FRANCOIS DE CUREL
C’est un grand événement httéraire que la
rentrée de M. François de Curel au théâtre avec cette Danse devant le miroir, que vient de monter l’Ambigu ; c'est un grand événe-
ment parce que, depuis le Coup d’aile, qui date déjà de 1906, M. de Curel n'avait laissé jouer de lui aucune œuvre nouvelle et que sa gloire, depuis lors, était allée en augmentant
toujours, prenant lentement cette sorte de
consécration mystérieuse qui se forme plus dans le silence que dans le bruit et davantage
dans la solitude qu’au milieu du tumulte
parisien. M. de Curel vivait dans ses forêts de Lorraine, au milieu de ses cerfs et de ses loups, chassant et courant les bois, et se souciait peu d'organiser sa réputation, comme le font tant de nos contemporains. Soyez cer-
tain qu'il regagnera ses arbres et ses bêtes
aussitôt qu'il aura repris contact avec Ce public léger qui juge si vite, devant quil a voulu traiter quelques-uns des débats les
plus graves de la vie moderne et qui n’a pas
Ca
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toujours fait, pour le suivre, Velfort qu là
aurait dû.
Une comédie amère et tragique, DEnvers |
d’une sainte, deux autres plus souriantes, une étude d’une psychologie raffinée, par A très profonde, mais qui, à d’autres, n’est souvent que la métaphysique du marivau-
dage, cinq grandes pièces enfin, d’inégale
réussite, mais toutes fort belles et d’une extrême richesse intérieure, voilà jusqu'ici le bagage de François de Curel. C’est un des rares hommes de théâtre dont le nom compte aujourd’hui, un des seuls qui aient écrit un chef-d'œuvre, car, que devons-nous aux
hommes de sa génération, en dehors des Fos-
siles? La Course du flambeau, certainement, Amants aussi, Blanchette, le Prince d’Aurec ét Amoureuse, et pourquoi pas PBoubouroche?
Enfin Jules Renard et Tristan Bernard.
« Combien avez-vous de pièces de théâtre
en France? demanda Candide à un folliculaire. — Cinq ou six mille, — C’est beaucoup, dit Candide. — Et combien en avez-vous de
bonnes? dit Martin. — Cinq ou six, — C’est
beaucoup, dit Martin. »
Rien n’a changé depuis Voltaire. Avouons donc qué sept belles pièces, — huit ou neuf peut-être, car on en oublie toujours une | — c’est beaucoup ! (1)
(4) Nous avons eu depuis deux générations d'auteurs