme opère : vous êtes comme moite de larmes contenues. Et cependant, il n’y a chez lui aucune sentimentalité pleurarde, aucun appel au dramatique ; les phrases sont courtes, faciles, balbutiantes, parfois même à peine finies. Elles semblent se résorber dans un brouillard, les épithètes sont quelconques, banales... (Les lui a-t-on assez reprochées, ces épithètes banales, au temps de l'écriture artiste et des épithètes rares! Le Mercure publiait même des listes d'épithètes banales de Loti. Pitoyables querelles de gens de lettres! Nous sourions aujourd’hui de ces épithètes rares, de cette écriture artiste, pauvres Jouets démodés du bazar littéraire.) Oui, tout cela semble ordinaire, courant, indécis. Pourquoi a-t-on le cœur ainsi serré, pourquoi se sent-on plein à la fois de Ale et de pitié, et du regret des choses disparues, et de l’appréhension de l'avenir, et pourquoi éprouve-t-on tant d’émotions tristes et douces, qui semblent venir du fond de soi-même et ébranler, avec une musique presque muette, le mur léger qui nous sépare du meilleur de notre âme?

SUR LA MORT DE PIERRE LOTI ou

C'est qu aucun homme, peut- dêtre na

exprimé à ce point Poe de da vie

humaine. S'il arrivait sur la terre un Sélénite et s’il me demandait un auteur qui pût le renseigner sur les hommes, sur leurs senti-

ments, sur leurs tristesses et sur leurs dou-

leurs, sur ce mince subsiratum enfin qui fait leur existence, je songerais, je crois, d’abord à lui donner à lire Shakespeare ou Racine,

mais je finirais certainement par lui off Loti. Lisez ses chefs-d’'œuvre : Aziyadé, le

Mariage de Loti, Mon Frère Yves, le Roman

d’un Enfant, Prime jeunesse, Pécheur d'Islande, le Livre de la Pitié et de la Mort, vous saurez bien que Loti, c’est nous, mais nous avec une puissance de souffrir et une puissance

d'expression qui ne sont pas en notre pou

voir. J’ai une secrète méfiance à l'égard de ceux qui n'aiment pas Loti; il me semble qu'ils ne sont pas complètement humains. Auprès de lui, que toute littérature paraît donc littéraire ! Qu’elle est artificielle et trop intellectuelle à côté de cette simplicité sacrée qui nous rend l'émotion même de la vie!

Jules Lemaître a dit de lui qu'il était un Homère ayant la finesse de perception des Goncourt. Cette définition garde toute sa fraîcheur. Elle nous renseigne d’ailleurs sur la durée possible de la gloire de Loti ; on sent bien qu'elle continuera aussi longtemps que

toute littérature, aussi longtemps que l’hu-

| 420 DE PASCAL A BARRES du :

manité. Elle échappera à la mode, à toutes … les modes, Et dans la mémoire des hommes, Loti vivra toujours cette vie féerique, capri- . cieuse, légendaire, qui a été la sienne et qui, seule de notre temps, aura fait penser à la vie des grands romantiques, à celle de Chateaubriand, de Byron, de Shelley. Mais cette vie étrange n'a été que le tissu de poésie et d'imagination que sa sensibilité et son intellhigence ont filé autour d’une existence quelconque d’officier de marine,

La dernière fois que j'ai eu le bonheur de le voir, c'était, 1l y a bien peu d'années, au mariage de son fils Samuel. Je garderai toujours le souvenir de cette dernière rencontre, Je le revois, mince, tout petit, si raide dans son uniforme noir et or, la tête haute et un peu rejetée en arrière ; il y avait dans toute son attitude quelque chose de .

fermé, de cassant, d’absent ; il avait laissé

grisonner ses cheveux. Je fus frappé de la …

pâleur cireuse de son visage à peine vieilli. Ses yeux avaient la même tristesse.

Comment dépeindre les yeux de Loti? Il faut les avoir vus. Aucune description ne saurait en rendre l'émotion. Fixes, presque hagards et comme hallucinés, par moment traversés d’une douceur qui vous boulever-

sait, 1l y avait en eux une sorte d'interrogation anxieuse, presque supphante, je ne sais quoi de désespéré. Les êtres à l’agonie, les chiens, quand leurs maîtres les abandonnent, ont quelque chose de cette tristesse immense et qui vous fait mal. Je n’ai jamais rencontré le regard de Loti sans éprouver une émotion pareille à celle que me donnent ses livres ou certaines musiques. Ce regard, c'était tout lui-même ; 1l expliquait ce qu'il y a d’inexplicable dans Fantôme d'Orient et dans Fleurs d’ennut. On sentait bien que l’être qui avait ce regard-là était unique au monde. On a dit, ces Jours-ci, tout ce qu’il y avait en lui de bonté, de tendresse, de délicatesse cachée, de dévouement ; mais nous savions cela en lisant ses livres. Le secret d’un tel style, d’une telle poésie, ce n’est pas dans l'intelligence de l’homme qu’il faut le chercher, mais dans son àme ; la littérature, chez Loti, n’était que l'expression de son cœur, et cela aussi est unique.

(ASE

Pour bien juger de l'influence de Paul.

Bourget et de son importance dans l’histoire

de la littérature, il faut d’abord se représenter ce qu'était cette littérature aux environs de 1881 et de 1882, époque à laquelle commencèrent de paraître dans la Nouvelle Revue les Essais de psychologie contemporaine. On était alors en pleine période de la « tranche de vie »; Zola, puisant dans l’exemple de Balzac, de Flaubert et des Goncourt ce qui était le plus nécessaire à son tempérament,

avait promulgué les règles d’un jeu nouveau qui régnait alors souverainement sur les lettres. Il s'agissait de reproduire la réalité à tout prix, en choisissant de préférence la plus

sordide, la plus basse, la plus vile. Mais que vaut la réalité si elle est dépouillée des lois secrètes qui l’ordonnent? En d’autres termes,

que vaudrait la description purement exté- .rieure d’une maladie, ramenée à ses phéno-

mènes visibles et isolée de l’étude de ses vrais

aout pe PASCAL A BARRES

phénomènes, ceux qui sflectehe fe sang, les : tissus, les viscères? Les écrivains réalistes estiment que n’importe quelle description du :

monde extérieursuffisait à l’art du romancier

et du conteur. Le plus comique, c’est que,

voulant être réels, 1ls firent dans cette réalité prodisieusement diverse et multiforme qui nous entoure, un choix extrêmement res- -treint et que, somme toute, le sujet de presque toutes leurs œuvres tourne autour de quelques manifestations instinctives, très animales.

Cependant l’histoire littéraire du dix-neuvième siècle se résume dans ces deux courants : romantisme et réalisme (celui-c1 étant la réaction de celui-là), plus un troisième qui dure encore et qui s’est formé vers 1880 et dont les Essais de psychologie contemporaine

et l’Irréparable sont au nombre des premières

manifestations.

Ce troisième mouvement consisterait, par |

son essence même, dans la recherche, sous les phénomènes du monde extérieur, des lois de la vie intérieure. (Je résume pour ne pas m'attarder aux définitions et aux formules.) Notez que cette explication ne s’applique ni

au romantisme, n1 au réalisme. [Il faut insis-. ter aussi sur le fait qu'il n’y a aucune nouveauté littéraire, sinon purement extérieure, :

depuis les années 1880. Je vois à tout moment

que de jeunes écrivains, bien intentionnés, mais imprudents, se risquent à dire en quoi.

ils enténdent innover. Je n’entends nulle- ment nier leurs nouveautés de détail, souvent même précieuses, mais indiquer qu'ils n’ont créé aucun courant neuf et que souvent, ils déclarent vouloir apporter quelque chose, qui fait le fond des préoccupations des écrivains | depuis l’époque dont jé parle. Les Sœurs Vatard ou la Fin de Lucie Pellegrin pouvaient bien surenchérir sur l’œuvre de Champfleury ou de Duranty ; elles ne développaient qu’un des côtés de Champfleury ou de Duranty.

Quand Paul Bourget commença à chercher, à travers la figure de Baudelaire, de Renan, de Flaubert, de Taine, de Stendhal, des Goncourt, de Tourguéneff et d’Amiel (et notez à quel point ce choix, sauf en ce qui concerne Leconte de Lasle et Alexandre Dumas fils, est déjà significatif), les secrets de l’âme contemporaine, il donnait implicitément un ensemble de directions qui allait devenir la . formulé générale de notre temps.

Il est évident que, dans la future histoire littéraire du dix-neuvième siècle, l'influence de Bourget se mêlera à celle des premuers symbolstes, de Verlaine, de Mallarmé et de Villiers de l’Isle-Adam et que les unes et les autres paraîtront à l’origine de ce mouve- . ment nouveau, à qui il n'a manqué qu'un nom général pour frapper tous Îles esprits et . qui aurait pu s’appeler l’animisme. Remarquez que les hommes sur qui Paul

Au OUupe PASCAL A BARRES au

| Bourbèt a fait porter l'effort nv ; scrupuleuse, sont justement ceux qui ont créé. cet état d'esprit nouveau et que toutes les grandes influences qui ont suivi celles-là, n’ont fait qu'en accentuer [es tendances. Pour M. Bourget, en particulier, il faudrait ajouter celle de Ribot, le Ribot des Maladies de la volonté, de la mémoire et de la personnalité, et de William James, qui fut son ami. Pour nous ce fut hier Dostoïewsky, [bsen, Tolstoï, Emerson, Nietzsche, Gobineau ; c’est aujourd’'hui Arthur Rimbaud, Meredith, Siegmund Freud, Walt Whitman, Tchékov, et ceux qui sont déjà formés en particulier par ces influences antérieures, Barrès, André Ca04 et Proust, par na

Je ne du pas que M. Paul Bourget fut le seul à son époque à prévoir dans quel sens allait évoluer la vie littéraire. Il faudrait, à côté de son nom, indiquer ceux de Téodor de Wyzewa, d'Édouard Rod, d'Emile Hennequin, d’Eugène-Melchior de Vogüé. On.

remarquera que ces écrivains furent tous des vulgarisateurs de littérature étrangère. Un des phénomènes essentiels de ce nouveau courant est dans son principe un vaste effort général, pour intégrer à la littérature française, quelque chose qui était particulier à la littérature anglo-saxonne, germanique et slave, et le lui faire intégrer, sans qu’elle y perdit rien de ses qualités primordiales, en:

lui annexant. non. des aspects littéraires

excentriques, mais une province nouvelle :

l'étude des particularités de l’âme. Peut-être paraîtra-t-1l arbitraire que nous fassions naître la littérature psychologique en 1880 ; mais il faut se souvenir que les écrits de cet ordre parus avant cette date n’étudiaient que les phénomènes de l’amour, et non les diverses réactions de l’âme humaine dans toutes les circonstances de la vie (1).

À ce moment, il se passa vraiment un fait moral nouveau. A en effet, les lignes que je trouve à la seconde page de l’Irréparable, qui parut en 1883. C’est Adrien Sixte, celui qui allait devenir un des deux héros du Disciple, qui parle : « ... — Non, la personne humaine, la personne hvrule) celle dont nous disons mot, n’est pas plus simple que le corps lui-même. Par-dessous l'existence intellectuelle et sentimentale dont nous avons conscience, et dont nous endossons la responsabihté, peut-être illusoire, tout un domaine

s’étend, obscur et changeant, qui est celui de notre vie inconsciente. Il se cache en nous

une créature que nous ne connaissons pas, et dont nous ne savons jamais s1 elle n’est pas

(1) Il faut faire, bien entendu, une exception pour Pascal

. et pour Racine, comme aussi pour Vauvenargues et Joubert.

Mais peut-on dire, par exemple, que la psychologie de l’abbé Prévost, de Laclos et même de Constant ait quoi que ce

soit à faire avec notre vie psychique?

Hs, on PASGAL A BARRES

précisément le contraire de la créature qué nous croyons être. De là dérivent ces volteface singulières de conduite qui ont fourni prétexte à tant de déclamations des moralistes... Nous dépensons toute notré activité à poursuivre un but dont nous nous imaginons que dépend notre bonheur, et ce but atteint, nous nous apercevons que nous avons mé: .

connu les véritables, les secrètes exigences dé notre sensibilité. Que d'exemples de cés erreurs intimes fournirait l’histoire des conversions teligieuses, s1 elle était étudiée par un psychologue !... Mais pourquoi remonter à ces témoignages de l'ordre mystique, lorsque l’expérience quotidienne nous permet d'observer sur place la dualité de notre être? » Ce que Paul Bourget formulait avec un raré bonheur en 1883, c'était justemerit Pavènement de cette littérature nouvelle. Depuis lors, presque tout ce qui compte en France, : — et peut-être en Europe, car les mouvements littéraires sont de moins en moins l6calisés dans les nations, — procède à l’investigation de « ce domaine obscur ét changeant 5 auquel fait allusion Adrien Sixte. | C’est un phénomène psychologique de cet ordre dualisie que nous décrit l’Irréparable; la profession de foi de Paul Bourget est formelle ; c’est la vie de l’âme qu'il va traduire. | Et Dour qu'il n’y’ait aucune équivoque, il à prendra pour héros un jeune rêveur anglais

PAUL BOURGET, ROMANCIER Ki A8 629

dou ces années- Het un disciple et un ami de Dante-Gabriel Rossetti, et il lui fera composer des eaux-fortes sur les vers suivants de ce même Rossetti : « Ah/ dear one, you have been dead so long... Ah! chère aimée, vous avez été morte si longtemps! » — d'Edgar Poë : « By the side of the pale faced moon... Tout à côté de la face pâle de la lune » — de Shelley : « The hopes which thou and T beguiled to death on life’s dark river. Les espérances que toi et moi avons laissées mourir sur la sombre rivière de la vie. » Ainsi en faisant mouvoir ses personnages dans l’atmosphère de ces poètes anglais qui n’ont jamais fait allusion qu’à cette vie profonde et secrète de l’âme, Paul Bourget entendait bien donner aux romans qu'il allait écrire ‘une direction diamétralement opposée à tout ce qu'il voyait se faire autour de lui. Qu'il ait toujours réalisé ce roman du « domaine obscur et changeant », si contraire aux définitions psychologiques de La Rochefoucauld et des moralistes classiques, je ne le dirai pas. D’autres considérations l’en ont trop souvent empêché; mais sa préoccupation reste présente dans toute son œuvre. Et ce «domaine obscur et changeant», ne voit-on pas qu il a envahi toute la littérature contemporaine et plus que jamais en 1923, cinquante ans après l'apparition de Irrbborables Angleterre, Allemagne, Russie, Espagne, Italie,

Scandinavie, Amérique, tout y passe. Citeraije au hasard quelques œuvres étrangères, récemment révélées, le théâtre de Pirandello . ou les Cahiers de Malte Laurids Brigge, de Rülke, les Montagnes russes, de John Rodker ou Légende, de Clémence Dane, Knut Hamsun ou Bojer, Tchékov ou Ivan Bounine, Thomas Mann ou Hoffmannsthal, Ramon Gomez de la Serna ou Ramon Perez de Ayala? Tout y parle du « domaine obscur », comme les livres des meilleurs d’entre les jeunes écrivains français. Voit-on maintenant que la srande littérature européenne forme depuis 4880 un bloc, une seule coulée brûlante, .

comme le romantisme de 1820 et le réalisme!

- de 1860? Mais cette période risque de durer beaucoup plus longtemps que les précédentes.

Et voit-on aussi à quel point Paul Bourget en a été l’un des initiateurs et des précurseurs? Et ce n’est pas une des moindres rai sons pour lesquelles nous l’honorons aujour-.

d'hui.

* Fe :

Co qui allait intervenir pour mr la.

conception fondamentale de Paul Bourget, telle qu’elle apparaît dans ce préambule de l’Irréparable, c’est la constatation que P étude. psychologique de l’homme, pour garder son! U caractère total, devrait roulé sa mesure

comme s'1l était seul, comme s s'il était l'in |

PAUL BOURGET, ROMANGIER 181 \

dat en so1 des métaphysiciens. Or, il n’en est rien. Cet homme agit. Ces actions ont des conséquences morales qui font intervemir d’autres êtres que lui. Il est social. Paul Bourget allait être forcé dorénavant de faire intervenir dans chacun de ses romans le réseau de la société ; et bientôt, donner ces vastes consultations qui s’appellent l’Etape, l'Emigré, Un Divorce, sans compter ses chroniques de l’1 Usiraiton et les innombrables réflexions dé chacun de ses ouvrages,

C'était suivre la tradition de Balzac, la tradition même de la littérature française.

Je n'insisterai pas là-dessus. Brunetière a écrit des choses définitives sur le caractère essentiel de chacune des grandes littératures européennes ; et on pourrait ajouter des réflexions fort spirituelles sur ce fait que pour représenter l’homme solitaire, le Français ait choisi un courtisan, le Mi:

santhrope, et l'Anglais, un naufragé, Robinson Crusoé. |

Cependant, vers 1880, 1l restait encore une tradition byronienne, d’ ailleurs entretenue par Barbey d’Aurevilly : celle du beau ténébreux, de l’homme à bonnes fortunes, senti:

mental et un peu tragique (qui pourrait bien être, au fond, én France, une déformation, mais une évolution, de l’aventurier de Mari:

-vaux et de Le Sage). Ce Jeune premier, qui avait été Grandisson, René, Manfred, était

ou Eugène de Rastignac, Luce de Ru: * bempré, Henri de Marsay, Julien Sorel; il allait être Armand de Querne, Dayulond Casal, Julien Dorsenne, François Vernantes.

Le nd art de Paul Bourpet fut de créer des caractères si représentatifs de la génération des années 1880, qu'ils sont devenus le type même des hommes de cette époque, et que leur influence s’est étendue bien au delà | de cette date et s’étend encore aujourd'hui (j'ai déjà dit tout ce que le Bertin et le.

Mariolles de Maupassant, le François Mintié de Mirbeau et le Dechartre d’Anatole France, — sans compter le Sperelll d’Annunzio —.

devaient à cette création). : Cet homme était d’abord un analyste, un « introspecteur ». C'était là le trait essentiel | qui le distinguait de ses aînés, même deshéros | de Stendhal. Ceux-ci s’examinaient tout en agissant et sans cesser d'agir, mais pour le plaisir d'y voir clair. Tandis que les héros de Bourget (et leur innombrable descendance) s’examinent pour s’examiner, souvent sans agir, et parce que pour eux le Dia de vivre, n'existe que s’il est vérifié à chaque seconde par un appareil enregistreur. Sensuels, ca:

pables de crimes pour goûter une émotion.

(puisque ce souci de se connaître a pour corollaire la nécessité de s’expérimenter), leurs. fautes sont plus graves que celles des autres, puisqu'ils ne sont jamais innocents, et les.

conséquences de leurs fautes par conséquent plus tragiques. D'où accroissement de leur

responsabilité. Le type du roman de Bourget est dans cette formule : d’Un Crime d'amour à la Geôle.

J'ajoute que ses héros, hommes et femmes, sont toujours des êtres de haute culture, depuis Noémi Hurtrel qui lit au retour du bal les Pensées de Pascal et l’Autobiographie de Stuart Mill, jusqu’à la duchesse de Roannez. Et l'abus de la culture engendre,

selon Paul Bourget, les mêmes erreurs que

celui de l’analyse. ci, je ne peux me retenir de dire que je trouve ses conclusions un peu sévères à l’égard de la culture. Rien ne prouve que, moins cultivés, ces personnages n’aient pas commis les mêmes erreurs ; et je tiens

que les personnes cultivées et même trop :

cultivées, si elles commettent des fautes,

qui tiennent parfois à cette culture, sont préservées aussi par elles de fautes plus graves

et plus terribles qui sont, elles, l'apanage des

êtres sans culture. Mais Paul Bourget estime

que tout avantage intellectuel, financier ou social, dégénère en abus et par conséquent en

vice, s’1l n’est pas corrigé par une conscience

parallèle et plus haute du devoir correspondant. Cette pensée, si sage d’ailleurs, est une des colonnes morales qui soutiennent lédi-

fice de son œuvre.

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Ainsi Paul Bourget avait à la fois comme … domaine à explorer le merveilleux afflux psychologique, qui s'était formé dans le dermer tiers du dix-neuvième siècle, et comme terrain d’expérimentation, l’homme à la fois candide et méfiant, sentimental et sensuel, brutal et cultivé et par-dessus tout jaloux, qui représentait le type même des hommes formés autour de l’Année terrible. À Paide de ces deux éléments, il allait mener cette vaste enquête psychologique, qui remplit aujourd'hui cinquante-huit volumes et qui a … occupé cinquante années uniquement vouées à la vie de l'esprit. Mais il lui fallait en quelque sorte le levier qui mît ce monde en mouve- | ment ; ce levier, 1l devait le trouver dans une : conception du roman presque uniquement .

dramatique. [1 lui a semblé, — comme d’ail- | leurs à la plupart des grands romanciers, — . que les caractères ne se dessinaient tout à | fait que si on les forçait de réagir en face de circonstances tragiques. Cela est vrai, avec cette restriction que l’état moral et sentimental de l’homme, à l’état, pour ainsi dire, latent, et quand aucune de ces lames de fond ne le soulève, est peut-être plus vrai encore, — mais d’une vérité qui ne se manifeste presque. jamais, la vérité du journal d’Amiel, par,

exemple, — puisque aussi bien, sitôt qu'il

réagit en face des circonstances, 4 se trouve modifié par elles et n’est plus exactement Pindividu qu'il se rêvait. Mais cet individu intimement vrai n’est pas un personnage de roman ; Hamlet n’est sans doute, au fond, que le passage de cet être en soi, du monde de rêves où 1l s’est réalisé au monde de turbulence extérieure, où les circonstances exigent qu'il se débatte. Et Bourget a écrit aussi son Hamlet, qui est André Cornélis, un de ses

chefs-d’œuvre.

Du moins, cette conception allait-elle permettre à Paul Bourget de traiter de grands sujets. On a fort ri, à la fin du naturalisme et dans les débuts du symbolisme, du sujet comme on en rit aujourd'hui en peinture ; mais 1l n’en est pas moins vrai que les sujets de roman existent en soi, en dehors même de la manière dont 1ls sont traités. Je veux dire qu'il y en a qui comportent, par leur dévelop-

pement même, une vue, plus ou moins élevée

de la vie humaine. Wilhelm Meister, Titan ou Henri le Vert, le Père Goriot, l’Idiot ou le Moulin sur la Floss, sont déjà par leurs thèmes d’autres livres que les Scènes de la exe de bohème, les Sœurs Vatard ou les Souf-

frances du professeur Delterl.

Mais un vrai romancier trouve presque toujours les sujets dont il a besoin, et Paul

Bourget est un romancier-né.

et l’est d’abord par son pouvoir 4 Aider.

a êtres complets, différents entre eux, des . êtres ayant une vie absolument personnelle, … opposés par les circonstances dans des con- flits où ils se heurteront, moins à cause de leurs intérêts que de la divergence totale de leurs rouages intérieurs. C’est là une des.

qualités les plus rares du romancier, une de celles que possèdent seulement les très grands, que ce pouvoir de fabriquer des individualités qui n’aient entre elles rien de com- . mun, sinon, chez Bourget, une tendance marquée à l’hyperémotivité. Chacun de ses livres dresse ainsi des individus qui ne possèdent pas entre eux de communes frontières : d’où conflit et généralement désastre.

I l’est ensuite par la densité de l’atmosphère où se meuvent ses héros. [l a coutume … de dire que les personnages d’un lhivrec«doivent être dans la chambre ». Avec lui, ils y sont toujours. Prenez le début de chacun de ses romans, Cruelle énigme ou Cosmopolis, André Cornélis ou Un Drame dans le monde, les personnages sont là, présents, aussi présents au bout de quelques pages que si vous les connaissiez depuis des semaines. Quels portraits que ceux du comte Scilly (1), d’Adrien Sixte (2), de Raymond Casal (3), de Philippe

(1) Cruelle énigme.

(2) Le Disciple.

(3) Un Cœur de femme.

TL

À dau (à), de: :Ribalta (ai du prince

\Fregoso (3), de Paul Vernat (4)! Et quelle merveille que ces portraits de femmes, en même temps vrais et légèrement idéalisés, troublants et profonds, et qui gardent .

toutes les chutes je ne sais quelle pureté fondamentale ! Qui de nous n’a pas été amoureux d'Hélène Chazel (5), d’Alba Steno (6), d'Ely de Carlsberg (7), de Suzanne Moraines (8), de Juliette de Tillières (9), de Gabrielle Darras (10), de Catherine Ortègue (11)? Paul Bourget les a dépeintes avec une tendresse infinie. Elles sont, elles aussi, « dans la chambre », mais elles béeiout aussi dans cet air Rent dans ce monde fait de mystère et de poésie, où les grands ama-

teurs d’âmes féminines ont toujours à demi

plongé leurs créations, depuis Shakespeare jusqu’à Tourguéneff. (Comparez une Jeune fille de Bourget, par exemple, à une jeune fille

de Zola !)

Il est encore romancier par un don aussi

(1) Le Fantôme.

(2) Cosmopolis.

(3) Une Idylle tragique.

(4) La Geôle.

(5) Un Crime d'amour.

(6) Cosmopolis.

(7) Une Idylle tragique.

(8) Mensonges.

(9) Un Cœur de femme.

(10) Un Divorce.

(11) Le Sens de la mort.

ae DE PASCAL A BARRES | :

rare que tous ceux-là et qui est. Le" sens ie ; l'émotion. Il est impossible de lire la moindre “

page de lui avec indifférence. Il vous prend

toujours aux entrailles, comme d’ailleurs ses contemporains, Loti et Maupassant. On peut

être un admirable artiste comme Anatole France et ne jamais vous émouvoir. Mais les

plus grands de tous, les vrais créateurs, ne

ni.

nous laissent pas le temps de formuler sur leur œuvre un jugement esthétique ; ils vous saisissent par la main et ils vous entraînent.

Ils vous entraînent comme Walter Scott au

sein d’un vieux château où de grands sei-

gneurs douloureux demeurent fidèles à leur

souverain dans une solitude où passent des

jeunes filles romanesques ; ils vous entraînent comme Dickens dans des rues tortueuses, …

vers des boutiques obscures et féeriques, sur les quais de la Tamise, ou, comme Balzac, à la pension Vauquer ou chez la baronne

Nucingen ; mais 1ls ne nous donnent pas le | droit de ne pas les suivre. Avec eux, 1l faut s’exalter, rire, pleurer, souffrir, 1l faut enfin

communier avec l'humanité. Il en est de même avec Paul Bourget. À tout moment,

un froissement de cœur vous avertit qu'il | s’agit de créatures humaines qui souffrent |

ce que vous avez souffert ou ce que vous souffrirez. Ce don de l’émotion est certainement une des causes initiales du grand succès de Paul Bourget.

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